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cadrages et regards

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De la photo prise le jour de son mariage, en 1931,

 

le photographe André Kertesz a choisi, pour qu’elle soit exposée, de recadrer l’image…

… afin de n’en garder que sa main posée sur l’épaule d’Elizabeth, sa femme, mais aussi la moitié de son regard à elle, qui le regarde lui de façon indirecte (photographie prise au retardateur), de façon amoureuse, et nous regardant nous public de la photo, troublé par cet amour. Le regard du photographe est absent du champ, car déjà tellement présent, dans ce recadrage ; regard amoureux, aussi, troublant, également.

(Tout se mélange un peu en moi, il y a aussi les représentations amoureuses de Monet pour Camille, jusqu’à sur son lit de mort aux mouvements semblables à ceux de la débâcle, et souvenirs aussi de la femme de Bonnard, tant aimée également, assoupie, indolente, dans son bain, toujours jeune.

 

)

Je regarde l’image entière,

… un peu artificielle parce qu’endimanchée, dans laquelle transpire pourtant tout cet amour, qu’André a choisi de recadrer, suivant ce qui le touchait le plus, très certainement. Il existe plusieurs épreuves où l’on voit le tâtonnement des recadrages successifs, jusqu’au définitif, le plus efficace selon lui. Mais même le tâtonnement est beau : que garder de nous, mon amour ? Mais peut-être encore davantage : qu’en montrer au reste du monde ?

Je regarde ces images, tout en me disant que ce qui me touche moi dans l’image initiale est différent de ce qui le touchait lui.

Ce qui me touche infiniment, personnellement, c’est l’expression du visage d’André. Le regard, le sourire doux. Le double regard (photographe et sujet). Le double regard d’Elizabeth, qui porte davantage une intention, qui plonge dans André l’artiste, celui qui a appuyé sur le bouton du retardateur, l’André d’il y a dix secondes, dégagé de son enveloppe charnelle, qui désormais l’enveloppe de son bras. Elle sent son corps posé sur elle, mais elle voit aussi l’homme en dedans, celui d’avant, celui d’après, ses fantômes passés et futurs (c’est cela, l’amour). Mais on lit aussi dans son regard une ironie, un jeu de non-dupe : « je sais que tu risques de nous montrer au monde entier« , et dans le même regard : « j’entre chez vous, et en vous, ô public », reflétant ainsi avec bravoure la problématique constante de tout proche d’artiste, sous forme de douce résistance, ou de ferme docilité… car tout artiste est cannibale… ou vampire.

Touchée également par la naissance de ses cheveux à lui, et par le soin qu’il mit, auparavant, à les coiffer. (La naissance des cheveux des hommes est émouvante, je trouve, leur implantation, l’idée qu’ils poussent à chaque minute un tout petit peu, l’idée que le cheveu vit, et qu’il meurt, aussi – l’absence de cheveux peut ainsi, aussi, être émouvante).

Il me vient des idées de cadrage toutes personnelles (qui trahissent son discours, livré via son choix de cadrage à lui) :

Car il y a aussi la courbe de cette épaule, ronde, enveloppante et tournée vers elle. Accueillante, abandonnée, sans défense, sans méfiance. Et puis l’oreille aussi : je t’écoute, aimée.

Même sentiment très exactement avec la jambe fléchie, passée sous l’autre, qui menace de le faire basculer. Vers (sur) elle.

Dans la pose un peu factice, les deux mains prennent pourtant cet abandon naturel et confiant, dans la même direction. La main d’André frôle la cuisse d’Elizabeth. Il la caresse peut-être du pouce, doucement.

Il y a enfin les boutons soigneusement boutonnés. Et la cravate. Tout ce qui, après la photo, dans l’intimité, se dénouera, et tombera enfin à terre, en une pose désordonnée…

… tout comme l’état d’esprit dans lequel nous laisse son cliché.

(Elisabeth and I, série de photographies d’André Kertesz, souvenirs d’une exposition, et échos d’une réflexion sur le cadrage d’une oeuvre, et la lecture qui en est faite – réflexion sur la photographie applicable à la littérature)

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Du SURréalisme des personnages dans le roman :-)

Je vais vous raconter une histoire vraie.

Dans Le Grand Saut tome 1, tous mes personnages vivent dans ma ville, et sans les préciser dans le roman je connais très exactement leurs adresses. L’un de ces personnages a tout de suite, de façon évidente, eu sa place dans ma propre maison. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cette jeune fille devait vivre là, ça lui correspondait parfaitement. Est-ce parce qu’il s’agit du personnage qui découvre peu à peu le plaisir de l’écriture, et que je m’en sens proche ? Peut-être. De façon tout aussi évidente mais tout aussi mystérieuse pour moi-même, son prénom s’est très vite imposé : elle s’appellerait Iris. Je me pose souvent peu de questions sur le choix des prénoms de mes personnages. Ils viennent souvent comme ça. Parce que le personnage doit s’appeler ainsi, voilà tout.

Avant-hier soir tard je suis revenue de Genève (à ce propos merci à tous ceux que j’y ai rencontrés, c’était très exaltant, amical et passionnant), la tête en plein dans la Science-Fiction et l’imaginaire qui se promène dans l’espace, le temps, etc…, puisque c’était le thème des tables rondes de ce séjour, et ma grande fille m’a tout de suite dit dès mon arrivée, les yeux brillants : « maman, on a fait une découverte incroyable ! », et elle m’explique : en décrochant pour nettoyer pour la première fois complètement le radiateur d’une des chambres après des travaux, elle et son père sont tombés sur un objet qui s’y était coincé du temps des anciens propriétaires (que nous n’avons pas connus). Il s’agissait, m’explique-t-elle encore, d’un objet en bois qui était très certainement accroché à la porte d’entrée de la chambre. L’objet portait le prénom de l’occupante de la chambre.

Et ils me le brandissent :

Ce n’est pas la première fois, loin de là, que l’écriture me réserve ce genre d’échos étranges (ici aussi).

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Du réalisme des personnages dans le roman pour ados et jeunes adultes

Il y a fort à faire pour lutter contre le sexisme et contre les fausses représentations, dans tous les arts, notamment au cinéma comme en littérature. Si l’on applique le test de Bechdel on peut se rendre compte de la faible et de la mauvaise représentation des femmes dans les oeuvres littéraires ou cinématographiques.
Pour rappel, le test de Bechdel est réussi si ces 3 conditions sont réunies :
– l’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom) ;
– elles parlent ensemble ;
– elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin.
C’est juste une indication car une oeuvre qui réussit le test peut tout de même avoir des aspects sexistes, et a contrario des oeuvres qui échouent ne sont pas du tout sexistes.
Ce test est proche du syndrome de la schtroumpfette, bien connu et aux résultats tout aussi énervants !
Au-delà du test de Bechdel qui n’est donc qu’indicatif (mais ô combien effrayant quand on voit combien d’oeuvres y échouent), pour ne pas sombrer dans le sexisme il faut porter son attention sur une représentation la plus juste possible du réel, car notre grand ennemi est le stéréotype. Nous sommes tous élevés avec ces stéréotypes en tête car ils sont très prégnants dans notre société (hélas très sexiste et conservatrice), et il faut donc se faire violence pour ne pas les reproduire. Le principe du stéréotype, c’est d’élever en vérité générale un modèle qui n’existe plus si souvent, ou plus majoritairement, ou qui n’a carrément jamais existé, contrairement à ce que voudraient nous faire croire bien des conservateurs. Ou, de façon plus perverse, le stéréotype va extraire une caractéristique réductrice d’une réalité majoritaire, ou sera d’une telle prégnance que la majorité se coulera dans le stéréotype, à des fins d’intégration dans la société. Il faut faire attention donc à ne pas systématiquement choisir un homme pour camper un médecin ou un avocat, ou bien une femme pour camper une infirmière ou une secrétaire, par exemple. Nous devons aussi ne pas systématiquement imaginer des personnages de filles douces, timides, gentilles, dociles et bonnes élèves, et des garçons actifs voire hyperactifs, grossiers, bordéliques, cancres et insolents.
Le stéréotype, dans le domaine du genre, est en effet tout aussi stigmatisant pour les garçons que pour les filles, et fait autant de mal.
Si l’on regarde autour de soi avec honnêteté, on peut constater que ces stéréotypes ne représentent pas la réalité dans son ensemble, et il est de notre devoir en tant que romanciers de représenter cette réalité, de façon aussi nuancée que possible.

Car c’est notre rôle, si on veut écrire un roman réaliste, de représenter la réalité. Et cette réalité en premier lieu : celle qui lutte contre les stéréotypes en place. Parce que même si ça nous embête, on ne peut pas nier l’aspect éducatif de la littérature jeunesse, dès lors qu’on s’adresse à des enfants ou des ados aux cerveaux malléables. En matière d’anti-sexisme, par exemple, nous avons une forte responsabilité dans la façon qu’on a de représenter le réel. C’est que nous avons à lutter contre pléthore d’albums représentant encore papa qui lit le journal pendant que maman est aux fourneaux, contre les foultitudes d’histoires de princesses nunuches, contre les milliers de romances navrantes, etc, etc… Nous devons apporter la fraîcheur de la réalité, afin que les enfants et ados aient enfin des modèles positifs et émancipateurs auxquels s’identifier et auxquels vouloir ressembler : des filles fortes, qui ne pensent pas qu’à l’amour ; des garçons sensibles, qui ne pensent pas qu’à se battre ; des filles pas forcément belles qui ont quand même des désirs ; des garçons pas forcément forts qui ont aussi les mêmes désirs, etc…
Car tout être est nuancé. C’est cela que nous devons montrer.
La REALITE. Ce doit être notre plus grand souci quand on écrit un roman réaliste contemporain.

Dans les romans contemporains pour ados et jeunes adultes, il y a plusieurs façons de représenter cette réalité.
La façon la plus exaltante et la plus jouissive, c’est de choisir un personnage principal qui porte les valeurs féministes qu’on adorerait que tous les ados acquièrent. Fille ou garçon, le héros transgressera toutes les idées qu’on pourrait se faire de lui au prime abord, avec une énergie et un enthousiasme qui ne peut qu’emporter l’adhésion. Le héros va, en somme, lutter lui-même contre les stéréotypes qui voudraient le victimiser, ou qui voudraient le laisser sur le bord du chemin. Ces ados-là existent en effet, et heureusement ! On les adore, et c’est vraiment bien de les représenter dans les romans. C’est UNE réalité ! Ce choix de personnage a plusieurs vertus essentielles : en plus de représenter une réalité, ce type de roman propose aussi un modèle hyper-positif pour les ados qui ont les mêmes caractéristiques que le héros, mais en plus il peut, peut-être, faire bouger les lignes dans les esprits des autres, leur faire changer de regard sur ces ados d’ordinaire stigmatisés. Ces romans, trop rares, quand ils sont bien écrits, peuvent-ils faire changer les représentations dans certains esprits ? On a tous envie de le croire, nous adultes féministes, tellement ils nous réjouissent, mais aucune étude à ce jour et à ma connaissance n’a été menée pour en prouver l’efficacité, et personnellement ça m’intéresserait beaucoup d’en connaître la réception auprès d’ados qui ont grandi dans un environnement sexiste.

Et puis ce type de roman trop rare ne doit cependant pas faire oublier qu’il y a d’autres façons de représenter le réel dans tout son sexisme…
Car on peut aussi choisir de parler de tous les autres ados que ceux que notre coeur féministe a envie d’applaudir, avec tout autant de respect et de tendresse. J’ai pour ma part beaucoup d’affection pour les personnages plus typiques (et non pas stéréotypiques !), et moins forts. La tonalité du roman risque d’être moins « feel-good » comme on dit en ce moment, forcément, car c’est une autre réalité, celle des adolescents plus banals ou aux pulsions moins joyeuses : l’immense majorité de ces ados hélas soumis aux stéréotypes et qui en souffrent, et qui n’ont pas la force, ou en tout cas pas encore, de s’en dégager.
J’avance que nous avons aussi la responsabilité de parler de ces ados ou jeunes gens-là. Des personnages qui ne seront pas des héros, peut-être même des anti-héros, auxquels bon nombre d’adolescents pourront s’identifier avec facilité, et évoluer avec eux vers une plus grande ouverture d’esprit. On peut, dans un roman, représenter des personnages de garçons qui s’évertuent à vouloir paraître forts, de filles qui se coulent dans le modèle stéréotypé focalisé sur leur apparence, qu’on leur propose le plus souvent, et ce sans qu’ils aient forcément conscience qu’ils subissent une pression sociétale. Ils n’en ressentiront que le malaise. Encore une fois regardez autour de vous. On voit ces jeunes filles toutes pareilles, qui passent une heure à se maquiller chaque matin, ou au contraire s’évertuent à se cacher sous leurs vêtements amples, de peur de ne pas avoir « la bonne apparence ». On voit ces garçons qui roulent les mécaniques, qui parlent par monosyllabes et qui ont bien du mal à évoquer leurs sentiments. La plupart d’entre eux ne changeront pas et ne se révolteront pas contre ça avant de quitter le lycée. Eux aussi existent, et je crois, en plus grand nombre. Ce sont les premières victimes de la pression sexiste de notre société, et on peut les représenter dans nos romans, sans être obligé de proposer un personnage « contrepoint » qui apporterait la fraicheur transgressive attendue. Car dans les groupes d’ados, il n’y a pas toujours ce personnage « contrepoint ». On aimerait, mais non. On peut même ne pas avoir d’évolution féministe de ces personnages, qui ferait le contrepoint attendu. On le peut, parce que cela existe, parce qu’on peut raconter une autre forme d’évolution (mais on le peut seulement si on ne laisse pas de malaise sexiste dans le propos de son roman).
J’avance que nous avons à représenter AUSSI ces ados banals (il n’y a pas de contradiction avec le premier type de roman, au contraire, c’est une complémentarité essentielle). Parce que si on ne le fait pas, on sera coupables de ne représenter qu’UNE réalité, d’occulter plusieurs facettes de la société, de transformer la littérature jeunesse en livres pédagogiques qui ne devraient proposer que des modèles qui nous rassurent nous adultes du milieu culturel éclairé, et n’est-ce pas ainsi que l’on crée de nouveaux stéréotypes, en n’autorisant qu’un aspect du monde à être représenté, jusqu’à vouloir faire croire qu’il illustre la majorité et que les autres aspects n’existent plus ?
Car il me semble que ce n’est pas en montrant uniquement des ados qui savent réagir comme on voudrait qu’ils réagissent tous face au sexisme qu’on va raconter et donc dénoncer le sexisme dans toute son ampleur. On peut aussi montrer comment le sexisme broie, ou s’insinue dans les comportements de façon inconsciente. On doit peut-être le faire aussi parce qu’il y a bien d’autres choses à dire sur la société, en plus du sexisme, parce qu’il y est intriqué et souvent en découle. Et parce qu’il est de notre devoir de mettre à jour cette réalité, et de l’interroger.

Je ne lâche pas le sexisme, qui me révolte, et il y aura toujours dans chacun de mes romans une très grande vigilance à ce sujet, mais j’ai une toute aussi grande vigilance et tout autant de choses à dire sur le racisme ou sur l’inégalité sociale, notamment… d’autant plus que ce sont des leviers supplémentaires pour favoriser les attitudes sexistes – tout est lié – ; et pour ce faire j’ai besoin de personnages qui portent d’autres caractéristiques que celles attendues par le filtre féministe. J’ai besoin de personnages qui souffrent d’autre chose encore et qui ont une conscience politique défaillante à ce sujet. J’ai besoin de personnages qui ne seront pas féministes pour un sou, qui auront peut-être un comportement stéréotypé, et ce sera volontaire de ma part, car ils auront bien d’autres chats à fouetter avant d’acquérir une conscience féministe, et parce que leur refuge sexiste ou stéréotypé sera un moyen de s’adapter à un monde déjà difficile par ailleurs. Mes personnages ne seront pas tous frappés par la conscience féministe avant 20 ans, même s’ils se croient féministes. Mes personnages ados, comme les ados que j’observe autour de moi, feront tout pour correspondre juste à l’image qu’on attend d’eux, parce que c’est tellement dur de devenir soi, surtout dans un monde en crise…. Je prends pour exemple le personnage de Paul dans ma trilogie du Grand Saut. Il représente, au début de l’histoire, le stérétoype du beau gosse, qui veut paraître fort, ne pleure jamais et va parler avec ses poings. On ne peut comprendre Paul, et son adoption de caractéristiques stéréotypées,  que si on intègre qu’il n’a pas connu son père et que sa mère galère financièrement. Paul resterait un stéréotype si ses qualités de stéréotype le menaient à des fins positives et attendues : je l’aurais fait conquérir la plus jolie fille du groupe, il resterait heureux et éclatant de santé, et rien ne serait questionné. Or, il plonge dans un malaise sans fond, il s’abîme dans l’alcool et la drogue, il s’éloigne de ses amis. Chacun de mes personnages du Grand Saut est interrogé de cette façon, au départ en plein dans le stéréotype, – qui d’ailleurs n’est pas toujours un stéréotype sexiste mais peut être un stéréotype de classe ou géographique, etc… – , et chacun de ces personnages ressent de plus en plus la souffrance de se trouver enfermé dans des cases. Pourquoi ne réfléchirait-on pas aussi au sexisme avec ces ados-là, et au travers d’autres thèmes tout aussi importants ? Et d’ailleurs, a contrario, pourquoi y réfléchirait-on ? Tous les romans n’ont pas à être féministes, tout comme ils ne sont pas tous antiracistes. On leur demande juste de ne pas véhiculer de messages d’intolérance.

Et je crois que nous devons, sans perdre notre vigilance féministe, ne pas focaliser essentiellement sur ce filtre-là. Il faut faire attention à ne pas toujours, comme cela arrive parfois ces temps-ci, juger ou condamner des personnages qui ne remplissent pas toutes les cases de la grille féministe, car ce faisant on oublie d’interroger le propos du roman dans son ensemble… et, partant, on oublie d’interroger la société dans son ensemble.
Il faut faire attention aussi à ne pas non plus croire que ce que pense ou comment agit un personnage représente les pensées ou les désirs de l’auteur. Exemple : si je crée un personnage sexiste, cela ne signifie pas que je suis sexiste. L’auteur se sert de son personnage pour raconter quelque chose qui englobe le personnage, quelque chose de plus grand que lui. La seule chose qui ne doit absolument pas être sexiste, ce n’est pas le personnage, mais le propos du roman.

J’ai encore une dernière chose à interroger, à ce propos. Entend-on ou lit-on ces temps-ci des critiques inquiètes par rapport à des romans qui ne représenteraient pas bien la réalité des ados issus de l’immigration, ou des ados issus des milieux populaires ou défavorisés ? Pourquoi ce silence alors qu’il y a un lien fort avec le sexisme ? Le sexisme est-il un problème isolé de tous les autres problèmes de la société ? Non, bien entendu. Pourquoi alors n’ai-je rien lu par exemple sur mon Yannis, dans U4, jeune français d’origine arabe et de parents musulmans, accusé de terrorisme ? Jusque-là je me disais : tant mieux, cela signifie que cela n’a choqué personne, cela signifie que j’ai été pertinente, cela signifie qu’un personnage issu de l’immigration, dans ce type de roman, ne dérange pas, et c’est bien ! En tout cas personne n’a commenté le fait que j’ai voulu, en faisant ce choix, faire exactement ce que l’on fait lorsqu’on choisit un personnage d’héroïne forte : raconter une réalité peu racontée, et renverser une tendance inquiétante. Force est de constater que ces représentations de personnages masculins issus de l’immigration sont très peu commentées. Je choisis de dire : tant mieux.
Mais j’aimerais tellement qu’on fiche aussi la paix aux autres personnages de filles et de garçons, si tant est que le roman qui les met en scène n’a strictement rien de sexiste !
Or, ce n’est pas le cas. Ces derniers temps, nos personnages, en littérature jeunesse, sont passés au crible féministe par certains commentateurs de cette littérature, commentateurs qu’en outre j’apprécie beaucoup, dont j’aime les goûts et les valeurs. Mais je m’interroge avec eux, en toute solidarité de coeur et de pensée : est-ce que certains personnages ne vous mettent pas mal à l’aise, non à cause de leur défaut de féminisme, mais à cause d’une trop triste réalité que vous aimeriez oublier, ou bien que vous n’aimez pas voir ?… Est-ce que ne pas parler de ces personnages ne risque pas d’amener ceux qui leur ressemblent à se sentir exclus ? Est-ce qu’on ne risque pas de les éloigner de la littérature ? Et de les éloigner surtout, en conséquence, de ce modèle de personnage positif et fort que vous aimez tant rencontrer dans les romans pour ados ?…

(Rineke Dijkstra)

Lire aussi cet article de Sylvie Vassallo dans Télérama : Nous avons un problème de culture dominante et bien-pensante

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La science-fiction, à l’école et au-délà (et pour commencer, en Suisse)

En fin de semaine, je vais me glisser dans la peau de l’auteure de Science-Fiction qu’il m’arrive d’être, et que je suis devenue beaucoup par accident : on est bien des personnages… Et celui-ci ne cesse de me surprendre. Ainsi je serai à Genève et Lausanne du jeudi 16 mars au samedi 18, à l’occasion d’une journée d’études autour de la SF à l’école.

Voici mon programme :

Jeudi 16 mars, 17h30

Institut de la Haute Ecole Pédagogique, à Lausanne

Table ronde avec Alain Damasio, Marc Atallah (directeur de La Maison d’Ailleurs) et Pascale Tappolet Jenny (enseignante du primaire), modérée par Sonya Florey

Thème : les liens entre la SF et le monde scolaire 

 

 

Vendredi 17 mars, 15h45

Université de Genève

Rencontre avec le public, autour de mes ouvrages de science-fiction, ou post-apocalyptiques (#Bleue, Théa pour l’éternité, Traces, Mémoire en mi, U4…), animée par Anne Monnier

Thème de l’après-midi : Petites fabriques des imaginaires – Des créateurs de science-fiction à la fiction du développement, le référent en question 

 

Samedi 18 mars, 14h

Théâtre du Galpon, Genève (présentation de l’après-midi complète en cliquant)

Rencontre avec Alain Damasio et Florence Hinckel – Modération Colin Pahlisch

Thème : Pour une poétique de la science- fiction (La science-fiction est souvent considérée comme un genre mineur. Mais la scène française actuelle est là pour nous démontrer son foisonnement et l’intérêt que lui porte le public. Alain Damasio et Florence Hinckel en sont deux représentants exemplaires. Colin Pahlisch rédige une thèse sur la science- fiction contemporaine à l’Université de Lausanne ; il anime cette rencontre.)

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les beaux cadeaux

Alors j’ai vraiment envie d’attribuer un 20/20 à l’organisation du salon des Oniriques de Meyzieu. Tout fut par-fait.
D’abord, bravissimo à Marie Vareille qui a reçu le prix Pierre Bottero pour son roman Elia la passeuse d’âmes. Je suis vraiment contente quand ce sont de si sympathiques auteurs qui gagnent un prix où je suis aussi sélectionnée (sinon, je râle :-)). D’ailleurs tous les auteurs de la sélection étaient adorables. C’était très agréable de passer du temps, en plus d’avec Marie, avec Philippe Arnaud, Lucie Pierrat-Pajot, Johan Heliot, Michel Honaker. Un vrai bonheur et beaucoup de rires. De plus, on a tous les six été très gâtés. Le conservatoire de musique de Meyzieu a même concocté une mélodie pour chacun de nos romans ! Elle fut jouée sur scène avant la remise du prix.

 

Chacun de nous a eu droit à une bande-annonce pour son roman, aussi, ainsi que des vidéos booktube. Et plein d’autres productions écrites. Merci pour tout ce qui fut fait autour de #Bleue !

Et puis j’ai retrouvé mes collègues U4iens, avec lesquels notre lecture croisée puis la rencontre avec le public, animée par les gentils-chouettes-fantastiques Véronique et Christian (coucou à tous les deux), furent un beau moment qui visiblement fut très apprécié. J’ai participé à deux autres tables rondes tout aussi passionnantes, du genre qui pourraient encore durer 3 heures tant on avait à débattre !

Durant les dédicaces, j’ai eu le très grand plaisir de voir Clem, Théo et Maxime-Wyrow. J’aime beaucoup vous voir avancer dans la vie, jeunes blogueurs ou booktubeurs. Merci à tous les autres qui se sont déplacés pour nous, et qui ont participé au jeu de piste dans la ville, autour d’U4.

J’ai enchaîné avec des rencontres à Amplepuis et Thizy, dans le cadre du prix des Incorruptibles, toujours pour #Bleue. Et là aussi j’ai été gâtée.

Comment remercier Lisa de 5eB à Amplepuis, qui a confectionné ce beau gâteau ?

Ben en fait, je l’ai remerciée en en mangeant une grosse partie, miam !

Là aussi, beaucoup de travail a été fait en amont, et beaucoup de productions très touchantes…

Bravo et merci donc à toute l’équipe des Oniriques, aux enseignants du prix Pierre Bottero, et bien sûr aux élèves et aux lecteurs de tout poil qui donnent du sens à ce que l’on fait, et qui me revigorent tant (même et surtout quand ils disent que #Bleue les a fait pleurer – oui, un écrivain, c’est sadique).

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Au fait, vous avez vu l’interview à propos du Grand Saut, dans Je Bouquine du mois de mars ?

Non ? Précipitez-vous dans la maison de la presse la plus proche !

D’ailleurs c’est le deuxième salon du livre que je fais avec mon Grand Saut, et je suis vraiment contente de voir à quel point il vous plaît ou intrigue. J’en profite pour encore une fois remercier tous les libraires qui le mettent en avant.

Ici, c’est à la librairie Maupetit de Marseille (dommage, Gaëlle n’était pas là quand je suis passée ; un coucou à distance, du coup !)

Et là, à la maison de la presse de La Ciotat. Je suis très mais alors très reconnaissante aux deux autres librairies de La Ciotat, qui promeuvent si bien mes romans en général et surtout mon Grand Saut, qui se déroule dans la ville : j’ai nommé les librairies Les 2 arbres et Poivre d’âne.

J’aimerais exprimer ma grande reconnaissance envers le lectorat d’U4, de #Bleue et du Grand Saut, en ce moment, public légèrement différent qui plus est suivant ces trois ouvrages, mais dans tous les cas public touchant et généreux… Merci.

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