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sur les traces de Yannis à vélo – étape 2

Jour 2 du périple ! Hier, départ de Ribiers de bon matin, après une nuit réparatrice.

En ce jour 2, portion Ribiers (au-dessus de Manosque) jusqu’à La Chapelle-en-Vercors.

D’abord, Yannis ainsi que notre cycliste sur ses traces ont longé le Buech :

Traversée de Serres, désert (on dirait vraiment qu’U4 est passé par là)… :

Serres

Maintenant, ça grimpe (Yannis, lui, a fait ça en voiture !) :

Montée au col de Carabes

Arrivée à Die (la voiture de Yannis est tombée en panne 1 ou 2 kilomètres avant) :

 

A Die, Yannis squatte une villa pendant quelques jours :

« 3 novembre, après-midi

Je décide de me faire plaisir et choisis la plus belle des villas. Elle est un peu hors du village, le surplombant. Une immense véranda s’ouvre sur une terrasse et de là, la vue est superbe. En contrebas, la vallée est piquée de chalets. D’autres maisons se serrent autour du clocher de l’église qui domine les ruelles. Et tout autour, des montagnes incroyables, hautes et blanches et dignes, percent l’or des nuages. Mille nuances de couleurs, d’ombres et de lumières bougent au fil des secondes, comme un dernier spectacle avant la nuit.
Quand même, il y en a qui ne s’embêtaient pas, avant tout ça. D’un autre côté, cette richesse ne leur a servi à rien dans la catastrophe… »

Ensuite il passe certainement par là, sans que je l’aie mentionné :

Là où furent inventés les chamallows. Ah non ?

Puis ça regrimpe (Yannis fait cela à pied).

Montée au col de Rousset

Autre versant du col de Rousset (je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ça en plein mois de novembre : pauvre Yannis, brrr !)

40 km après Die, La Chapelle-en-Vercors :

La Chapelle en Vercors

« 20 novembre, après-midi
J’atteins La Chapelle-en-Vercors dans l’après-midi. C’est encore plus petit que Die. Je sens tout de suite une présence, ici. Des ombres semblent passer derrière les vitres et raser les murs. Je ne tiens pas vraiment à des présentations en règle : mon expérience à Manosque m’a servi de leçon. Autant ne pas traîner par ici. Je reste en arrêt, cependant, devant une villa à la sortie du village. Une voiture est garée dans le jardin.
– Je le sens bien, dis-je à Happy. »

Yannis filera à Lyon en voiture, mais Olivier s’arrête à Pont-en-Royans, dernière jolie commune du jour, où il a trouvé refuge dans un gite communal :

 

Et puis je ne vous ai pas dit, lors du jour 1 Olivier a rencontré la même girafe échappée du zoo que Yannis, sur la route ! Si si, la voilà :

 

Quoi, c’est pas elle ?

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sur les traces de Yannis à vélo – étape 1

Deux ans qu’il en parle ! Et hier, il s’est enfin lancé. Qui ? Quoi ? Pourquoi ?

Qui ? Olivier, grand fan d’U4 (accessoirement l’homme de ma vie ;-)), qui d’ailleurs nous aida pas mal avec ses conseils en milieu hostile (c’est un aventurier), et qui depuis le début se passionne pour le road-trip de Yannis.

Quoi ? Depuis le début il a conçu le projet (le rêve) d’effectuer à vélo le même trajet que Yannis, sur ses traces, ou à peu près (dans Marseille, Lyon ou Paris, il ne suivra pas ses trajets sinueux, dus aux embuches rencontrées).

Pourquoi ? Pour le fun !

Et enfin il en a trouvé le temps.

Certes pas en décembre, mais en été : c’est quand même plus facile. Et puis cette fois il ne vise que Paris. Paris-Dourdu, ce sera peut-être pour une autre aventure, un jour…

Hier matin tôt, il est parti de Marseille et est arrivé le soir à Ribiers (avant Die).

Sur le Vieux Port, tôt un lendemain de 14 juillet, l’ambiance post-fête ressemble à une ambiance post-apocalyptique !

 

 

Puis, Manosque :

Manosque

« 3 novembre, matin

Du toit, je domine la ville. Le clocher d’une église et les tours de maisons anciennes, peut-être des moulins, émergent de la forêt de tuiles. Des volutes de poussière et des sacs plastique volants caressent par vagues la rouille des toits, au rythme de la brise. On dirait des buissons dans le désert. Le vent fait se soulever les tuiles, souffle dans le vide des cloches, et fait grincer les cimes des arbres. Je suis content de sentir cette vie. Elle n’est pas humaine, et pourtant elle me donne de la force. J’emplis mes poumons de cet air qui me paraît beaucoup plus pur qu’en bas.  »

 

Sur la route vers Sisteron

 

Sisteron

 

 

Arrivée à Ribiers captée par Gilles, ami qui a hébergé Olivier cette nuit (oui, c’est un travail d’équipe !)

Jusqu’où ira-t-il aujourd’hui ? Suspense !

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« Profitez des vacances pour lire les 3 tomes du Grand Saut ! »

C’est les vacances ! Bon, je sais, beaucoup d’entre vous sont en attente des résultats du bac qui vont tomber dans quelques jours. Je sais aussi que beaucoup ont une liste longue comme ça de lectures pour préparer la rentrée. Mais si vous souhaitez vous détendre et lire rien que pour le plaisir, pourquoi ne pas se plonger dans la trilogie du Grand Saut ? D’autres ont tenté l’expérience, et voici leurs avis sur le tome 3 :

 

Coup de ❤ de Culturevsnews : Notamment grâce à la qualité de son écriture et à la justesse des profils des personnages ce tome nous emporte à travers les sentiments et réactions de ces protagonistes […]. Cette lecture est vraiment superbe.

Coup de ❤ de la librairie des Buveurs d’encre (Paris 19) : Le troisième et dernier tome du Grand Saut est un régal… Profitez des vacances pour lire les trois tomes !
Coup de ❤ des chroniques de Daaquo :  La vraie jeunesse d’aujourd’hui… J’ai adoré ce livre parce qu’il raconte la vraie vie (dédicace Bigflo et Oli), Florence Hinckel écrit exactement ce qui pourrait se passer dans ma vie, ce que vous aurez pu vivre, ou que vous vivez actuellement. J’ai eu l’impression de faire partie de cette bande de potes.
Coup de ❤ de Lizouzou : Gros coup de cœur pour cette trilogie qui met en scène la vie de six amis du lycée à la fac ! A découvrir absolument !
(chez Lizouzou)
Sélection Livres de l’été 2018 de BBB’s mum : C’est le dernier tome de cette trilogie où nous avons suivi les parcours de 6 personnages aux destins et aux caractères aussi contrastés qu’attachants. Formidable ode à l’amitié, ce roman aborde des problématiques pré-adultes traitées avec finesse et sans détour : sexualité, handicap, addiction, colocation, relation à distance, bizutage, vivre sans ses parents, quête de sens…
Croqu’livre : Beaucoup de sujets importants sont évoqués tels que : le handicap, le bizutage, l’intégration dans un nouveau milieu, la politique… Beaucoup de suspense et de rebondissements. Une très bonne série !
Hannah, collégienne.
La caverne aux livres de Laety : Cette saga a été une belle surprise pour moi […]. J’ai adoré me replonger dans ces années où tout est possible. Florence Hinckel nous a offert une belle histoire dans l’air du temps, aussi belle que réaliste. Je ne peux que vous la recommander !
VDBook : C’est un super livre pour ados ! Tous les ados se reconnaîtront dans ce recueil. C’est un livre très bien construit, avec beaucoup de rebondissement. A conseiller aux ados pour les vacances qui débutent !
Chez Mirabilia : Encore une fois dans ce troisième volet, nous suivons avidement le destin, qui semble paradoxalement si fragile et incertain, et si intense par la grandeur des possibles. Quels retournements, quelles émotions, quelles interrogations ! […] Un seul regret à la si émouvante dernière page : que l’aventure inachevée se termine pour le lecteur.
Des paillettes dans la bibliothèque : Il est temps de dire au revoir à cette histoire qui m’a bouleversée depuis ma toute première rencontre avec la bande […]. Mais une dizaine de tomes supplémentaires n’auraient pas suffi à me préparer aux adieux et il est temps. Merci Florence pour toutes ces émotions, pour les rires et les larmes, pour le cœur qui bat un peu plus fort, qui parfois s’est arrêté, le temps d’un instant, merci de m’avoir rappelé comment c’était d’avoir dix-huit ans, terrifiant mais enivrant de liberté et de possibilités.
Appelez-moi madame : Je quitte avec tristesse ses adolescents mais je suis heureuse de les avoir découverts et suivis. Si vous n’avez pas encore lu cette série, n’hésitez plus.
Et encore beaucoup de réactions ici suite à la sortie du tome 2, et suite à la sortie du Tome 1.
Et aussi :
Librairie La rue en pente (Bayonne)
Objet de la semaine du blog Appelez-moi madame
Espace culturel Rouffiac
Un incroyable Grand Saut de Dominique du Cultura de Bayonne !
La fantastique Nancy Fauché en pleine lecture bien chaussée
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Courage à tous et toutes !

Toutes mes pensées vont vers les jeunes gens qui se préparent à passer l’épreuve de philosophie demain matin… Mais aussi vers celles et ceux qui ne vont pas la passer, pour raisons X ou Y. Ils et elles existent aussi.

Pour vous accompagner tous et toutes, voici quelques extraits du Grand Saut, le jour de cette fameuse épreuve de philosophie.

« C’est le jour J ! Nous y voilà, se dit Marion. Tout se jouait maintenant. Ce bac dont on lui rebattait les oreilles depuis des mois – sauf ses parents qui planaient -, ils y étaient, il était là. […] Le moment aurait mérité des dorures, une musique solennelle, des vêtements d’apparat, des courbettes sur le passage des candidats et un silence religieux dans une salle feutrée, pour que les esprits s’envolent.

Faut-il démontrer pour savoir ?

Le sujet parut difficile à Marion mais moins que Travailler moins, est-ce vivre mieux ? ou que le texte de Machiavel à commenter. »

« Sam sortit de chez lui en tongs, short long, carte d’identité et téléphone dans la poche droite, montre et deux stylos bille dans la poche gauche, tee-shirt gris  avec l’inscription « Sorry, I’m perfect » et son fameux canotier sur la tête. Il le posa par terre, sous la table d’examen du lycée d’Aubagne où son père venait de le déposer en voiture en lui jetant tour à tour des regards fiers – lui-même n’avait pas le bac – et des regards critiques sur sa tenue négligée. Sam aligna ses deux stylos bille à côté de sa montre, regretta de ne pas avoir aussi emporté une bouteille d’eau, éteignit son téléphone, le replaça dans sa poche, repensa un instant à Charlotte, prit une grande inspiration, rouvrit les yeux, puis découvrit les sujets de philosophie. »

« Le grand jour. Mais le grand jour des autres. Comme il se réveillait tôt chaque jour, habitude prise au centre de rééducation où le petit déjeuner était à 6h30, Alex était déjà lavé, habillé, assis dans son fauteuil au milieu de sa chambre, oeil rivé sur l’écran de son téléphone qui affichait 7h30. […]  Dans une demi-heure ils seraient en train de plancher sur le sujet. Sauf Paul. Et lui. »

« – Mon sujet à moi, c’était : Puis-je faire confiance à mes sens ? confia Iris le soir-même sur Skype à Marion, Sam et Rébecca.

– J’espère que tu as appris des choses, répliqua Marion.

– Tu peux parler, intervint Rébecca en riant.

– Je ne comprends rien à vos sous-entendus, les filles, fit Sam. Et toi, Becky, t’es tombée sur quoi ?

– J’ai planché sur Pour être juste, faut-il toujours obéir aux lois ? »

Playlist du Grand Saut Tome 2 ici. Pour ce chapitre :

«Les étoiles m’ouvrent leurs bras

Mais puis-je leur faire confiance ? »

J’attends la vague, album La cour des grands, Big flo & Oli, 2015

 

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La profondeur d’une oeuvre littéraire ne se mesure pas

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L’une de mes nombreuses épiphanies féministes eut lieu il y a plus de 10 ans, grâce à une formidable conférence de la sociologue Christine Détrez, à Montpellier, pendant La Comédie du Livre. Elle avait entrepris de montrer combien certains ouvrages publiés en littérature jeunesse pouvaient être stéréotypés, dans un sens sexiste. Ca m’a fait un choc, parce que pour la première fois je me rendais compte à quel point certains livres englobés dans le grand fourre-tout appelé « Littérature Jeunesse »  pouvaient avoir une conséquence néfaste sur les jeunes lecteurs et les jeunes lectrices et sur la société en général. Indéniablement.

Précision importante : la sociologue décortiquait des documentaires ou bien des licences ou des albums très formatés (voir * en bas de cet article la typologie possible des ouvrages publiés en Littérature Jeunesse). Il est évident qu’elle ne « décortiquait » pas les oeuvres de Gilles Bachelet, Nadja, Timothée de Fombelle, Susie Morgenstern ou Anne-Laure Bondoux.

Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Suivez-moi…

D’abord, un stéréotype, c’est quoi ?

Je crois important de démarrer avec cette définition. Un stéréotype, c’est une opinion toute faite réduisant des particularités qui existent. Or, attention, un ouvrage de littérature peut très bien contenir des personnages qui sont porteurs de ces particularités, puisqu’elles existent, sans que cette oeuvre soit le moins du monde stéréotypée. C’est l’erreur la plus souvent commise, quand on entend des cris d’orfraie parce qu’un personnage est raciste ou sexiste dans une oeuvre, ou porteur de particularités considérées comme racistes ou sexistes. Des filles qui pleurent souvent ou des garçons qui se battent souvent dans un roman ne font pas forcément d’un roman une oeuvre sexiste, par exemple. L’auteur ou l’autrice aura simplement voulu représenter ce qui existe, car cela existe. Ce roman ne sera stéréotypé que s’il lui manque la profondeur qui permettra d’aller au-delà de ces particularités qui réduisent un être humain.

Une définition possible du roman peut être intéressante aussi : un roman est une histoire singulière, dans des endroits singuliers, dans une époque donnée, d’un point de vue singulier. Pour les albums, c’est pareil.

Or, oui, la littérature pour la jeunesse comporte des ouvrages très stéréotypés

Ill existe en Littérature Jeunesse quantité d’ouvrages très stéréotypés, comme ceux analysés par Christine Détrez dans la conférence à laquelle j’ai assisté, auxquels il manque cette profondeur. Ces ouvrages présentent ces particularités réductrices comme étant des généralités tout à fait « normales », et malheureusement, parce qu’ils sont nombreux, ils véhiculent et perpétuent chez les jeunes lecteur·rice·s des représentations erronées. Ce sont ces représentations qui font souffrir celles et ceux qui ne se retrouvent jamais parmi elles (c’est-à-dire beaucoup de gens puisque seule la population dominante est représentée dans ces ouvrages, souvent en vue de plaire à un public le plus large possible), et ce sont ces représentations qui perpétuent chez celles et ceux qui s’y retrouvent l’idée qu’ils et elles doivent continuer d’y coller pour être heureux·ses… ce qui les rend  malheureuses, parce que nous bougeons tous et toutes constamment.

Il y a un lien évident entre ces stéréotypes dans les ouvrages, et le monde réel dans lequel nous vivons, c’est un va-et-vient permanent, les uns influant l’autre et inversement, auquel on échappe difficilement. Il faut en être conscient et on peut en critiquer la suprématie mais surtout pas censurer, surtout pas mettre au pilori, surtout pas condamner….

Pour autant, peut-on analyser avec ce filtre tous les ouvrages à destination de la jeunesse ?

A vue de nez, il me semble que les ouvrages les plus stéréotypés se trouvent parmi ceux qui sont « construits » par certaines maisons d’édition (voir * en bas de page). Il est certainement très intéressant d’analyser les stéréotypes dans ces ouvrages-ci (sans les censurer !) et de faire prendre conscience de leur hégémonie. Mais on ne peut pas analyser de la même façon la littérature jeunesse dans son ensemble.

Or, le souci vient du fait qu’on appelle « Littérature Jeunesse » absolument tout ce qui paraît à destination de la jeunesse.

Publié en France en 2011, ce titre a été traduit par « Ma vie de chienne ». Formidable roman !… qui provoqua bien sûr l’ire de certains bien-pensants. « »Lady » est une allégorie – parfois comique, parfois plus grave – sur la liberté, la responsabilité, la sexualité, sur l’existence en général.» (Melvin Burgess).

Actuellement est appelée « littérature jeunesse » aussi bien un documentaire sur la puberté à destination des pré-ados qu’une série d’albums pour tout-petits du genre « je sais aller sur le pot », que les romans de Marie-Aude Murail ou de Melvin Burgess ou de Malika Ferdjoukh, ou bien les albums de Bénédicte Guettier ou Edouard Manceau ou François place ou Tomi Ungerer.

C’est exactement comme si on appelait « littérature générale » aussi bien un livre documentaire sur l’andropause qu’un roman de Leila Slimani ou de Michel Houellebecq.

Bon, c’est comme ça, et c’est peut-être ce qui nous permet d’échapper à un trop grand élitisme. Mais puisqu’en jeunesse on met dans le même panier que les romans ou les albums tous les docu-fictions, les documentaires ou tout autre ouvrage scientifique et tout le reste auquel je ne pense pas, toute statistique globale sur les contenus serait vaine.

C’est pour cette raison que toute statistique serait inexploitable ou bien mal exploitée.

La profondeur d’une oeuvre ne peut pas se chiffrer

Dans le cas des romans et albums, oeuvres personnelles d’auteurs et d’autrices, les critères qui seraient pris en compte pour une étude sociologique sur les stéréotypes seraient très réducteurs car ils ne pourraient pas mesurer la profondeur de l’oeuvre, qui peut être d’une grande modernité et d’une grande ouverture tout en comportant bien des critères considérés comme stéréotypés à première vue.

Par exemple, je suis toujours très intéressée par les articles listant la proportion d’oeuvres qui échouent au test de Bechdel, car c’est éloquent concernant la sous-représentation des femmes dans les oeuvres. Mais ce test a ses limites car il ne dit rien de la qualité d’une oeuvre, ni de l’éventuel caractère sexiste de cette oeuvre. Pourtant le raccourci est fait très, très souvent. D’autre part, si ce test est plus souvent cité pour les oeuvres cinématographiques (les blockbusters, surtout) que pour les oeuvres littéraires, c’est parce que la littérature est plus difficile à sérier, décortiquer, trier, classer. C’est aussi parce qu’on est nombreux·ses à penser que la priorité, avant toute autre chose, est de lui assurer une liberté totale.

Avoir confiance dans les oeuvres personnelles d’auteurs et d’autrices

Bon, liberté totale, j’exagère. Il est évident qu’on ne va pas proposer à des enfants des oeuvres gore, pornographiques, ou qui prônent l’intolérance. J’ai confiance dans les auteurs et dans les autrices, mais aussi dans la plupart des éditeurs et des éditrices de romans et d’albums d’auteurs et d’autrices, qui ne vont pas publier n’importe quoi.

Concernant les stéréotypes, nous sommes tous et toutes formaté·e·s par la société, c’est certain, et personne ne peut se targuer d’échapper à des constructions et représentations stéréotypées. Les écrivains et les écrivaines, les éditeurs et les éditrices n’échappent pas à cette règle. Mais ils et elles n’ont pas la mission de créer un univers idéal dans leurs romans et albums. Et on peut leur faire confiance pour représenter dans leurs ouvrages la vie telle qu’elle est, dans toute sa vérité et dans toute sa variété, justement parce que c’est le rôle d’un écrivain ou d’une écrivaine. Ce ne sera pas complètement représentatif, c’est impossible car ce sera la vision personnelle d’un·e écrivain·e à partir de son vécu ou de ses observations personnelles ; ce ne sera pas une vie embellie car la mission d’un·e écrivain·e n’est pas d’embellir la vie… Donc cela échouera à 90% de tous les tests anti-stéréotypes qu’on pourrait imaginer à partir de données qu’on en extirperait. 

On peut aussi faire confiance aux lecteurs et lectrices. Il est rare qu’un enfant ou adolescent ou jeune adulte ne se voit proposer ou ne tombe que sur un seul type de livres. A l’école, chez lui, chez d’autres gens, il ou elle finira forcément par tomber sur des ouvrages moins formatés, voire carrément subversifs. L’important, c’est que ces oeuvres-là aussi continuent de pouvoir exister. Et elles ne le pourront que si on laisse toute liberté à toutes les oeuvres d’exister, formatées ou non.

La vie infuse dans les romans et albums. Et si les romans et albums ont une influence sur nos vies, c’est en en dévoilant des facettes souvent cachées et singulières qui sont pourtant souvent universelles, et non en présentant une vision idéale de cette vie, ou parfaitement représentative en terme de quotas.

Tout chiffre, tout état des lieux, toute donnée pourraient être dangereusement utilisées à des fins moralistes ou didactiques, et ce serait ce qui pourrait arriver de pire à la littérature jeunesse.

En conclusion…

Des conférences ou des débats menés par des sociologues ou des spécialistes qui ont une réflexion murie et poussée sur ce qu’est la littérature jeunesse, cela peut être formidable pour prendre conscience des stéréotypes dans certains ouvrages, et de leurs effets néfastes lorsqu’ils sont produits en masse. Cela pourrait avec profit être proposé dans un dispositif de formation à destination des éditeurs, éditrices, auteurs et autrices… sans que cela tourne à l’atelier d’écriture non-sexiste avec des conseils qui ne pourraient qu’être aberrants, au vu de tout ce que je viens d’expliquer.

Lutter pour une diversité, une même chance de publications, et une égalité dans la promotion et la médiatisation des auteurs et des autrices quels que soient leur genre, couleur de peau, etc… est un préalable essentiel car c’est le gage d’une richesse et d’une diversité de points de vue, de vécu, et donc de chasse aux stéréotypes.

Lutter pour que les jeunes héroïnes populaires des romans classiques de littérature générale aient les mêmes chances que les jeunes héros d’être valorisées par les spécialistes et critiques serait une façon de ne pas culpabiliser essentiellement les auteurs et les autrices dans leurs pratiques, et de les aider à ne pas coller inconsciemment à des attentes sexistes dépassées (qui connait Vinca du Blé en herbe, Fanchon de La Petit Fadette, Cécile de Bonjour Tristesse ? A contrario on connaît bien Vendredi, Meaulnes, Holden Caulfield, etc…).

Ces préoccupations essentielles associées à une meilleure écoute du public de cette littérature jeunesse, élevé à l’ère de metoo et donc beaucoup plus ouvert que leurs aînés, et une meilleure écoute de celles et ceux qui sont sur le terrain avec ce public (enseignants, bibliothécaires, auteurs…) serait une idée merveilleuse pour créer un prix prestigieux, comme il en existe tant qui n’ont hélas pas la faveur des médias – des prix fondés sur la sélection de professionnels sur le terrain puis sur le vote des jeunes, prix pourtant formidablement méprisés par les grands médias même quand ils sont nationaux (on peut aussi prendre exemple sur le prix Nobel alternatif de littérature soumis au vote populaire…).

(Derrière tous ces points se nichent plusieurs intersectionnalités : le mépris de la jeunesse, très fort en France, que les filles vivent de façon différente des garçons – pas le même mépris, disons ; le mépris de tous ceux et toutes celles qui travaillent avec et pour cette jeunesse ; et le mépris général de celles et ceux qui sont sur le terrain versus celles et ceux qui tirent les ficelles du pouvoir, des richesses et des médias).

A contrario, des statistiques sur l’ensemble de la production en littérature jeunesse ne voudraient rien dire ou pourraient être mal exploités. Aussi faut-il absolument se méfier de cette tentation du chiffre, en littérature, qui pourrait mener vers des raccourcis trop faciles, or on sait ô combien l’époque en est à la simplification et aux conclusions trop hâtives. Etant donné la variété des champs à explorer pour lutter contre les stéréotypes en littérature jeunesse, étant donné que cette lutte doit être l’affaire de tous et toutes, éditeurs, éditrices, auteurs, autrices certes mais aussi enseignant·e·s, bibliothécaires, libraires, journalistes, spécialistes, organisateurs·rices de salons du livre, membres de jurys littéraires, je suis certaine qu’on peut aisément éviter de passer par des chiffres insensés uniquement destinés à créer un électrochoc. Si  ces chiffres sortent et si électrochoc il y a, puisse-t-il servir autant la lutte contre les stéréotypes que la littérature, c’est mon voeu le plus cher. Et c’est la note la plus optimiste avec laquelle je peux clore cet article…

 

* Typologie des ouvrages publiés sous l’étiquette « Littérature Jeunesse »

On peut distinguer 3 cas : 

1) l’oeuvre d’un·e auteur·rice indépendant·e, née d’une idée personnelle. Forcément cela peut donner de tout : de bons ou de mauvais livres, de vraies oeuvres profondes ou des flops complets. De la bonne, ou de la mauvaise littérature. C’est ça, la liberté ! 

2) L’ouvrage a été écrit par des salarié·e·s d’une maison d’édition, alors qualifié·e·s d’auteur·rice·s. Dans ce cas, c’est souvent hyper formaté dans le but de plaire au plus grand nombre. C’est un produit plus que de la littérature, et c’est dans cette catégorie qu’on trouve le plus d’ouvrages stéréotypés.

3) Les commandes faites à un·e auteur·rice indépendant·e.

Trois sous cas :

a) Les commandes indigentes à tout point de vue. Je prends pour exemple une proposition que m’a faite un jour une maison d’édition : écrire une série de livres à partir d’une bible très précise, et très formatée, très stéréotypée – c’était en plus payé une misère. Difficile de faire une oeuvre personnelle, avec un tel postulat. Mais un·e auteur·rice très doué·e peut réussir à utiliser ou contourner la contrainte de façon géniale et faire une belle oeuvre, s’il ou elle parvient à prendre le temps pour cela, avec trois sous en poche… (message personnel : refusons tous et toutes ce type de propositions !)

b) Les licences. Une bible et un univers précis à respecter. On peut sans doute aussi en tirer quelque chose de personnel, à la condition d’avoir beaucoup de talent… 

c) Les commandes pour « coller » à une collection, avec contrainte amusante ou enthousiasmante ou inspirante (« la contrainte libère » disait Pérec). Généralement dans ces cas-là la liberté est plus grande qu’il n’y paraît, et cela peut  produire d’excellentes oeuvres personnelles.

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