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« On ne remarque pas où est la clef »

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« Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. »

Viens de terminer le splendide Anna Karénine de Tolstoï, que j’ai lu avec délices. Les tourments de l’âme et du coeur y sont scrutés avec une acuité, une finesse et une humanité exceptionnels. Comment oublier Anna, Vronski, Lévine, Kitty, Stepan, Dolly, Karénine, Serge, et la foule de personnages secondaires qui gravitent autour d’eux ? Si Anna est bien sûr très frappante dans son mépris des conventions, j’ai beaucoup aimé le personnage de Lévine, particulièrement attachant dans une autre forme de droiture, qui apparaît également à contre-courant de la bonne société. Tous deux forment au final, pour moi, le vrai couple de ce chef d’oeuvre, bien que ne se rencontrant qu’une fois (et ce qui se passe entre eux est révélateur), en tant qu’individus en recherche constante de vérité, contre le flux de leur époque.

Il m’en restera, non pas un éblouissement stylistique (tel que j’ai pu en connaître chez Dostoïevski), mais des scènes très fortes en mémoire et, bien sûr, une façon toute nouvelle et sans doute indélébile de voir désormais les gares et les trains.

Les bons romans se reconnaissent sans doute à cela : à l’empreinte durable qu’ils laissent en nous…

Il est instructif de lire l’une des critiques qui furent écrites à l’époque de la parution du roman :

« Il (le roman) n’a pas d’architecture. On y voit se développer côte à côte , et se développer magnifiquement deux thèmes que rien ne réunit. Comme je me suis réjoui de voir Anna et Lévine faire connaissance ! Convenez, c’est l’un des meilleurs épisodes du roman. Vous aviez là l’occasion de réunir tous les fils du récit et de lui assurer un final harmonieux. Vous ne l’avez pas voulu, c’est votre affaire…»,

ce à quoi Tolstoï répondra :

« Je suis fier au contraire de son architecture, les voûtes se rejoignent de telle manière qu’on ne remarque pas où est la clef… »

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de l’autoportrait

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Walker Evans est surtout connu pour son travail sur la Grande Dépression. Il a su saisir une Amérique en crise, avec délicatesse.

Sadie Tingle, Alabama, 1936.

On connaît moins ses autoportraits, nombreux.

Ce n’est pas un cas unique, loin de là. Nombre de photographes, mais aussi de peintres ont ressenti le besoin de saisir leur image changeante (Rembrandt étant fameux aussi pour cela…

),  à la manière d’un Monet avec ses meules de foin ou ses parlements de Londres ; ou comme Auggie/Harvey Keitel dans le Smoke de Paul Auster, qui prend en photo le coin de sa rue, toutes les heures.

Revenons à Mister Evans.

Qui a  l’air de s’étonner à chaque fois d’avoir l’air si différent de lui-même.

Il en joue.

Il se regarde vieillir ou tout simplement changer suivant l’heure de la journée, de la nuit, ou bien suivant les événements heureux ou malheureux de sa vie.

Comme varie l’eau de la Tamise d’heure en heure.

Il y a bien sûr une recherche d’humanité là-dedans.

D’identification, de charme, de séduction, de déconstruction.

Walker Evans avait une vocation littéraire… Peut-être écrivait-il aussi bien qu’il photographiait.

Vient la question : comment les écrivains s’autoportraitisent-ils ?

Autobiographie ? Autofiction ?

Trop de transformations.

Le diarisme, peut-être…

Le diarisme, sûrement.

Le monde prodigieux que j’ai dans la tête. Mais comment me libérer et le libérer sans me déchirer. Et plutôt mille fois être déchiré que le retenir en moi ou l’enterrer. 21 juin 1913.

Je suis allé au cinéma. Pleuré. Avant, un film triste, L’accident du dock, après un comique, Enfin seul. Je suis absolument vide et insensible. Le tramway qui passe a plus de signification vivante que moi. 20 novembre 1913.

J’étais assis chez Weltsch dans un fauteuil à bascule, nous parlions du désordre de notre vie, lui malgré tout avec une certaine confiance. « Il faut vouloir l’impossible ! ». Moi, sans même avoir cela, dans le sentiment d’être le délégué de mon vide intérieur, qui est exclusif et pas même exagérément grand. 16 décembre 1913.
 
Violente averse. Mets-toi face à la pluie, laisse ses rayons de fer te pénétrer, glisse dans l’eau qui veut t’emporter, mais ne bouge pas, reste droit et attends le soleil qui va couler à flots, subitement et sans fin. 27 mai 1914.

Journal de Franz Kafka

(Francis Bacon, autoportrait)

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les ados de Hellen Van Meene…

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… ont des choses à nous taire.

(Cette photographie a été mon support pendant toute l’écriture de U4.Yannis…)

(Et celle-ci pendant celle de Hors de moi.)

 

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hésitations…

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Sans cesse hésiter entre…

 le retrait…

l’envol…

la provocation…

le témoignage…

la résignation…

l’oubli du monde autour…

le désarroi…

la fuite…

Et un jour…

… rencontrer la dignité.

 

Juul Hondius, Izis, film Le Ballon rouge, Ralph Gibson…

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