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bientôt, le tome 2 du Grand Saut !

En avant-première rien que pour vous, ô lecteurs assidus d’ici, je vous laisse découvrir la couverture du tome 2 du Grand Saut

Tada !

Le Grand Saut 2, Nathan, 2017, 396 p., ISBN : 978-2-09-257380-8

 

Elle est belle, pas vrai ? En tout cas, elle me plaît beaucoup ! On y reconnait bien Iris, Rébecca, Marion et Sam. Ne manquent qu’Alex et Paul. Il est vrai que ces deux-là font un peu bande à part dans ce tome 2, vous verrez, pour des raisons bien à eux.

Encore un peu de patience, cet opus paraîtra le 7 septembre prochain. Oui je sais, c’est encore loin…

En attendant, et pendant que je vous peaufine un tome 3 encore plein de surprises (je m’amuse bien avec mes héros, je dois dire !), tome qui va boucler le récit de leurs vies sur une année entière, avec un Grand Saut en plein milieu, il vous faut en urgence vous procurer et lire le premier tome, disponible partout. Sans avoir lu ce premier tome, on ne peut comprendre le deuxième.

Le Grand Saut 1, Nathan, 2017, 374 p., ISBN : 978-2-09-256639-8

 

Alors qu’attendez-vous ? Foncez dans la librairie la plus proche (ou plus éloignée mais que vous préférez :-)) !

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« Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire pour certains. »

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Au creux de ce mois d’aout languissant où ceux qui ont la chance de prendre des vacances instagrament leurs photos de ciels bleus, où ceux qui travaillent en sont si contrits qu’ils se font les plus petits et les plus silencieux possibles, où les portraits des quotidiens d’information ne voient plus qui interviewer d’autre que des champions du monde de tricot ou de lancer de palourdes, au milieu de cette langueur poissarde où je mobilise toute mon énergie pour finir mon tome 3 du Grand Saut, j’ai tout de même envie de briser mon silence de tour d’ivoire afin de vous conseiller deux romans hyper stimulants car parlant de lumières dans la nuit… histoire de ne pas s’endormir.

C’est que j’ai lu, dernièrement, une dystopie et un récit (post-)apocalyptique, tous deux très réalistes et frappants. Tous deux excellents.

La servante écarlate de Margaret Atwood est un récit hélas « ordinaire » au vu de ce qui se pratique ou s’est pratiqué dans de trop nombreuses contrées du monde, au vu de ce qui se trame dans les esprits d’hommes de pouvoir – aux bouffées de pouvoir délirantes – autant Trumpiens que Strauss-Kahniens… On aperçoit au sujet de ce roman d’anticipation tout ce qui est problématique à le qualifier de « féministe ».
Ce qualificatif est juste car il donne le point de vue d’une femme opprimée dans une dictature « ordinaire », point de vue trop peu souvent écouté. Cette voix est exprimée et écoutée dans sa spécificité de femme. C’est si rare que le faire est un geste féministe.
Mais c’est précisément en lisant ce roman qu’on aimerait que le mot féminisme n’ait pas à exister. Le féminisme existe au sein des droits humains à cause de la spécificité des violences faites aux femmes, et surtout à cause du silence souvent apposé comme un voile sur celles-ci. Comme si elles avaient moins d’importance.     Parlons de guerre mais pas des viols ou kidnappings. Parlons de drames de la passion mais pas de meurtres. Parlons droits du foetus mais pas droits des femmes à disposer de leur corps. Parlons contraception, règles, conception, mais pas aux hommes. Parlons indécence ou provocation seulement s’il s’agit du corps des femmes. Parlons impulsions et besoins naturels seulement s’il s’agit du corps des hommes. Parlons culture au cours des siècles mais surtout de celle faite par les hommes. Parlons culpabilité, seulement aux femmes, etc, etc…
La servante écarlate, récit d’abord droit-de-l’Hommiste (terme totalement impropre jusqu’à la majuscule que j’utilise ici « pour rire »), qui ne nie pas ces problèmes ordinairement passés sous silence hormis dans les cercles féminins (et encore), qui au contraire les exprime tout haut à la face du monde mixte, est donc hélas forcément féministe ; mais la prière constante faite au fil de ces pages, c’est de ne plus penser le féminisme comme se juxtaposant aux droits humains en en brouillant le discours, mais comme en faisant partie intégrante….
Ainsi, dirait-on, le ventre des femmes ne serait l’affaire de tous que dans les affaires publiques, sociales et politiques ? Dans le domaine intime et littéraire, surtout si l’on adopte le point de vue d’une femme, ce ne serait plus « qu' »une affaire féministe ? Pensant cela, n’est-on pas déjà au coeur de cette dystopie ? C’est la force stimulante de ce récit : sa réception même et les étiquettes qui lui sont apposées montrent à quel point l’anticipation est proche, voire déjà actuelle. De façon abyssale, ce roman est reçu dans une société qui penche dangereusement vers ce qu’il dénonce.
Ecoutons l’autrice, qui exprime cela très bien : « On a souvent qualifié La servante écarlate de « dystopie féministe » mais ce terme n’est pas strictement approprié. Dans une dystopie féministe pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes. Elle comporterait une structure à deux couches : la supérieure pour les hommes, l’inférieure pour les femmes. Mais Gilead est une dictature de type classique : construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal – les hommes ayant généralement l’ascendant sur les femmes -, puis les strates de pouvoir et de prestige décroissants, mêlant toujours hommes et femmes, jusqu’au bas de l’échelle où les hommes célibataires doivent servir dans les rangs de l’armée avant de se voir attribuer une Ecofemme… »

La dystopie racontée n’est en effet pas féministe, seulement représentative d’une réalité et d’un danger possible aujourd’hui, et seulement racontée du point de vue de Defred, et non de Nick, par exemple. Comme si 1984 était raconté par Julia au lieu de Winston. Et, peut-être encore davantage : comme si le 1984 revisité par Sansal se penchait sur le sort des femmes dans la société qu’il a imaginée, où les femmes sont invisibilisées jusque dans le récit (ce qui ne peut donc pas être un reproche littéraire car extrèmement efficace).

Concernant l’édition que je possède de La Servante Ecarlate, édition de 2015, l’ironie exceptionnelle, énorme, presque comique si elle n’était triste, réside dans le fait que l’éditeur a « oublié » que Margaret Atwood était une auteure ou une autrice, comme on voudra. Pour cette édition, elle est un auteur… et est ainsi invisibilisée en tant que femme.

Abyssal, disais-je.

 

(Pour information : référence à la déclaration des droits humains, articles 27 et 28, stipulant que l’un des droits fondamentaux de l’individu est de prendre part librement à la vie culturelle et que nous avons tous la responsabilité de veiller sur les intérêts moraux de chacun. L’un de ces droits moraux fondamental est d’être au moins reconnu pour ce que l’on est. Etre reconnue comme étant une femme qui fait oeuvre littéraire – donc une auteure, néologisme récent, ou une autrice, terme qui était utilisé au XVIIe siècle avant d’être « effacé », pour les sources c’est ici -,  c’est l’un de ces droits. Que dirait un romancier, un homme, si on le qualifiait de romancière ? Que dirait-il si du jour au lendemain on décidait d’interdire le terme « romancier » pour n’autoriser que celui de « romancière » ? Et s’il se révoltait, qu’on lui rétorquait que « romancière » est le nouveau terme neutre utilisable pour tout le monde, parce qu’on en a décidé ainsi ? Militer pour les droits humains, ce n’est pas désirer être englobée dans des termes qui aujourd’hui sont dominants et considérés comme neutres alors que ce n’était pas le cas hier, c’est aussi militer pour que cesse l’invisibilisation des femmes dans tous les domaines, sous forme de réécriture de l’Histoire. La pseudo neutralité de la langue française qui ne s’exprimerait que par des termes masculins n’est rien d’autre qu’une tentative d’invisibilisation de termes féminins qui existaient pourtant… donc d’invisibilisation des femmes).

Voici, pour finir sur ce roman, des phrases qui m’ont frappée, que je cite ici bien qu’elles ne rendent pas justice à la grande subtilité du récit.

Sur ce à quoi on s’habitue si facilement, ce à quoi on est déjà habitués, habitude dont profitent tous les conservateurs de tout poil (aiguisons notre regard critique, encore et toujours) :

« L’ordinaire, disait Tante Lydia, c’est ce à quoi vous êtes habituées. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps. Cela deviendra ordinaire. »

Sur les arguments « naturalistes » qu’on nous oppose avec une candeur désarmante :

« On ne peut pas tromper la Nature, dit le Commandant. La Nature exige la variété, pour les hommes. C’est logique, cela fait partie de la stratégie de la procréation. C’est le dessein de la Nature. » Je ne dis rien, et il poursuit : « Les femmes savent cela d’instinct. Pourquoi achetaient-elles tant de vêtements différents, dans l’ancien temps ? Pour donner l’illusion aux hommes qu’elles étaient plusieurs femmes différentes. Tous les jours une femme nouvelle ». Il dit cela comme s’il y croyait. Peut-être y croit-il, peut-être pas, ou peut-être y croit-il sans y croire. Impossible de savoir ce qu’il croit.
Je dis : « Alors, puisque nous n’avons plus plusieurs vêtements, vous avez tout simplement plusieurs femmes »; c’est ironique, mais il ne s’en rend pas compte.
« Cela résout un tas de problèmes », dit-il, sans ciller. »

Sur les petits arrangements libéraux :

« Nous pensions que nous pouvions faire mieux.
Je répète : Mieux ? D’une petite voix. Comment peut-il penser que ceci est mieux ?
Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire pour certains. « 

 

L’adaptation en série est très, très réussie, autant du point de vue esthétique (ambiances et lumières à la Rembrandt) que narratif, que du jeu des acteurs.

*******

 

Ensuite j’ai lu un autre chef d’oeuvre. Dans la forêt de Jen Hegland (merci à V.V. pour le conseil).

Je n’oublierai pas Nell de si tôt. Eva non plus, mais Nell, par sa narration, existe si fort… La narratrice écrit au présent, première personne, et elle a 17 ans. S’il avait paru initialement en France, ce roman l’aurait peut-être été en « littérature jeunesse ». Et aurait sans doute été moins consacré. Publié en 1996 aux Etats-Unis où son succès fut éblouissant, aux dires de l’éditeur, il ne parait ici que cette année. Pourquoi avoir attendu vingt ans pour le traduire ?  Ce récit est pourtant d’une force aussi puissante que La route de Cormac Mac Carthy écrit et traduit dans la foulée dix ans plus tard, et mériterait d’être au moins aussi connu. Il s’en différencie, de beaucoup, par sa sensualité, quand La route se distingue par sa noire aridité. Route ou forêt, après tout, il faut choisir. Nell et Eva, dans un contexte post-apocalyptique, elles, choisissent de ne pas partir. Au lieu d’un road-trip poignant nous avons donc un Nature Writing étreignant. Et c’est superbe, prenant, envoutant… C’est réaliste et saisissant. C’est beau et vivifiant. C’est une formidable ode à la vie.

« Quand je me suis réveillée, la lune était blanche, la clairière enveloppée du velours infini d’une nuit d’été, et le seul feu que je distinguais était le flamboiement distant des étoiles. »

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connexion… avec le monde

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Une dernière petite photo d’écrivain pour vous annoncer ma disparition momentanée de la toile, non pas pour cause de vacances mais pour cause de séjour nécessaire en tour d’ivoire.

Eh oui, car j’ai du travail. Beaucoup.

Hunter S. Thompson

Comme les photos d’hommes écrivains sont un milliard de fois plus inspirantes que celles des femmes (voir article ci-dessous), voici un mâle beat-writer pour illustrer ma philosophie de travail aoutienne.

Et quelques beat-words :

Le poids du monde
est amour
Sous le fardeau
de solitude,
sous le fardeau
d’insatisfaction

extrait de Howl, d’Allen Ginsberg

…parce que les seuls qui m intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout a la fois, ceux qui ne baillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église.

Sur la route, Jack Kerouac

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montrer et regarder autrement les écrivain(e)s…

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Peut-être faut-il y réfléchir… Heureusement, de gros progrès ont été faits et ce que je vais montrer là sont  des photos souvent anciennes, évidemment choisies pour ma démonstration, mais ces photographies ont été si faciles à trouver et sont si nombreuses qu’elles ne me semblent pas là comme illustrations anecdotiques mais bien comme propos général à interroger. D’autre part on se rend compte combien ces images sont si prégnantes en nous qu’on a tendance, hommes ou femmes écrivains contemporains, à les reproduire inconsciemment. Cela peut être bien de prendre conscience de tout cela pour casser les codes, ou bien pour jouer sciemment avec eux…

Observons d’abord ces photographies d’hommes écrivains au travail :

Boris Vian

André Breton

Nicolas Bouvier

Brendan Behan

H.G. Wells

Stephen King

 

William Faulkner

 

Ernest Hemingway

John Irving

Philippe Roth

 

Notez leur sérieux, leur air pénétré. La posture désinvolte est autorisée (Stephen King, Faulkner), seulement si l’on voit bien à quel point l’écrivain est concentré. Notons l’effet de vitesse (Brendan Behan), et la nécessité de tenir l’endurance grâce à la nicotine (Bouvier), ou le café (Brendan Behan, encore)… à moins que ce ne soit du whisky ?

Si ces auteurs hommes bénéficient d’emblée d’un sérieux appréciable, ils manquent singulièrement de capital sympathie. Ils ont l’air quand même vraiment pas commodes, bougons, hautains et peu accessibles.

Qu’en est-il des femmes ?

Mary Shelley (ou l’art d’écrire en regardant devant soi)

Elles ont presque toutes un air sage voire compassé. J’entends presque à chaque fois le photographe (ou le portraitiste comme ci-dessus) dire ou penser : regardez-moi (qu’on voie votre doux visage). Vous ne voulez pas ? Bon alors au moins un sourire ? Il faut qu’on voie à quel point vous êtes sympathique – malgré le choix de cette activité si sérieuse que vous vous imposez sans raison. Il faut qu’on voie que vous prenez du plaisir à écrire ! A quel point les romans que vous  écrivez, vous les femmes, ne sont sans doute pas aussi profonds et difficiles que ceux des hommes...

 

Toni Morrison

(Certes certes, mais tout de même, c’est agréable de voir enfin un sourire, merci Mme Morrison !)

 

Noël Streatfeild

 

Anne Sexton, souriante sur toutes les photos d’elle, choisit de mettre fin à sa vie, à 45 ans.

Enfin de la vitesse dans les mains sur cette photo… Mais pourquoi a-t-on l’impression qu’Anne Sexton recopie au lieu de créer ?

Une femme devant un clavier souffre de toute façon toujours des stéréotypes. Comment ne pas voir de simples secrétaires, le plus souvent ? Comment les prendre au sérieux avec leurs coiffures compliquées, leurs bijoux ou leur mise endimanchée ? Quel temps perdu, quand les hommes semblent souvent s’être mis au travail dès le saut du lit, voire encore dans leur lit (voir plus bas)…

Agatha Christie

 

Edith Warton

Lorsqu’on leur autorise une pose moins académique, le manque de naturel est confondant :

Sylvia Plath, à qui la vie semble si douce et sereine sur cette photo, se suicida elle aussi – dépression qu’elle raconta dans un récit autobiographique – ; son malaise de vivre n’est décelable sur aucune des photos d’elle. Nombre d’écrivains mirent fin à leur vie, mais chez les femmes il n’était pas décent de faire la tête avant.

 

Il n’est pas interdit de noter que les écrivaines sont souvent en équilibre instable, jambes croisées ou alors bien serrées, comme prêtes à s’évaporer ou au contraire à se recroqueviller, alors que les écrivains sont toujours bien campés sur leurs deux pieds, arrimés au sol et à ses réalités, tout en étant prêts à bondir à la moindre alerte.

Parlons félins, justement. Prêts à bondir, certes, mais si Céline, Capote, ou Jean Cocteau ne répugnaient pas d’être pris en photo avec leur chat, c’était surtout pour montrer à quel point sa propension à la paresse les empêchait de travailler :

Céline et Bébert

… alors que si on montre un chat sur la photo d’une femme écrivain (plutôt qu’un chien comme Stephen King), c’est sans doute pour contrebalancer par son aspect mignon l’usage subversif de la cigarette, par exemple :

Françoise Sagan

 

Par ailleurs, souvent, on ne manque pas d’associer la langueur féline à la langueur supposée de l’écriture féminine. Les poses allongées chez les femmes écrivains sont courantes. Alors que les hommes écrivains sont plus souvent représentés en train d’écrire debout (Victor Hugo, Roth…). On ne voit jamais de femme écrivant debout, bizarrement. Une question de dynamisme sans doute. Hum.

Seulement attention, écrivaines allongées, certes, mais pas dans un lit ! Nabokov, lui, il a le droit… De toute façon, il a même eu le droit d’écrire Lolita, alors (un chef d’oeuvre incontestable, mais une histoire similaire écrite par une femme aurait été impensable à la même époque… aujourd’hui non plus quand j’y pense…).

Seules Bridget Jones ou Carry Bradshaw sont montrées en train d’écrire dans leur lit, mais ce sont des personnages fictifs plus diaristes ou journalistes qu’écrivaines, et qui écrivent exclusivement sur leurs frasques sexuelles… Aurait-on peur d’un brouillage de symboles en représentant une vraie femme vraiment écrivaine en train d’écrire dans son lit ?

 

François Sagan, jeune fille sage… qui brûla la vie par les deux bouts.

Pas de draps en désordre. Non, mieux vaut représenter l’écrivaine sur le sol. Et tant pis si ça a l’air peu naturel, encore une fois. Essayez donc de taper sur un clavier allongé(e) sur le ventre ! Tendinite ou torticolis assurés en moins de dix minutes.

 

Siri Hustvedt et son mari Paul Auster, l’une allongée, l’autre assis. L’une souriante, l’autre circonspect.

Le canapé, sinon, c’est une valeur sûre, plus naturelle et moins compromettante.

Il y a des contre-exemples, oui, et notoires. Des femmes écrivaines qui sans doute ont osé dire au photographe : non je n’ai pas envie d’avoir un air artificiel sur cette photo. Non, je ne souris jamais quand je travaille. Ou alors furtivement, de satisfaction après avoir cherché pendant trois jours la bonne formulation. Ou si j’écris un passage humoristique, peut-être. Et je ne regarde jamais un objectif, non plus. Et d’ailleurs, je peux fumer sans chat. Notons que les femmes qui ont osé cela sont celles qui ont déjà réussi à accéder à la notoriété au moment de la photo. Elles ont acquis la chance de n’avoir plus à convaincre, plus à plaire, plus à veiller de ne pas déranger. Une chance acquise au fil des ans, de leur travail, de haute lutte. Une chance acquise d’emblée à tous leurs confrères, aussi jeunes soient-ils.

 

Marguerite Yourcenar

 

Harper Lee

 

Simone de Beauvoir

Bon, du coup, elles ont l’air aussi peu amènes que leurs confrères, certes…

Mais on n’a rien sans rien.

(Bien sûr ces constatations ne s’appliquent pas aux auteurs de littérature jeunesse qui, hommes ou femmes, ne bénéficiant que d’un assez faible capital sérieux de départ, misent pas mal sur leur capital sympathie… comme pendant longtemps et encore pas mal aujourd’hui les femmes en littérature générale. Cependant, voyons le bon côté des choses, comme ils ne sont pas accusés de langueur, ils ont souvent peu à s’allonger sur les photos).

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j’en suis bien désolée mais…

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Beaucoup de gens écrivent et, ce qui se comprend, ils sont en quête d’avis pour savoir ce qui est bon, ce qui est à améliorer, ils cherchent à savoir pourquoi ce qui a du succès sur la toile ou parmi leurs relations ne trouve pas d’éditeur ; je comprends leur désarroi, c’est un mystère toujours renouvelé, ce qui est édité ou ne l’est pas, et croyez-moi je n’ai pas non plus la réponse. Mon désarroi est souvent le même que le vôtre.

Vous m’écrivez, vous me demandez de lire vos textes et de vous fournir un avis, et je vous avoue que vos demandes me plongent dans un grand embarras. Quand j’ai moi-même débuté (aux alentours de la préhistoire), on ne pouvait pas contacter aussi facilement qu’aujourd’hui via Internet les écrivains déjà publiés. Je n’ai pas connu cette proximité et j’ignore si je me serais tournée vers eux, si je leur aurais demandé de lire mes récits en quête de leur opinion. Peut-être, je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit j’ai de plus en plus de demandes de ce type, qui s’ajoute aux manuscrits que me donnent certains élèves quand je vais dans leur classe pendant l’année scolaire. J’en suis flattée. Ce sont souvent des lecteurs qui ont aimé mes romans et la démarche est timide et touchante. Elle me touche, oui, et je suis d’autant plus gênée pour élaborer une réponse. Car cette réponse est la plupart du temps négative, quel que soit l’âge de l’apprenti écrivain.

Je m’en explique ici parce que je crois que cette demande dissimule une vision biaisée de ce qu’est un écrivain.

D’ abord je dis « la plupart du temps » car je suis humaine et il peut y avoir des exceptions, un mot dans le mail, quelque chose de particulier, un je ne sais quoi qui va me pousser à lire les premières pages et à répondre si elles me touchent. Mais c’est rare, d’abord parce que le temps me manque. Et c’est cela qu’il faut comprendre quand on s’adresse à un écrivain qui exerce son métier d’écrivain à plein temps : il manque incessamment et dramatiquement de temps. Si je lis un manuscrit pour donner un avis, ce sera par amitié. Si je lis des romans, c’est pour mon plaisir et un apport spirituel essentiel.

En outre, obtenir un avis d’écrivain risque fort de ne pas mener à la publication de son projet – et c’est l’attente générale, le but ultime de ceux qui demandent un avis. Car un écrivain a un regard d’écrivain, d’abord qui lui est propre et singulier, qui a de grands risques d’être d’ailleurs très particulier, et qui a fort peu de chances de rencontrer celui des apprentis écrivains qui le contactent.
La seule personne à qui demander des avis pour savoir si son projet est publiable, c’est bien sûr un éditeur, qui a un regard global et dont l’essence même est de savoir se couler dans plusieurs univers de plusieurs écrivains. En outre, c’est son métier : lire des manuscrits, répondre aux auteurs, et s’il est séduit amener un texte et un auteur au meilleur d’eux-mêmes. Nombre d’éditeurs en littérature jeunesse écrivent d’ailleurs des lettres de refus circonstanciées aux auteurs qu’ils sentent prometteurs, qui peuvent beaucoup les aider à comprendre ce qu’il faut améliorer dans leurs textes.

(Savoir que cela peut être aussi le travail d’un agent littéraire. Vous noterez d’ailleurs que lorsqu’ils acceptent ce travail d’aide sur un texte, éditeurs et agents sont payés pour cela.)

Lire des manuscrits d’autres auteurs ne fait pas partie des attributions du métier d’écrivain, qui d’ailleurs ne sait peut-être pas le faire bien – il n’a pas été formé dans ce but, contrairement aux éditeurs – , hormis dans le cadre d’ateliers d’écriture si l’écrivain se sent à même d’en mener (c’est un autre métier, pour lequel personnellement je me suis formée). Mais dans ce cas l’écrivain est présent dans son aide dès la genèse des textes – et vous noterez que là aussi, vu que c’est un vrai travail qui prend beaucoup de temps, il se fait rémunérer. Il fait alors oeuvre de maïeutique, non de critique. Aider à accoucher d’une idée, travailler et aider à améliorer un texte, c’est sérieux, important, humain, cela ne peut se faire via quelques échanges rapides, internautiques ou non. Et ce travail en ateliers d’écriture n’a pas pour but ultime d’amener les textes produits vers la publication. Il a pour but ultime d’amener un être humain à exprimer au mieux ce qu’il porte aux tréfonds de lui-même.

Je réitère donc toutes mes excuses à ceux à qui j’ai déjà ou à qui je vais refuser de lire puis de donner mon avis sur leur texte. Sachez que je vous soutiens et vous encourage, car l’écriture est une jolie activité, et que si elle vous est venue vous avez une flamme en vous qui vous y a mené. Peut-être y a-t-il parmi vous de futurs grands écrivains ou simplement des écrivains bientôt publiés. Je ne me frapperais pas de ne pas vous avoir répondu par l’affirmative, et d’ailleurs j’espère que vous ne me frapperez pas non plus ! Je me frapperais d’être passée à côté de vos textes si j’avais été éditrice. Peut-être aussi qu’un jour nous finirons par devenir amis à force de nous côtoyer dans les salons du livre. Et alors, peut-être aussi que je lirais avec plaisir vos romans déjà publiés, ou ceux qui ne le seraient pas encore.

 

(Samuel Beckett en train de travailler…)

 

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