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Dans un mois, ce sera Renversante !

Passionnante matinée d’hier pour la réunion de présentation aux libraires des nouveautés de début d’année à L’école des loisirs.
C’était à l’Hôtel de Massa (première fois que j’y allais, si si, et c’est vraiment un bel endroit), et c’était organisé sous forme de trois tables rondes.

J’ai eu le plaisir d’y retrouver la copine Flore Vesco et le copain Vincent Bourgeau, ce qui m’a permis de me sentir comme à la maison et de découvrir d’autres auteurs et autrices talentueuses, et d’avoir envie de lire des tas de romans à venir, celui de Flore, celui de Naïma Zimmerman, celui d’Eric Pessan ou encore celui d’Alice Zeniter et Antoine Philias. L’année 2019 sera un grand cru, de toute évidence.
Le sentiment de chez-soi était aussi grandement facilité par la modératrice de ma table ronde sur le thème de l’engagement, la brillante Maya Michalon ! J’étais entourée de Marianne Renoir dont *Le murmure des sorcières* est ébouriffant et plein de saveur et Clémentine du Pontavice qui a écrit-dessiné *Truc de fille, truc de garçon*, charmant album pour aider les tout-petits à se dégager des stéréotypes déjà prégnants à cet âge. 

Photo piquée sur l’instagram de Clémentine du Pontavice


Et je peux enfin vous parler de mon *Renversante*, dont j’attends la sortie (et surtout la réception) avec impatience.

Renversante, Ecole des Loisirs, Collection Neuf, 978-2211239387


Que serait notre monde s’il était dominé par les femmes au lieu d’être dominé par les hommes ? Ce serait renversante ! Avertissement : tout est vrai, tout est réel, c’est seulement renversé… Et vous verrez, moi-même en l’écrivant j’ai trouvé cela frappant. Les illustrations hilarantes de Clothilde Delacroix accompagnent efficacement mon texte, à partir de 9 ans, mais que je conseille à absolument tout le monde ! Parution le 13 février prochain.

Mais auparavant ce sera *Nos éclats de miroir*, parution dans quelques jours, chez Nathan, texte très très différent, mais tout aussi représentatif de ma psyché compliquée.

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enterrement d’oiseau et rendez-vous avec un chat

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Le roman Nos éclats de miroir à paraître bientôt chez Nathan est un prolongement littéraire (au sens de transformation volontaire de la réalité, avec le souci d’y trouver du sens) de mes journaux intimes d’enfant et d’adolescente. Pour l’occasion, quelques extraits, réels ceux-ci, de mes vrais journaux, qui illustrent cette réflexion de mon héroïne Cléo, page 14 : « Je crois que l’enfance est liée à la terre. J’étais toujours à y farfouiller, à tenter d’une certaine façon de m’y enfouir. »

Age : 10 ans et 3 mois

6 mars 1984

Ce matin, j’ai pris mon vélo et et j’ai été à l’endroit où j’avais trouvé un pauvre oiseau mort. Heureusement, il y était encore. Je l’ai mis dans un sac plastique et j’ai mis longtemps à trouver un endroit convenable. J’ai finalement enterré l’oiseau dans un petit bois, hélas qui est bien sale. J’ai creusé un petit trou à l’aide d’un bâton. C’était facile car la terre était humide. J’y ai déposé l’oiseau. Je l’ai recouvert de terre. J’ai trouvé une planche qui s’est transformée en pierre tombale, j’ai mis des pierres pour que la planche tienne. Ensuite, j’ai mis deux branches en forme de croix sur la tombe. Pendant que je faisais ce travail, un chat noir est venu me rendre visite. Au début, je le trouvais ennuyant car il déplaçait les branches. Mais peu à peu, je lui ai trouvé l’air sympathique et je l’ai appelé Lucifer. Ce n’était pas le mot à prononcer devant une tombe, je suis donc partie. Il m’a suivie. J’étais heureuse, car beaucoup de chiens m’ont déjà suivie, mais jamais un chat ! Et puis, il était tout à côté de mes pieds ! Puis, c’est moi qui l’ai encouragé à me suivre, je l’appelais et il venait. J’ai pensé qu’il avait faim, j’ai voulu le ramener à la maison. Mais j’ai deviné que ça ne plairait pas à maman. Alors je lui ai donné rendez-vous à un endroit précis demain matin car je commencerai à 10h00. Je lui apporterai du lait. Il a eu l’air de comprendre car il est parti. Quand je lui aurai donné son lait, je sens que je serai contente car ça fait du bien de faire une bonne action. J’espère seulement qu’il sera au rendez-vous.

14 mars 1984
Je n’ai plus revu Lucifer, il ne manque pas une goutte dans le bol de lait, je l’ai repris, et maintenant je ne m’occupe plus de Lucifer. J’ai embelli la tombe de l’oiseau. Avec une craie, j’ai écrit sur la pierre tombale : Cui-Cui, décédé le 5 mars. J’ai mis le peu de fleurs que l’on peut trouver en hiver à côté de la tombe.

23 mars
Il y a des jours où je n’ai vraiment pas envie d’écrire, tu l’as remarqué ces derniers jours, cher journal. Aujourd’hui, c’est le premier jour des vacances de Pâques et j’ai eu envie de t’emmener au parc. Et nous voici. C’est agréable d’écrire en même temps que le gazouillement des oiseaux, avec cette petite brise fraîche qui fait chanter les feuilles des arbres. Je suis tranquille. Seules quelques personnes passent toutes les vingt minutes pour profiter du soleil d’un samedi matin.

Le frère de C. et un de ses copains sont venus m’embêter, j’ai dû m’enfuir. Et je me suis réfugiée en haut d’un arbre ! Finalement, on est bien dans cet arbre. Il est très haut et j’ai déjà réussi une fois à grimper jusqu’au sommet. A son pied, j’ai cueilli une des premières pâquerettes que je collerai à la maison sur l’une de tes pages.


J’ai appris une poésie qui parlait de fleurs :
« Aux marguerites tu as donné un nom de femmes. Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleurs. C’est pareil. L’essentiel c’était que ce soit joli, que ça fasse plaisir. » Ca me plaît beaucoup.

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Réflexions de bout d’an

L’entre-deux fêtes est l’occasion d’une pause facebookienne, et de méditer sur sa violence. Je ne cesse pas de constater à quel point un important contingent d’indvidus très sûrs d’eux sont prompts à tenter d’y intimider les autres, dans le but de les décourager et les réduire au silence. Consciemment ou pas, juste pour prendre la place, garder l’espace, ne pas céder le terrain, être là plus que tout le monde. Exister davantage. Gagner.

Les stratégies sont toujours les mêmes. C’est comme parler très fort pour couvrir la voix des autres, c’est comme couper la parole, passer entre deux personnes qui discutent pour qu’elles ne puissent plus se parler (ce que, dans la vraie vie des salons du livre, je subis parfois, muette de surprise… puis résignée, parfois même amusée tant c’est énorme, puis désarçonnée : serais-je vécue comme une menace réelle ?). Sur les réseaux, comme dans la vraie vie mais puissance dix mille, cela va se traduire par des affirmations péremptoires du style « tu as tort et j’ai raison », sans écoute des arguments opposés, parfois même sans réponse ; des accusations de mise en péril de la qualité de la langue française/ de la « bonne » littérature/du « bon » cinéma /de la « bonne» musique /du travail phénoménal et admirable que «l’autre» a l’aplomb d’oser discuter ; « tu fais beaucoup de mal à… » ; des sous-entendus ou des déclarations franches du style : « ta pensée est tellement commune/superficielle, et la mienne si rare, exceptionnelle et plus approfondie », « ce que moi j’apprécie a valeur de validation, ce que toi tu apprécies est suspect », « quels sont tes diplomes, au fait – si tu en as, bien entendu ? », « quelle vulgarité d’étaler ainsi ses diplomes/compétences/réussites », « la forme de ta réponse laisse à désirer/est purement rhétorique/illisible/manque d’exigence/empêche la discussion », « tu manques d’humour », « si tu as réussi c’est grâce à ton physique/ton sourire/tes beaux yeux, si on t’a choisie c’est pour une histoire de quotas », « on ne sait pas du tout pourquoi c’est toi qui as été choisie et pas lui », « quand je me mets en avant, c’est avec distance, esprit, ironie, élégance et pertinence, quand tu te mets en avant, c’est très vulgaire », « j’ai plus de légitimité que toi à donner mon avis, même si tu connais mieux le sujet »… Ces réponses à la moindre réussite ou au moindre avis un peu polémique, d’autant plus s’il est politique (chasse férocement gardée), sont si nombreuses sur fb qu’elles sont vécues comme une avalanche par ceux mais surtout celles qui osent sortir de l’ombre. Celui qui poste sa petite réflexion isolément n’a sans doute pas conscience qu’elle n’a pas le même poids que lors d’une discussion duelle, il n’a pas conscience de la force du nombre, écrasante, décourageante, qui met les nerfs et la confiance en soi à rude épreuve.

Les « autres », ce sont toujours les mêmes : une écrasante majorité de femmes, de préférence jeunes, et c’est encore mieux si elles sont noires/maghrébines/handicapées/issues de milieu défavorisé ou toute autre forme d’intersectionnalité. J’ai aussi vu des hommes humbles, souvent talentueux d’ailleurs, ou peu sûrs d’eux, subir la même violence, mais ils ne vivent pas le poids du patriarcat de la même façon. Les « uns » ? Une majorité d’hommes de plus de 25 ans. Blancs de préférence. Une part de ces « uns » sont des femmes arrivées au sommet ou sûres d’y arriver en singeant et en caressant dans le sens du poil les dominants, qui peut-être ainsi les coopteront (un indice : elles se font désigner par un terme masculin). Si ces individus sont cultivés, donc souvent issus de catégories socio-professionnelles élevées, ils sont encore plus offensifs et écrasants. S’ils occupent déjà une place élevée, idem (histoire qu’on ne la leur vole pas). Ce sont des hommes qui n’ont tellement pas d’expérience de ce qu’est la domination que beaucoup ne se rendent pas compte qu’ils l’exercent sur les autres, sûrs de leur bonne foi. Certains sont-ils de simplement élever le débat, de rétablir une forme de justice qu’ils ne perçoivent pas comme une forme d’ordre à ne pas déranger ; innocents sont-ils, si peu conscients de la violence avec laquelle celles qui sont élevées dans un système patriarcal depuis l’enfance reçoivent leurs avis péremptoires.

Il y a un grand réconfort à constater que de nombreuses résistantes ne se laissent pas du tout intimider. Par exemple, quand je vois une autrice accéder aux meilleures ventes de romans, j’ai juste envie de l’embrasser (d’autant plus si je sais qu’elle ne fait pas partie de ces femmes qui refusent la démasculinisation de la langue), parce que je sais qu’il lui a fallu briser un plafond de verre, et que cela demande un grand talent et une grande persévérance. Ne croyez pas que c’est plus facile en littérature jeunesse : si ce domaine est méprisé par l’élite et les médias, les ventes s’y portent tellement bien que depuis quelques années toujours plus d’hommes y jouent des coudes, en prétendant parfois en élever enfin le niveau.

Face à cette violence, personnellement j’oscille toujours, encore, entre le retrait facebookien (je suis forte autrement), et la persévérance (je reste présente, et ils ne gagneront pas). Mais c’est une lutte épuisante qui ronge l’esprit, quand pour « eux » c’est un jeu qu’ils oublient aussitôt facebook fermé. J’admire la nouvelle génération qui a une répartie drôle et incisive, beaucoup moins prête à se laisser écrabouiller que les générations précédentes, et qui semble prête à jouer, elle aussi, souvent avec une légèreté salvatrice et un humour fou. Elles ne lâchent pas, et cela fait grand plaisir. Il y a quelque chose de gagné, c’est certain. Moi non plus je ne lâche pas, croyez-le bien, mais je suis beaucoup plus efficace dans mes romans ou dans la vraie vie que sur facebook, où, je vous l’annonce, je compte bien abandonner le débat d’idées, parfaitement épuisant, dont l’un des buts non avoués est aussi de pomper l’énergie des « autres » pour qu’ils ou elles n’en aient plus pour les créations importantes. Cette année, résolution numéro 1 : garder mon énergie pour les choses importantes. Et persévérer, ne pas me taire, ne pas lâcher une once de terrain, mais ailleurs, et autrement : en créant, avec une exigence toujours plus grande.

PS : ce billet, par conséquent, ne sera pas publié sur fb.

PS 2 : C’est sans doute le bon moment pour vous annoncer la parution en février prochain de Renversante, à l’Ecole des Loisirs, court roman où j’ai imaginé que notre société était dominée par… les femmes. Brrrr… Une véritable dystopie (amusante) pour enfants ! Illustrée par la talentueuse Clothilde Delacroix.

Renversante, Ecole des Loisirs, Collection Neuf, 978-2211239387
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le corps utopique

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Repartie dans mes lectures qui tournent autour de l’être augmenté, l’une des utopies de notre ère, afin de retravailler ma dystopie sur le sujet (à paraître fin aout 2019), je suis retombée sur ce texte de Foucault que j’avais archivé il y a déjà un moment, et qui colle parfaitement (sentiment qu’en ce moment, je ne fais qu’écrire ce qui me trotte dans la tête depuis bien des années). Il n’y a rien d’incroyable dans le fait que cette conférence date de 1966, car l’idée de corps utopique est largement plus ancienne que la virtualité technologique de notre siècle.


« L’utopie, c’est un lieu hors de tous les lieux, mais c’est un lieu où j’aurai un corps sans corps, un corps qui sera beau, limpide, transparent, lumineux, véloce, colossal dans sa puissance, infini dans sa durée, délié, invisible, protégé, toujours transfiguré ; et il se peut bien que l’utopie première, celle qui est la plus indéracinable dans le cœur des hommes, ce soit précisément l’utopie d’un corps incorporel. Le pays des fées, le pays des lutins, des génies, des magiciens, eh bien, c’est le pays où les corps se transportent aussi vite que la lumière, c’est le pays où les blessures guérissent avec un baume merveilleux le temps d’un éclair, c’est le pays où on peut tomber d’une montagne et se relever vivant, c’est le pays où on est visible quand on veut, invisible quand on le désire. S’il y a un pays féerique, c’est bien pour que j’y sois prince charmant et que tous les jolis gommeux deviennent poilus et vilains comme des oursons….

Mais peut-être la plus obstinée, la plus puissante de ces utopies par lesquelles nous effaçons la triste topologie du corps, c’est le grand mythe de l’âme qui nous la fournit depuis le fond de l’histoire occidentale. L’âme fonctionne dans mon corps d’une façon bien merveilleuse. Elle y loge, bien sûr, mais elle sait bien s’en échapper : elle s’en échappe pour voir les choses, à travers les fenêtres de mes yeux, elle s’en échappe pour rêver quand je dors, pour survivre quand je meurs. Elle est belle, mon âme, elle est pure, elle est blanche ; et si mon corps boueux – en tout cas pas très propre – vient à la salir, il y aura bien une vertu, il y aura bien une puissance, il y aura bien mille gestes sacrés qui la rétabliront dans sa pureté première. Elle durera longtemps, mon âme, et plus que longtemps, quand mon vieux corps ira pourrir. Vive mon âme ! C’est mon corps lumineux, purifié, vertueux, agile, mobile, tiède, frais; c’est mon corps lisse, châtré, arrondi comme une bulle de savon.Et voilà ! Mon corps, par la vertu de toutes ces utopies, a disparu. Il a disparu comme la flamme d’une bougie qu’on souffle. L’âme, les tombeaux, les génies et les fées ont fait main basse sur lui, l’ont fait disparaître en un tournemain, ont soufflé sur sa lourdeur, sur sa laideur, et me l’ont restitué éblouissant et perpétuel. »


Michel Foucault, « Le Corps utopique », Conférence radiophonique, 7 décembre 1966 sur France-Culture. Repris dans Le Corps utopique, les hétérotopies (lignes , 2009)

Je lis aussi cet excellent Hors série de Libé sur l’IA, avec du Enki Bilal en couverture, dont j’ai tellement aimé les BD quand j’étais jeune adulte – ah, la trilogie Nikopol !- (oui, depuis des années, donc…)

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Autre information, celle-là inintéressante et sans importance aucune : mon blog auquel je reste très attachée pour son côté pérenne et sans vitesse, change de nom : de Petite mécanique il reprend le nom d’un de mes blogs parallèles abandonnés, La mécanique des vagues. Ce blog c’est mon chez-moi, mon corps utopique à moi, qui suit mes vagues transitoires.

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