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sculpture du texte

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Aveu : j’adore retravailler mes romans, d’après les remarques de mes éditrices ou éditeurs. Je n’ai connu qu’un seul cas où ce fut difficile, c’était pour Nos éclats de miroir, qui pour moi était une matière brute déjà polie, où tout tenait en si fragile équilibre que je me suis rendue compte peu à peu qu’il n’y fallait quasiment rien toucher. Mais pour des romans moins dentelés, le regard extérieur est précieux.
La période est belle en ce moment d’ailleurs parce qu’à peine après avoir fini le retravail de l’un, je dois me lancer dans le retravail d’un autre. Cette étape est confortable car la matière est déjà là, et je la vois comme un pain d’argile à remodeler pour qu’il prenne des contours plus fermes et cohérents. Moi je vois tout encore de trop près, et l’éditrice prend du recul, tourne autour du buste. « Là, regarde, le nez est trop droit, pas assez affirmé, il ne correspond pas encore assez à la personnalité de son propriétaire »…

C’est l’étape où on revit, comme au moment de finir le roman, la hantise de son récit, où il ressurgit la nuit, où les personnages reviennent sous la forme d’ombres de plus en plus précises.
Et donc après avoir livré hier un texte loufoque (quoique ponctué de vérités historiques – cette incapacité pathologique à la légèreté totale…), je me lance dès maintenant dans le retravail de mon texte d’anticipation, une dystopie comme je l’entends (et non comme on nomme actuellement des tas de romans qui n’en sont pas), où se mêlent, comme dans #bleue ou Théa pour l’éternité, des problématiques éthiques, sociologiques, politiques, pour résumer transhumanistes, qui fondent les relations humaines, et donnent vie à mon petit peuple, assez tourmenté il faut bien le dire. 
Et vous, comment verrez-vous ces reflets ? Hâte de le savoir. En attendant je retourne à mon modelage.

(Sculptures de Camille Claudel)


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dernière lecture #108

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Il m’a fallu plusieurs jours après l’avoir fini pour réussir à me dire : c’est bon, je peux en parler. My absolute darling de Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister est un vrai coup de poing dans l’estomac. J’ai été non seulement frappée par le style, impeccable troisième personne dense, intensément vivante, avec toujours la bonne distance, variable suivant les passages, que par l’histoire saisissante et disons-le, choquante. 

Il m’est déjà arrivé de lire des romans qui parlaient de violences, perpétrées sur de jeunes gens, mais c’était généralement annoncé comme du vécu, avec une narration qui n’allait pas au-delà de la confession (je crois important de dire les choses comme elles sont dans ce roman, car la crainte de spoiler ne peut pas être prioritaire, et il ne faut pas les dissimuler sous le terme facile d' »abus », comme j’ai pu le lire ici ou là : ici il est question de viols et de maltraitance globale). Il y a toujours eu sur ce sujet une pudeur et un tabou qui empêchaient de s’en emparer pour en créer un thriller « efficace » comme celui-ci. A la fin de ma lecture, qui fut addictive, emportée et véritablement enthousiaste malgré les passages les plus durs, j’ai balancé pendant plusieurs jours entre l’indignation et l’admiration. Indignation qu’un tel sujet soit le prétexte à créer une fiction aux ressorts si travaillés, admiration que ce soit si bien fait, avec une telle finesse psychologique et un tel talent pour faire exister les personnages.

Je me suis finalement dit au bout de plusieurs jours : n’est-ce pas une bonne chose que le tabou tombe et qu’enfin on ose porter ce sujet sur des terrains moins intimistes ? Je crois que oui, d’autant plus que Gabriel Tallent fait une démonstration magistrale de ce qu’est l’emprise psychologique, que peu de gens comprennent. On entend souvent à propos d’une femme battue par exemple : mais pourquoi n’est-elle pas partie plus tôt ? Avec la jeune Turtle, on comprend. L’auteur a travaillé son sujet, c’est évident, et la façon dont la jeune Turtle se parle à elle-même, agit, s’isole, et communique est je crois très juste. La figure du père est terrifiante dans son ambiguïté, dans son alternance d’amour et de violence, dans son intelligence et sa perversité. Personnage monstre dans tous les sens du terme, il existe, tout simplement, et on est malgré nous fasciné, autant que Turtle.

Ce qui est très réussi et qui chez moi a créé un vif plaisir de lecture, ce sont tous ces moments où Turtle réussit à communiquer avec des personnes bienveillantes. Ah, le personnage du jeune Jacob ! Il est une véritable goulée d’air frais, et l’un des passages peut-être les plus réussis est une sorte de robinsonade vécue par Turtle et Jacob sur le mode survie en milieu extrême. Magnifique. J’ai vraiment adoré toute la première moitié du roman avec ces interactions-là, belles, fines et souvent pleines d’humour, jusqu’à la survenue du personnage de Cayenne, où l’auteur a voulu faire monter le récit en puissance, et à partir de là j’ai beaucoup moins aimé.
L’honnêteté me pousse à dire que j’ai néanmoins beaucoup aimé les passages ébouriffants voire tarantinesques… dont je ne dirai rien même si je brûle de le faire !
Et quoi qu’il en soit, je garderai longtemps le personnage de Turtle en mémoire, positif, fort, en interaction constante avec la nature, je garderai l’idée d’un foisonnement de plantes, de fleurs, d’air humé et d’horizons à atteindre. Et je crois, malgré tout, que c’est un coup de coeur.

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Au revoir Montreuil, et à l’an prochain !

Hop départ de Montreuil ! 
Pour celles et ceux qui se demanderaient ce que fut pour moi ce 34e Salon du livre et de la presse jeunesse, voici ce que j’en retiens, en vrac total :
Le bonheur de discuter avec les lecteurs et lectrices qui attendent leur tour avec fébrilité – mais comment se fait-il que je n’aie pas de photos de cette jolie file ? -, merci d’avoir été si nombreuses et nombreux (très heureuse de vos retours sur Le Grand Saut et, déjà, Nos éclats de miroir) ;

Le mur des Grands Formats chez Nathan, avec Le Grand Saut et U4 en bonne place (oui, j’ai rougi)

La joie de revoir les copains et copines ;
Cette chaleur humaine qui nous manque parfois quand on est loin, chez soi, en écriture ; 
La (les) fête(s) hors tout du samedi soir, moment d’un peu n’importe quoi réjouissant ;

Super soirée Nathan, avec (de gauche à droite) Noémie Coutant, Claire Pisarra, Pauline Alphen, Rachel Corenblit, Mélanie Decourt et ma pomme

Ceux et celles qu’on rate ou qu’on aperçoit de loin mais on a rendez-vous et il y a foule et on ne peut pas s’arrêter ;
Celles et ceux qu’on ne voit pas aussi longtemps qu’on aurait aimé, frustration ;
Celles et ceux qu’on ne reconnaît pas (pardon) parce que c’est l’effervescence, le bruit, la chaleur, et qu’on parle à 350 personnes dans la journée ;
La lutte pour trouver un pouf à l’espace VIP bondé de VIP ;
Réaliser que cela fait 10 ans qu’on connaît une éditrice amie – progressions parallèles, c’est beau ;
Les découvertes, les livres qu’on nous offre (merci Veronique !), ceux qu’on achète enfin depuis le temps qu’ils nous faisaient de l’oeil ;


La Tour Eiffel vue de sa chambre d’hôtel, songer à ce qui se passe, pas si loin ;


La rue de Paris populaire, mais qui parait si loin des gilets jaunes, un autre peuple ;
Les projets qui se dessinent, ceux qui s’affirment, ceux qu’on lance – bonheur de se sentir désirée, accueillie via ces projets ;
Les copains croisés dans le métro par hasard, les bisous envoyés de loin ;
Les filles de La Ciotat qui ne se sont pas vues de l’année mais se croisent dans l’ascenseur d’un hôtel de Montreuil ;
Les gants et les bonnets qu’on met pour la première fois de l’année ;
Les filles du sud qui se sont loupées ici ou là ces derniers mois mais se retrouvent dans le même wagon de train ;
Le bleu sur la cuisse à cause du périple dans le métro avec valise ;
Se souvenir d’où l’on vient, par flashs imprévus, instants de sidération ;
Discuter avec des éditrices enthousiastes et enthousiasmantes ;
Admirer l’aisance sociale de certains collègues, leur présence, cette affirmation ;
Apprendre encore et toujours à oser montrer qu’on croit en soi ;
Savourer cette édition quand l’an passé la tristesse d’un deuil avait laissé à côté de tout, étrangère ;
Les incursions dans la belle expo du sous sol au moins pour le calme ;
La friche d’un autre monde à côté du salon ;
Les gilets jaunes au loin qui s’insurgent, tant et plus ;
Voir, de loin, à la télé, le péage de sa petite ville présentée comme un bastion de résistance ;
Ce sentiment d’écartèlement, eux/soi/nous, ici/là-bas, culture/révolte, et au fond de soi jonction ;
Et malgré la joie, le bonheur, le soulagement de constater la chaleur humaine de ce petit milieu de la LJ, encore une fois avoir la certitude de son incapacité à la légèreté, ce retour permanent, malgré ses efforts, vers l’à côté ;
Quitter Montreuil et se dire : je sais pourquoi je suis écrivaine.

Avec les copains Gaël Aymon et Vincent Villeminot

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quitter son chez-soi pour le lointain Salon du Livre de Montreuil…

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Portrait de Johanna Staude, Klimt

… C’est se sentir un peu comme la Johanna Staude de Klimt. 
La chaleur de chez soi encore sur les joues, les lèvres, dans les tons chauds du manteau. 
C’est porter un tour de cou douillet pour le confort ou pour la défense – c’est s’armer ou s’ouvrir on ne sait pas – c’est s’éloigner des flammes dansantes de la cheminée, c’est braver l’extérieur, c’est quitter les cercles tournoyants de l’écriture, c’est se sentir mi-joyeuse mi-résignée. 
C’est aussi retenir quelque chose, que soi-même ignore encore, qui restera lui en-dedans, au chaud. Un mot, une formule ou un mantra pour les métamorphoses inéluctables, un mot pour les rencontres, un mot pour la dissémination de soi, telles les cendres abandonnées qu’on laisse derrière soi, avec les chats.

A demain !

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CE BEAU FUTUR DEJA LA (un peu d’optimisme bien mérité)

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Je tiens à saluer le 34e Salon du livre et de la presse jeunesse pour l’utilisation du mot AUTRICE dans toute sa communication ! Rappelons tout de même qu’il s’agit du plus grand rendez-vous européen dédié à la littérature jeunesse, et que ce n’est pas rien.
On y parlera de FUTURS, or ce souci paritaire et linguistique féministe bien présent et revendiqué cette année de la part du SLPJ est un bel exemple de ce qui l’an passé ne ressemblait qu’à un futur balbutiant. Ce futur devenu présent et assumé arrive sans tambour ni trompettes, je n’ai vu l’annonce d’aucune table ronde sur le sujet, et pourtant c’est bien là le plus beau symbole d’un futur qui ne peut advenir que quand on commence à l’appliquer pour soi-même, puis à insister pour que les autres l’appliquent pour soi-même, avant d’informer autour de soi avec patience et pédagogie mais aussi ferme persévérance qu’on aurait tout intérêt à en étendre l’application à toutes.
C’est pourquoi je me permets ce tout petit roulement de tambour ;-). Et UN GRAND MERCI et UN GRAND BRAVO aux organisateurs et organisatrices du salon.

Dans le même temps je me réjouis de voir le mot AUTRICE utilisé ENFIN dans la communication de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, – il ne manque plus qu’à l’appliquer dans le titre ! – ce qui ne pouvait pas ne pas arriver après le travail de la commission sexisme et le dialogue fructueux entamé avec… le SLPJ, notamment.

La montée en puissance de ce mot (rappelons-le, le seul qui ait une légitimité historique, grammaticale et étymologique pour désigner un auteur au féminin) arrive après la belle et courageuse appropriation du mot par des maisons d’édition jeunesse soucieuses de leurs auteurs ET de leurs autrices (coucou Éditions Syros et Aimer lire avec Nathan ! Mais pas qu’eux).

Cela arrive après une belle édition du Prix Vendredi dont la sélection paritaire a fait cette année un joli pied de nez à ses homologues « pour adultes », aux jurys dinosaures qui n’ont encore rien compris au(x) futur(s). Sincèrement, là aussi je dis bravo.

Voilà le beau futur déjà là dans lequel nous arpenterons cette année les allées du salon.

Je suis bien désolée de ne pas être là ce soir pour l’inauguration, puisque je n’arrive de ma province que vendredi, mais croyez bien que j’aurais entrechoqué avec plaisir ma coupe de champagne contre les vôtres, rien qu’en l’honneur de ce monde de la littérature jeunesse toujours en mouvement, toujours précurseur, toujours ouvert, et en l’honneur de ce mot AUTRICE que j’aime d’amour depuis des mois, et qui se pare d’une beauté doucement et tendrement révolutionnaire ces temps-ci.

A nos futurs, les ami·es.

(Je remercie vivement le gang des Pépettes, ainsi que toutes celles et ceux qui ont lutté et luttent encore pour la parité et la linguistique)

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