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Vous regardez art

de l’autoportrait

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Walker Evans est surtout connu pour son travail sur la Grande Dépression. Il a su saisir une Amérique en crise, avec délicatesse.

Sadie Tingle, Alabama, 1936.

On connaît moins ses autoportraits, nombreux.

Ce n’est pas un cas unique, loin de là. Nombre de photographes, mais aussi de peintres ont ressenti le besoin de saisir leur image changeante (Rembrandt étant fameux aussi pour cela…

),  à la manière d’un Monet avec ses meules de foin ou ses parlements de Londres ; ou comme Auggie/Harvey Keitel dans le Smoke de Paul Auster, qui prend en photo le coin de sa rue, toutes les heures.

Revenons à Mister Evans.

Qui a  l’air de s’étonner à chaque fois d’avoir l’air si différent de lui-même.

Il en joue.

Il se regarde vieillir ou tout simplement changer suivant l’heure de la journée, de la nuit, ou bien suivant les événements heureux ou malheureux de sa vie.

Comme varie l’eau de la Tamise d’heure en heure.

Il y a bien sûr une recherche d’humanité là-dedans.

D’identification, de charme, de séduction, de déconstruction.

Walker Evans avait une vocation littéraire… Peut-être écrivait-il aussi bien qu’il photographiait.

Vient la question : comment les écrivains s’autoportraitisent-ils ?

Autobiographie ? Autofiction ?

Trop de transformations.

Le diarisme, peut-être…

Le diarisme, sûrement.

Le monde prodigieux que j’ai dans la tête. Mais comment me libérer et le libérer sans me déchirer. Et plutôt mille fois être déchiré que le retenir en moi ou l’enterrer. 21 juin 1913.

Je suis allé au cinéma. Pleuré. Avant, un film triste, L’accident du dock, après un comique, Enfin seul. Je suis absolument vide et insensible. Le tramway qui passe a plus de signification vivante que moi. 20 novembre 1913.

J’étais assis chez Weltsch dans un fauteuil à bascule, nous parlions du désordre de notre vie, lui malgré tout avec une certaine confiance. « Il faut vouloir l’impossible ! ». Moi, sans même avoir cela, dans le sentiment d’être le délégué de mon vide intérieur, qui est exclusif et pas même exagérément grand. 16 décembre 1913.
 
Violente averse. Mets-toi face à la pluie, laisse ses rayons de fer te pénétrer, glisse dans l’eau qui veut t’emporter, mais ne bouge pas, reste droit et attends le soleil qui va couler à flots, subitement et sans fin. 27 mai 1914.

Journal de Franz Kafka

(Francis Bacon, autoportrait)

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les ados de Hellen Van Meene…

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… ont des choses à nous taire.

(Cette photographie a été mon support pendant toute l’écriture de U4.Yannis…)

(Et celle-ci pendant celle de Hors de moi.)

 

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hésitations…

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Sans cesse hésiter entre…

 le retrait…

l’envol…

la provocation…

le témoignage…

la résignation…

l’oubli du monde autour…

le désarroi…

la fuite…

Et un jour…

… rencontrer la dignité.

 

Juul Hondius, Izis, film Le Ballon rouge, Ralph Gibson…

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chut

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Aussi (lisez mes articles comme une frise), cet été sera celui du retour aux sources, reposant et profond, de mon amour pour les images. Ce blog sera le temps d’une vacance un atelier au repos. Un repos illusoire et faux, bien entendu.

(Atelier de Saul Leiter)

C’est toujours un regard au travers de la lucarne (même si ce terme de lucarne, qui était utilisé pour la télévision, n’a pas trouvé de justification pour les réseaux sociaux qu’on pratique pourtant toujours face à un écran aux contours définis. C’est qu’ils n’ont jamais été seulement un oeilleton, ils se veulent la vie même, souhaitant nous happer pour qu’on fasse tomber la cloison autour du trou).

(Nan Goldin)

Faire demi-tour, tourner le dos à la fascination, courir et plonger dans un espace qui crée un vrai choc thermique et corporel. Eprouver qu’il existe encore une pratique de l’immersion air/mer où les appareils technologiques ne résistent pas, rouillent, s’enrayent, s’abîment, paraissent si petits soudain, dérisoires. Qui sait si ce n’est pas ainsi que nous tombons dans le monde d’Alice, en tournant le dos au miroir au lieu de l’enjamber ? Quel est le monde rêvé ?

(Narelle Autio)

Ne rien dire, ne rien attendre. Juste entendre le vent et la mer. Le grondement du monde au loin. Dire au revoir aux petitesses de la vraie vie de l’autre côté du miroir.

 

S’éloigner sans prévenir. Pour se rapprocher.

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cadrages et regards

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De la photo prise le jour de son mariage, en 1931,

 

le photographe André Kertesz a choisi, pour qu’elle soit exposée, de recadrer l’image…

… afin de n’en garder que sa main posée sur l’épaule d’Elizabeth, sa femme, mais aussi la moitié de son regard à elle, qui le regarde lui de façon indirecte (photographie prise au retardateur), de façon amoureuse, et nous regardant nous public de la photo, troublé par cet amour. Le regard du photographe est absent du champ, car déjà tellement présent, dans ce recadrage ; regard amoureux, aussi, troublant, également.

(Tout se mélange un peu en moi, il y a aussi les représentations amoureuses de Monet pour Camille, jusqu’à sur son lit de mort aux mouvements semblables à ceux de la débâcle, et souvenirs aussi de la femme de Bonnard, tant aimée également, assoupie, indolente, dans son bain, toujours jeune.

 

)

Je regarde l’image entière,

… un peu artificielle parce qu’endimanchée, dans laquelle transpire pourtant tout cet amour, qu’André a choisi de recadrer, suivant ce qui le touchait le plus, très certainement. Il existe plusieurs épreuves où l’on voit le tâtonnement des recadrages successifs, jusqu’au définitif, le plus efficace selon lui. Mais même le tâtonnement est beau : que garder de nous, mon amour ? Mais peut-être encore davantage : qu’en montrer au reste du monde ?

Je regarde ces images, tout en me disant que ce qui me touche moi dans l’image initiale est différent de ce qui le touchait lui.

Ce qui me touche infiniment, personnellement, c’est l’expression du visage d’André. Le regard, le sourire doux. Le double regard (photographe et sujet). Le double regard d’Elizabeth, qui porte davantage une intention, qui plonge dans André l’artiste, celui qui a appuyé sur le bouton du retardateur, l’André d’il y a dix secondes, dégagé de son enveloppe charnelle, qui désormais l’enveloppe de son bras. Elle sent son corps posé sur elle, mais elle voit aussi l’homme en dedans, celui d’avant, celui d’après, ses fantômes passés et futurs (c’est cela, l’amour). Mais on lit aussi dans son regard une ironie, un jeu de non-dupe : « je sais que tu risques de nous montrer au monde entier« , et dans le même regard : « j’entre chez vous, et en vous, ô public », reflétant ainsi avec bravoure la problématique constante de tout proche d’artiste, sous forme de douce résistance, ou de ferme docilité… car tout artiste est cannibale… ou vampire.

Touchée également par la naissance de ses cheveux à lui, et par le soin qu’il mit, auparavant, à les coiffer. (La naissance des cheveux des hommes est émouvante, je trouve, leur implantation, l’idée qu’ils poussent à chaque minute un tout petit peu, l’idée que le cheveu vit, et qu’il meurt, aussi – l’absence de cheveux peut ainsi, aussi, être émouvante).

Il me vient des idées de cadrage toutes personnelles (qui trahissent son discours, livré via son choix de cadrage à lui) :

Car il y a aussi la courbe de cette épaule, ronde, enveloppante et tournée vers elle. Accueillante, abandonnée, sans défense, sans méfiance. Et puis l’oreille aussi : je t’écoute, aimée.

Même sentiment très exactement avec la jambe fléchie, passée sous l’autre, qui menace de le faire basculer. Vers (sur) elle.

Dans la pose un peu factice, les deux mains prennent pourtant cet abandon naturel et confiant, dans la même direction. La main d’André frôle la cuisse d’Elizabeth. Il la caresse peut-être du pouce, doucement.

Il y a enfin les boutons soigneusement boutonnés. Et la cravate. Tout ce qui, après la photo, dans l’intimité, se dénouera, et tombera enfin à terre, en une pose désordonnée…

… tout comme l’état d’esprit dans lequel nous laisse son cliché.

(Elisabeth and I, série de photographies d’André Kertesz, souvenirs d’une exposition, et échos d’une réflexion sur le cadrage d’une oeuvre, et la lecture qui en est faite – réflexion sur la photographie applicable à la littérature)

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