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Vous regardez le monde

Empuissanter

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En 2017, j’ai vécu les journées de rencontres les plus passionnantes de toute ma carrière d’écrivaine. Nous étions 2 auteur et autrice invitées par la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne à l’occasion d’une journée d’études sur « la SF à l’école » : Alain Damasio et moi.
(Tout auteur ou autrice de littérature jeunesse peut imaginer ce que je ressentis alors en terme d’illégitimité totale).
Les chercheurs et chercheuses responsables de cette programmation audacieuse (inconsciente, pensais-je alors), ainsi que les modérateurs chargés de nos tables rondes se révélèrent être des personnes fines, drôles, bienveillantes, et humbles quoiqu’extraordinairement intelligentes.
Toutes ces personnes me parlaient de Théa pour l’éternité et de #Bleue avec un tel sérieux que je me retournais parfois pour voir s’il n’y avait pas une caméra cachée quelque part (oh, société hiérarchisée, voyez ce que vous nous faites à nous qui oeuvrons pour la jeunesse…) Pour la première fois de ma carrière j’eus l’impression que l’on prenait mon oeuvre jeunesse dystopique réellement au sérieux.
Mais surtout j’eus la chance de passer 3 jours et de partager quelques tables rondes avec Alain Damasio, l’auteur de la Horde du Contrevent. Et je découvris un homme délicieux.
Cela se vérifie à peu près à chaque fois, n’est-ce pas : la véritable intelligence, si formidablement critique qu’elle soit nécessairement, est toujours accompagnée d’une humilité qui engendre la gentillesse envers autrui, au quotidien. Cette intelligence peut être sauvage, mais se trouve toujours être civile quand il le faut.
Je découvris une manière de parler littérature mais aussi philosophie, pour laquelle j’ai un profond respect, devant un public, qui soit naturelle, spontanée, humble, pertinente bien sûr mais surtout ancrée dans le réel et effective sur les sujets de société qui nous occupent. Ce fut un véritable plaisir d’échanger avec lui en privé et en table ronde.

(C’était bien loin, très loin de cette table ronde catastrophique que j’eus le malheur d’accepter aux Utopiales au sujet de la mémoire – ma présence aurait pu avoir du sens puisque j’avais écrit Mémoire en mi et Théa pour l’éternité -, en compagnie de 3 « spécialistes », des hommes imbuvables qui n’écoutaient qu’eux-mêmes, soucieux d’écraser avec leurs références, et qui ne jugeaient pas utile de me laisser la parole ou de rebondir sur ce que je disais quand ils me la laissaient ; ma pire expérience de table ronde, ever. Bref. Heureusement une autre, passionnante, sur la police prédictive, réussit à rectifier mon idée sur cette manifestation).

Alain Damasio a publié un nouveau roman, Les furtifs, après 15 ans de silence, suite à sa Horde du contrevent. Et cela semble passionnant….

En lisant cette interview j’ai retrouvé tout le bonheur que j’avais eu à échanger avec lui. Tout ce qu’il dit m’enthousiasme, tout me semble tellement vrai… La SF aussi est méprisée, moins que s’il s’agit de littérature jeunesse, mais tout de même, pourtant en lisant cette interview on ne peut que réaliser à côté de quoi on passe si on la boude. Ou si on ne lit pas les romans de Damasio.

Extraits d’interview :


L’écrivain de science-fiction a à jouer un rôle social. J’ai compris que j’avais une créativité supérieure au monde militant dans lequel j’évolue.


Le premier acte politique d’un écrivain tient dans la structure narrative. Il faut traduire ce que tu prétends défendre, c’est-à-dire respecter la pluralité de points de vue. Et c’est vraiment «empuissantant» pour le lecteur, il est placé de fait au milieu des personnages et doit faire un effort de positionnement.


J’espère que celui qui ressort de ces 700 pages ressent plus d’intensité et une envie de vivre plus grande. C’est le but de l’art. Empuissanter intellectuellement, affectivement, les perceptions, les sensations, la richesse de vécu. Tu donnes des choses, parfois des armes politiques, parfois juste de la poésie, une ouverture au monde. Il y a ce bon mot de Deleuze qui dit que toute littérature est une lettre d’amour. C’est ça : tu fais un don. Sinon ça ne sert à rien d’écrire. C’est un cadeau épais, mais il me semble que tu sors avec des idées, avec de l’émotion, avec des modes de combat.

J’appelle cela un concept totipotent, comme les cellules souches qui permettent avec une seule de faire des bras. Un miracle du vivant que la cellule qui en se divisant va de proche en proche constituer une main. Un concept totipotent est capable de générer de l’émotion, des scènes, un univers, des idées. La grande force d’un roman, c’est la réussite de cet alliage incandescent.

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*Nous sommes éternels*

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*Les amants imparfaits* et *Nous sommes éternels* comptent parmi les meilleurs romans français que j’ai lus, et je n’ai jamais cessé de conseiller l’essai féministe *La saison de mon contentement*, brillant ouvrage où pour la première fois j’ai pris conscience du problème de ce masculin dit neutre dans notre langue française. 
J’ai eu envie de lire Pierrette Fleutiaux en lisant Deleuze, qui rendait hommage à ses écrits, je crois que c’était dans *Mille Plateaux*. Cela m’intriguait que l’un de ces philosophes hommes habitués à ne citer que d’autres hommes dans leurs écrits, voire à ne s’adresser qu’à des hommes en usant de formules du type « quand auparavant on prenait femme… » (ce qui ne cesse pas de m’irriter, moi qui aime tant la philosophie), qu’un de ces philosophes, donc, soudain cite une femme, qui plus est contemporaine, comme ça, l’air de rien… Fabulous !

– Cette façon de découvrir des livres et des auteurs et des autrices, d’un livre à l’autre, car cité, car conseillé dans un roman ou un essai, est l’un de mes plus grands plaisirs, bien plus grands que lire les dernières nouveautés littéraires, ce que j’ai tenté de faire à la dernière rentrée littéraire de septembre pour la première fois en n’en tirant que peu de joie. Ce cheminement littéraire tout personnel m’a donc menée vers Pierrette Fleutiaux avec beaucoup de bonheur.


Aujourd’hui, j’apprends son décès. Et c’est comme la disparition d’une pierre sur ce chemin littéraire personnel. Mais les livres restent, et le chemin aussi. 


Merci, Madame Fleutiaux.

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Pendant ce temps, dans le monde de Renversante…

ACTUALITE dans le monde de *Renversante* (lu dans L’EXPRESSE) :


L’ACADEMIE FRANCAISE VA MASCULINISER LES NOMS DE METIERS


« Les académiciennes s’apprêtent à reconnaitre officiellement la masculinisation des noms de métier, après des années de réticences. Les Immortelles devraient donc reconnaitre la validité des versions masculinisées de nombreux termes comme préfet, procureur ou ambassadeur, utilisés dans le langage courant mais exclus des dictionnaires sémantiques. La masculinisation des noms de métiers s’inscrit en réalité dans l’histoire de la langue française, rappelle L’Expresse, puisqu’on retrouve la trace de versions masculinisées jusqu’au XVIIe siècle, date à laquelle les hommes « ont été exclus d’un certain nombre de professions ». »


Une bien belle victoire pour nos amis les hommes !

(Illustration de Clothilde Delacroix)


Et dans notre monde c’est là.

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Courir, s’émouvoir, mais se faire plaisir aussi

Je n’ai vraiment le temps de rien ces temps-ci, et moins encore de publier mes articles rêveries/réflexions/inspirations/influences/bonnes lectures que j’affectionne car ils donnent de l’air à ma création.
Il se trouve en effet qu’en dehors de mon travail d’écriture j’ai été happée par des discussions passionnées et duels à l’épée à propos de la fiscalité des auteurs et autrices (ô combien floue – au fait mon outil TS ou BNC qui contenait des erreurs a été mis à jour), mais aussi par la participation à une tribune qu’on pourrait résumer par oh-hé-respect-for-the-actors-of-la-littérature jeunesse-non-mais, ajoutons-y deux journées de rencontres scolaires, 3 jours de vacances à la neige merveilleux mais bien peu reposants, un aller-retour éclair à Paris pour raison pro ainsi que la vie, quoi, et vous aurez une idée du retard que j’ai accumulé pour ce que je dois accomplir dans un délai qui se rapproche dangereusement. Mais quand même envie de vous parler vite-vite de ce qui m’a profondément touchée et plu dernièrement (en dehors de mes lectures parce que je veux bien le faire en prenant plus de temps).
D’abord, le décès de Tomi Ungerer. Parce que j’adore Les 3 brigands, mais aussi parce que le personnage était fascinant. J’avais vu un documentaire sur lui et avais découvert ses dessins de presse, satiriques, érotiques. Foisonnant, inventif, provocateur, plein de charme..

Tomi Ungerer, dessinateur, portrait a Strasbourg


Ensuite, à l’occasion de mon voyage éclair à Paris j’ai quand même eu le temps de voir Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman à la Comédie Française. Fabuleux, frappant, sur le fil constant entre fiction et réalité, du théâtre pur, et une mise en scène de Julie Deliquet d’une maîtrise et d’une intelligence saisissantes. Je me souviendrai longtemps de cette richesse et de cette profondeur. Pas fini d’en sonder les tenants et aboutissants.


Et enfin, eu le temps aussi d’aller au Jeu de Paume voir l’exposition de Luigi Ghirri, Carte et territoire (quand on a lu le roman de Houellebecq on se demande s’il ne s’est pas inspiré de ce photographe pour son personnage). Ancien géomètre, ses clichés datent des années 70 et interrogent les cartes, les lignes des paysages ainsi que notre regard anesthésié par les affichages publicitaires.

J’ai aimé d’autant plus que ces photographies m’ont souvent fait penser à celles d’une collection dans laquelle j’ai la chance de baigner ces temps-ci, mais je vous expliquerai cela plus tard. D’ailleurs c’est pour ce projet-là que j’ai pris du retard, hum, donc bon j’y retourne.
Et n’oubliez pas, allez au théâtre, au cinéma, dans les musées, et lisez des livres (de littérature jeunesse, aussi, bien sûr ;-)), c’est tellement bien !

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Outils pour auteurs et autrices

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Entre deux sessions d’écriture de romans et deux lectures, j’ai souvent un besoin étrange et irrépressible : me reposer du monde des idées et de la création avec des activités rassurantes, à savoir manipuler des chiffres ou du code. C’est le moment que je vais choisir pour faire des mises à jour compliquées sur mon blog, ou bien pour plonger avec délectation dans la confection de tableaux excel qui rendent le monde simple, clair et tangible.

L’utilité immédiate et concrète de ces outils me raccroche à la réalité matérielle du monde. La Vie Matérielle, c’est aussi cela, aussi bien que cuisiner, faire les courses, aider les enfants à faire leurs devoirs… Et partager ces outils a du sens, comme partager les fiches de ses meilleures recettes de cuisine. A quoi sert la vie matérielle si ce n’est pour vivre mieux ensemble ?

C’est ce que je choisis d’appeler la Boîte à outils, qui sera toujours disponible ici, sur mon blog. J’ai confectionné 2 outils, où j’ai injecté des années de tentative de compréhension juridique et fiscale des droits d’auteur et d’autrice. C’est d’une telle complexité que mettre tout cela en tableaux m’apaise un peu.

Le premier outil permet de calculer ses droits d’auteur ou d’autrice en brut ou en net en fonction des ventes, et de connaitre ce que vous rapporte un livre vendu suivant les paliers… Les zones en bleu sont celles que vous devez renseigner. Des résultats de cet outil-là je suis à peu près sûre, même si je ne suis évidemment pas à l’abri d’une erreur. Il est très, très utile au moment de négocier un contrat, parce que longtemps j’ai accepté des conditions dont je ne me rendais absolument pas compte des conséquences futures, en monnaie sonnante et trébuchante. Je le conseille également à tout autre membre de la chaîne du livre, pour se rendre compte du gain réel (net) des auteurs et autrices suivant les ventes d’un ouvrage. Personnellement j’adorerais bénéficier d’un tableau similaire concernant chaque maillon de la chaîne, pour la transparence.

(Bon cet outil intègre aussi un peu de science-fiction, comme un 4e palier rarement proposé, car les tableurs excel, sachez-le, comprennent une part de rêve et c’est en cela qu’ils sont beaux).

Le second outil c’est Mon outil magique perso pour calculer son revenu imposable et/ou comparer les différents statuts fiscaux possibles pour un auteur ou une autrice (il y en a 4 : Traitements et Salaires au forfait, Traitements et salaires aux frais réels, micro-BNC, BNC déclaration contrôlée). La situation fiscale des auteurs et autrices baignant dans un flou artistique (ah ah) assez scandaleux il me semble, et même les comptables les plus au fait ne sachant s’avancer de façon sûre sur très peu de choses, prenez cette interprétation chiffrée que je vous livre avec de grosses pincettes. Ce flou montre à quel point on a besoin d’un véritable statut aux contours mieux définis. Enfin cet outil peut quand même servir à comparer les différents statuts. Suivant son cas propre, on préfèrera l’un ou l’autre… Et attention pour faire son choix il faut prendre en compte beaucoup d’autres données, pour la CAF, les assurances, les aides sociales etc (il semblerait qu’une bonne âme de La charte des auteurs et autrices jeunesse soit en train de vous concocter un comparatif complet : may the force be with him).

En tout cas je crois que cet outil magique a le mérite de défricher les choses pour des auteurs et autrices qui pataugent, débutent, baignent en pleine phobie administrative (à ce que je constate : la majorité). A vous tous et toutes, je dis : Courage ! Et puissent mes humbles outils vous aider un peu.

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