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Vous regardez le monde

quitter son chez-soi pour le lointain Salon du Livre de Montreuil…

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Portrait de Johanna Staude, Klimt

… C’est se sentir un peu comme la Johanna Staude de Klimt. 
La chaleur de chez soi encore sur les joues, les lèvres, dans les tons chauds du manteau. 
C’est porter un tour de cou douillet pour le confort ou pour la défense – c’est s’armer ou s’ouvrir on ne sait pas – c’est s’éloigner des flammes dansantes de la cheminée, c’est braver l’extérieur, c’est quitter les cercles tournoyants de l’écriture, c’est se sentir mi-joyeuse mi-résignée. 
C’est aussi retenir quelque chose, que soi-même ignore encore, qui restera lui en-dedans, au chaud. Un mot, une formule ou un mantra pour les métamorphoses inéluctables, un mot pour les rencontres, un mot pour la dissémination de soi, telles les cendres abandonnées qu’on laisse derrière soi, avec les chats.

A demain !

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CE BEAU FUTUR DEJA LA (un peu d’optimisme bien mérité)

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Je tiens à saluer le 34e Salon du livre et de la presse jeunesse pour l’utilisation du mot AUTRICE dans toute sa communication ! Rappelons tout de même qu’il s’agit du plus grand rendez-vous européen dédié à la littérature jeunesse, et que ce n’est pas rien.
On y parlera de FUTURS, or ce souci paritaire et linguistique féministe bien présent et revendiqué cette année de la part du SLPJ est un bel exemple de ce qui l’an passé ne ressemblait qu’à un futur balbutiant. Ce futur devenu présent et assumé arrive sans tambour ni trompettes, je n’ai vu l’annonce d’aucune table ronde sur le sujet, et pourtant c’est bien là le plus beau symbole d’un futur qui ne peut advenir que quand on commence à l’appliquer pour soi-même, puis à insister pour que les autres l’appliquent pour soi-même, avant d’informer autour de soi avec patience et pédagogie mais aussi ferme persévérance qu’on aurait tout intérêt à en étendre l’application à toutes.
C’est pourquoi je me permets ce tout petit roulement de tambour ;-). Et UN GRAND MERCI et UN GRAND BRAVO aux organisateurs et organisatrices du salon.

Dans le même temps je me réjouis de voir le mot AUTRICE utilisé ENFIN dans la communication de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, – il ne manque plus qu’à l’appliquer dans le titre ! – ce qui ne pouvait pas ne pas arriver après le travail de la commission sexisme et le dialogue fructueux entamé avec… le SLPJ, notamment.

La montée en puissance de ce mot (rappelons-le, le seul qui ait une légitimité historique, grammaticale et étymologique pour désigner un auteur au féminin) arrive après la belle et courageuse appropriation du mot par des maisons d’édition jeunesse soucieuses de leurs auteurs ET de leurs autrices (coucou Éditions Syros et Aimer lire avec Nathan ! Mais pas qu’eux).

Cela arrive après une belle édition du Prix Vendredi dont la sélection paritaire a fait cette année un joli pied de nez à ses homologues « pour adultes », aux jurys dinosaures qui n’ont encore rien compris au(x) futur(s). Sincèrement, là aussi je dis bravo.

Voilà le beau futur déjà là dans lequel nous arpenterons cette année les allées du salon.

Je suis bien désolée de ne pas être là ce soir pour l’inauguration, puisque je n’arrive de ma province que vendredi, mais croyez bien que j’aurais entrechoqué avec plaisir ma coupe de champagne contre les vôtres, rien qu’en l’honneur de ce monde de la littérature jeunesse toujours en mouvement, toujours précurseur, toujours ouvert, et en l’honneur de ce mot AUTRICE que j’aime d’amour depuis des mois, et qui se pare d’une beauté doucement et tendrement révolutionnaire ces temps-ci.

A nos futurs, les ami·es.

(Je remercie vivement le gang des Pépettes, ainsi que toutes celles et ceux qui ont lutté et luttent encore pour la parité et la linguistique)

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« capable de léviter »

Action artistique d’Yves Klein
5, rue Gentil-Bernard, Fontenay-aux-Roses
« Aujourd’hui le peintre de l’espace doit aller effectivement dans l’espace pour peindre, mais il doit y aller sans trucs ni supercheries, ni non plus en avion, ni en parachute ou en fusée : il doit y aller par lui-même, avec une force individuelle autonome, en un mot, il doit être capable de léviter. »
Yves Klein, extrait de Dimanche 27 novembre 1960 Le journal d’un seul jour, (IMMA 036), 1960
L’histoire ne dit pas si la chute fut bleue 😊.

Pour ceux qui s’inquièteraient a posteriori, c’est bien sûr un montage ! (sans bleus, donc)

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analyse minutieuse d’un échantillon de boue

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Article écrit pour tenter de démêler pourquoi des torrents de boue sont déversés, sur les réseaux sociaux, sur certaines personnes qui osent dénoncer les mécanismes de domination qui pèsent ou ont pesé sur eux·elles.

Certaines belles personnes parviennent spontanément à s’adresser à, et à écouter tout un chacun de la même façon, quel·le qu’il ou elle soit, parce qu’elles ne voient pas de différences. C’est une magnifique qualité, mais qui est rare. Dans nos échanges, quand ils sont réels mais encore davantage lorsqu’ils sont virtuels, les jeux de domination, souvent inconscients, brouillent tout, blessent, écrasent, rendent chaque parole violente.

Plusieurs formes de domination

Tout d’abord, il peut être utile de lire cet article très complet qui explique ce qu’est la domination, telle que je l’entends ici.

L’économiste Max Weber, dans Economie et Société, distingue la domination légale, traditionnelle et charismatique.

Ensuite, il peut être tout aussi utile de rappeler que les couples dominé·e/dominant·e sont (hélas) nombreux dans notre société actuelle. Il ne s’agit pas d’une fatalité, on ne naît pas dominé·e ou dominant·e, on le devient inconsciemment à cause de contraintes systémiques d’ordre médiatique/sociétale/politique/traditionnelle/historique/d’aménagement urbain/économique/familiale/etc….Quand je vais parler de dominé·e ou de dominant·e dans le reste de cet article, ce ne sera en aucun cas pour stigmatiser les un·e·s ou les autres, ou pour les figer dans un rôle de victime ou de méchant·e , mais pour évoquer une tendance globale et souvent insidieuse dans notre société.

Voici quelques exemples de couples dominé·e/dominant·e que j’ai choisi de ranger en deux catégories :

Dans la catégorie domination globale ou « on en prend pour toute la vie » (mais on espère que ça va s’arranger) :

  • femme/homme
  • noir ou arabe ou rom…/blanc
  • personne LGBTI/hétérosexuel·le
  • handicapé·e à la naissance/valide (le seul terme de « valide » dit beaucoup sur ce type de domination)

Dans la catégorie domination temporaire ou « ça peut bouger au cours d’une vie » (même espoir de faire bouger les lignes, bien sûr) :

  • vieux/plus jeune
  • jeune/plus vieux (oui, je sais, ces deux items paraissent s’annuler, mais en réalité ils signifient qu’on est dominant·e·s sur une courte période s’étalant d’environ 27 à 50 ans)
  • handicapé·e accidentel/valide
  • anonyme/plus ou moins célèbre
  • sans charme/charismatique
  • employé·e/patron·ne
  • prolétaire/capitaliste
  • classe défavorisée/classe moyenne ou +

On peut se trouver plusieurs fois dans une population globalement dominée (par exemple, être une femme noire), on appelle cela l’intersectionnalité. Mais même dans ce cas, on peut tout de même se trouver parfois, voire souvent, en position de dominant·e.

Evidemment tout dépend ce que l’on cherche à atteindre, avec qui l’on souhaite parler, et ce que l’on place dans les mots « dominer », « réussite », « place sociale ». C’est certainement lorsqu’on joue le jeu capitaliste qu’on se soumet encore plus au jeu des dominations. Et plus une société est en crise économique, plus ces rapports de force seront tendus et violents. Mais il est difficile d’y échapper, voire impossible en ce monde, à moins de vivre en ermite.

Comme tout cela est très mouvant, très complexe, très répandu, de nombreuses situations se révèlent impossibles à évaluer. Par exemple, si l’on met face à face une femme blanche issue de milieu favorisé et un homme blanc issu de milieu défavorisé, qu’est-ce qui est le plus susceptible de « l’emporter » en terme de domination, dans la discussion entre eux ? L’homme ou le milieu favorisé ? Je dirais que ce qui pourrait l’emporter, comme dans tous les cas, ce serait l’écoute, l’honnêteté, l’humilité, la bienveillance et l’humanité, simplement. Hélas le monde des bisounours est loin et ce qui l’emportera, ce sera l’un ou l’autre suivant la situation, le lieu, le sujet de la conversation… Ce n’est pas pour rien qu’on est plus à l’aise dans l’entre-soi, il y a alors beaucoup moins de risques à se sentir dominé·e ou dominant·e, or l’un et l’autre sont désagréables à expérimenter (hormis cas spéciaux de tendance SM que je ne juge absolument pas).

Mais qui a le plus de chance de voir les choses changer, au cours de sa vie ? Un·e « milieu défavorisé », par son envie d’apprendre, sa culture, son intelligence et de gros efforts, peut fort bien en venir à égaler socialement un·e « milieu favorisé ». Voire le·la surpasser. Même s’il·elle gardera très certainement de ses origines, toute sa vie, une difficulté à acquérir ou comprendre certains codes, et très probablement un sentiment d’infériorité poisseux. En revanche certains hommes auront toujours toutes les peines du monde à accepter qu’une femme puisse les égaler dans une conversation, quelle que soit sa culture, son intelligence, sa situation sociale ou sa force de travail. Dans tous les cas, c’est une situation typiquement explosive, où l’une et l’autre, se sentant tour à tour dominé·e et dominant·e, subiront des forces contraires en eux et à travers l’autre. C’est doublement violent. Et c’est bien sûr un type de situation très, très souvent rencontré.

 

 

Il y aura toujours des âmes nobles et supérieures, d’où qu’elles viennent, qui elles soient.

 

Savoir reconnaître où et quand on est en situation dominante

 

Il y a aussi tous ces cas très nombreux où on ne peut pas deviner au premier coup d’oeil ou dans un simple échange sur les réseaux sociaux un handicap, une origine sociale, une situation sociale, une orientation sexuelle ou que sais-je encore. Cela ne devrait pas être un problème, puisqu’on est juste censé considérer un être humain face à soi. Dans la réalité, il en est autrement, surtout quand quelqu’un essaie de dénoncer un principe de domination dont lui·elle et sa communauté souffrent. Il·elle dévoile alors sa faiblesse et beaucoup de celles et ceux qui alimentent justement ce principe de domination ne peuvent pas s’empêcher de se placer au-dessus, dans la conversation. Ou bien d’accaparer le fil de la discussion en la ramenant toujours à soi. Personne n’est à l’abri de ces tentations. L’une des règles d’or selon moi, c’est d’éviter de se croire supérieur·e, en toutes circonstances, bien sûr, mais aussi de se croire a contrario toujours le ou la plus à plaindre… Pour ne pas être aveugle et sourd·e dans une discussion, même si on est souvent en position dominée, il faut réussir à reconnaître les situations où l’on est en situation de domination, ou tout simplement pas les plus à plaindre (mais les pires, quand même, selon moi, ce sont ceux qui ne se trouvent dans aucune population dominée, qui refusent d’être considérés comme dominants, et qui en plus réclament le droit d’être plaints – ils sont communément appelés les « ouin-ouin »).

Il faut, je crois, être extrêmement conscient·e·s de ces jeux pas très drôles, savoir où et quand l’on est en position dominante, même si c’est peu agréable, pour ne pas reproduire avec les un·e·s ce que d’autres nous font subir. Réflexion personnelle : il est plein d’enseignement de subir au moins une domination pour réussir à comprendre toutes les autres, car tous les mécanismes de domination fonctionnent de la même manière. Je considère cela comme un atout ! Sans expérience de dominé·e, comprendre la domination demande un grand effort d’empathie, que, heureusement, certains arrivent très bien à fournir, ce qui est rassurant sur la nature humaine.

Ouvrières et ouvriers

Je pense qu’il est sain d’avoir tout ceci en tête lorsqu’on se sent agressé·e ou agacé·e en entendant quelqu’un dénoncer une situation injuste (oui, visiblement, certain·e·s se sentent agressé·e·s dans un tel cas, et c’est ce réflexe étrange que j’essaie de détricoter ici). Si l’on se trouve dans une population qui domine ce quelqu’un d’une manière ou d’une autre, même si dans d’autres situations c’est ce quelqu’un qui est dominant, il s’agit très probablement d’un réflexe pourri.

Exemple : Un homme noir hétérosexuel célèbre dénonce dans une vidéo le principe de domination qui pèse sur toutes les personnes noires en France. Dans d’autres situations, cet homme pourrait avoir une position dominante envers les femmes ou les personnes LGBTI, ou envers les personnes qui ont moins réussi que lui. Mais dans ce cas précis, logiquement les femmes, les LGBTI, les anonymes et les pauvres doivent ranger au placard leur réflexe de se sentir dominé·e·s par des personnes comme lui, et doivent absolument écouter ce qu’il a à dire, surtout s’ils·elles sont blanc·he·s, car alors dans certaines situations ce sont eux·elles qui pourraient avoir une attitude dominante. En règle générale, de toute manière, c’est un très mauvais réflexe de se sentir d’emblée dominé·e et donc agressé·e par quiconque est membre d’une population qui nous domine globalement. Ce qui est global dans une société ne doit pas être ramené systématiquement au niveau de l’individu (par exemple, si la domination masculine existe indéniablement, tous les hommes n’ont pas une attitude dominante envers les femmes – mais on n’a pas à le rappeler constamment quand on parle de domination masculine, ce que les « ouin-ouin-not-all-men » devraient enfin comprendre).

 

Vous n’avez pas encore lu cet excellent essai coup de poing ? Foncez !

 

Des torrents de boue pour les dominé·e·s qui occupent une quelconque et même petite place dominante… et qui ne se taisent pourtant pas

Curieusement, on n’a encore jamais vu une personne un peu célèbre ou qui aurait réussi dans la vie se faire descendre parce qu’elle dénoncerait une atteinte aux droits humains (c’est à dessein que je ne dis pas « droits de l’homme », mais ça vaudrait un autre article entier. D’ailleurs généralement ces personnes sont des hommes blancs valides et dans « droits de l’homme » on ne sait pas exactement qui ils englobent ou qui ils oublient, c’est ballot). Au contraire, cela risque bien de la magnifier. En revanche, si cette même personne se pique de dénoncer un mécanisme de domination, qui pèse sur une population qu’elle représente, alors là, ce n’est plus du tout magnifiant.

Voici un petit jeu de rôle, pour tenter de comprendre ce qui se passe quand un·e dominé·e tente de dénoncer un principe de domination. Je te tutoie pour que tu te sentes mieux concernée, ô lecteur·rice, au cas où tu n’aurais jamais fait l’expérience d’aucune domination.

Imagine que tu fasses partie d’une population dominée, dans la catégorie « on en prend pour la vie », et que tu souhaites dénoncer ce mécanisme de domination inique et insupportable, pour qu’enfin cela cesse :

1. soit tu es anonyme et malheureusement ta parole a peu de poids, puisque la parole publique est accaparée par les dominant·e·s – c’est même leur principale caractéristique ;

2. soit tu rallies beaucoup, beaucoup de monde à ta cause, comme ça a été le cas avec le phénomène metoo, pour devenir dominant·e·s par le nombre, compensant ainsi le système de domination en place ;

3. soit tu as réussi à t’élever un peu plus haut ou au même niveau que de nombreux membres de la population qui te domine globalement, et ta parole est précieuse car enfin elle peut être entendue, donc parle ! 

Mais attention, blinde-toi, car cette parole sera aussi en grande partie trainée dans la boue. De cela, je suis malheureusement sûre à 100%. Pourquoi ? Parce que tu as soudain basculé dans une population dominante, catégorie « ça peut bouger au cours d’une vie », celle de ceux qui ont une petite notoriété. Tu domines soudain les anonymes, ou les moins célèbres, ou celles et ceux qui ont moins réussi que toi – suivant des critères capitalistes. Donc, en effet, tu dois faire désormais plus attention à ce que tu dis. Raison de plus pour utiliser ta parole à de justes fins, en lieu et place de tous ceux et toutes celles qui ne sont pas entendu·e·s, surtout si cela ne fait aucun mal et que cela n’enlève rien à celles et ceux que tu domines… Le problème c’est que nombre d’entre elles·eux vont pourtant le croire. Et on va t’accuser de diverses choses.

L’accusation d’ingratitude : Certain·e·s de tes dominant·e·s catégorie « pour la vie », qui se sentent subitement et de façon éphémère dominé·e·s par ta célébrité/réussite ou petite notoriété (sentiment proche de la jalousie et de l’envie, ne nous leurrons pas) considèreront qu’alors tu devrais juste bénir le ciel d’en être arrivé·e là, et te taire. Parce que bon, par rapport à eux·elles, tu as eu une sacrée chance, quand même ! Ou bien tu as bénéficié d’aides qu’eux ou elles n’ont pas eues, ce qui est profondément injuste (ça ne peut pas être parce que tu es plus doué·e, ça, non, ces gens-là ne l’admettront jamais).

L’accusation de manque d’humilité : Parmi celles et ceux qui te dominent globalement, certain·e·s considèreront que tu devrais au moins avoir la décence de faire profil bas, pour ne pas humilier toute la population censée te dominer qui a pourtant moins bien réussi. Tu as rompu un pacte, en quelque sorte. C’est très mal, vois-tu, te fera-t-on comprendre.

L’accusation d’indécence : Ils ou elles seront dans l’impossibilité patente de comprendre qu’on puisse ne pas simplement se contenter de son propre sort et faire son chemin sans plus se soucier de rien maintenant qu’on a eu ce qu’on voulait, au lieu d’avoir envie de continuer à faire du bruit et à lutter pour tou·te·s les autres. C’est si absurde, pour eux·elles, que ça en devient très suspect. Ah, j’y suis ! ne manqueront-ils·elles pas de s’exclamer, c’est pour se faire encore plus de publicité, quelle indécence tout de même !

L’accusation de mensonge outrancier : Ils ou elles prendront ton exemple en occultant toute statistique qui prouve qu’il est minoritaire : il·elle a bien réussi, lui·elle, c’est bien la preuve qu’on ne leur met pas de bâton dans les roues et que c’est possible, non ? Alors de quoi se plaint-il·elle encore ?

L’accusation d’égoïsme : Il·elles tenteront la célèbre inversion hypocrite : et les hommes blancs hétérosexuels de plus de 50 ans ? Vous croyez que c’est facile pour eux, peut-être ? Quel égoïsme de ne pas voir à quel point c’est difficile, aussi, pour les autres ! En avançant un seul principe de domination temporaire (ici le couple vieux/plus jeune), ils essayent de discréditer plusieurs principes de domination qui durent hélas toute la vie (femme/homme, pas blanc/blanc, pas hétéro/hétéro), en occultant que les femmes, les noirs, les arabes, les roms, les homosexuel·le·s peuvent fort bien avoir plus de 50 ans, eux·elles aussi, et que cela risque d’être plus difficile encore que pour eux.

L’accusation de manque de perspective : Quelle honte de se plaindre comme ça alors qu’ailleurs il y a la guerre/des gens qui meurent de faim/qui meurent comme des mouches ! En somme, il y a toujours, absolument toujours, plus urgent et plus grave que ce que tu souhaites dénoncer.

L’accusation de discrimination inverse : Alors tu prétends que c’est parce que j’ai une queue/que je suis blanc/ que je ne suis pas handicapé… que j’ai la vie plus facile, et tu insinues que je ne suis pas le·la plus méritant·e ? C’est l’accusation la plus perverse, parce qu’on a envie de dire qu’il y a souvent un peu de vrai là-dedans. Mais, petite mise au point nécessaire : si les dominant·e·s ont plus de facilités pour obtenir une place, un honneur, du respect…, cela ne signifie pas qu’ils·elles ne sont pas compétent·e·s ou ne le méritent pas. Cela signifie simplement qu’à même compétence et à même mérite, ils·elles seront préféré·e·s à un·e dominé·e.

L’accusation de diabolisation : Ils·elles t’accuseront de faire beaucoup de mal à la profession dont tu fais partie. Ou au domaine précis que tu pointes. Exemple : tu dénonces le fait qu’il y a trop peu de femmes dans la hiérarchie haute de l’entreprise X. C’est vraiment moche de faire autant de mal à l’entreprise X en la pointant ainsi du doigt ! Pourquoi n’as-tu pas parlé plutôt de l’entreprise Y, hein ? Et pourquoi tu en parles maintenant et pas jamais ? Et si l’entreprise X est spécialisée dans la confection de mouchoirs en tissu : C’est vraiment moche de faire autant de mal à l’industrie du mouchoir en tissu !

L’accusation de jalousie : C’est parce que tu crèves de jalousie envers machin et truc qui a encore mieux réussi que toi, pas vrai ? Tu tentes de les écraser, c’est ça ?

L’accusation de victimisation permanente : Ils ou elles feront mine d’être dans l’impossibilité intrinsèque de comprendre que la lutte d’un individu puisse ne pas être uniquement pour sa propre pomme, mais pour tous ceux et toutes celles laissé·e·s derrière soi. Ils ou elles penseront juste que tu continues à te plaindre alors que désormais tu as tellement, et surtout plus qu’eux·elles. Inadmissible ! Laisse-moi être riche ou puissant ou célèbre ou tout ça à la fois à mon tour, maintenant, hurleront-ils·elles avec d’autres mots plus hypocrites et insultants, tais-toi pour que ce soit enfin moi, ou au moins quelqu’un comme moi pour que je puisse m’identifier, et non encore un·e dominé·e comme toi ! Tu as eu ta part, tu ne peux donc pas te taire, désormais ? Car c’est môôôaaa la victime, par rapport à toi, maintenant !

 

Sérieusement, ô lecteur·rice, trouves-tu toutes ces accusations justifiées ?

Pour résumer : la seule chose que certain·e·s parmi ceux et celles qui sont en position de domination par rapport à toi entendront dans tes paroles, et qui les terrifieront, c’est la possibilité que tou·te·s les dominé·e·s puissent avoir autant de chances qu’eux ou elles de réussir, et ainsi obtenir à leur place la situation qu’ils ou elles convoitent avec tant de hargne ou occupent déjà, les griffes plantées au sol. Ils ou elles ne cessent de réclamer le droit de ne pas être dominé·e·s par celles et ceux qui, logiquement dans la société actuelle, doivent occuper une place de dominé·e·s. Un peu d’ordre, que diable, sinon où va-t-on ? Mais au fond, c’est surtout, je crois, cette pensée qui prime : C’est quand même vraiment la honte d’être dominé·e par des dominé·e·s ! Ils ou elles entendront cette honte et cette menace et uniquement cette honte et cette menace, dans tes mots, de façon consciente ou non. Ils ou elles t’en veulent déjà tellement d’avoir acquis cette place qui normalement est la leur, ou au moins celle d’un de leurs semblables ! C’est injuste, tellement injuste que tu pourrais au moins disparaître de leur vue et de leurs oreilles, non ?

Et pourtant c’est une belle victoire que la tienne. Ne la perds pas. Ne l’abandonne pas. Parle encore pour ceux et celles qui n’ont rien ou si peu, puisque tu es entendu·e, et tant que tu l’es (n’oublie pas, tout bouge dans ce domaine-là).

Et ensuite, laisse parler tous ceux et toutes celles que tu domines momentanément, écoute-les et entends-les, fais monter leurs paroles, ce qui t’évitera d’avoir à parler pour eux… même s’il peut t’arriver d’avoir le réflexe hélas humain de les ressentir, déjà, comme une menace pour ta domination temporaire…

 

 Les dominants sont dominés par leur propre domination. 

Pierre Bourdieu, La noblesse d’État (1989)

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Le Grand Saut, c’est maintenant !

Voilà, vous y êtes, c’était cette semaine ou ce sera la semaine prochaine, mais ça y est, pour beaucoup d’entre vous, après le bac, après les vacances, c’est LE Grand Saut loin de chez vos parents pour vivre le début de votre vie d’adulte, comme dans le tome 3 de ma trilogie !

Alors à qui ressemblez-vous le plus ?

A Iris, qui rêve de devenir écrivaine et qui entre en licence de lettres à la Sorbonne (enfin, au Centre Malesherbes plus exactement) ? (Iris va rencontrer un véritable écrivain célèbre, d’ailleurs ! Lequel ? Ahah, lisez pour savoir !)

A Marion, qui elle entre en maths sup à Paris, où l’intégration promet d’être difficile ? Mais peut-être y trouvera-t-elle aussi la confirmation de sa vocation ?

A Sam, qui entre en fac de droit à Assas, Paris, où il vivra un véritable éveil politique ?

A Rébecca, en licence arts et spectacle, également à Paris, mais aussi au Conservatoire du 11e arrondissement pour y apprendre la comédie ? Réalisera-t-elle son rêve de devenir comédienne ?

A Alex, qui se bat pour vivre normalement malgré son handicap, et qui lui entre en fac de maths à Marseille ?

Ou bien à Paul qui est aussi resté dans le sud et a choisi une voie différente des études, et plutôt surprenante ? Mais chut, pas de spoil !

Les quatre premiers vont aussi vivre l’expérience de la colocation, pas toujours facile, et l’adaptation à la vie dans la capitale, pas facile non plus quand on vient d’une petite ville.

Je pense à vous qui vivez des choses semblables chaque jour en ce mois de septembre (bon, certainement aussi parce que ma fille, ses amies, ses amis, ma nièce le vivent aussi en ce moment, Le Grand Saut – pour tous pour l’instant ça se passe très bien, merci !), mais je pense aussi à mes personnages exactement comme s’ils étaient en train de revivre ce que j’ai imaginé pour eux. Ils existent, et je vibre et frémis avec eux/avec vous.

Extrait, par les yeux d’Iris : «  Ici, tout était dense, bruyant, mouvant. Excitant. Les battements de son coeur accéléraient toujours lorsqu’elle déchiffrait les panneaux de signalisation. Elle avait encore du mal à maîtriser les lignes de métro : laquelle prendre, jusqu’où, avec quel ticket – ces histoires de zones voulaient certaiement dire quelque chose ! -, quand composter, où, et fallait-il garder son ticket avec soi ? La semaine précédente, elle était restée coincée devant un portillon qui ne s’ouvrait qu’avec un ticket. A Marseille, on n’en avait besoin qu’en cas de contrôle, mais pas pour sortir du métro ! Faustin venait de lui expliquer qu’avec un passe Navigo tout serait plus simple, mais tous autour d’elle semblaient savoir cela de façon innée, et se déplaçaient sans une hésitation.

Bientôt, je serai comme eux. »

 

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