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mes dernières lectures #105

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Me revoici, avec mes 3 dernières (bonnes) lectures !

D’abord merci à Vincent Villeminot pour m’avoir offert son roman Fais de moi la colère, qui est une véritable réussite.

J’aime les romans qui prennent des allures de fables et celui-ci réussit l’exercice à merveille, sans perdre pied avec le réel, et ce dans un style ciselé et envoutant. C’est tout autant politique que poétique et très sensuel. Bien sûr, quand on a co-écrit U4 avec l’auteur en question, on ne peut pas s’empêcher d’y voir des similitudes. Stéphane serait une petite soeur d’Ismaëlle (ou l’inverse, peu importe), et j’ai trouvé cela très touchant, d’autant plus touchant que Vincent est allé là aussi loin qu’il en avait envie, puisque son public pouvait aller plus loin avec lui. Aussi, bien sûr, j’ai adoré Ismaëlle et son réalisme tout sensuel. Elle est d’une importance capitale dans ce récit, en y apportant la part terrienne et viscérale qui lui aurait manqué. Ezechiel est, lui, à la fois vaporeux, liquide et donc insaisissable ; il est le fils de trop d’atrocités pour admettre d’exister. Les mots sont son défouloir, dans des monologues d’un lyrisme brut, et seule la capture du monstre, métaphore du mal qui multiplie les cadavres dans le lac et ronge le monde, lui offrirait une rédemption ou au moins une consolation (en tout cas tout ceci est ma lecture). Je m’arrête là pour ne pas spoiler, j’ai juste envie de demander comme tous les fans d’U4 l’ont demandé pour Stéphane : mais bon sang de bonsoir, que va devenir Ismaëlle ? (oui, j’ai eu une lecture à la fois jeunesse et vieillesse de ce roman !). En tout cas, bravo et merci Vincent.

Juste avant, j’avais lu La Tresse de Laetitia Colombani.

 

Pendant tout le roman je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Trois femmes puissantes de Marie N’Diaye que j’avais beaucoup aimé. La tresse est un très bon roman que j’ai lu avec grand plaisir et intérêt mais j’ai sans doute été gênée par la comparaison avec cet autre roman que j’avais trouvé si puissant, si musical et d’une noirceur qui laisse filtrer la lumière comme un éclat de diamant. Comparer n’est sans doute pas une bonne chose. Lire La tresse, tout comme lire Trois femmes puissantes, c’est de toute façon ne pas perdre son temps.

En jeunesse, je suis (très) en retard mais j’ai enfin commencé Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, en tout cas le tome 1.

J’adore ! C’est stylé, ingénieux, inventif, malin. Rien à dire. A mettre entre toutes les mains ! (en revanche pourquoi, mais pourquoi les enfants héros sont-ils si moches sur cette couverture ?… Ca passe peut-être mieux avec la couverture d’origine :

)

A très vite, pour d’autres romans de la rentrée littéraire (et des plus vieux, aussi, puisque les livres vivent longtemps).

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Mes dernières lectures #104

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L’été je lis toujours encore davantage qu’en d’autres saisons, et cet été-ci ce fut un très grand plaisir, car j’ai eu la chance de tomber sur d’excellents romans.

Comme par exemple Martin Eden de Jack London, véritable chef d’oeuvre (l’idée de le lire m’a été donnée par une discussion fb, merci Anne Poiré !).

Je n’avais jamais lu Jack London, non non même pas Croc-Blanc, et j’ignorais quel grand écrivain il fut. Lacune enfin comblée. L’histoire de Martin Eden prend une dimension particulière quand on est écrivain·e. Impossible de ne pas se reconnaître dans ses affres et ses joies de création. Dans ses lassitudes face au culte des valeurs établies de la bourgeoisie qui tire les ficelles du monde de l’édition et de la critique, face à l’esprit moutonnier du public. Dimension encore autrement particulière pour ceux et celles d’entres nous, auteurs et autrices qui, comme Martin Eden, ne sont pas nés au sein de cette bourgeoisie. Fascination, apprentissage, mimétisme, travail encore plus forcené puis déception teintée de mépris, quand ce que l’on a admiré se révèle médiocre. Car la dimension politique est très présente. S’opposent individualisme nietzschéen et socialisme, constamment, et je crois que de nombreux·ses écrivain·e·s se débattent encore aujourd’hui dans cette contradiction, nous sommes forcés de croire en l’un et en l’autre, de vivre dans sa chair l’un et l’autre. C’est cette contradiction qui nous écartèle et nous écrase… Mais je n’en dis pas plus, lisez Martin Eden, grande oeuvre que toute personne travaillant dans le monde de l’édition devrait lire.

Extrait ô combien actuel : Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seuls bons et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du monde pour substituer son propre Dieu aux autre dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image des banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient. 

Pour ma part, encore éblouie par ces éclairs d’intelligence et de talent, j’ai déjà commencé Talon de Fer.

 

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Sinon la rentrée littéraire de septembre est déjà là, à laquelle je ne joue pas cette année et c’est très confortable et reposant il faut bien le dire (l’année 2017 fut vécue en creux à cause d’un deuil lancinant et de débats épuisants – féminisme, droits des auteurs et autrices – et la moindre parcelle de mon énergie créatrice a été injectée dans Le Grand Saut, uniquement, qui je crois bénéficie de cette lumière forte qui avait envie de percer). J’ai tout de même une parution en ce mois de septembre : le 4e et dernier tome de ma série Mona (texte pour pré-ado sans prétention mais que j’aime bien, hélas gâché par une couverture que j’essaie de trouver attirante avec la plus grande bienveillance dont je sois capable, hélas c’est difficile, et ce n’est pas faute d’avoir essayé d’en changer l’orientation et surtout les couleurs. Bref.)

Mais je sens depuis quelques mois revenir une forme éblouissante, comme une pure clarté après l’orage, et des projets auxquels je tiens beaucoup verront le jour en 2019, d’autres sont en germe et trépignent et tournent dans ma tête. Des résolutions aussi : finis les débats stériles sur fb où seule triomphe la bêtise, qui pompe et anéantit la moindre sève d’intelligence, finies les discussions avec des personnes dont l’arrogance le dispute à la platitude des idées, et ne dépenser mon énergie que dans une exigeance encore plus grande dans ma création littéraire. Un peu envie de mettre mes tripes sur la table de travail et de ne répondre qu’à l’urgence et la nécessité, pas nécessairement grave ou violente, précisons-le. Revenir à cette écriture qui fut la mienne quand j’étais petite et ado, déconnectée des attentes d’un monde éditorial pas toujours clairvoyant (vous aurez un aperçu de cette écriture dans un roman à paraître en janvier chez Nathan). En attendant, bonne rentrée littéraire à vous, belles découvertes, et pour moi cette rentrée rime avec Morges, où je serai en fin de semaine prochaine, avec ô joie quelques ami·e·s auteurs·rices que j’aurai plaisir à revoir.

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Mes dernières lectures #103

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C’est parti pour mon 103ème article de ce blog contenant mes derniers coups de coeur de lecture !

J’ai déjà parlé de mes coups de coeur pour Esprit d’hiver de Laura Kasischke et pour Amours de Léonor de Récondo sur mes réseaux, mais j’en laisse une trace ici sur mon blog pour mémoire pour moi-même (oui ce blog, c’est aussi un peu comme un carnet de bord, très utile pour laisser des traces). En résumé : lisez-les, styles et histoires à couper le souffle, vraiment.

Avant ces deux-là, j’avais lu L’été circulaire acheté au salon de Paris en mars, suite à une table ronde avec son autrice Marion Brunet. J’étais sortie de ce roman sûre d’avoir lu un excellent roman au style recherché, dense, qui emporte, mais aux sentiments très mélangés concernant l’histoire. Cela m’a fait le même effet que pour Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal : j’aurais bien gardé uniquement l’histoire des ados et me serais bien passée de l’intrigue policière ou noire. Car l’histoire de ces deux soeurs est magistrale, surtout pour quelqu’un comme moi qui a vécu son adolescence dans le même sud exactement et en connait l’atmosphère poisseuse et joyeuse à la fois. J’ai les mêmes souvenirs très marquants de fête foraine (début époustouflant), et pour moi c’est toujours très particulier les fêtes foraines… Marion a réussi à rendre tout cela à la perfection, cette langueur, ces vides, ces joies, cette sensualité, ces désirs, cette intensité brève et cette violence diffuse avec grand talent. Mais dès qu’il s’agissait des adultes je m’éloignais du texte, de façon indéfinissable.  Il faut sans doute préciser que les romans noirs ou policiers ne sont pas du tout ma tasse de thé, c’est peut-être le pourquoi du comment. A cause de cette petite gêne j’ai longtemps hésité à parler de ce roman ici, mais en cet été caniculaire certaines scènes ou plutôt atmosphères de L’été circulaire me reviennent souvent. Je me dis alors que oui, c’est un excellent roman, à lire assurément.

Puis j’ai plongé dans La petite dernière de Susie Morgenstern. Je suis une fan inconditionnelle de Susie, et c’est fou comme sa prose m’emporte à tous les coups, quoi qu’elle raconte ! Je m’y retrouve toujours, c’est un flux qui me rencontre immédiatement. Cette fois Susie raconte son enfance, romancée ou pas on s’en moque, en tout cas c’est passionnant, touchant, généreux. C’est Susie, quoi !

Ensuite ce fut Anima de Wajdi Mouhawad, dont j’ai aussi déjà parlé sur mes réseaux. L’un des meilleurs romans que j’aie jamais lus. Réellement. Mais l’un des plus traumatisants aussi. Réellement aussi. Récit atroce et beau. A lire… quoi qu’il en soit.

Et enfin je viens de terminer l’excellent The Hate U give de Angie Thomas. Le pendant parfait, sous forme de roman, de l’essai Une colère noire de Ta Nehisi-Coates. On en ressort bouleversé, avec la même colère que l’héroïne. Et comme pendant ma lecture de Une colère noire, je n’ai pu que me rendre compte combien tous les mécanismes de domination se ressemblent… hélas. Lisez et offrez ce livre (Une colère noire, aussi, vraiment éclairant et qui se lit comme un roman), pour que chacun s’en rende (enfin) compte.

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Et sinon pas des lectures, mais je conseille à ceux qui sont sur Paris de voir (c’est les derniers jours en plus) l’expo sur Kupka au Grand Palais. Magnifique, et parfaite pour comprendre pourquoi et comment un artiste passe du figuratif à l’abstraction.

Quand même ce que je préfère ce sont ses portraits – ici Gigolette en rouge.

Pendant mon petit séjour parisien j’ai eu un coup de coeur aussi pour le marché aux puces de Saint-Ouen. Particulièrement pour le marché Vernaison et le marché Dauphine. Très belle découverte.

Marché Dauphine

Et puis j’ai enfin découvert le marché d’Aligre dont mes copines parisiennes me parlent depuis un moment : en effet, c’est à ne pas rater, surtout le dimanche. Un vrai bonheur… (merci Jean-Marie pour la visite guidée !).

(A part cela pour moi expérience ratée à l’atelier des lumières dont j’attendais beaucoup. Hundertwasser et Poetic A.I., c’était vraiment pas mal, mais pour Klimt, peut-etre parce que je l’aime trop, je suis passée à côté, je ne voyais en somme qu’un hangar éclairé. Je n’avais pas le temps de m’attarder sur les tableaux que j’aime, c’était une vraie frustration…).

A bientôt et bel été à vous !

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Dernières lectures

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Voici un petit compte rendu de mes dernières lectures.
D’abord, le jeu de mot est facile mais réel : j’ai été captivée par Captive de Margaret Atwood. Après avoir lu la dystopie La servante écarlate, j’étais curieuse de voir comment l’autrice s’en sortait dans un récit situé dans le passé, cette fois. Vraiment très bien. C’est même pour moi le pendant de La servante écarlate, on sent les mêmes révoltes et les mêmes préoccupations. L’occasion de s’en rendre compte, si on en doutait encore, qu’une bonne dystopie s’appuie toujours sur ce qui fut, ou sur ce qui est. Et puis le personnage de Grace est très attachant. J’ai juste regretté que l’autrice se soit forcée à la fin à rester fidèle à cette histoire réelle. Elle a été tentée par une piste fantastique qui eut été sans doute beaucoup mieux exploitée (et donc jouissive pour le lecteur) si elle n’avait pas été limitée par le réel. Il n’en reste pas moins un sentiment de trouble et de frisson très agréable qui fait encore, et toujours, réfléchir à la condition des femmes.

 

Après une histoire aussi sombre, j’ai eu besoin de légèreté, et quoi de mieux que de partir dans l’espace, qui plus est avec Marion Montaigne ? (bon certes, surtout avec Thomas Pesquet, mais pour moi c’est surtout le ton de Marion Montaigne qui m’a emportée !).

La force de cette BD c’est qu’elle est à la fois hyper bien documentée et pleine de dérision. On rêve, on s’informe et on rit ! Merci et bravo à l’autrice et dessinatrice.

Je termine par une petite déception, à savoir le tome 4 de l’Amie prodigieuse, que j’ai peut-être trop attendu…

L’histoire et la narration de Léna m’ont paru hélas très plates. Lila quant à elle a passablement perdu de son côté prodigieux. Si les désillusions ressemblent à la vie réelle, en tant que lectrice j’aurais aimé être davantage surprise. Même la chute finale ne m’a pas satisfaite et m’a paru un peu téléphonée. De toute façon même si cette saga fut très additctive, je n’ai retrouvé dans aucun des autres tomes la force évocatrice du premier, un véritable chef d’oeuvre d’après moi. Une rupture de style et de narration si forte que je me demande si derrière Elena Ferrante ne se cachent pas en vérité deux auteurs….

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De la vitesse

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Facebook va mourir. Mourir de sa belle mort dont on ne parlera guère sur Instagram ou Twitter. On y dansera sur sa tombe. Mon analyse est sans faille. Tout est la faute du logiciel. Après 15 jours de faible utilisation, voilà le truc même pas dingue et tout à fait anodin au fond qui va vous arriver : sur vos 5000 amis vous ne recevrez désormais le fil d’actualité que d’à peu près 5 personnes. Vous serez assez content·e d’avoir de leurs nouvelles mais il vous suffirait de leur passer un coup de fil : vous les connaissez assez bien. Quand vous posterez quelque chose, il n’y a plus que ces 5 là qui verront votre article. Certains s’agitent. Cela ressemble aux soubresauts avant l’agonie. Ils postent des articles déchirants. Ils supplient : pour ne pas sombrer, englouti par l’IA, s’il vous plaît, je vous en supplie, commentez-moi, likez-moi, et ainsi je remonterai dans les lignes de code (ou un truc du genre – ils n’y connaissent rien, ils nagent dans une ignorance encore plus engloutissante, ils se débattent dans un océan d’opacité bien entretenu, ils se nourrissent de leur seul pathétisme… et lui-même nourrit le monstre, il grandit et grossit avec notre désarroi). D’autres s’y prennent autrement, ils souhaitent garder leur dignité, ils le croient en tout cas, en ne suppliant personne, en ne gémissant pas, mais en postant des articles à gros caractères ou à idées courtes, les plus polémiques et provocateurs possibles, dans l’espoir que ça buzze, que ce soit partagé, que ce soit commenté, disputé, vilipendé, porté aux nues. Outrer ou rallier, choisissez mais surtout réagissez, et donnez-moi de la visibilité. Mais rien ne fonctionne. Rien à part y passer ses journées entières. Passez-y 24 heures sur 24, réagissez, commentez, likez, suppliez, gémissez, provoquez, et ainsi vous existerez au yeux du logiciel. Vous mourrez heureux. Vous serez le fantôme du web le moins vite oublié : comptez trois jours, environ.

(Si cette image vous parle, c’est que vous êtes déjà un peu sensibilisé·e·s à ce que je vous raconte. Ou si vous avez lu #Bleue, aussi.)

Facebook va mourir parce qu’Instagram est plus efficace. C’est moins fatigant d’exister sur Instagram. Faites une belle photo de votre cappucino et votre chat, cela prend une seconde et ensuite, attendez. On vous aimera. Mais moins longtemps. Fb meurt de sa lenteur – si relative pourtant. Instagram prospère sur sa vitesse. Voir une image et la liker prend un dixième de seconde, avant de passer à la suivante. On peut donc en voir plus. Les voir toutes. Mais il vous faut aussi en faire beaucoup, et beaucoup de stories. Songez à en faire à tout moment de votre vie.

En attendant la mort de facebook ou la vôtre ou les deux, comme vous voudrez, et tant que notre notoriété réseaux-socialesque ne détermine pas encore tous nos droits de citoyen, je vous propose une alternative : allez dans les musées, tout y est plus vivant (tableaux postés ici d’Egon Schiele). Et oh, j’oubliais : lisez des livres. Vous verrez combien on y existe bien davantage. Et plus longtemps. Et vous ferez la découverte d’une chose vertigineuse : la profondeur.

Mais aller dans les musées ou lire des livres, et cotoyer ainsi la profondeur qui remplit l’âme, cela prend encore plus de temps que de lire un article entier sur Facebook. Choisissez votre vitesse.

 

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« Une colère noire » + « Flora Banks »

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J’aime quand écrire me plonge dans des gouffres dont j’ai du mal à m’extirper ensuite (je suis en pleine remontée), et j’aime quand la lecture me plonge dans d’autres couloirs de ces gouffres, habités par d’autres esprits.

Cela peut arriver aussi bien avec des essais qu’avec des romans. Un bon essai peut m’emporter aussi bien qu’un roman, et ce fut le cas avec la magistrale Colère noire de Ta-Nehisi Coates.

«  Quand j’y repense, je me rends compte que je recevais le même message de partout. En ce temps-là parmi mes amis, il y avait beaucoup de gens en lien avec des mondes différents. « Fais de ta race une fierté », disaient les anciens. A l’époque, j’avais très bien compris que je ne faisais pas tant partie d’une « race » biologique que d’un ensemble de gens, et que ces gens n’étaient pas noirs à cause d’une couleur ou d’une caractéristique physique. Ils étaient liés parce que tous subissaient le fardeau du Rêve, ils étaient liés par toutes ces belles choses, une langue et des manières de parler, une nourriture et une musique, une littérature et une philosophie, une expression commune, en somme, qu’ils façonnaient comme des joyaux sous le poids du Rêve. »

Le Rêve, tel que défini par l’auteur est un peu le fil rouge de l’ouvrage, et ce qui m’a le plus frappée. Le Rêve américain certes mais aussi le Rêve blanc. Les humains dominants aiment tant rêver au détriment des dominés… Cet essai est magistral autant par son propos que par son style, l’écriture est belle, ciselée, métaphorique et précise aux bons moments. Il est à noter que la profonde humanité de l’auteur n’en oublie pas la moitié féminine, la prenant toujours en compte, avec l’honnêteté d’admettre qu’il ne peut se rendre tout à fait compte de ce que vivent les femmes noires. C’est exactement là qu’est le drame : l’impossibilité de l’être humain de se rendre compte de ce que vit précisément un autre être humain, surtout dans ses difficultés. Un essai tel que celui-ci permet de pallier à cette limite humaine. Il nous ouvre un monde de compréhension et d’empathie, avec une intelligence et une finesse hors du commun.

Puis j’ai lu enfin un roman jeunesse qui m’a scotchée (ça faisait longtemps, et j’en lis beaucoup comme vous savez). Il s’agit de Flora Banks, d’Emily Barr (merci à Casterman pour le cadeau !).

Pourtant, au début, je n’étais pas du tout acquise, à cause de la pauvreté du langage et du style, et le début très fleur bleue. Mais tous ces éléments, du langage assez enfantin à la fixette amoureuse, se justifient par la suite, et se démontent au fur et à mesure au fil de twists réjouissants et percutants. J’ai surtout été bluffée par la capacité de l’autrice de s’emparer de et de transformer avec brio une idée très casse-gueule, disons-le : le handicap de la narratrice consiste à n’avoir une mémoire immédiate que de 2 heures. Imaginez donc un roman où on est dans la tête d’une héroïne qui oublie systématiquement ce qu’elle vient de vous raconter trois pages avant ! Eh bien n’imaginez plus, lisez Flora Banks, et vous serez très étonné·e·s de constater à quel point ce n’est pas répétitif, et au contraire prenant et passionnant. Mention spéciale pour les lieux choisis, que je ne nomme pas pour ne pas divulgâcher l’histoire, mais personnellement je rêve encore de ces paysages… Comment l’autrice a-t-elle réussi, avec un style si simple, à m’emporter, me faire rêver, me faire réfléchir autant ? C’est tout le talent de ces auteurs·trices jeunesse, qui à la fois se penchent vers leurs lecteurs et lectrices, entrent là où ils sont (ce qui n’est pas possible en voulant écrire comme certains auteurs et autrices pour adultes), et leur saisit la main pour les emporter bien plus haut, bien plus loin, avec le seul support de la narration et de la structure de l’histoire. Ce roman si peu stylé, et pourtant si bien mené, au propos si profond, confirme mon intuition qu’on ne peut et qu’on ne doit pas juger un roman jeunesse avec les mêmes critères qu’un roman de littérature générale. En tout cas, pas toujours.

« A l’intérieur de ma tête, c’est le chaos. C’est un incendie. C’est une tempête de neige. C’est la jungle. C’est le désert arctique. C’est à la fois tout ce qui s’est produit et tout ce qui ne se produira jamais. Le temps est un élément aléatoire. C’est la chose qui nous fait vieillir. Les humains s’en servent pour organiser le monde. Ils ont inventé un système pour essayer de mettre en ordre le hasard. Tous les êtres humains, tous sauf moi, vivent leur vie découpée en heures, en minutes, en jours et en secondes, mais choses ne sont rien. L’univers rigolerait bien de nos tentatives pour l’organiser, si seulement il daignait s’y intéresser. Le temps est ce qui fait flétrit et pourrir nos corps. Voilà pourquoi ils ont peur de lui. Mais moi, ça ne m’atteint pas : je sais que je ne vieillirais jamais. »

Voilà c’était le 102e article de ce blog rapportant mes bonnes lectures ! Je retourne quant à moi au retravail fin du tome 3 de mon Grand Saut, dont j’appelle une fois de plus la poignée de lecteurs et lectrices qui a trouvé le tome 1 trop fleur bleue ou trop convenu (exactement comme le début de Flora Banks, tiens !), à lire le tome 2 pour se rendre compte à quel point ce début était voulu, correspondant à une réalité de cet âge, pour mieux la retourner ensuite. Dans le tome 3, certains personnages m’étonnent moi-même, c’est dire ! (Ah, sacré Paul… Vous verrez…)

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