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mes dernières lectures #106

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Quelques mots sur mes dernières lectures :
D’abord, énorme coup de coeur pour A son image de Jérome Ferrari que j’ai dévoré en 2 jours, dans un plaisir de lecture que je n’avais pas rencontré depuis un petit moment.

J’aime quand je suis face à de la profondeur, de l’intelligence et de la beauté, non exempts de lucidité sur la noirceur du monde. Jérôme Ferrari nous offre là une magnifique relation d’amour pur entre un homme d’église et sa nièce. Les deux personnages sont racontés avec un véritable respect (un amour) de la part de l’auteur, et c’est cela qui a fait toute la différence, je crois, sans oublier le fil rouge d’une homélie longue, intense, bégayante de chagrin et de beauté. Et puis il y a les images. Une histoire de la photographie, un portrait du monde tout autant qu’un portrait de cette jeune femme, par ce qu’elle voit, par ce qu’elle est (et on échappe, enfin, à la question du paraître et/ou du sentimentalisme et/ou de la proie, dans un portrait de femme, et ce fut un bol d’oxygène inégalable : oui on peut être femme et vivre et voir et être aimée pour son âme même imparfaite, et oui logiquement il existe donc des hommes pour aimer ainsi une telle femme. J’eus à la fin le désir de baiser les pieds de l’auteur pour nous donner à voir cette évidence si peu montrée ces derniers temps, même si ce ne fut sans doute même pas son intention, ce qui est encore mieux). En résumé Jérome Ferrari a réussi le tour de force de raconter le beau et le laid tout ensemble, enchevêtrés, sans que l’un prenne le pas sur l’autre, mais le beau, tout de même, est vraiment beau, et tellement digne… Comme je n’ai aucune illusion sur le laid, ce beau me fit un bien fou. Tellement besoin de dignité…

Puis j’ai lu Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, que je ne pouvais pas ne pas lire.

Pourquoi ? Parce que je suis née en Lorraine, et que j’ai passé mes trois premières années au pied du haut-fourneau d’Uckange désormais classé au patrimoine de l’humanité. Parce que mon grand-père a passé sa vie dans cette usine, et mon père commença à y travailler avant l’appel du sud et du soleil. Aurais-je vécu une telle adolescence si je n’avais pas quitté la vallée à 3 ans ? Difficile à dire bien entendu. Mais je sais à peu près la surface de ce qui y est raconté. Le chômage, le travail au Luxembourg, la grisaille, l’âpreté et tout le reste. J’ai trouvé chaque analyse de la situation très juste et pointue mais… j’aurais aimé être surprise, qu’une lumière passe quelque part dans ce déterminisme bourdieusien et me cueille – peut-être que je cherche trop, toujours, la beauté, la résilience, la pureté, l’innocence, cette force capable de s’extraire du marasme et d’éviter de faire toujours les conneries qu’il ne faut surtout pas faire. 
J’ai lu cette chronique adolescente heureuse du style et de la narration parfaitement maitrisée, admirative de la façon dont sont racontés les élans les émois les désirs et cet appel de la chair, cette façon qu’ils ont de s’attraper comme à des bouées, mais j’ai été en équilibre précaire, incapable d’installer la distance nécessaire entre cette fiction et ce que je connais du réel. Dérangée, sans doute, triste certainement. Il est dit dans le roman que les personnages ont tous envie de quitter cet endroit pour ne pas y revenir. Même si je n’en ai rien connu, qu’avant mes 3 ans je ne me souviens pas de grand-chose, ce fut tout de même comme si j’y revenais, sans y rencontrer ma propre histoire. Et dans ce retour ce fut comme si une main me retenait en arrière pour me plaquer au sol. 
J’ai fini le roman asphyxiée. Mais c’est sans doute la preuve qu’il est bon. C’est l’oeuvre d’un très grand écrivain, sans aucun doute, qui méritait le Goncourt, certainement.

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mes dernières lectures #105

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Me revoici, avec mes 3 dernières (bonnes) lectures !

D’abord merci à Vincent Villeminot pour m’avoir offert son roman Fais de moi la colère, qui est une véritable réussite.

J’aime les romans qui prennent des allures de fables et celui-ci réussit l’exercice à merveille, sans perdre pied avec le réel, et ce dans un style ciselé et envoutant. C’est tout autant politique que poétique et très sensuel. Bien sûr, quand on a co-écrit U4 avec l’auteur en question, on ne peut pas s’empêcher d’y voir des similitudes. Stéphane serait une petite soeur d’Ismaëlle (ou l’inverse, peu importe), et j’ai trouvé cela très touchant, d’autant plus touchant que Vincent est allé là aussi loin qu’il en avait envie, puisque son public pouvait aller plus loin avec lui. Aussi, bien sûr, j’ai adoré Ismaëlle et son réalisme tout sensuel. Elle est d’une importance capitale dans ce récit, en y apportant la part terrienne et viscérale qui lui aurait manqué. Ezechiel est, lui, à la fois vaporeux, liquide et donc insaisissable ; il est le fils de trop d’atrocités pour admettre d’exister. Les mots sont son défouloir, dans des monologues d’un lyrisme brut, et seule la capture du monstre, métaphore du mal qui multiplie les cadavres dans le lac et ronge le monde, lui offrirait une rédemption ou au moins une consolation (en tout cas tout ceci est ma lecture). Je m’arrête là pour ne pas spoiler, j’ai juste envie de demander comme tous les fans d’U4 l’ont demandé pour Stéphane : mais bon sang de bonsoir, que va devenir Ismaëlle ? (oui, j’ai eu une lecture à la fois jeunesse et vieillesse de ce roman !). En tout cas, bravo et merci Vincent.

Juste avant, j’avais lu La Tresse de Laetitia Colombani.

 

Pendant tout le roman je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Trois femmes puissantes de Marie N’Diaye que j’avais beaucoup aimé. La tresse est un très bon roman que j’ai lu avec grand plaisir et intérêt mais j’ai sans doute été gênée par la comparaison avec cet autre roman que j’avais trouvé si puissant, si musical et d’une noirceur qui laisse filtrer la lumière comme un éclat de diamant. Comparer n’est sans doute pas une bonne chose. Lire La tresse, tout comme lire Trois femmes puissantes, c’est de toute façon ne pas perdre son temps.

En jeunesse, je suis (très) en retard mais j’ai enfin commencé Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, en tout cas le tome 1.

J’adore ! C’est stylé, ingénieux, inventif, malin. Rien à dire. A mettre entre toutes les mains ! (en revanche pourquoi, mais pourquoi les enfants héros sont-ils si moches sur cette couverture ?… Ca passe peut-être mieux avec la couverture d’origine :

)

A très vite, pour d’autres romans de la rentrée littéraire (et des plus vieux, aussi, puisque les livres vivent longtemps).

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Mes dernières lectures #104

L’été je lis toujours encore davantage qu’en d’autres saisons, et cet été-ci ce fut un très grand plaisir, car j’ai eu la chance de tomber sur d’excellents romans.

Comme par exemple Martin Eden de Jack London, véritable chef d’oeuvre (l’idée de le lire m’a été donnée par une discussion fb, merci Anne Poiré !).

Je n’avais jamais lu Jack London, non non même pas Croc-Blanc, et j’ignorais quel grand écrivain il fut. Lacune enfin comblée. L’histoire de Martin Eden prend une dimension particulière quand on est écrivain·e. Impossible de ne pas se reconnaître dans ses affres et ses joies de création. Dans ses lassitudes face au culte des valeurs établies de la bourgeoisie qui tire les ficelles du monde de l’édition et de la critique, face à l’esprit moutonnier du public. Dimension encore autrement particulière pour ceux et celles d’entres nous, auteurs et autrices qui, comme Martin Eden, ne sont pas nés au sein de cette bourgeoisie. Fascination, apprentissage, mimétisme, travail encore plus forcené puis déception teintée de mépris, quand ce que l’on a admiré se révèle médiocre. Car la dimension politique est très présente. S’opposent individualisme nietzschéen et socialisme, constamment, et je crois que de nombreux·ses écrivain·e·s se débattent encore aujourd’hui dans cette contradiction, nous sommes forcés de croire en l’un et en l’autre, de vivre dans sa chair l’un et l’autre. C’est cette contradiction qui nous écartèle et nous écrase… Mais je n’en dis pas plus, lisez Martin Eden, grande oeuvre que toute personne travaillant dans le monde de l’édition devrait lire.

Extrait ô combien actuel : Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seuls bons et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du monde pour substituer son propre Dieu aux autre dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image des banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient. 

Pour ma part, encore éblouie par ces éclairs d’intelligence et de talent, j’ai déjà commencé Talon de Fer.

 

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Sinon la rentrée littéraire de septembre est déjà là, à laquelle je ne joue pas cette année et c’est très confortable et reposant il faut bien le dire (l’année 2017 fut vécue en creux à cause d’un deuil lancinant et de débats épuisants – féminisme, droits des auteurs et autrices – et la moindre parcelle de mon énergie créatrice a été injectée dans Le Grand Saut, uniquement, qui je crois bénéficie de cette lumière forte qui avait envie de percer). J’ai tout de même une parution en ce mois de septembre : le 4e et dernier tome de ma série Mona (texte pour pré-ado sans prétention mais que j’aime bien, hélas un peu gâché par une couverture que j’essaie de trouver proche de mon texte avec la plus grande bienveillance dont je sois capable, hélas c’est difficile, et ce n’est pas faute d’avoir essayé d’en changer l’orientation et la tonalité des couleurs. Ce n’est pas l’illustratrice qui a fait du mauvais travail, c’est juste un autre choix qu’il eut fallu faire. Bref.)

Mais je sens depuis quelques mois revenir une forme éblouissante, comme une pure clarté après l’orage, et des projets auxquels je tiens beaucoup verront le jour en 2019, d’autres sont en germe et trépignent et tournent dans ma tête. Des résolutions aussi : finis les débats stériles sur fb où seule triomphe la bêtise, qui pompe et anéantit la moindre sève d’intelligence, finies les discussions avec des personnes dont l’arrogance le dispute à la platitude des idées, et ne dépenser mon énergie que dans une exigeance encore plus grande dans ma création littéraire. Un peu envie de mettre mes tripes sur la table de travail et de ne répondre qu’à l’urgence et la nécessité, pas nécessairement grave ou violente, précisons-le. Revenir à cette écriture qui fut la mienne quand j’étais petite et ado, déconnectée des attentes d’un monde éditorial pas toujours clairvoyant (vous aurez un aperçu de cette écriture dans un roman à paraître en janvier chez Nathan). En attendant, bonne rentrée littéraire à vous, belles découvertes, et pour moi cette rentrée rime avec Morges, où je serai en fin de semaine prochaine, avec ô joie quelques ami·e·s auteurs·rices que j’aurai plaisir à revoir.

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Mes dernières lectures #103

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C’est parti pour mon 103ème article de ce blog contenant mes derniers coups de coeur de lecture !

J’ai déjà parlé de mes coups de coeur pour Esprit d’hiver de Laura Kasischke et pour Amours de Léonor de Récondo sur mes réseaux, mais j’en laisse une trace ici sur mon blog pour mémoire pour moi-même (oui ce blog, c’est aussi un peu comme un carnet de bord, très utile pour laisser des traces). En résumé : lisez-les, styles et histoires à couper le souffle, vraiment.

Avant ces deux-là, j’avais lu L’été circulaire acheté au salon de Paris en mars, suite à une table ronde avec son autrice Marion Brunet. J’étais sortie de ce roman sûre d’avoir lu un excellent roman au style recherché, dense, qui emporte, mais aux sentiments très mélangés concernant l’histoire. Cela m’a fait le même effet que pour Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal : j’aurais bien gardé uniquement l’histoire des ados et me serais bien passée de l’intrigue policière ou noire. Car l’histoire de ces deux soeurs est magistrale, surtout pour quelqu’un comme moi qui a vécu son adolescence dans le même sud exactement et en connait l’atmosphère poisseuse et joyeuse à la fois. J’ai les mêmes souvenirs très marquants de fête foraine (début époustouflant), et pour moi c’est toujours très particulier les fêtes foraines… Marion a réussi à rendre tout cela à la perfection, cette langueur, ces vides, ces joies, cette sensualité, ces désirs, cette intensité brève et cette violence diffuse avec grand talent. Mais dès qu’il s’agissait des adultes je m’éloignais du texte, de façon indéfinissable.  Il faut sans doute préciser que les romans noirs ou policiers ne sont pas du tout ma tasse de thé, c’est peut-être le pourquoi du comment. A cause de cette petite gêne j’ai longtemps hésité à parler de ce roman ici, mais en cet été caniculaire certaines scènes ou plutôt atmosphères de L’été circulaire me reviennent souvent. Je me dis alors que oui, c’est un excellent roman, à lire assurément.

Puis j’ai plongé dans La petite dernière de Susie Morgenstern. Je suis une fan inconditionnelle de Susie, et c’est fou comme sa prose m’emporte à tous les coups, quoi qu’elle raconte ! Je m’y retrouve toujours, c’est un flux qui me rencontre immédiatement. Cette fois Susie raconte son enfance, romancée ou pas on s’en moque, en tout cas c’est passionnant, touchant, généreux. C’est Susie, quoi !

Ensuite ce fut Anima de Wajdi Mouhawad, dont j’ai aussi déjà parlé sur mes réseaux. L’un des meilleurs romans que j’aie jamais lus. Réellement. Mais l’un des plus traumatisants aussi. Réellement aussi. Récit atroce et beau. A lire… quoi qu’il en soit.

Et enfin je viens de terminer l’excellent The Hate U give de Angie Thomas. Le pendant parfait, sous forme de roman, de l’essai Une colère noire de Ta Nehisi-Coates. On en ressort bouleversé, avec la même colère que l’héroïne. Et comme pendant ma lecture de Une colère noire, je n’ai pu que me rendre compte combien tous les mécanismes de domination se ressemblent… hélas. Lisez et offrez ce livre (Une colère noire, aussi, vraiment éclairant et qui se lit comme un roman), pour que chacun s’en rende (enfin) compte.

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Et sinon pas des lectures, mais je conseille à ceux qui sont sur Paris de voir (c’est les derniers jours en plus) l’expo sur Kupka au Grand Palais. Magnifique, et parfaite pour comprendre pourquoi et comment un artiste passe du figuratif à l’abstraction.

Quand même ce que je préfère ce sont ses portraits – ici Gigolette en rouge.

Pendant mon petit séjour parisien j’ai eu un coup de coeur aussi pour le marché aux puces de Saint-Ouen. Particulièrement pour le marché Vernaison et le marché Dauphine. Très belle découverte.

Marché Dauphine

Et puis j’ai enfin découvert le marché d’Aligre dont mes copines parisiennes me parlent depuis un moment : en effet, c’est à ne pas rater, surtout le dimanche. Un vrai bonheur… (merci Jean-Marie pour la visite guidée !).

(A part cela pour moi expérience ratée à l’atelier des lumières dont j’attendais beaucoup. Hundertwasser et Poetic A.I., c’était vraiment pas mal, mais pour Klimt, peut-etre parce que je l’aime trop, je suis passée à côté, je ne voyais en somme qu’un hangar éclairé. Je n’avais pas le temps de m’attarder sur les tableaux que j’aime, c’était une vraie frustration…).

A bientôt et bel été à vous !

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Dernières lectures

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Voici un petit compte rendu de mes dernières lectures.
D’abord, le jeu de mot est facile mais réel : j’ai été captivée par Captive de Margaret Atwood. Après avoir lu la dystopie La servante écarlate, j’étais curieuse de voir comment l’autrice s’en sortait dans un récit situé dans le passé, cette fois. Vraiment très bien. C’est même pour moi le pendant de La servante écarlate, on sent les mêmes révoltes et les mêmes préoccupations. L’occasion de s’en rendre compte, si on en doutait encore, qu’une bonne dystopie s’appuie toujours sur ce qui fut, ou sur ce qui est. Et puis le personnage de Grace est très attachant. J’ai juste regretté que l’autrice se soit forcée à la fin à rester fidèle à cette histoire réelle. Elle a été tentée par une piste fantastique qui eut été sans doute beaucoup mieux exploitée (et donc jouissive pour le lecteur) si elle n’avait pas été limitée par le réel. Il n’en reste pas moins un sentiment de trouble et de frisson très agréable qui fait encore, et toujours, réfléchir à la condition des femmes.

 

Après une histoire aussi sombre, j’ai eu besoin de légèreté, et quoi de mieux que de partir dans l’espace, qui plus est avec Marion Montaigne ? (bon certes, surtout avec Thomas Pesquet, mais pour moi c’est surtout le ton de Marion Montaigne qui m’a emportée !).

La force de cette BD c’est qu’elle est à la fois hyper bien documentée et pleine de dérision. On rêve, on s’informe et on rit ! Merci et bravo à l’autrice et dessinatrice.

Je termine par une petite déception, à savoir le tome 4 de l’Amie prodigieuse, que j’ai peut-être trop attendu…

L’histoire et la narration de Léna m’ont paru hélas très plates. Lila quant à elle a passablement perdu de son côté prodigieux. Si les désillusions ressemblent à la vie réelle, en tant que lectrice j’aurais aimé être davantage surprise. Même la chute finale ne m’a pas satisfaite et m’a paru un peu téléphonée. De toute façon même si cette saga fut très additctive, je n’ai retrouvé dans aucun des autres tomes la force évocatrice du premier, un véritable chef d’oeuvre d’après moi. Une rupture de style et de narration si forte que je me demande si derrière Elena Ferrante ne se cachent pas en vérité deux auteurs….

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De la vitesse

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Facebook va mourir. Mourir de sa belle mort dont on ne parlera guère sur Instagram ou Twitter. On y dansera sur sa tombe. Mon analyse est sans faille. Tout est la faute du logiciel. Après 15 jours de faible utilisation, voilà le truc même pas dingue et tout à fait anodin au fond qui va vous arriver : sur vos 5000 amis vous ne recevrez désormais le fil d’actualité que d’à peu près 5 personnes. Vous serez assez content·e d’avoir de leurs nouvelles mais il vous suffirait de leur passer un coup de fil : vous les connaissez assez bien. Quand vous posterez quelque chose, il n’y a plus que ces 5 là qui verront votre article. Certains s’agitent. Cela ressemble aux soubresauts avant l’agonie. Ils postent des articles déchirants. Ils supplient : pour ne pas sombrer, englouti par l’IA, s’il vous plaît, je vous en supplie, commentez-moi, likez-moi, et ainsi je remonterai dans les lignes de code (ou un truc du genre – ils n’y connaissent rien, ils nagent dans une ignorance encore plus engloutissante, ils se débattent dans un océan d’opacité bien entretenu, ils se nourrissent de leur seul pathétisme… et lui-même nourrit le monstre, il grandit et grossit avec notre désarroi). D’autres s’y prennent autrement, ils souhaitent garder leur dignité, ils le croient en tout cas, en ne suppliant personne, en ne gémissant pas, mais en postant des articles à gros caractères ou à idées courtes, les plus polémiques et provocateurs possibles, dans l’espoir que ça buzze, que ce soit partagé, que ce soit commenté, disputé, vilipendé, porté aux nues. Outrer ou rallier, choisissez mais surtout réagissez, et donnez-moi de la visibilité. Mais rien ne fonctionne. Rien à part y passer ses journées entières. Passez-y 24 heures sur 24, réagissez, commentez, likez, suppliez, gémissez, provoquez, et ainsi vous existerez au yeux du logiciel. Vous mourrez heureux. Vous serez le fantôme du web le moins vite oublié : comptez trois jours, environ.

(Si cette image vous parle, c’est que vous êtes déjà un peu sensibilisé·e·s à ce que je vous raconte. Ou si vous avez lu #Bleue, aussi.)

Facebook va mourir parce qu’Instagram est plus efficace. C’est moins fatigant d’exister sur Instagram. Faites une belle photo de votre cappucino et votre chat, cela prend une seconde et ensuite, attendez. On vous aimera. Mais moins longtemps. Fb meurt de sa lenteur – si relative pourtant. Instagram prospère sur sa vitesse. Voir une image et la liker prend un dixième de seconde, avant de passer à la suivante. On peut donc en voir plus. Les voir toutes. Mais il vous faut aussi en faire beaucoup, et beaucoup de stories. Songez à en faire à tout moment de votre vie.

En attendant la mort de facebook ou la vôtre ou les deux, comme vous voudrez, et tant que notre notoriété réseaux-socialesque ne détermine pas encore tous nos droits de citoyen, je vous propose une alternative : allez dans les musées, tout y est plus vivant (tableaux postés ici d’Egon Schiele). Et oh, j’oubliais : lisez des livres. Vous verrez combien on y existe bien davantage. Et plus longtemps. Et vous ferez la découverte d’une chose vertigineuse : la profondeur.

Mais aller dans les musées ou lire des livres, et cotoyer ainsi la profondeur qui remplit l’âme, cela prend encore plus de temps que de lire un article entier sur Facebook. Choisissez votre vitesse.

 

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