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lecture #111 : Nous sommes l’étincelle

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Viens de terminer *Nous sommes l’étincelle* de l’ami Vincent.
Admiration devant la construction audacieuse, sans qu’on en ressente le labeur. Maîtrise parfaite de la narration, de la 3e personne, du choix des temps, du saut dans les époques, du sens de chacune.
Mais surtout belle maîtrise des personnages et de leurs destins (politiques et intimes, indissociables). 
(Ces personnages, leur destin, leurs rencontres, ces générations, ce fut passionnant…)
Violence, aussi. Omniprésence du risque de viol (envers de jeunes voire très jeunes femmes) qui est le seul bémol que je pourrais apporter, car je me suis sentie obligée de lire ce roman en pensant à mon corps de femme, corps dans un état d’insécurité paralysant, affaiblissant ce sentiment de puissance que l’on ressent avec une bonne lecture, surtout quand il s’agit d’une histoire qui narre la prise en main de son destin et d’un destin collectif (sentiment d’affaiblissement que je ne ressens pas avec une autre forme de violence – c’est très questionnant, cela, d’ailleurs). 
Heureusement, de beaux personnages féminins sauvaient de ce malaise, des femmes qui étaient dans l’action, la politique et le désir – voire dans la politique du désir : très belles scènes de femmes qui avouent leur désir sans détour… 
Plaisir d’un très beau langage, superbe parfois – poésie toute en retenue, pas un mot de trop. 
C’est au final une belle et juste u/dystopie (les deux indissociables aussi, hélas), à l’aspect « SF » léger, bien dosé mais surtout bien fait (un peu de Blade runner avec la filature du flic Hugo, un peu de Mad Max avec les braconniers), mais surtout une vision politique, en prise avec notre monde actuel et les crises qui le traversent.
Mais ce qui reste le plus prégnant c’est l’idée d’une famille, et ce qu’on apprend aux siens, ce qu’on leur laisse, pour qu’ils puissent éventuellement continuer sans nous… quoi que soit ce qu’ils continuent. Et cela, c’est beau.

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lecture #110 : Dix

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J’ai fini cette semaine la lecture de **Dix** de Marine Carteron et… Wouaou ! Moi qui d’habitude n’aime pas les romans noirs, celui-ci m’a beaucoup plu par son outrance à la Monty Python, et par l’ambiance digne de **L’île aux trente cercueils** de Maurice Leblanc (sans doute LE roman que j’ai préféré, de toute mon adolescence livresque).

J’ai franchement éclaté de rire à certains moments (non, elle a osé ? Oui elle a osé !), et j’ai trouvé audacieuse et très très rafraichissante cette façon peu répandue de malmener des adolescent·es, dans un roman pour adolescent·es. Eh oui on a le droit d’avoir un regard incisif sur ces petits amours, même si on écrit pour eux ! Et en cela j’ai vraiment pensé au **Carrie** de Stephen King que, par coincidence, j’ai lu juste avant par curiosité vu que je n’avais jamais lu King auparavant. Ce que j’ai aimé c’est bien la critique sans concession de certains travers d’une certaine adolescence américaine, mais surtout la façon dont les coupables sont punis par leur victime, dont on retire une jouissance très très coupable. Marine m’a fait ressentir ces mêmes sentiments vengeurs, primaires et peu louables, de façon si énorme qu’on n’en ressent aucune culpabilité : donc merci infiniment pour la catharsis littéraire, chère Marine ! Et sincèrement, bravo.

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Empuissanter

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En 2017, j’ai vécu les journées de rencontres les plus passionnantes de toute ma carrière d’écrivaine. Nous étions 2 auteur et autrice invitées par la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne à l’occasion d’une journée d’études sur « la SF à l’école » : Alain Damasio et moi.
(Tout auteur ou autrice de littérature jeunesse peut imaginer ce que je ressentis alors en terme d’illégitimité totale).
Les chercheurs et chercheuses responsables de cette programmation audacieuse (inconsciente, pensais-je alors), ainsi que les modérateurs chargés de nos tables rondes se révélèrent être des personnes fines, drôles, bienveillantes, et humbles quoiqu’extraordinairement intelligentes.
Toutes ces personnes me parlaient de Théa pour l’éternité et de #Bleue avec un tel sérieux que je me retournais parfois pour voir s’il n’y avait pas une caméra cachée quelque part (oh, société hiérarchisée, voyez ce que vous nous faites à nous qui oeuvrons pour la jeunesse…) Pour la première fois de ma carrière j’eus l’impression que l’on prenait mon oeuvre jeunesse dystopique réellement au sérieux.
Mais surtout j’eus la chance de passer 3 jours et de partager quelques tables rondes avec Alain Damasio, l’auteur de la Horde du Contrevent. Et je découvris un homme délicieux.
Cela se vérifie à peu près à chaque fois, n’est-ce pas : la véritable intelligence, si formidablement critique qu’elle soit nécessairement, est toujours accompagnée d’une humilité qui engendre la gentillesse envers autrui, au quotidien. Cette intelligence peut être sauvage, mais se trouve toujours être civile quand il le faut.
Je découvris une manière de parler littérature mais aussi philosophie, pour laquelle j’ai un profond respect, devant un public, qui soit naturelle, spontanée, humble, pertinente bien sûr mais surtout ancrée dans le réel et effective sur les sujets de société qui nous occupent. Ce fut un véritable plaisir d’échanger avec lui en privé et en table ronde.

(C’était bien loin, très loin de cette table ronde catastrophique que j’eus le malheur d’accepter aux Utopiales au sujet de la mémoire – ma présence aurait pu avoir du sens puisque j’avais écrit Mémoire en mi et Théa pour l’éternité -, en compagnie de 3 « spécialistes », des hommes imbuvables qui n’écoutaient qu’eux-mêmes, soucieux d’écraser avec leurs références, et qui ne jugeaient pas utile de me laisser la parole ou de rebondir sur ce que je disais quand ils me la laissaient ; ma pire expérience de table ronde, ever. Bref. Heureusement une autre, passionnante, sur la police prédictive, réussit à rectifier mon idée sur cette manifestation).

Alain Damasio a publié un nouveau roman, Les furtifs, après 15 ans de silence, suite à sa Horde du contrevent. Et cela semble passionnant….

En lisant cette interview j’ai retrouvé tout le bonheur que j’avais eu à échanger avec lui. Tout ce qu’il dit m’enthousiasme, tout me semble tellement vrai… La SF aussi est méprisée, moins que s’il s’agit de littérature jeunesse, mais tout de même, pourtant en lisant cette interview on ne peut que réaliser à côté de quoi on passe si on la boude. Ou si on ne lit pas les romans de Damasio.

Extraits d’interview :


L’écrivain de science-fiction a à jouer un rôle social. J’ai compris que j’avais une créativité supérieure au monde militant dans lequel j’évolue.


Le premier acte politique d’un écrivain tient dans la structure narrative. Il faut traduire ce que tu prétends défendre, c’est-à-dire respecter la pluralité de points de vue. Et c’est vraiment «empuissantant» pour le lecteur, il est placé de fait au milieu des personnages et doit faire un effort de positionnement.


J’espère que celui qui ressort de ces 700 pages ressent plus d’intensité et une envie de vivre plus grande. C’est le but de l’art. Empuissanter intellectuellement, affectivement, les perceptions, les sensations, la richesse de vécu. Tu donnes des choses, parfois des armes politiques, parfois juste de la poésie, une ouverture au monde. Il y a ce bon mot de Deleuze qui dit que toute littérature est une lettre d’amour. C’est ça : tu fais un don. Sinon ça ne sert à rien d’écrire. C’est un cadeau épais, mais il me semble que tu sors avec des idées, avec de l’émotion, avec des modes de combat.

J’appelle cela un concept totipotent, comme les cellules souches qui permettent avec une seule de faire des bras. Un miracle du vivant que la cellule qui en se divisant va de proche en proche constituer une main. Un concept totipotent est capable de générer de l’émotion, des scènes, un univers, des idées. La grande force d’un roman, c’est la réussite de cet alliage incandescent.

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*Nous sommes éternels*

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*Les amants imparfaits* et *Nous sommes éternels* comptent parmi les meilleurs romans français que j’ai lus, et je n’ai jamais cessé de conseiller l’essai féministe *La saison de mon contentement*, brillant ouvrage où pour la première fois j’ai pris conscience du problème de ce masculin dit neutre dans notre langue française. 
J’ai eu envie de lire Pierrette Fleutiaux en lisant Deleuze, qui rendait hommage à ses écrits, je crois que c’était dans *Mille Plateaux*. Cela m’intriguait que l’un de ces philosophes hommes habitués à ne citer que d’autres hommes dans leurs écrits, voire à ne s’adresser qu’à des hommes en usant de formules du type « quand auparavant on prenait femme… » (ce qui ne cesse pas de m’irriter, moi qui aime tant la philosophie), qu’un de ces philosophes, donc, soudain cite une femme, qui plus est contemporaine, comme ça, l’air de rien… Fabulous !

– Cette façon de découvrir des livres et des auteurs et des autrices, d’un livre à l’autre, car cité, car conseillé dans un roman ou un essai, est l’un de mes plus grands plaisirs, bien plus grands que lire les dernières nouveautés littéraires, ce que j’ai tenté de faire à la dernière rentrée littéraire de septembre pour la première fois en n’en tirant que peu de joie. Ce cheminement littéraire tout personnel m’a donc menée vers Pierrette Fleutiaux avec beaucoup de bonheur.


Aujourd’hui, j’apprends son décès. Et c’est comme la disparition d’une pierre sur ce chemin littéraire personnel. Mais les livres restent, et le chemin aussi. 


Merci, Madame Fleutiaux.

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Dernière lecture #109 : L’estrange aventure de Mirella

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Et un coup de coeur, un ! J’ai eu la chance de pouvoir lire les épreuves de *L’estrange aventure de Mirella*, de Flore Vesco qui sera publié dans quelques semaines à L’école des loisirs, et… quel grand bonheur de lecture !

J’ai retrouvé le souffle et la légèreté de ton qui avait fait de *De cape et de mots* l’une de mes meilleures lectures en jeunesse de ces dernières années. La joie de manier les mots de l’autrice se répercute sur le lecteur ou la lectrice, et elle nous embarque dans son enthousiasme à mener son histoire rythmée, enlevée et chantante (puisqu’elle est ponctuée de chants ou comptines). Ici, elle nous projette dans un Moyen-Âge qu’elle-même qualifie de faux et fantasmé, avec un langage idoine (davantage celui des Visiteurs que celui de la réalité). C’est tout à fait volontaire de sa part, ce qui donne à son récit toute sa valeur de conte. Car il s’agit ici de donner la VRAIE version du conte du joueur de Hamelin, ce hâbleur vénal. On suit donc la jeune Mirella, presque tout en bas de la hiérarchie de la société, porteuse d’eau confrontée à la cruauté de la vie, des autres, à une invasion de rats et à son destin. Chaque personnage est dépeint avec malice, regard tranchant et tendre tout à la fois. Certains passages fantastiques m’ont même projetée dans une ambiance à la Miyazaki (Le chateau ambulant, notamment l’histoire d’amour avec l’ambigu Hauru), et j’aurais aimé que le plaisir dure plus longtemps ! Ajoutons que Flore Vesco nous offre un bel exemple d’émancipation féminine, ce qui a accru mon plaisir. 

Bref, longue et belle vie à Mirella !

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dernière lecture #108

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Il m’a fallu plusieurs jours après l’avoir fini pour réussir à me dire : c’est bon, je peux en parler. My absolute darling de Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister est un vrai coup de poing dans l’estomac. J’ai été non seulement frappée par le style, impeccable troisième personne dense, intensément vivante, avec toujours la bonne distance, variable suivant les passages, que par l’histoire saisissante et disons-le, choquante. 

Il m’est déjà arrivé de lire des romans qui parlaient de violences, perpétrées sur de jeunes gens, mais c’était généralement annoncé comme du vécu, avec une narration qui n’allait pas au-delà de la confession (je crois important de dire les choses comme elles sont dans ce roman, car la crainte de spoiler ne peut pas être prioritaire, et il ne faut pas les dissimuler sous le terme facile d' »abus », comme j’ai pu le lire ici ou là : ici il est question de viols et de maltraitance globale). Il y a toujours eu sur ce sujet une pudeur et un tabou qui empêchaient de s’en emparer pour en créer un thriller « efficace » comme celui-ci. A la fin de ma lecture, qui fut addictive, emportée et véritablement enthousiaste malgré les passages les plus durs, j’ai balancé pendant plusieurs jours entre l’indignation et l’admiration. Indignation qu’un tel sujet soit le prétexte à créer une fiction aux ressorts si travaillés, admiration que ce soit si bien fait, avec une telle finesse psychologique et un tel talent pour faire exister les personnages.

Je me suis finalement dit au bout de plusieurs jours : n’est-ce pas une bonne chose que le tabou tombe et qu’enfin on ose porter ce sujet sur des terrains moins intimistes ? Je crois que oui, d’autant plus que Gabriel Tallent fait une démonstration magistrale de ce qu’est l’emprise psychologique, que peu de gens comprennent. On entend souvent à propos d’une femme battue par exemple : mais pourquoi n’est-elle pas partie plus tôt ? Avec la jeune Turtle, on comprend. L’auteur a travaillé son sujet, c’est évident, et la façon dont la jeune Turtle se parle à elle-même, agit, s’isole, et communique est je crois très juste. La figure du père est terrifiante dans son ambiguïté, dans son alternance d’amour et de violence, dans son intelligence et sa perversité. Personnage monstre dans tous les sens du terme, il existe, tout simplement, et on est malgré nous fasciné, autant que Turtle.

Ce qui est très réussi et qui chez moi a créé un vif plaisir de lecture, ce sont tous ces moments où Turtle réussit à communiquer avec des personnes bienveillantes. Ah, le personnage du jeune Jacob ! Il est une véritable goulée d’air frais, et l’un des passages peut-être les plus réussis est une sorte de robinsonade vécue par Turtle et Jacob sur le mode survie en milieu extrême. Magnifique. J’ai vraiment adoré toute la première moitié du roman avec ces interactions-là, belles, fines et souvent pleines d’humour, jusqu’à la survenue du personnage de Cayenne, où l’auteur a voulu faire monter le récit en puissance, et à partir de là j’ai beaucoup moins aimé.
L’honnêteté me pousse à dire que j’ai néanmoins beaucoup aimé les passages ébouriffants voire tarantinesques… dont je ne dirai rien même si je brûle de le faire !
Et quoi qu’il en soit, je garderai longtemps le personnage de Turtle en mémoire, positif, fort, en interaction constante avec la nature, je garderai l’idée d’un foisonnement de plantes, de fleurs, d’air humé et d’horizons à atteindre. Et je crois, malgré tout, que c’est un coup de coeur.

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