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*Nous sommes éternels*

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*Les amants imparfaits* et *Nous sommes éternels* comptent parmi les meilleurs romans français que j’ai lus, et je n’ai jamais cessé de conseiller l’essai féministe *La saison de mon contentement*, brillant ouvrage où pour la première fois j’ai pris conscience du problème de ce masculin dit neutre dans notre langue française. 
J’ai eu envie de lire Pierrette Fleutiaux en lisant Deleuze, qui rendait hommage à ses écrits, je crois que c’était dans *Mille Plateaux*. Cela m’intriguait que l’un de ces philosophes hommes habitués à ne citer que d’autres hommes dans leurs écrits, voire à ne s’adresser qu’à des hommes en usant de formules du type « quand auparavant on prenait femme… » (ce qui ne cesse pas de m’irriter, moi qui aime tant la philosophie), qu’un de ces philosophes, donc, soudain cite une femme, qui plus est contemporaine, comme ça, l’air de rien… Fabulous !

– Cette façon de découvrir des livres et des auteurs et des autrices, d’un livre à l’autre, car cité, car conseillé dans un roman ou un essai, est l’un de mes plus grands plaisirs, bien plus grands que lire les dernières nouveautés littéraires, ce que j’ai tenté de faire à la dernière rentrée littéraire de septembre pour la première fois en n’en tirant que peu de joie. Ce cheminement littéraire tout personnel m’a donc menée vers Pierrette Fleutiaux avec beaucoup de bonheur.


Aujourd’hui, j’apprends son décès. Et c’est comme la disparition d’une pierre sur ce chemin littéraire personnel. Mais les livres restent, et le chemin aussi. 


Merci, Madame Fleutiaux.

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Dernière lecture #109 : L’estrange aventure de Mirella

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Et un coup de coeur, un ! J’ai eu la chance de pouvoir lire les épreuves de *L’estrange aventure de Mirella*, de Flore Vesco qui sera publié dans quelques semaines à L’école des loisirs, et… quel grand bonheur de lecture !

J’ai retrouvé le souffle et la légèreté de ton qui avait fait de *De cape et de mots* l’une de mes meilleures lectures en jeunesse de ces dernières années. La joie de manier les mots de l’autrice se répercute sur le lecteur ou la lectrice, et elle nous embarque dans son enthousiasme à mener son histoire rythmée, enlevée et chantante (puisqu’elle est ponctuée de chants ou comptines). Ici, elle nous projette dans un Moyen-Âge qu’elle-même qualifie de faux et fantasmé, avec un langage idoine (davantage celui des Visiteurs que celui de la réalité). C’est tout à fait volontaire de sa part, ce qui donne à son récit toute sa valeur de conte. Car il s’agit ici de donner la VRAIE version du conte du joueur de Hamelin, ce hâbleur vénal. On suit donc la jeune Mirella, presque tout en bas de la hiérarchie de la société, porteuse d’eau confrontée à la cruauté de la vie, des autres, à une invasion de rats et à son destin. Chaque personnage est dépeint avec malice, regard tranchant et tendre tout à la fois. Certains passages fantastiques m’ont même projetée dans une ambiance à la Miyazaki (Le chateau ambulant, notamment l’histoire d’amour avec l’ambigu Hauru), et j’aurais aimé que le plaisir dure plus longtemps ! Ajoutons que Flore Vesco nous offre un bel exemple d’émancipation féminine, ce qui a accru mon plaisir. 

Bref, longue et belle vie à Mirella !

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dernière lecture #108

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Il m’a fallu plusieurs jours après l’avoir fini pour réussir à me dire : c’est bon, je peux en parler. My absolute darling de Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister est un vrai coup de poing dans l’estomac. J’ai été non seulement frappée par le style, impeccable troisième personne dense, intensément vivante, avec toujours la bonne distance, variable suivant les passages, que par l’histoire saisissante et disons-le, choquante. 

Il m’est déjà arrivé de lire des romans qui parlaient de violences, perpétrées sur de jeunes gens, mais c’était généralement annoncé comme du vécu, avec une narration qui n’allait pas au-delà de la confession (je crois important de dire les choses comme elles sont dans ce roman, car la crainte de spoiler ne peut pas être prioritaire, et il ne faut pas les dissimuler sous le terme facile d' »abus », comme j’ai pu le lire ici ou là : ici il est question de viols et de maltraitance globale). Il y a toujours eu sur ce sujet une pudeur et un tabou qui empêchaient de s’en emparer pour en créer un thriller « efficace » comme celui-ci. A la fin de ma lecture, qui fut addictive, emportée et véritablement enthousiaste malgré les passages les plus durs, j’ai balancé pendant plusieurs jours entre l’indignation et l’admiration. Indignation qu’un tel sujet soit le prétexte à créer une fiction aux ressorts si travaillés, admiration que ce soit si bien fait, avec une telle finesse psychologique et un tel talent pour faire exister les personnages.

Je me suis finalement dit au bout de plusieurs jours : n’est-ce pas une bonne chose que le tabou tombe et qu’enfin on ose porter ce sujet sur des terrains moins intimistes ? Je crois que oui, d’autant plus que Gabriel Tallent fait une démonstration magistrale de ce qu’est l’emprise psychologique, que peu de gens comprennent. On entend souvent à propos d’une femme battue par exemple : mais pourquoi n’est-elle pas partie plus tôt ? Avec la jeune Turtle, on comprend. L’auteur a travaillé son sujet, c’est évident, et la façon dont la jeune Turtle se parle à elle-même, agit, s’isole, et communique est je crois très juste. La figure du père est terrifiante dans son ambiguïté, dans son alternance d’amour et de violence, dans son intelligence et sa perversité. Personnage monstre dans tous les sens du terme, il existe, tout simplement, et on est malgré nous fasciné, autant que Turtle.

Ce qui est très réussi et qui chez moi a créé un vif plaisir de lecture, ce sont tous ces moments où Turtle réussit à communiquer avec des personnes bienveillantes. Ah, le personnage du jeune Jacob ! Il est une véritable goulée d’air frais, et l’un des passages peut-être les plus réussis est une sorte de robinsonade vécue par Turtle et Jacob sur le mode survie en milieu extrême. Magnifique. J’ai vraiment adoré toute la première moitié du roman avec ces interactions-là, belles, fines et souvent pleines d’humour, jusqu’à la survenue du personnage de Cayenne, où l’auteur a voulu faire monter le récit en puissance, et à partir de là j’ai beaucoup moins aimé.
L’honnêteté me pousse à dire que j’ai néanmoins beaucoup aimé les passages ébouriffants voire tarantinesques… dont je ne dirai rien même si je brûle de le faire !
Et quoi qu’il en soit, je garderai longtemps le personnage de Turtle en mémoire, positif, fort, en interaction constante avec la nature, je garderai l’idée d’un foisonnement de plantes, de fleurs, d’air humé et d’horizons à atteindre. Et je crois, malgré tout, que c’est un coup de coeur.

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Dernière lecture #107

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Livre tout corné, livre adoré !

Un seul roman pour ce #107 de mes lectures, mais il est assez épais et dense pour être tout seul !

Vif plaisir de lecture en compagnie de la clique de jeunes gens de Brexit Romance, croquée sur le vif avec autant d’acuité que d’humour et de tendresse par Clémentine Beauvais. Clémentine a réussi à dresser un portrait autant politique qu’acidulé d’une génération, avec humour et amour pour ses personnages, sans oublier une plongée parmi celles et ceux qui ont la vie plus difficile (je l’attendais, avec la crainte que ça n’arrive pas mais ouf). Personne n’est oublié – et c’est un leitmotiv des personnages féminins, qui analysent sans cesse leurs propos de peur de blesser, mais qui en retour entendent ne pas se laisser écrabouiller. Un juste appel à la douceur, droit de chacun, simple et bienvenu… J’ai adoré le choc culturel franco-anglais et ces traductions littérales à mourir de rire. J’ai adoré que ce soit un homme qui soit dans la position de l’amoureux transi dans l’attente perpétuelle d’un signe, et non son aimée, fuyante à souhait, trop occupée par son business pour prendre l’amour au sérieux -d’autant que son business c’est de ne pas prendre l’amour au sérieux. Génération pragmatique et futée, qui explose les stéréotypes dans lesquels on essaie encore de les enfermer (c’est joussif !). J’ai adoré la description très juste et très drôle de nos pratiques des réseaux, rarement aussi bien rendue qu’ici, et qui nous invite à une autodérision libératrice. Bon, j’arrête de lister tout ce qui m’a plu, mais encore, quand même : ah ce petit frisson de bonheur au détour d’un accord de proximité (c’est si élégant !) ou de quelques points médians savamment dosés ! Ce roman estampillé romance et en plus humoristique sera très certainement méprisé par les gens sérieux (du genre de Kamenev, au début du bouquin ;-)), et pourtant il est beaucoup plus réussi, plus politique, bien vu et sociologiquement juste que bien des romans sérieux et applaudis par l’intelligentsia dominante que j’ai pu lire jusqu’ici.

Donc lisez sans attendre Brexit Romance aux Éditions Sarbacane (et en plus, Clémentine Beauvais remercie les Pépettes à la fin, donc smack ❤️)

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mes dernières lectures #106

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Quelques mots sur mes dernières lectures :
D’abord, énorme coup de coeur pour A son image de Jérome Ferrari que j’ai dévoré en 2 jours, dans un plaisir de lecture que je n’avais pas rencontré depuis un petit moment.

J’aime quand je suis face à de la profondeur, de l’intelligence et de la beauté, non exempts de lucidité sur la noirceur du monde. Jérôme Ferrari nous offre là une magnifique relation d’amour pur entre un homme d’église et sa nièce. Les deux personnages sont racontés avec un véritable respect (un amour) de la part de l’auteur, et c’est cela qui a fait toute la différence, je crois, sans oublier le fil rouge d’une homélie longue, intense, bégayante de chagrin et de beauté. Et puis il y a les images. Une histoire de la photographie, un portrait du monde tout autant qu’un portrait de cette jeune femme, par ce qu’elle voit, par ce qu’elle est (et on échappe, enfin, à la question du paraître et/ou du sentimentalisme et/ou de la proie, dans un portrait de femme, et ce fut un bol d’oxygène inégalable : oui on peut être femme et vivre et voir et être aimée pour son âme même imparfaite, et oui logiquement il existe donc des hommes pour aimer ainsi une telle femme. J’eus à la fin le désir de baiser les pieds de l’auteur pour nous donner à voir cette évidence si peu montrée ces derniers temps, même si ce ne fut sans doute même pas son intention, ce qui est encore mieux). En résumé Jérome Ferrari a réussi le tour de force de raconter le beau et le laid tout ensemble, enchevêtrés, sans que l’un prenne le pas sur l’autre, mais le beau, tout de même, est vraiment beau, et tellement digne… Comme je n’ai aucune illusion sur le laid, ce beau me fit un bien fou. Tellement besoin de dignité…

Puis j’ai lu Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, que je ne pouvais pas ne pas lire.

Pourquoi ? Parce que je suis née en Lorraine, et que j’ai passé mes trois premières années au pied du haut-fourneau d’Uckange désormais classé au patrimoine de l’humanité. Parce que mon grand-père a passé sa vie dans cette usine, et mon père commença à y travailler avant l’appel du sud et du soleil. Aurais-je vécu une telle adolescence si je n’avais pas quitté la vallée à 3 ans ? Difficile à dire bien entendu. Mais je sais à peu près la surface de ce qui y est raconté. Le chômage, le travail au Luxembourg, la grisaille, l’âpreté et tout le reste. J’ai trouvé chaque analyse de la situation très juste et pointue mais… j’aurais aimé être surprise, qu’une lumière passe quelque part dans ce déterminisme bourdieusien et me cueille – peut-être que je cherche trop, toujours, la beauté, la résilience, la pureté, l’innocence, cette force capable de s’extraire du marasme et d’éviter de faire toujours les conneries qu’il ne faut surtout pas faire. 
J’ai lu cette chronique adolescente heureuse du style et de la narration parfaitement maitrisée, admirative de la façon dont sont racontés les élans les émois les désirs et cet appel de la chair, cette façon qu’ils ont de s’attraper comme à des bouées, mais j’ai été en équilibre précaire, incapable d’installer la distance nécessaire entre cette fiction et ce que je connais du réel. Dérangée, sans doute, triste certainement. Il est dit dans le roman que les personnages ont tous envie de quitter cet endroit pour ne pas y revenir. Même si je n’en ai rien connu, qu’avant mes 3 ans je ne me souviens pas de grand-chose, ce fut tout de même comme si j’y revenais, sans y rencontrer ma propre histoire. Et dans ce retour ce fut comme si une main me retenait en arrière pour me plaquer au sol. 
J’ai fini le roman asphyxiée. Mais c’est sans doute la preuve qu’il est bon. C’est l’oeuvre d’un très grand écrivain, sans aucun doute, qui méritait le Goncourt, certainement.

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mes dernières lectures #105

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Me revoici, avec mes 3 dernières (bonnes) lectures !

D’abord merci à Vincent Villeminot pour m’avoir offert son roman Fais de moi la colère, qui est une véritable réussite.

J’aime les romans qui prennent des allures de fables et celui-ci réussit l’exercice à merveille, sans perdre pied avec le réel, et ce dans un style ciselé et envoutant. C’est tout autant politique que poétique et très sensuel. Bien sûr, quand on a co-écrit U4 avec l’auteur en question, on ne peut pas s’empêcher d’y voir des similitudes. Stéphane serait une petite soeur d’Ismaëlle (ou l’inverse, peu importe), et j’ai trouvé cela très touchant, d’autant plus touchant que Vincent est allé là aussi loin qu’il en avait envie, puisque son public pouvait aller plus loin avec lui. Aussi, bien sûr, j’ai adoré Ismaëlle et son réalisme tout sensuel. Elle est d’une importance capitale dans ce récit, en y apportant la part terrienne et viscérale qui lui aurait manqué. Ezechiel est, lui, à la fois vaporeux, liquide et donc insaisissable ; il est le fils de trop d’atrocités pour admettre d’exister. Les mots sont son défouloir, dans des monologues d’un lyrisme brut, et seule la capture du monstre, métaphore du mal qui multiplie les cadavres dans le lac et ronge le monde, lui offrirait une rédemption ou au moins une consolation (en tout cas tout ceci est ma lecture). Je m’arrête là pour ne pas spoiler, j’ai juste envie de demander comme tous les fans d’U4 l’ont demandé pour Stéphane : mais bon sang de bonsoir, que va devenir Ismaëlle ? (oui, j’ai eu une lecture à la fois jeunesse et vieillesse de ce roman !). En tout cas, bravo et merci Vincent.

Juste avant, j’avais lu La Tresse de Laetitia Colombani.

 

Pendant tout le roman je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Trois femmes puissantes de Marie N’Diaye que j’avais beaucoup aimé. La tresse est un très bon roman que j’ai lu avec grand plaisir et intérêt mais j’ai sans doute été gênée par la comparaison avec cet autre roman que j’avais trouvé si puissant, si musical et d’une noirceur qui laisse filtrer la lumière comme un éclat de diamant. Comparer n’est sans doute pas une bonne chose. Lire La tresse, tout comme lire Trois femmes puissantes, c’est de toute façon ne pas perdre son temps.

En jeunesse, je suis (très) en retard mais j’ai enfin commencé Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, en tout cas le tome 1.

J’adore ! C’est stylé, ingénieux, inventif, malin. Rien à dire. A mettre entre toutes les mains ! (en revanche pourquoi, mais pourquoi les enfants héros sont-ils si moches sur cette couverture ?… Ca passe peut-être mieux avec la couverture d’origine :

)

A très vite, pour d’autres romans de la rentrée littéraire (et des plus vieux, aussi, puisque les livres vivent longtemps).

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