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De la notion de TEMPS dans le travail d’écriture

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Il semblerait que j’aie bel et bien terminé hier la dernière mouture de mon prochain roman pour grands ados (à paraître chez Syros à la rentrée de septembre) ! Et j’en sors enthousiaste et fébrile comme à chaque fois. 
Ce sera mon one-shot (comme on dit) le plus volumineux, et pour un roman aussi dense, une fois encore je réalise que le TEMPS est LA variable qu’il faut le plus prendre en compte : aussi bien notre ennemi que notre allié, en tout cas il faut le maîtriser. 

Ce roman évoquera les progrès technologiques et médicaux qui colonisent nos corps

Aparté : cette notion du temps est tout à fait différente lorsque j’écris une série pour ados : les sagas du *Grand Saut* ou de *Quatre filles et quatre garçons*, m’ont chacune demandé 2 ans de travail. Proportionnellement, si je considère le nombre de signes, c’est beaucoup plus rapide que l’écriture d’un one-shot, pour moi.

Pour revenir à ce roman que je viens de finir, j’en ai demandé une parution assez éloignée du début de mon travail : plus d’un an et demie, presque 2. 
J’en ai écrit une première version assez rapidement, en 3 mois à peu près, comme souvent – cette écriture rapide m’est nécessaire pour garder la vitalité et l’enthousiasme de départ -, mais il m’en faut beaucoup plus, après cela, pour laisser les choses se poser en moi, prendre tout leur sens, vivre, et pour que m’apparaissent sous forme d’éclairs de lucidité des évidences telles que : « mais bon sang, Leila ne ferait jamais une chose pareille ! », ou bien : « mais sacrebleu, pourquoi à ce moment précis la police n’est-elle pas encore intervenue ? » 
Notons que ces éclairs de lucidité me sont bien souvent, dans le même temps ou peu après, soufflés avec insistance par la voix de mon éditrice à qui j’ai eu le toupet de fournir la version initiale de ce texte aux contours encore mouvants. L’éditrice, c’est un peu la deuxième petite voix en plus de la mienne, qui appuie où ça fait mal. Plus ça va, plus je réalise que j’aime travailler avec les éditeurs ou éditrices dont la voix rejoint le plus ma voix intérieure, que j’aimerais ne pas entendre tellement ça me dérange. Deux voix qui nous disent la même chose, on ne peut guère les ignorer, pas vrai ? 
Suite à ce temps nécessaire de dévoilement de la cohérence (ou des incohérences), et d’une forme de sens global du texte, vient le temps du retravail, que personnellement j’adore (j’aime chaque étape, mais celle-ci est passionnante, car c’est à ce moment-là que j’apprends le plus sur ma propre écriture, qui est bien entendu toujours améliorable). Et ce temps-là peut être long. Il peut y avoir 2, 3, voire 4 versions d’un texte pour arriver à quelque chose qui se tient, qui a du sens, mais aussi de la résonance. Oui, il faut du temps pour en trouver l’écho. Et c’est le plus important, à mon sens : l’écho.
L’écho est toujours là depuis le début, mais souvent on ne le sait pas. Pourquoi je commence à écrire un roman ? Très souvent pour une raison qui ne m’apparaît qu’après la première mouture. Si on finalise trop vite le roman, on risque de passer complètement à côté, ce qui serait un gâchis monumental.

Il y sera aussi question de prothèses externes.


Voilà pourquoi je lutte contre les délais parfois complètement fous que certains éditeurs ou certaines éditrices nous proposent avec candeur, ou bien ceux que l’on s’impose soi-même, par crainte de ne pas avoir de rentrée d’argent suffisante telle ou telle année – cette dernière exigence étant capitale quand l’écriture est son métier, et à laquelle auteurs, autrices et éditeurs, éditrices se doivent de réfléchir ensemble pour que les romans ne soient pas bâclés, et au contraire peaufinés jusqu’à la moindre virgule, mais surtout pour qu’ils portent en eux quelque chose de nécessaire (ce fameux écho). 
Cela nécessite bien sûr d’être correctement rémunéré·es pour pouvoir écrire un seul de ces gros romans par an. Un roman de plus de 400 pages (le mien en fera probablement 500), peut rarement prendre moins de 8 mois disons, si l’on considère chacune de ces étapes. Comme il faut bien 5 ou 6 mois encore pour préparer la parution du livre côté éditeur, il paraît difficile de prévoir la parution d’un roman moins d’un an et demie après le début de son écriture. Bien évidemment je parle pour moi, et certain·es sont peut-être beaucoup plus rapides, et ils·elles ont toute mon admiration. 
Bien évidemment aussi, ce temps est réduit pour les romans plus courts ou plus légers (que souvent j’écris pendant que je laisse poser un roman plus conséquent).


Voilà les réflexions qui me sont venues ce matin, alors que ce roman est fini, prêt à vivre entre vos mains ! Son « écho » résonne encore fort en moi, ce qui me paraît un excellent signe – si je puis me permettre cet élan d’autosatisfaction. 
Le titre a changé, il s’est longtemps appelé *Tipping Point*, désormais son nom de code est CQFBNC (je ne vous en dirai pas plus aujourd’hui). Vous y trouverez action, politique, éthique, cavale, transhumanisme, révoltes… Mais ce qui m’importe le plus, c’est que le maitre mot du roman est : COEUR (artificiel, naturel, avoir du coeur, et l’articulation entre tout cela…).


Hâte que vous fassiez la connaissance d’Esteban le révolté, Maria l’écorchée, Leïla la sensible, et de Noah le solitaire…

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le métier d’écrivain·e, c’est aussi…

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Le métier d’écrivain·e, c’est aussi, pour écrire une scène d’à peine 15000 signes, faire des recherches pendant 2 jours, et tomber sur des trésors qu’on n’aurait jamais découverts, sinon. 
La scène en question se déroule en 1962 et je n’aurais pas pu mieux tomber que sur ce documentaire de Chris Marker, le réalisateur (oui, celui de ce chef d’oeuvre qu’est *La jetée*…) et de Pierre Lhomme, le cameraman : *Joli mai*. Certes, il dure plus de 2h, mais il m’a donné des indications précieuses sur ce qu’était Paris juste après les accords d’Evian : ambiance, vêtements, coiffure, états d’esprit…
Quelle immersion… J’ai été particulièrement touchée par les mots du jeune ouvrier algérien, et par les propos d’ingénieurs-conseil qui pourraient tenir le même discours aujourd’hui (sur ces métiers qui ne consistent qu’à « tripoter l’information » et sur la difficulté des citoyens à se libérer du travail…).
Allez, il faut l’écrire cette scène, maintenant que j’en tiens l’ambiance, le contexte politique et les décors ; désormais le plus important est de trouver l’angle qui lui donnera toute sa saveur !
(Spoil : c’est pour le tome 2 de la Famille Papillon, dont le tome 1 paraîtra… en mai. Ce sera chez Casterman).


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Un démarrage renversant !

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*Renversante*, publié à l’école des loisirs depuis pas même un mois entier, a le bonheur de se voir proposé dans plusieurs listes d’ouvrages destinées à faire réfléchir à la place des hommes et des femmes dans la société (en excellente compagnie, bien entendu, n’hésitez pas à aller voir). 
Par exemple sur cette très intéressante page bourrée de conseils à destination des enseignant·es, Edumoov : https://blog.edumoov.com/l-egalite-filles-garcons-a-l-ecole/.
Mais aussi sur Lisons jeunesse : http://lisonsjeunesse.fr/…/3055_de-legalite-des-droits-une-….
Ou encore chez NosJuniors.com : http://www.nosjuniors.com/…/les-livres-jeunesse-qui-celebr…/.
Et tout ceci sans compter une quantité incroyable de coups de coeur, sur les blogs ou sur instagram. C’est la première fois qu’un de mes livres bénéficie d’avis aussi unanimes, c’est une très belle surprise ! Tout le monde vante aussi l’efficacité des illustrations de Clothilde Delacroix, ce que je valide totalement.
Merci à vous tous et toutes.

Edumoov
Nos Juniors
Lisons Jeunesse

Tout cela fait que depuis quelques jours, Renversante se trouve dans les 100 premières ventes du panel de librairies représentées par le classement Datalib, youpi !

Classement Datalib du 10 mars
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Vies entières internationales de lutte pour les droits des femmes (et on en a marre)

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« L’expérience d’être une femme, c’est l’expérience de se soumettre aux hommes. » (Manon Garcia)

Je trouve que c’est un bon jour pour vous parler de ma lecture en cours : un livre de philosophie intitulé On ne naît pas soumise, on le devient de Manon Garcia.
Ces derniers temps, les prises de conscience féministes sont nombreuses et fulgurantes, ça fait vraiment plaisir à voir cette évolution – bien qu’on soit vraiment loin de l’égalité, encore, et que tout ça n’est pas suffisant.
Mais une chose ne cesse pas de me stupéfier, c’est la résistance de nombreuses femmes elles-mêmes face à ce vent de libération (je n’y échappe pas non plus, mes propres réflexes acquis m’effraient parfois, m’interrogent souvent). Manon Garcia, en s’appuyant sur l’un des livres de philosophie le plus vendu au monde, le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, explique et démonte avec brio ce mécanisme bien huilé de la domination masculine (comme de toute domination) qui fait que les dominées en viennent elles-mêmes à défendre cette domination, et ce souvent en croyant défendre leurs propres droits.
Elle commence par expliquer que cette soumission « volontaire » est un impensé de la philosophie (seul De La Boétie l’a évoqué, mais sans l’expérience féminine), et que le pouvoir a toujours été pensé du point de vue de ceux qui l’ont.
Or c’est si difficile de comprendre que les dominées soient complices de leur soumission sans en être responsables qu’on ne peut pas se passer de la subtilité de la pensée philosophique, pour en sortir.
C’est pourquoi je trouve cet ouvrage absolument essentiel et fondateur d’un concept nouveau, qu’il faut relayer pour qu’on avance.
« Quand on est une femme, le comportement soumis est le comportement qui nous est prescrit et par conséquent, c’est le comportement pour lequel on est le moins puni socialement. » A méditer, aujourd’hui et tous les autres jours de l’année, pour qu’on n’ait, enfin, plus à lutter.

Si toutes ensemble on ne se laissait plus faire, tout changerait beaucoup, beaucoup plus vite, et on pourrait enfin ranger la journée du 8 mars aux oubliettes et ne plus perdre un temps infini à la lutte féministe, épuisante et chronophage.

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« Autrice », pas « auteure »…

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J’espérais ne plus avoir à en parler mais je lis de nouveau tellement de sottises à propos du mot « autrice » que je partage ceci ici. Il faut être abonné·e mais en résumé :

Il n’y a pas de formes féminines dérivées de substantifs masculins, les deux viennent d’un radical commun. « Danseuse » ne vient pas de « danseur » mais les deux viennent du radical « danse ».

Eliane Viennot

Ainsi, tous ces termes que l’on dit « féminisés », créés de façon aberrante à partir d’un terme masculin (comme si c’était la norme, et comme si les femmes n’en étaient que dérivées) sont d’un sexisme nauséeux, en plus d’être morphologiquement faux.
Le mot « auteure », en cela, est une véritable aberration morphologique ultra-sexiste. Je lis et entends encore que « ça sonne mieux » ou que c’est plus joli que « autrice », de la part de femmes elles-mêmes : réfléchissez plus avant… Songez à cela : les hommes accepteraient-ils d’être désignés comme des « autriceurs » ? C’est aussi aberrant et scandaleux que ça.


Pédagogie : le radical latin « auctor » qui signifie « qui pousse à agir » a donné le substantif masculin « auteur » et le substantif féminin « autrice » (la même racine a donné « acteur » et « actrice »).


Ce dernier terme (« autrice ») ayant été utilisé jusqu’au XVIIe siècle jusqu’à ce que l’Académie française le rejette sans aucune raison valable, il aurait été beaucoup plus élégant de leur part de le réhabiliter entièrement, aujourd’hui, au lieu d’accepter mollement aussi le mot « auteure », impropre à tout point de vue.
De plus, ils auraient dû parler de démasculinisation au lieu de féminisation des noms de métiers. Bref, comment faire un pas en avant mais un pas de crabe, avec leur habituelle mauvaise foi.


Bon, on s’en moque, à nous de nous approprier ce qui nous paraît juste et non-sexiste, au-delà (par pitié) des « c’est moche », « j’aime pas », « c’est pas musical », sentiments uniquement réglés par le manque d’habitude, et dernier argument de tous ceux et toutes celles qui refusent de laisser toute la place et la visibilité qu’elles méritent aux intellectuelles.

Pour prendre conscience de toutes ces absurdités sexistes qu’on accepte et qu’on ne voit même plus et qu’il est temps de combattre, lisez Renversante paru il y a quinze jours à L’école des Loisirs !

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