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Tranche de vie # 2 : moi, autrice

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Pour la première fois, hier, j’ai demandé publiquement lors d’une table ronde qu’on me désigne comme une autrice et non comme une auteure.

Cela a créé un léger remous, mais très bienveillant et curieux. J’ai été amenée à expliquer mon choix. Bien que, sur 7 intervenants cultivés et éclairés il y eut 6 femmes (eh oui, nous parlions de public jeunesse, en musique et littérature…), aucun et aucune en dehors de moi ne connaissait l’histoire de ce mot. C’est pourquoi j’ai eu envie d’écrire cet article, même si je suis loin d’être la première à le faire, pour la faire connaître mieux.

Réhabiliter un mot ancien

Je dois remercier l’autrice Audrey Alwett de m’avoir fait connaitre par cet article ultra-pédagogique et d’une clarté salvatrice les travaux universitaires d’Aurore Evain et d’Eliane Viennot dont je suis en train de lire l’excellent Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin (n’hésitez pas à cliquer sur les liens, tout au long de cet article). Je vous restitue rapidement les choses : le mot « auteure » est un néologisme québécois, créé à un moment où les travaux de Viennot et d’Evain n’étaient pas encore connus. Ces travaux ont la valeur d’une bombe historique : on apprend avec consternation que le mot « autrice » était utilisé très naturellement jusqu’au XVIIe siècle, époque où d’ailleurs c’étaient en majorité les femmes qui écrivaient des best-sellers reconnus et valorisés dans les cercles les plus élitistes, jusqu’au moment où les 40 messieurs de l’Académie Française toute neuve décidèrent gravement que ce mot ne devait plus avoir cours (ce fut loin d’être leur seule décision langagière destinée à invisibiliser les femmes, lisez l’ouvrage d’Eliane Viennot pour en connaître la totalité, de nature grammaticale surtout).

 

Nous sommes nombreuses et nombreux à penser qu’il est tout à fait logique et pertinent de réhabiliter le mot autrice aujourd’hui, maintenant qu’on en connait l’histoire, et que les femmes ont désormais davantage la liberté de le porter, et de le diffuser.

Raisons historique mais aussi phonétique

Mon choix d’utiliser le mot « autrice » ne repose pas seulement sur une raison historique, même si cette raison me paraît difficilement contestable à elle-seule. La raison en est aussi phonétique.

A l’oral, on n’entend pas le « e » à la fin d’auteure. On n’entend pas la femme derrière l’auteure, et donc on ne la voit pas. J’ai pu constater les bienfaits du mot « autrice » hier, lors de la table ronde. A chaque fois qu’était utilisé le mot « auteure », je reprenais, un peu gênée d’interrompre le cours de la discussion, en soufflant « autrice ». Voici ce que cela a changé : au début, nous, les intervenants, avons tous été présentés comme « les auteur(e)s présents », et à la fin, comme « les auteurs et les autrices présents » (notons qu’avant que l’Académie Française en décide autrement, on écrivait et disait « les auteurs et les autrices présentes », suivant la règle de proximité qui prévalait). Si ce débat avait eu lieu à la radio, les auditeurs et les auditrices auraient pu ne se représenter que des hommes intervenants, au début, et auraient a contrario, à la fin, été invités à se représenter des hommes et des femmes sous le costume des auteurs et des autrices, ce qui aurait fait exister ces dernières bien davantage dans les esprits.

Le terme générique d’auteur pour toutes et tous utilisé depuis plus de 3 siècles, qui est loin d’être neutre mais bien masculin, oblige le cerveau humain à se représenter par réflexe un homme sous le costume de l’écrivain. La femme écrivain n’en est plus qu’une particularité… invisibilisée. Le terme d’« auteure »,  qu’on entend encore « auteur », ne résout pas grand-chose. Il est alors très très facile de sous-représenter les autrices dans les médias (ou dans les prix littéraires) sans que cela ne choque personne, pas même les femmes, conditionnées depuis toute petites à se représenter en premier lieu un homme derrière l’auteur ou l’écrivain.

(Cette histoire de termes masculins considérés comme termes neutres donc génériques, ainsi que de masculin qui l’emporte sur le féminin parce que c’est comme ça, a été inventée bien après l’entreprise de purification de la langue par l’Académie Française, pour continuer à nous faire admettre l’inconcevable, alors qu’au VIIe et au XVIIe siècle, les choses étaient plus claires : « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte », affirme le père Bouhours en 1675. « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », complète en 1767, le grammairien Nicolas Beauzée).

Un autre évènement récent m’amène à penser que le terme « auteure » est un piège. Au sein d’une maison d’édition où une grande majorité de femmes travaille, la plupart féministes confirmées, cette phrase a pu passer à l’écrit, destinée à être imprimée, et me désignant ainsi : « du même auteure, etc… ». Comment est-ce possible ? Ca l’est parce qu’à l’oral, l’oreille n’en est pas le moins du monde écorchée. Heureusement, on a pu rattraper le coup et l’honneur est sauf ! Mais, puisque l’erreur est humaine, aidons l’humain à ne pas se tromper avec des termes sans équivoque, puisqu’ils existent.

Une novlangue ?

Certains accusent les féministes de vouloir mettre en place une novlangue. Je les invite à relire 1984 de George Orwell. La novlangue d’Orwell supprime des mots pour en supprimer l’idée même, dans le but d’opprimer la population. La pensée s’en trouve réduite ; plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend les gens stupides et dépendants. C’est exactement ce qui s’est passé à partir du XVIIe siècle où commencèrent à être attaqués les termes d’autrice, de philosophesse, d’amatrice, de professeuse, d’ambassadrice etc… C’est le concept de femme intellectuelle qu’on voulait rayer de la pensée de tous.

En voulant réhabiliter ces termes, ou pourquoi pas en voulant en inventer de nouveaux, on ne fait qu’enrichir le langage et donc enrichir la finesse de la pensée. Ce faisant, on rend visible ce qui ne l’était plus ou pas. Et on n’opprime strictement personne.

Pour aller plus loin

Au fait, lisez l’excellent Ni vues ni connues du collectif Georgette Sand, qui vient de paraître, et qui réhabilite 75 personnalités féminines inconnues car invisibilisées. Le pitch, auquel j’adhère totalement : Georgette Sand défend l’idée qu’aujourd’hui on ne devrait plus s’appeler George pour être prise au sérieux. Le collectif s’attache à déconstruire les stéréotypes, à renforcer la capacité d’émancipation des femmes et à améliorer leur visibilité dans l’espace public afin que dès l’enfance, les filles puissent connaître la diversité de celles qui composent ce monde. 

Petite réflexion-interrogation-aparté en sus : à peu près 50% des Français sont des françaises. Ecrire ne nécessite pas de force virile ou de compétence mâle particulière qui ferait que les hommes seraient plus habilités à le faire. Or, demandons-nous sérieusement pourquoi seulement 37% de femmes sont publiées en littérature générale (je suppose que vous comprenez que parmi les réponses auxquelles je pense ne figure pas celle qui sous-entendrait plus ou moins que les femmes sont moins compétentes ou intelligentes que les hommes…). En littérature jeunesse, cependant, domaine assez méprisé par l’élite et les médias, les femmes publiées sont très majoritaires. Il serait pourtant d’une logique imparable que dans chacun de ces deux domaines 50% soient des auteurs et que 50% soient des autrices. Et inversement !

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un Soma très efficace

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Mon coup de gueule du jour provient d’une vidéo, dans une version tronquée, qui se met à tourner abondamment sur Facebook de façon systématique dès qu’une polémique sur le sexisme ordinaire est mis en lumière. Elle a été exhumée d’archives télévisées datant de 1981. Marguerite Yourcenar y parlait de la condition féminine…

Ceci est l’extrait, dans sa version non tronquée. On en trouve toutes sortes de versions avec morceaux choisis, sur fb…

 

La suite de ce mouvement d’humeur est ici, sur le site de La Mare aux mots. Vous pouvez partager et partager encore ce lien, pour réduire les effets du Soma…

(Je fais en effet partie des invités du mercredi sur Le site de La Mare aux mots, avec une interview d’Emmanuel Trédez, suivie de mes coups de gueule et de coeur. Merci à La Mare aux mots de donner ainsi la parole aux auteurs.)

Précision : Dans le roman Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, le Soma est une drogue légale.

Tout le monde dans l’État mondial utilise du « Soma », substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger celui qui en prend dans un sommeil paradisiaque. Le Soma n’a aucun des inconvénients des drogues que nous connaissons aujourd’hui. Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du Soma.

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les dernières nouvelles

Plein de choses à vous dire !

D’abord, la table ronde de la semaine prochaine sera sous le signe de la musique. « Jeune public, jeune musique : quelle création musicale pour les enfants ? ». Une vraie bonne idée qui m’intrigue : confronter l’écriture musicale pour jeune public, représentée par la compositrice Coralie Fayolle, avec l’écriture littéraire pour la jeunesse, représentée par… moi. Ce sera jeudi, de 10 à 12h, au théâtre des Bernardines à Marseille. Tous les renseignements ici.

 

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Au rayon des prix…. Vous ai-je dit que #Bleue avait reçu son 13e prix ? Il s’agit du prix Vendée Lire. Hélas, je n’ai pas pu être présente lors de la remise des prix, mais on m’a envoyé les articles de presse qui en parlent. Et en plus, il semblerait que je vais recevoir un trophée par la poste ! Comblée, je suis…

 

Quant à Traces, toujours aux éditions Syros, il est sélectionné une 6e fois, cette fois pour le prix des Dévoreurs.

 

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Au rayon des chroniques…

Le Grand Saut poursuit son chemin de lecture chez vous, autant le tome 1 que le tome 2. Plein de nouvelles chroniques, recensées ici pour le tome 2.

 

L’une des images choisie par la blogueuse La Tête en Claire pour illustrer Le Grand Saut 

Petit aperçu des dernières chroniques parues, en plus de celles que j’ai déjà partagées sur fb :

La caverne aux livres de Laety : Ce que j’adore dans cette série, c’est qu’elle est hyper réaliste. En la lisant, j’ai replongé dans mes souvenirs de mes années lycée. On se reconnait forcément dans les personnages et les situations auxquelles ils sont confrontés, on les a toutes vécues pour la plupart à un moment ou un autre. De plus, je trouve que les thèmes abordés sont hyper importants, notamment en ce qui concerne le handicap et l’homophobie…

Les chroniques de Madoka : Un deuxième opus très réussi et addictif !!… Nous reprenons donc la suite des aventures du groupe d’amis mais qui semble ne plus être aussi uni qu’avant… Nos héros vont devoir affronter leurs problèmes pour espérer s’en sortir au mieux… Bien écrit, on suit les aventures de ces lycéens avec beaucoup de curiosité et de plaisir. A découvrir sans attendre !

Les enfants à la page : Florence Hinckel signe un nouveau tome touchant… Une histoire qui dresse des portraits d’adolescents confrontés à des difficultés diverses : handicap, séparation des parents, amitié toxique… Des personnages, en quête de leur identité, en plein questionnement sur leur futur (avec l’épreuve du bac qui approche…). Les lecteurs pourront facilement se reconnaître en eux et dévoreront ce roman…

Culturevsnews : Notamment grâce à la qualité de son écriture et à la justesse des profils des personnages ce second tome nous emporte à travers les sentiments et réactions de ces protagonistes, les adultes peuvent être mieux à même de comprendre les adolescents d’aujourd’hui. Ces préoccupations sont en partie les mêmes que celles de leurs parents au même âge, mais le contexte sociologique et technologique est bien différent (place des échanges virtuels…).
Cette lecture est très agréable et on prend rendez vous en mai 2018 pour le tome 3.

Sous le feuillageToujours autant d’émotions et de personnages touchants, de bons ingrédients d’un roman dit Young Adult qui mise surtout sur le réalisme et l’émotionnel plus que le sensationnel. On sent une pointe de nostalgie à la fin lors de la séparation avec le lycée qui était une sorte de cocon. Qu’adviendra-t-il de chacun et de leur avenir dans le tome 3 ?

Ombeline sur Goodreads : Un tome deux tout aussi bien que le premier. L’attente va être longue jusqu’en mai... J’ai aimé être dans la tête des trois autres personnages, maintenant j’en sais autant sur chacun d’eux. J’ai hâte de savoir comment chacun va évoluer maintenant que le lycée est fini !

Les lectures de Mylène :  J’ai aimé une nouvelle fois être dans la tête de ces six lycéens qui doivent traverser des tempêtes. Il y a ceux qui demandent de l’aide, ceux qui veulent se débrouiller par eux mêmes, ceux qui nient les problèmes et on ne peut que se reconnaitre dans certains traits de caractère… j’ai adoré le rythme de ce second tome qui ne nous laisse jamais souffler. La fin apporte des réponses mais relance aussi l’intrigue pour le dernier tome !
Kymati : Des jeunes qui se cherchent , qui s’interrogent sur leur avenir. Un milieu, des caractères et des personnalités différentes qui n’affectent en rien leur amitié. Un récit qui touchera tant les plus jeunes que les fans de Young Adult.

VDBook : Notamment grâce à la qualité de son écriture et à la justesse des profils des personnages ce second tome nous emporte à travers les sentiments et réactions de ces protagonistes, les adultes peuvent être mieux à même de comprendre les adolescents d’aujourd’hui. Nos héros vont devoir affronter leurs problèmes pour espérer s’en sortir au mieux… Cette lecture est très agréable et on prend rendez-vous en mai 2018 pour le tome 3.

Merci à toutes et tous ! ❤️❤️ (petit coucou spécial à celles et ceux qui m’écrivent en privé pour des messages bouleversants suite à leur lecture du Grand Saut… Ca, ça vaut tous les prix, toutes les récompenses…)

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Au rayon de l’écriture…

Je suis au beau milieu de l’écriture du tome 4 de ma série Mona, chez Rageot. Eh oui, Mona est en 3ième désormais, et ce tome va clore le cycle du collège. Il va se passer bien des bouleversements, vous verrez…

Ensuite, les projets ne manquent pas et je piaffe en attendant de les réaliser. Le prochain sur la liste sera un nouveau roman d’anticipation auquel je pense depuis de longs mois…

Bonne fin de week-end à vous, profitez-en bien !

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Lire en Poche ce week-end

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Je serai à Lire En Poche à Gradignan en fin de semaine, avec plein d’autres auteurs. Après une journée de rencontres dans des classes, je rejoindrai le salon du livre.

Retrouvez-moi sur le stand de Libellule :
le vendredi 6 octobre de 17h à 18h
le samedi 7 octobre de 14h30 à 16h30
le dimanche 8 octobre de 10h à 12h, de 14h à 17h, de 18h à 19h

Et je participerai à une table ronde (au titre amplement provocateur ;-)) avec Florence Thinard, et Fred Ricou pour la modération :
« Réalisme » rime-t-il avec « pauvreté de l’imagination »?
le 7 octobre de 11h00 à 11h50 – Médiathèque salle 1

A bientôt !

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Le royaume de Kensuke

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Mon fils de 13 ans devait le lire pour le collège. Au départ, comme pour toute lecture scolaire, alors que c’est un grand lecteur par ailleurs, il trainait la patte, puis finalement après un début poussif il l’a dévoré à toute vitesse, avant de me dire très sérieusement : « maman, il faut que tu le lises ». Moi aussi je trainais un peu la patte, je ne suis vraiment pas fan des histoires d’île déserte (il faudra que je raconte un jour une anecdote-mésaventure-traumatisme quand j’étais enfant, avec l’un de ces romans-île-déserte), mais j’ai été attirée par les illustrations de François Place, dont pour le coup je suis archi-fan sans réserve.

Voilà comment je suis tombée dans Le royaume de Kensuke de Michael Morpurgo.

Au début, je ne fus pas très rassurée. OK, voyage, escales, naufrage, solitude, difficulté à survivre, j’avoue ne pas avoir été passionnée et je craignais l’ennui jusqu’à la fin. Encore une fois ce furent les illustrations qui sauvèrent ma lecture et lui donnèrent du relief. Au début la mère du héros, si peu stéréotypée, m’accrocha tout de même un peu. Peut-être aussi le fait que le héros me faisait penser à mon propre fils !

Puis arrive Kensuke.

Dès ce moment, les choses deviennent passionnantes. D’un seul coup, j’ai été immergée. Alors seulement j’ai réussi à m’identifier et à me rappeler ma propre vie sur une île (j’adore les îles, mais quand elles sont peuplées), et peu à peu je me suis attachée à ce couple improbable d’amis qui s’apprivoisent, et à l’histoire pas si incroyable de Kensuke, mais tellement humaine. Ce roman est riche en émotions, en réflexion, en humanité et en mémoire historique. Le jeune héros est dépeint avec amour et respect. J’aime quand on sent l’amour de l’écrivain pour son héros. C’est pour moi un premier indice d’un excellent roman jeunesse. Et c’en est un, indubitablement.

Et puis un matin, mon fils posa son regard sur notre étagère de livres et pour la première fois il remarqua : « tiens, on a un livre sur Hokusaï ? ». Rien que pour cela, et parce qu’ensemble nous allons pour la première fois contempler les 100 vues du Mont Fuji (que je compte parmi les plus grands chefs d’oeuvre, en tout cas de mes préférés), j’ai envie de remercier Monsieur Morpurgo. Aussi, c’est ce que je fais : merci.

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