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Tranche de vie # 1 : toutes des dames

Petit voyage dans le temps : je vais sur mes 30 ans (aujourd’hui, j’en ai 43). J’attends le café que j’ai commandé à la terrasse d’un bistrot, seule. Je le précise, seule, parce que c’est un droit que je me suis octroyée peu de temps auparavant. Jusque-là, de par une éducation ordinaire à cette époque et dans mon milieu, c’est-à-dire pas du tout féministe, j’avais comme idée fausse que les cafés et bistrots étaient des endroits exclusivement faits pour et fréquentés par les hommes. Je suis née et ai grandi en France, dans une ville moyenne à la population mixte, mais je n’ai jamais vu ma mère entrer dans aucun d’entre eux et je n’y ai toujours vu que des hommes. Durant toute mon adolescence, je suis passée devant la terrasse des bistrots avec crainte et le sentiment d’être scrutée des pieds à la tête. Il n’était pas rare que je change de trottoir pour passer plus loin des hommes qui s’y trouvaient. Je me sentais jugée, soupesée. Alors prendre cette place assise, seule, à regarder les passants, est une victoire sur moi-même que je savoure à sa juste valeur – je découvre à cette occasion que ce plaisir du regard sur les corps peut être dénué de toute perversité et que j’ai peut-être pourri mon adolescence pour des prunes.
Le serveur approche, pose le café sur la table en disant :
— Et voilà, madame.
Puis il me regarde mieux et précise :
— Oh pardon, mademoiselle !
Hélas, lorsqu’une femme croit avoir résolu un problème, il en arrive toujours un nouveau, pour lui rappeler que prendre sa place dans le monde ne va jamais de soi. Je me fichais bien que le serveur m’appelle « madame ». J’aurais dû me moquer de la même façon qu’au deuxième regard il ait finalement décidé que c’était « mademoiselle ». Mais cela m’avait fait plaisir…
Pourquoi alors soupçonnais-je l’ombre d’un problème ?

Oui, pourquoi ? (La belle ferronnière, de Léonard de Vinci)

Il m’a fallu des années pour comprendre ce qui me dérangeait…
Auparavant, on appelait une femme « madame » à partir du moment où elle se mariait. Elle gagnait alors du respect (en gros, on lui fichait une paix royale, ouvrant un boulevard à tous les bovarysmes). Une alliance à son doigt dictait le terme aux gens qui y laissaient glisser leur regard. Une femme qui n’était pas mariée était appelée « mademoiselle » quel que soit son âge. Cette distinction mademoiselle/madame existait pour désigner la disponibilité sexuelle de la femme. Au-delà de trente ans, « mademoiselle » était un terme déshonorant, elle n’avait pas trouvé de mari, c’est-à-dire qu’aucun homme n’avait bien voulu d’elle, elle n’avait pas su profiter de son âge le plus attirant sexuellement, cette pauvre pomme ; c’était une « vieille fille ».

Et si MOI, je ne veux pas me marier ? (Portrait d’une jeune fille, de Petrus Christi)

Puis les femmes ont cessé de porter des alliances, elles ont cessé de se marier systématiquement pour fonder un foyer, leur sexualité s’est libérée, alors l’usage de ces termes est devenu plus flou, mais tout aussi pervers. Puisque la distinction n’avait plus de sens, tout perdus, en manque de repère, les gens (j’ignore qui, mais ceux qui décident quel mot employer pour quoi), au lieu de supprimer le terme le plus paternaliste (voir « pour aller plus loin » à la fin de cet article), ont choisi de garder les deux en ne se basant que sur l’apparence et l’âge supposé des femmes. Vous comprenez, on veut pouvoir mesurer l’âge d’une femme, mais aussi lui faire sentir par le terme choisi à quelle place elle doit se tenir, et quelle attitude elle doit adopter… L’usage, en effet, veut que l’on puisse s’appeler « Mademoiselle » tant qu’on a l’air jeune. « Madame », quand on ne le paraît plus tant. Que le serveur ait choisi de m’appeler « mademoiselle » signifiait que j’avais l’air jeune, de son point de vue. Il m’avait élue comme admissible à la jeunesse. Quand j’y pense, c’est un sacré pouvoir. Peut-être même l’avais-je remercié, verbalement ou par un sourire. Il s’était sans doute éloigné content de lui.
Pourtant, que s’était-il passé ? Un homme, dans une situation neutre, avait signifié à une femme de même pas trente ans qu’elle lui semblait encore jeune et fraîche. Et celle-ci, dans une société où l’apparence de la jeunesse est si valorisée, en avait rosi de plaisir…

Sérieusement ? (Femme au voile, de Raphaël)

Certes le même serveur distribuait sans doute aussi des « jeunes hommes » : « bonjour, jeune homme », « voilà pour vous, jeune homme ». Mais ce « jeune homme » est le plus souvent attribué aux ados de moins de dix-huit ans, alors qu’on doit subir le « mademoiselle » jusqu’à un âge flou situé vers la trentaine.

Les années passant, mes interlocuteurs ont hésité de plus en plus entre le « madame » ou le « mademoiselle », ne se fiant qu’à ma seule apparence… ou à leur désir de me flatter. C’est très perturbant, quand on ne se situe pas dans une situation de séduction – et on ne souhaite pas forcément s’y trouver projetée à chaque moment de sa vie et avec n’importe qui. Dans une situation ordinaire, suivant comment on m’appelait, j’étais sans cesse en train de me demander quelle image je renvoyais. Tiens, pour celui-ci j’ai l’air plus âgée qu’une « demoiselle » ; tiens, pour celui-ci je semble assez jeune pour ne pas être appelée « madame ». Perturbant, disais-je… D’autant plus qu’on apprend vite que le terme « mademoiselle » peut tout aussi bien dire : « j’ai envie de vous vendre un truc » (si vous avez plus de 35 ans, que vous êtes dans un jour sans, un lendemain de cuite, et que vous êtes en train d’acheter un aspirateur, posez-vous sérieusement la question).
C’est une étiquette redoutable.

La notion même de demoiselles d’honneur en vient à être interrogée, puisqu’il n’existe ni messieurs d’honneur, ni mesdames d’honneur, et qu’on peut se marier même au-delà de 40 ans, si si ; or une demoiselle d’honneur est censée être notre bonne copine, souvent d’un âge similaire au sien. Y’a pas un schisme ? Non, c’est juste que la cérémonie du mariage veut à toute force garder l’ancien sens du « demoiselle-sexuellement-disponible ». Et nous, on trouve ça romantique…

Auparavant, l’hésitation entre le « madame » ou le « mademoiselle », qui se soldait finalement par « madame » pouvait me plomber une journée entière. Le choix final du « mademoiselle » me rendait joyeuse et gaie. Venant d’une femme, le terme m’a toujours laissée plus ou moins indifférente. Je laissais clairement le jugement des hommes décider de la couleur de mes journées. On est d’accord : je suis fautive, mes soeurs, et j’ai pêché par orgueil.
Aujourd’hui, bien que j’aie toujours autant d’orgueil, hélas, j’ai choisi d’en rire. Je vous vois venir, je n’aurais pas le choix, n’est-ce pas, puisque désormais mes chances d’être appelée « mademoiselle » sont à peu près réduites à néant. Vous avez raison, et j’espère, messieurs, que vous rirez aussi si un jour il arrive qu’on ne décide de vous appeler « monsieur » que lorsque notre seul regard aurait jugé que le terme « mondamoiseau » ne vous convient plus vraiment.
Cela m’amène à me mettre à la place de ces hommes qui ont à choisir entre nous appeler « madame » ou « mademoiselle ». Si je devais choisir entre « mondamoiseau » ou « monsieur », je serais mortifiée à l’idée de l’interprétation qu’en ferait mon interlocuteur entre deux âges : croit-il que je le drague ? Ou que je l’insulte ? Ce choix madame/mademoiselle doit être drôlement embarrassant pour la grande majorité des hommes qui ne souhaitent que nous interpeller de façon neutre… et je réalise que moi-même je joue inconsciemment au jeu du « jeune ou plus si jeune » pour savoir comment interpeller mes semblables féminines. Bon sang, je n’y réfléchis même pas, quand ça m’arrive de choisir entre « mademoiselle » ou « madame »… Il va falloir que je me surveille, pour discerner à partir de quel âge j’estime moi-même qu’une mademoiselle n’en est plus une… Oh et puis non. Quelle perte de temps ! Ca vous dit que je vous appelle toutes madame, plutôt ?
Fait notable : ne plus subir la funeste hésitation entre les deux termes et n’être plus qu’une « madame », quasiment perpétuellement, me permet une plus grande assurance, ce qui méritera d’être analysé (voir plus loin)…

 

Une dame, c’est noble, et inversement. Tout comme un sieur (peinture d’Antonio Del Pollaiolo)

Quelques années après cet événement dans ce bistrot, j’ai accueilli avec soulagement la loi du 8 février 2013, supprimant le terme « mademoiselle » dans les documents administratifs, qui le comprenaient encore suivant l’ancienne acception : femme célibataire (dire qu’il a fallu attendre 2013 pour qu’on puisse enfin légalement lancer : « mais en quoi ça vous regarde ? »). Je pensais que la loi serait appliquée partout, et qu’enfin une femme pouvait avoir le droit de quitter la prime jeunesse sans qu’on le lui fasse remarquer tous les jours, exactement comme un homme que l’on appelle « monsieur » de son adolescence jusqu’à sa mort. Je pensais qu’une femme pouvait enfin avoir droit à la même considération quel que soit son âge : eh oui, car dans le milieu professionnel, la responsabilité qu’on nous accorde diffère suivant qu’on se fait appeler mademoiselle ou bien madame. Une « mademoiselle », même si on ne l’a jamais vue, si on ne s’est adressée à elle qu’au téléphone ou par mail, inspire bien moins confiance, à cause de sa jeunesse affichée vite comprise comme « défaut d’expérience ». Déjà qu’être femme n’aide pas, cela ressemble à une double peine. Imaginez un peu qu’on vous appelle encore « jeune homme » et jamais « monsieur» alors que vous avez 30 ans, et que vous êtes cadre dans une grande entreprise… Attendez une minute, vous ne seriez certainement pas devenu cadre à 30 ans, jeune blanc-bec.
Un homme a toujours pu traverser la vie sans qu’on lui fasse remarquer lourdement à chaque coin de bureau qu’il avait l’air bien trop jeunot, et à chaque coin de rue qu’il ne semblait plus tout jeune. On ne fait jamais savoir de façon appuyée à un homme trentenaire qu’il apparaît jeune les jours où tout va bien, et vieux les jours où il est fatigué, alors qu’il souhaite juste acheter du pain. Je suppose que ça aide à garder ses illusions et sa légèreté. Mais surtout cela aide à ne pas être renvoyé constamment à son apparence, ce qui permet de penser à des choses beaucoup plus intéressantes, comme l’économie keynesienne ou la notion de bonheur au Bouthan. Oui, même sur le chemin de la boulangerie.
Malheureusement, j’ai vite réalisé que la loi ne s’appliquait strictement que dans les documents administratifs. Elle ne prévoit pas l’extension de cet usage dans la rue. Beaucoup de personnes encore, dans la rue, dans les commerces, croient flatter les femmes d’âge moyen en les appelant « mademoiselle ». Ces personnes croient faire preuve de respect en les appelant « madame ». Tout un chacun décide du statut social des femmes adultes, de façon sauvage et subjective, suivant leur apparence ou ce que l’on souhaite obtenir d’elles…

Je reviens sur ce point : pourquoi, étrangement, se sent-on mieux dans sa peau quand on n’est pratiquement plus qu’appelée « madame », alors qu’honnêtement on pourrait en être vexée comme un pou, au vu de l’usage actuel ? J’ai une réponse : une femme au-delà de 30 ans qui sort dans la rue ou qui va travailler ne sait jamais à l’avance comment elle sera nommée par ceux qu’elle va rencontrer, et par cette seule nomination se verra obligée de se percevoir de façon floue et instable tout au long de la journée, tous les jours. Elle se verra obligée d’essayer de décrypter ce qu’il y avait derrière le terme choisi, et de réfléchir à comment y répondre. Souvent, ces signaux sont perçus de façon inconsciente, tant on les a intégrés. Mais leur effet déstabilisateur et mobilisateur d’une énergie et de pensées qui pourraient être mieux employées est bien là. L’embarras conscient ou inconscient de nos interlocuteurs, aussi.

Alors je pose une seule question : est-ce bien nécessaire ?

 

OK, j’adore me sentir flattée par un « mademoiselle », mais vu que je stagne dans les échelons hiérarchiques de ma boîte, je vais y réfléchir…  (Jeune fille, par Raphaël)

PS : Je reviendrai vers vous le jour que j’espère lointain où on me dira pour la première fois : « et elle veut quoi, la petite dame ? »

Pour aller plus loin : les termes de mademoiselle et de madame désignaient sous quelle tutelle se trouvait la femme. « Mademoiselle » dépendait de son père, « madame » de son mari. Le terme de « monsieur » vient de « monseigneur ». Ces trois termes ont été empruntés à la noblesse. Ils ont été récupérés par le peuple, peut-être avec ironie, au début. Aujourd’hui, ces titres lourds de signification n’ont plus aucune raison d’être. Certains préconisent pour toutes ces raisons de revenir aux révolutionnaires et très égalitaires « citoyenne » et « citoyen ». C’est une suggestion qui fait réfléchir. De mon point de vue, il serait tout aussi égalitaire d’appeler toutes les femmes « Madame » et tous les hommes « Monsieur ». Car je pense qu’aujourd’hui, en tout cas je l’espère, tout le monde est bien conscient que « Madame » est une citoyenne à part entière. 

Ajout du 14 septembre : on me fait remarquer avec raison que les termes citoyenne et citoyen excluent toutes celles et tous ceux qui n’ont pas droit de cité (SDF, prisonniers, réfugiés…). Ces termes ne sont donc pas souhaitables. Soyons toutes des Mesdames et tous des Messieurs. Respect pour tous !

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jour J : parution du tome 2 du Grand Saut !

Vous avez adoré lire le tome 1

 

Alors que de nombreux adolescents sont fâchés avec la lecture, ce livre est à glisser sur leurs tables de nuit (Le Parisien du 12 février 2017)

Ce roman est un tourbillon d’émotions qui vous tiendront en haleine jusqu’au prochain tome. (Page des Libraires de février 2017, Mélanie Blossier, Librairie Doucet, Le Mans)

Coup de ❤️ de Songe d’une nuit d’été (Emy) : Je me suis énormément attachée aux personnages, quand j’ai terminé le livre, j’ai eu l’impression de quitter mes amis, quand il leur arrivait quelque chose j’avais le cœur qui se serrait et les larmes aux yeux… je n’ai qu’une seule envie, dévorer la suite.

Coup de ❤️ de Smells like rock: Une fois prise dans l’histoire, je ne pouvais plus poser ce roman ! J’ai enchaîné les chapitres sans pouvoir m’arrêter… j’avais l’impression de retrouver des amis.

Coup de ❤️ de la librairie du Pavé du Canal (Montigny Le Bretonneux)Il y a des livres que vous n’avez pas envie de lâcher… Un énorme coup de coeur.

Coup de ❤️ du Journal d’un éternel ado : Le club des six est super attachant !!! … C’est aussi et surtout un roman sur l’amitié. Celle qui semble indestructible.

Coup de ❤️ de Sandrine, libraire à la Fnac de Grenoble – Grand Place : Plongez dans ce roman fantastique !… Ce livre est absolument génial, on n’a pas envie de quitter cette bande.

Coup de ❤️ de Livres de coeur (18 ans) : Le cadre, les pensées des personnages à propos de leur orientation et des cours, sont très réalistes et j’ai véritablement eu l’impression d’un retour en arrière…  La fin m’a mise au supplice, et je suis ressortie de ce bouquin un peu en apnée, presque horrifiée quand j’ai compris que je n’avais pas la suite sous la main…

Coup de ❤️ de Lectures d’une nuit : Dieu du ciel, je tiens mon 1er coup de cœur 2017 !Grandeur et décadence pour nos ados et on se retrouve nous-mêmes dans nos jeunes années. Je ne sais pas comment HINCKEL s’est débrouillée mais elle trouve le mot juste, l’émotion juste, la réaction des personnages juste A lire impérativement !!

Coup de ❤️ d’Ombeline sur Goodreads : Un roman coup de cœur, je savais que j’allais aimer. Je ne m’attendais pas à ADORER !… Alors maintenant, il me FAUT la suite !

… Et quelque 45 autres chroniques qu’on peut consulter ici

 

 

Vous avez pris des risques pour lui…

 

 

Alors maintenant, plongez…

Plongeon de mon fiston, à La Faille

 

… dans le tome 2 !

Le Grand Saut 2, Nathan, 2017, 396 p., ISBN : 978-2-09-257380-8

 

Disponible dans toutes les bonnes librairies dès ce jeudi 7 septembre

BONUS : La Playlist qui rythme les chapitres de ce tome peut être écoutée sur YouTube ici.

 

Petit coucou de la Table de Brancusi, là où Iris adore écrire sur sa tablette…

 

Le Grand Saut 1

Le Grand Saut 2

Le Grand Saut 3

Patience !!! (mai 2018)

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Le Grand Saut : suite et suite

O joie, bonheur et félicité : j’ai (enfin) terminé (la première version) du tome 3 de mon Grand Saut !

Je m’excuse à l’avance auprès de tous mes collègues auteurs qui vont lire ce petit message et qui, eux, en sont là où j’en étais il y a quelques semaines : dans les affres des doutes, en plein coeur d’une sournoise impression d’illégitimité, au creux de marasmes d’incertitudes… et avec l’envie de mordre tout écrivain qui annonce avec jovialité qu’il avance à toute vitesse, qu’il a presque fini, que ça y est il a fini, que quelle joie grands dieux que l’élan créatif et autres auto-contentements !

J’ose m’auto-contenter à mon tour en m’en excusant platement devant les collègues qui en bavent en ce moment précis. Je peux vous dire cependant que ma joie et mon soulagement sont à la hauteur de la difficulté vécue, qu’un évenement pas très drôle (la vie, quoi) m’a mis un sale coup dans l’aile en ce début d’année, que trop de déplacements, épuisants, n’ont rien arrangé, que j’ai la bonne idée continuelle de me lancer des défis insensés (tiens, et si j’étais six personnages à la fois dans un même roman ? Tiens, et si je racontais des trucs réalistes très très éloignés de ce que je connais ? Ou au contraire proches mais avec la distance nécessaire ? Etc, etc…), et que donc j’ai accusé au moins 4 mois de retard sur mon planning, ce qui est assez stressant vous en conviendrez.
Aussi je m’accorde aujourd’hui le droit de m’auto-contenter à mon tour, même si je ne rattraperai jamais ce retard – je n’ai plus qu’à espérer que ma vie sera assez longue pour mener à bien tous les projets qui caracolent dans ma tête, il y en a tant que quatre mois de moins pour les écrire paraissent un drame 🙂

Car voilà plus d’un an et demie que je vis exclusivement avec mes 6 personnages du Grand Saut, et ce n’est pas fini puisqu’il reste le travail éditorial sur ce dernier tome. Cet opus, difficile à accoucher, dessine cependant comme je le désirais en un large prisme la complexité pour les jeunes gens de vivre la période de l’après-bac, ou l’après-pas-bac suivant les personnages. J’ai, je crois, réussi à injecter tout en les dosant mes ressentis sur la question, les nombreuses idées qui ont motivé l’écriture de cette trilogie, bien que pendant longtemps je me suis dit, désespérée : « c’est impossible, il y a trop à raconter ». Ce tome d’apparence toujours aussi légère, mais pas toujours, est politique, profondément, à ma façon, une façon « l’air de rien », qui me tient à coeur. Il est hélas actuel, très actuel, puisqu’il y est surtout question d’inégalités des chances… et certains de mes personnages partent avec peu de billes en poche.

Ce tome est aussi une réflexion sur ce que c’est que devenir adulte aujourd’hui. Et bien sûr, une réflexion sur l’amitié, qui est au coeur du sujet. Jamais en écrivant je n’avais entendu si fort la musique de mon récit, quand arriva le moment où tout le puzzle de cette amitié et de ces destins s’est mis en place. C’est la force des récits au long cours et donc spécialement des trilogies : avoir le bonheur de sentir monter l’ampleur et la musique. Peut-être m’a-t-il fallu du temps, aussi pour laisser monter cette musique en moi. Et puis il y a la surprise de ce personnage qui m’a totalement échappé, qui a trouvé son chemin malgré moi. Je ne l’avais pas du tout prévu. Il m’a donné du fil à retordre, mais j’aime quand ça arrive. Je pense qu’il va vous surprendre aussi !

Je vais apprécier doublement la sortie du tome 2 dans quelques jours, sachant que la suite existe déjà et que le destin de mes personnages est scellé, au moins pour la période racontée (car tout peut arriver). C’est une bête satsifaction toute ronde débarrassée de l’inquiétude : « vais-je réussir à écrire un dernier tome de qualité ? » Je ne suis pas bonne juge de sa qualité, mais au moins en suis-je très satisfaite. Satisfaite du sens profond de ma trilogie, aussi. Et j’espère de tout coeur que mes lecteurs vont accrocher à ce tome 2 tout neuf pas encore sorti autant qu’au tome 1, ce qui leur donnera envie de lire le tome 3, qui est selon moi le plus important et le plus ample. Aussi, j’espère fort votre fidélité tout au long de cette trilogie, chers lecteurs ! Et j’espère que vous vous attacherez autant que moi à Iris, Alex, Marion, Sam, Rébecca et Paul, que je vais avoir beaucoup de mal à quitter, à présent… Ils vont vivre en vous, cependant, et c’est toujours une chose qui me paraît magique. Merci d’avance.

PS : chères éditrices, je vous envoie ça dans quelques jours, le temps de laisser poser, reposer, lever, reposer…

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Le Grand Saut 1

Le Grand Saut 2

à paraître le 7 septembre 2017

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Le Grand Saut 3

Patience !!! (mai 2018)

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bientôt, le tome 2 du Grand Saut !

En avant-première rien que pour vous, ô lecteurs assidus d’ici, je vous laisse découvrir la couverture du tome 2 du Grand Saut

Tada !

Le Grand Saut 2, Nathan, 2017, 396 p., ISBN : 978-2-09-257380-8

 

Elle est belle, pas vrai ? En tout cas, elle me plaît beaucoup ! On y reconnait bien Iris, Rébecca, Marion et Sam. Ne manquent qu’Alex et Paul. Il est vrai que ces deux-là font un peu bande à part dans ce tome 2, vous verrez, pour des raisons bien à eux.

Encore un peu de patience, cet opus paraîtra le 7 septembre prochain. Oui je sais, c’est encore loin…

En attendant, et pendant que je vous peaufine un tome 3 encore plein de surprises (je m’amuse bien avec mes héros, je dois dire !), tome qui va boucler le récit de leurs vies sur une année entière, avec un Grand Saut en plein milieu, il vous faut en urgence vous procurer et lire le premier tome, disponible partout. Sans avoir lu ce premier tome, on ne peut comprendre le deuxième.

Le Grand Saut 1, Nathan, 2017, 374 p., ISBN : 978-2-09-256639-8

 

Alors qu’attendez-vous ? Foncez dans la librairie la plus proche (ou plus éloignée mais que vous préférez :-)) !

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« Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire pour certains. »

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Au creux de ce mois d’aout languissant où ceux qui ont la chance de prendre des vacances instagrament leurs photos de ciels bleus, où ceux qui travaillent en sont si contrits qu’ils se font les plus petits et les plus silencieux possibles, où les portraits des quotidiens d’information ne voient plus qui interviewer d’autre que des champions du monde de tricot ou de lancer de palourdes, au milieu de cette langueur poissarde où je mobilise toute mon énergie pour finir mon tome 3 du Grand Saut, j’ai tout de même envie de briser mon silence de tour d’ivoire afin de vous conseiller deux romans hyper stimulants car parlant de lumières dans la nuit… histoire de ne pas s’endormir.

C’est que j’ai lu, dernièrement, une dystopie et un récit (post-)apocalyptique, tous deux très réalistes et frappants. Tous deux excellents.

La servante écarlate de Margaret Atwood est un récit hélas « ordinaire » au vu de ce qui se pratique ou s’est pratiqué dans de trop nombreuses contrées du monde, au vu de ce qui se trame dans les esprits d’hommes de pouvoir – aux bouffées de pouvoir délirantes – autant Trumpiens que Strauss-Kahniens… On aperçoit au sujet de ce roman d’anticipation tout ce qui est problématique à le qualifier de « féministe ».
Ce qualificatif est juste car il donne le point de vue d’une femme opprimée dans une dictature « ordinaire », point de vue trop peu souvent écouté. Cette voix est exprimée et écoutée dans sa spécificité de femme. C’est si rare que le faire est un geste féministe.
Mais c’est précisément en lisant ce roman qu’on aimerait que le mot féminisme n’ait pas à exister. Le féminisme existe au sein des droits humains à cause de la spécificité des violences faites aux femmes, et surtout à cause du silence souvent apposé comme un voile sur celles-ci. Comme si elles avaient moins d’importance.     Parlons de guerre mais pas des viols ou kidnappings. Parlons de drames de la passion mais pas de meurtres. Parlons droits du foetus mais pas droits des femmes à disposer de leur corps. Parlons contraception, règles, conception, mais pas aux hommes. Parlons indécence ou provocation seulement s’il s’agit du corps des femmes. Parlons impulsions et besoins naturels seulement s’il s’agit du corps des hommes. Parlons culture au cours des siècles mais surtout de celle faite par les hommes. Parlons culpabilité, seulement aux femmes, etc, etc…
La servante écarlate, récit d’abord droit-de-l’Hommiste (terme totalement impropre jusqu’à la majuscule que j’utilise ici « pour rire »), qui ne nie pas ces problèmes ordinairement passés sous silence hormis dans les cercles féminins (et encore), qui au contraire les exprime tout haut à la face du monde mixte, est donc hélas forcément féministe ; mais la prière constante faite au fil de ces pages, c’est de ne plus penser le féminisme comme se juxtaposant aux droits humains en en brouillant le discours, mais comme en faisant partie intégrante….
Ainsi, dirait-on, le ventre des femmes ne serait l’affaire de tous que dans les affaires publiques, sociales et politiques ? Dans le domaine intime et littéraire, surtout si l’on adopte le point de vue d’une femme, ce ne serait plus « qu' »une affaire féministe ? Pensant cela, n’est-on pas déjà au coeur de cette dystopie ? C’est la force stimulante de ce récit : sa réception même et les étiquettes qui lui sont apposées montrent à quel point l’anticipation est proche, voire déjà actuelle. De façon abyssale, ce roman est reçu dans une société qui penche dangereusement vers ce qu’il dénonce.
Ecoutons l’autrice, qui exprime cela très bien : « On a souvent qualifié La servante écarlate de « dystopie féministe » mais ce terme n’est pas strictement approprié. Dans une dystopie féministe pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes. Elle comporterait une structure à deux couches : la supérieure pour les hommes, l’inférieure pour les femmes. Mais Gilead est une dictature de type classique : construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal – les hommes ayant généralement l’ascendant sur les femmes -, puis les strates de pouvoir et de prestige décroissants, mêlant toujours hommes et femmes, jusqu’au bas de l’échelle où les hommes célibataires doivent servir dans les rangs de l’armée avant de se voir attribuer une Ecofemme… »

La dystopie racontée n’est en effet pas féministe, seulement représentative d’une réalité et d’un danger possible aujourd’hui, et seulement racontée du point de vue de Defred, et non de Nick, par exemple. Comme si 1984 était raconté par Julia au lieu de Winston. Et, peut-être encore davantage : comme si le 1984 revisité par Sansal se penchait sur le sort des femmes dans la société qu’il a imaginée, où les femmes sont invisibilisées jusque dans le récit (ce qui ne peut donc pas être un reproche littéraire car extrèmement efficace).

Concernant l’édition que je possède de La Servante Ecarlate, édition de 2015, l’ironie exceptionnelle, énorme, presque comique si elle n’était triste, réside dans le fait que l’éditeur a « oublié » que Margaret Atwood était une auteure ou une autrice, comme on voudra. Pour cette édition, elle est un auteur… et est ainsi invisibilisée en tant que femme.

Abyssal, disais-je.

 

(Pour information : référence à la déclaration des droits humains, articles 27 et 28, stipulant que l’un des droits fondamentaux de l’individu est de prendre part librement à la vie culturelle et que nous avons tous la responsabilité de veiller sur les intérêts moraux de chacun. L’un de ces droits moraux fondamental est d’être au moins reconnu pour ce que l’on est. Etre reconnue comme étant une femme qui fait oeuvre littéraire – donc une auteure, néologisme récent, ou une autrice, terme qui était utilisé au XVIIe siècle avant d’être « effacé », pour les sources c’est ici -,  c’est l’un de ces droits. Que dirait un romancier, un homme, si on le qualifiait de romancière ? Que dirait-il si du jour au lendemain on décidait d’interdire le terme « romancier » pour n’autoriser que celui de « romancière » ? Et s’il se révoltait, qu’on lui rétorquait que « romancière » est le nouveau terme neutre utilisable pour tout le monde, parce qu’on en a décidé ainsi ? Militer pour les droits humains, ce n’est pas désirer être englobée dans des termes qui aujourd’hui sont dominants et considérés comme neutres alors que ce n’était pas le cas hier, c’est aussi militer pour que cesse l’invisibilisation des femmes dans tous les domaines, sous forme de réécriture de l’Histoire. La pseudo neutralité de la langue française qui ne s’exprimerait que par des termes masculins n’est rien d’autre qu’une tentative d’invisibilisation de termes féminins qui existaient pourtant… donc d’invisibilisation des femmes).

Voici, pour finir sur ce roman, des phrases qui m’ont frappée, que je cite ici bien qu’elles ne rendent pas justice à la grande subtilité du récit.

Sur ce à quoi on s’habitue si facilement, ce à quoi on est déjà habitués, habitude dont profitent tous les conservateurs de tout poil (aiguisons notre regard critique, encore et toujours) :

« L’ordinaire, disait Tante Lydia, c’est ce à quoi vous êtes habituées. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps. Cela deviendra ordinaire. »

Sur les arguments « naturalistes » qu’on nous oppose avec une candeur désarmante :

« On ne peut pas tromper la Nature, dit le Commandant. La Nature exige la variété, pour les hommes. C’est logique, cela fait partie de la stratégie de la procréation. C’est le dessein de la Nature. » Je ne dis rien, et il poursuit : « Les femmes savent cela d’instinct. Pourquoi achetaient-elles tant de vêtements différents, dans l’ancien temps ? Pour donner l’illusion aux hommes qu’elles étaient plusieurs femmes différentes. Tous les jours une femme nouvelle ». Il dit cela comme s’il y croyait. Peut-être y croit-il, peut-être pas, ou peut-être y croit-il sans y croire. Impossible de savoir ce qu’il croit.
Je dis : « Alors, puisque nous n’avons plus plusieurs vêtements, vous avez tout simplement plusieurs femmes »; c’est ironique, mais il ne s’en rend pas compte.
« Cela résout un tas de problèmes », dit-il, sans ciller. »

Sur les petits arrangements libéraux :

« Nous pensions que nous pouvions faire mieux.
Je répète : Mieux ? D’une petite voix. Comment peut-il penser que ceci est mieux ?
Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire pour certains. « 

 

L’adaptation en série est très, très réussie, autant du point de vue esthétique (ambiances et lumières à la Rembrandt) que narratif, que du jeu des acteurs.

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Ensuite j’ai lu un autre chef d’oeuvre. Dans la forêt de Jen Hegland (merci à V.V. pour le conseil).

Je n’oublierai pas Nell de si tôt. Eva non plus, mais Nell, par sa narration, existe si fort… La narratrice écrit au présent, première personne, et elle a 17 ans. S’il avait paru initialement en France, ce roman l’aurait peut-être été en « littérature jeunesse ». Et aurait sans doute été moins consacré. Publié en 1996 aux Etats-Unis où son succès fut éblouissant, aux dires de l’éditeur, il ne parait ici que cette année. Pourquoi avoir attendu vingt ans pour le traduire ?  Ce récit est pourtant d’une force aussi puissante que La route de Cormac Mac Carthy écrit et traduit dans la foulée dix ans plus tard, et mériterait d’être au moins aussi connu. Il s’en différencie, de beaucoup, par sa sensualité, quand La route se distingue par sa noire aridité. Route ou forêt, après tout, il faut choisir. Nell et Eva, dans un contexte post-apocalyptique, elles, choisissent de ne pas partir. Au lieu d’un road-trip poignant nous avons donc un Nature Writing étreignant. Et c’est superbe, prenant, envoutant… C’est réaliste et saisissant. C’est beau et vivifiant. C’est une formidable ode à la vie.

« Quand je me suis réveillée, la lune était blanche, la clairière enveloppée du velours infini d’une nuit d’été, et le seul feu que je distinguais était le flamboiement distant des étoiles. »

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