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petit bilan de mes années d’enseignante

Je suis devenue professeure des écoles à l’époque (1996) où les baby-boomers n’étaient pas encore en âge de partir à la retraite et où tant de monde se présentait au concours qu’il était difficile à obtenir. J’étais fière de l’avoir réussi du premier coup grâce à la formation de l’IUFM, et j’étais fière d’accéder à un statut qui représentait une réelle promotion sociale pour moi.

J’aimerais insister sur cette grande fierté qui a caractérisé mon entrée dans ce métier.

Pourtant j’ai choisi cette voie un peu par défaut, au départ. J’avais une licence d’informaticienne analyste programmeur en poche. Adolescente, je rêvais d’excellence et de grandes écoles. Que je n’y aie pas accédé malgré mes bons résultats mériterait un billet à part entière. Je passe donc rapidement ici sur ce point, mais de difficultés en difficultés, j’en suis venue à n’écouter que ma peur.

Peur de manquer d’argent, peur de travailler tant que je n’aurais pas le temps de m’occuper de mes futurs enfants. Un autre point serait à développer ici qui se résume ainsi : « papa, maman, je vous adore, mais votre éducation ne fut guère féministe – ce qui n’est sans doute pas votre faute ». Il faut ajouter pour compléter le tableau qu’à l’époque les enfants des autres ne m’inspiraient que le plus pur désintérêt. Mais j’avais déjà un goût prononcé pour la transmission, cependant.

Quel métier rassemblait sécurité d’emploi + quasiment mêmes horaires que les enfants ? Professeure des écoles. Bingo.

(Aveu inavouable et pourtant : dans ce choix entrait aussi en ligne de compte ma passion enfantine pour La petite maison dans la prairie et le personnage de Laura Ingalls qui devient la respectable instit du village – mais aussi écrivaine ! Du poids des modèles donnés aux petites filles.)

Unknown

J’ai eu mon premier poste à Marseille en 1997, enfin mes postes puisque j’avais un mi-temps et deux quarts temps, dans les quartiers nord. J’y ai découvert un univers essentiellement féminin (on peut cliquer sur le lien pour en savoir plus). Les quelques hommes que je croisai, à de rares exceptions, s’étaient débrouillés pour ne plus avoir de classe en charge, ou seulement en partie (lien à cliquer) : ils étaient directeur d’école déchargé, maître formateur, conseiller pédagogique, délégué syndical ou inspecteur. Au pire étaient-ils brigades, allant de classe en classe sans avoir à en assumer toute la responsabilité. Bien sûr, il y a des exceptions, il n’empêche que cette tendance forte aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

Mais j’étais trop heureuse de mon salaire pour pouvoir analyser ce genre de choses. Que je me retrouve à découvert dès le deuxième mois aurait dû aussi me mettre la puce à l’oreille (certes je gérais mal mon budget, mais ce n’était donc pas Byzance).

J’étais aussi trop occupée à apprendre mon métier, et surtout à apprendre ce qu’est vraiment un enfant. Et cela, c’est si passionnant qu’on en oublie tout le reste. Grâce aux enfants, grâce à mes collègues (toutes des femmes, donc), aidantes, formatrices, bienveillantes, patientes, j’ai appris énormément sur ce métier, sur l’enfance, et ô combien sur moi-même.

La deuxième année, je me retrouvai à l’école National, l’une des plus grosses écoles de France, et l’une des plus délabrées aussi (il en fut question il y a peu dans les journaux). Je m’y fis des amies encore très proches aujourd’hui, et c’est l’un des points les plus positifs de ce métier : on vit des choses si fortes et si difficiles que les relations humaines en sont intensifiées. On vit aussi dans une urgence permanente (il se passe toujours quelque chose, il faut courir de ci, de là), qui est ce qui me manque le plus aujourd’hui.

L’année suivante, je tentai l’aventure : je partis enseigner en Guyane. Il suffisait de demander un changement de département. Et là, les conditions marseillaises me semblèrent soudain idylliques. La honte de la République, si je puis donner mon avis, se situe bien davantage dans les départements d’outre-mer. Mais bien sûr c’en est d’autant plus passionnant. Sauf que je trouvai une grande inertie parmi mes collègues (je trouvai la même inertie, dans une moindre mesure, lors d’une autre année passée en Guadeloupe – je ne veux pas en faire une généralité, c’est juste ce que j’ai connu dans les écoles où j’étais). Je pus éprouver la fibre militante des enseignants marseillais, retrouvée nulle part ailleurs, et que je trouve si vivifiante et courageuse. Cette inertie désespérante m’amena à rentrer… à Marseille.

Des années suivantes se détachent quatre ans passés à l’école de la Major, au sein de l’équipe la plus formidable et dynamique qui soit, dans une école à la population hélas très défavorisée. Un projet de pédagogie Freinet y fut monté et appliqué sans réel appui de la hiérarchie, qui ne voulut jamais l’officialiser. J’appris durant ces quatre années plus que durant toutes mes autres années d’exercice. Cela foisonnait d’idées, de projets, de combats, de luttes. C’était intense en rires, en pleurs, en espoirs et désespoirs. Nos alliés étaient la Cimade, RESF ou La maison pour tous d’à côté. Ces quatre années furent sans conteste mon meilleur souvenir d’enseignante… J’en partis épuisée, et malheureusement toujours déçue par les autres écoles où je fus affectée. Nulle part ailleurs je ne retrouvai une telle dynamique positive, dans de telles difficultés.

Ah si, j’oubliais l’école des Dames, pas très loin, un peu le pendant de La Major, côté maternelle (si l’on pouvait d’ailleurs changer le nom de l’école « maternelle », cela enverrait enfin un signal fort pour l’égalité dans l’éducation des enfants).

Au fil de ces années, la puce dans l’oreille se faisant plus bruyante, car souffrant de plus en plus des mauvaises conditions d’exercice, du nombre croissant d’élèves, élèves élevés dans la culture du zapping et toujours plus difficiles à capter, de la réforme de la Maison du Handicap qui voulut intégrer les handicapés dans les classes (bonne chose !) mais sans aide suffisante ni aucune formation, d’une injonction à évaluer tant et plus au détriment de l’apprentissage, d’une impossibilité de bien faire son travail à cause d’objectifs inatteignables, du peu de budget, de Vigipirate qui empêchait les sorties, des réformes incessantes à avaler, du peu d’écoute (invite-t-on les enseignants dans les médias lors de débats sur l’éducation ? C’est rare et quand ça arrive c’est un homme), d’un sentiment d’impuissance grandissant, je tentai toutes sortes d’échappatoires, à l’instar de la majorité de mes collègues masculins (j’étais en train de devenir féministe).

Je ratai de très peu le concours de conseillère pédagogique avec spécialité nouvelles technologies (avant d’apprendre qu’on ne pouvait guère me l’accorder puisqu’il n’y avait pas de poste à pourvoir, et que de plus on l’accordait rarement aux enseignants n’ayant que 5 ans d’ancienneté, ce qui était mon cas). Là se pose encore une question : pourquoi est-il si difficile dans le premier degré d’accéder à un poste de conseiller pédagogique, quand cela semble beaucoup plus facile dans le second degré ?

Je fus détachée aux Eclaireurs de France, le temps de réaliser que le travail de bureau était la pire chose qui soit pour moi.

Je fus admissible au Capes de lettres modernes, mais ne me rendis pas à l’admission, par peur de la réussir, soudain taraudée par la question : est-ce que je veux vraiment rester dans l’éducation ?

Et dans le même temps j’écrivais. Je fus publiée. J’apprenais petit à petit un autre métier, quasiment sans le savoir. Je me mis d’abord à mi-temps pour mieux m’y consacrer, puis en disponibilité.

Tout en m’émancipant grâce à mes publications et à mes premières rencontres scolaires en tant qu’écrivain, les défauts et aberrations du métier d’enseignante du premier degré me sautaient aux yeux peu à peu.

    • Comme je l’ai déjà dit, et c’est ce que pour ma part je reproche le plus à ce métier, la possibilité d’évolution est grandement freinée et inégale suivant les départements (une amie prof des écoles a pu être détachée dans le second degré pour le tester durant quelques années, avant de pouvoir choisir, mais dans le 13 cela s’est révélé impossible).
    • Les enseignants sont régulièrement inspectés, surveillés, tancés, mais à côté de cela ne bénéficient jamais (je dis bien jamais) de visite médicale au cours de leur carrière, pour, je ne sais pas, vérifier leur santé mentale par exemple.

    • (Bon, il n’y a pas non plus de CE ni tickets restaurant ni défraiement des trajets ni place de parking attitré ni remboursement du parking, donc, mais là ça relèverait des demandes d’un enfant gâté).

    • Contrairement aux enseignants du second degré, les professeurs des écoles ne bénéficient du défraiement d’aucune heure supplémentaire, sachant qu’ils effectuent déjà plus d’heures d’enseignement qu’eux par semaine – 27 contre 18, que leur présence doit être effective à 100% toute la journée (j’ai même connu une école où j’étais de service à toutes les récrés, me laissant zéro temps de pause hormis entre midi et deux – où l’on casait pourtant certaines réunions), que les entrevues avec les parents vus tous les jours au portail ou au seuil  de la classe ne se comptent pas, que les réunions se multiplient tout comme dans le secondaire et sans limite…  mais je ne veux monter personne contre personne, tous les enseignants sont dans le même bateau et ceux du 2nd degré ont sans doute plus de temps à consacrer aux corrections.

    • Le salaire que je trouvais inespéré à mes débuts a si peu augmenté que j’ai peu à peu commencé à comprendre qu’on n’avait pas beaucoup évolué depuis l’époque où ce métier était considéré comme un apport d’appoint dans un couple, alors qu’il s’agit d’un métier d’une exigence folle, où l’on fait aussi du social, du lien, du conseil, de la formation permanente envers les plus jeunes enseignants, et où peu comptent leurs heures. Cela dit ce ne fut jamais pour moi le plus gros problème et je m’en contentai fort bien et en fus toujours très contente tant qu’il tombait chaque mois. Je m’interroge juste sur la corrélation qualité et quantité de travail/salaire.

    • Une grande part de ces femmes qui ont choisi jeunes ce métier en partie pour pouvoir mieux s’occuper de leurs enfants se retrouvent vers 40 ans mères isolées en ayant toutes les peines du monde à joindre les deux bouts. Je me dis qu’il y a eu là comme une publicité mensongère. Je me dis que les femmes devraient avant tout regarder le salaire et son évolution, avant de se contenter du confort illusoire que fait miroiter un métier.

    • Je n’ai jamais, absolument jamais, réussi à faire valoir mes compétences autant dans le domaine de l’informatique que de l’écriture ou de la littérature jeunesse. Je pouvais bien sûr monter de beaux projets avec ma classe, mais il fallait surtout que cela reste dans le cadre de ma classe ; et lorsque cela le dépassait, mon nom devait disparaître au profit de la mention académique. Si on ajoute à cela le mépris grandissant des médias et de l’opinion publique, on peut comprendre que l’enseignant ne parvient quasiment jamais à dépasser le niveau 4 de la pyramide de Maslow (besoin d’estime). A moins d’être mère Théresa (et j’en connais qui en sont proches, et qui portent l’Education Nationale à bout de bras). Comment ne pas mieux analyser la quantité d’amies professeurs des écoles que je vois sombrer dans le burn-out ces derniers temps ?

pyramide_maslow

 

    • Etre enseignant c’est être un fusible entre les problèmes de société et une hiérarchie souvent peu aidante voire invisible. La réalité du terrain échappe aux ministres voire à certains inspecteurs (pas tous, j’en connus de très bien). Les médias se déchaînent contre les enseignants et leurs « privilèges », et les parents sont donc méfiants, agressifs et leur rendent souvent la vie impossible.
    • Les avantages qui étaient séduisants quand je suis entrée dans l’éducation nationale disparaissent les uns après les autres. Et c’est un cercle vicieux : le métier étant de moins en moins attractif tout en étant de plus en plus exigeant (de bac+3 on est passé à bac+5 pour y accéder : aberration !), les candidats ne se bousculent plus au portillon. En manque d’enseignants, la hiérarchie refuse de plus en plus les mi-temps ou les disponibilités (ce qui était pour moi le plus grand avantage).

    • Chaque réforme, même si elle paraît intelligente sur le papier, s’accompagne de si peu d’aide et d’aménagement qu’elle résonne dans la tête de la plupart des enseignants comme une injonction à travailler plus pour toujours le même salaire.

    • Ajoutons à cela un rapport ubuesque avec la hiérarchie qui me paraît cachée dans une tour d’ivoire, invisible comme je le disais, et peu atteignable. Un tout petit exemple parmi une tonne d’autres : lorsque j’ai demandé ma démission, je n’ai eu affaire du début jusqu’à la fin qu’à la correspondante chargée de la paye, et à aucun moment je n’ai eu d’entretien physique ou téléphonique pour me demander pourquoi je prenais cette décision. Quant à essayer de me retenir, après tant d’années d’enseignement ponctuées de rapport d’inspection très positifs ? Ce n’est qu’un doux rêve ! Certes j’étais en disponibilité depuis de nombreuses années et donc déjà déconnectée, mais tout de même… Encore une fois, et pour la dernière fois, je me suis sentie un pauvre rouage de quantité négligeable dans la grande maison froide de l’Education Nationale.

    • Et last but not least, derrière toutes ces constatations, je m’interroge sur la prise en compte réelle de la part de nos décideurs des besoins et du bien-être des élèves scolarisés dans nos écoles publiques : n’ont-ils pas droit à des enseignants heureux d’enseigner, dans de bonnes conditions et dans de bons locaux ?

 

Malgré tous ces points négatifs, il m’a été très difficile de prendre cette décision de démission. C’est un métier si passionnant et qui m’a tellement apportée qu’il m’est un peu douloureux de lui dire adieu. C’est un métier où l’on rencontre de très belles personnes, forcément désintéressées, et je voue une grande admiration envers tous les enseignants qui font leur travail avec le coeur. Ce métier m’a aussi apportée une réelle sécurité d’emploi et financière, dont j’avais sans doute besoin au début de ma vie d’adulte. Il comporte de grands avantages que je ne nie pas, et dont j’ai pleinement bénéficié.

Mais j’ai voulu aussi parler de ce qui se délite, et que je vois (j’espère me tromper) comme un abandon progressif par l’Etat de la partie publique de l’Education qui n’est déjà plus si Nationale…

Je quitte l’Education Nationale pour me consacrer au métier d’écrivain dit pour la jeunesse. Un métier qui ressemble beaucoup à celui d’enseignante du premier degré, tout autant féminisé (puisqu’on s’adresse à des enfants, n’est-ce pas) et donc aussi peu estimé (hélas), où l’on est encore moins payé (mais où on peut l’être davantage), où l’on travaille souvent encore un plus grand nombre d’heures (mais en choisissant ces heures), où l’on est mille fois plus précaire, certes, mais où enfin j’ai pu atteindre les échelons 4 et 5 de la fameuse pyramide de Maslow.

Ce n’est pas mieux, loin de là, c’est juste que mes priorités ont changé.

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l’envers de la tapisserie

« Cela dit, existe-t-il un plaisir d’écrire ? Je ne sais pas. Une chose est certaine, c’est qu’il y a, je crois, une très grande obligation d’écrire. Cette obligation d’écrire, je ne sais pas très bien d’où elle vient. Tant qu’on n’a pas commencé à écrire, écrire paraît la chose la plus gratuite, la plus improbable, presque la plus impossible, celle à laquelle, en tout cas, on ne se sentira jamais lié. Puis il arrive un moment – est-ce à la première page ? à la millième ? Est-ce au milieu du premier livre ou ensuite ? je l’ignore – où on s’aperçoit qu’on est absolument obligé d’écrire. Cette obligation vous est annoncée, signifiée de différentes façons. Par exemple par le fait qu’on est dans une grande angoisse, dans une grande tension lorsqu’on n’a pas fait, comme chaque jour, sa petite page d’écriture. En écrivant cette page on se donne à soi-même, on donne à son existence une espèce d’absolution. Cette absolution est indispensable pour le bonheur de la journée. Ce n’est pas l’écriture qui est heureuse, c’est le bonheur d’exister qui est suspendu à l’écriture, ce qui est un peu différent. Ceci est très paradoxal, très énigmatique, car comment se peut-il que le geste si vain, si fictif, si narcissique, si replié sur lui-même qui consiste le matin à s’asseoir à sa table puis à couvrir un certain nombre de pages blanches puisse avoir cet effet de bénédiction sur le reste de la journée ? Comment la réalité des choses – les occupations, la faim, le désir, l’amour, la sexualité, le travail – est-elle transfigurée parce qu’il y a eu ça le matin, ou parce qu’on a pu faire ça dans la journée ? Voilà qui est très énigmatique. Pour moi, en tout cas, c’est une des façons dont s’annonce l’obligation d’écrire. »

Michel Foucault, Le beau danger

(Jeunes gens, voici un début de commencement de réponse à la question que vous me posez souvent, à savoir : comment on fait pour écrire ? – sous-entendu, pour écrire long…- C’est une mauvaise question. Une meilleure question serait : c’est quoi, le plaisir d’écrire ?… Je ne me sens certes pas à la hauteur de Foucault qui de toute façon n’a pas écrit de roman – il se définit plus comme écrivant que comme écrivain -, mais ce qu’il dit là me touche. Ne comptez pas sur moi pour vous poster ici les 12 conseils d’écriture de l’écrivain de Cherub ou les 10 de Werber ! A méditer…)

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questions-réponses à propos de L’été où je suis né

Lors de mon séjour à Nîmes, la semaine dernière, j’ai rencontré des classes à propos de L’été où je suis né. Hélas le temps manquait pour voir tous les élèves qui l’auraient désiré ! Ceux-là, qui n’ont pas pu me voir alors qu’ils avaient lu le livre, m’ont écrit de très gentilles lettres, avec de nombreuses questions. Ces questions reviennent souvent lors des rencontres. Aussi je choisis de copier ici ce jeu de questions-réponses qui pourrait intéresser tous ceux que je n’ai pas eu et que je n’aurai pas la chance de rencontrer (Les autres, ceux que je vais effectivement voir, bouchez-vous les yeux, hein, sinon on n’aura plus rien à se dire, bigre).
Allez hop, c’est parti.

D’où vous est venue l’idée de cette histoire ?
Certains m’ont aussi demandé s’il s’agissait de ma vie personnelle. Non, et même je ne connais personne qui soit né ou qui ait accouché sous X. Je ne sais pas comment m’est venue l’idée de parler de cela. Je crois que par ce biais, j’ai voulu, surtout, dire aux garçons et aux filles d’aujourd’hui : écoutez-vous, comprenez-vous, ainsi vous pourrez (peut-être) éviter de faire des erreurs qui n’arrivent pas qu’aux autres, et affectent plus que sa propre vie entière. Je garde bien mon « peut-être » entre parenthèses, quand même, parce que souvent rien ne peut empêcher les « erreurs », et même ces erreurs-là peuvent être belles. C’est, après tout, ce qui fait la vie. Je n’ai surtout pas voulu donner de morale à tout ça. Il n’en existe pas.

Vous étiez-vous fixé un nombre de pages avant de commencer ?
Non. C’est impossible de prévoir cela ! Certes on sait plus ou moins si on commence un gros pavé ou une histoire plus courte, mais c’est tout. Et même, on peut être surpris au fil de l’écriture, et se laisser emporter…

Comment êtes-vous devenue célèbre ?
Ah bon, je suis célèbre ?? Mince, et moi qui suis venue à Nîmes sans mes lunettes noires !

Est-ce compliqué d’être écrivain ?
Moins que d’être ouvrier en bâtiment, femme de ménage ou… enseignante ! Cela dit je tiens à ajouter qu’écrire un livre n’est pas magique, même pour un écrivain qui a déjà écrit plus d’un roman. C’est toujours une chose difficile, qui demande de croire beaucoup en ses personnages.

En combien de temps avez-vous écrit ce livre ?
Cela s’est fait en deux temps : très rapidement, en 3 jours pour la version parue dans Je Bouquine. Puis un mois de recherche et réflexion et encore plus d’un mois d’écriture, pour rajouter quelques pages à peine, pour la version Gallimard.

Où puisez-vous cette imagination ?
J’écoute et j’observe beaucoup le monde autour de moi. J’imagine des histoires pour chaque personne que je croise… surtout dans le métro, le train ou le bus !

Avez-vous un endroit précis pour écrire et utilisez-vous toujours le même matériel ?
Oui, j’écris toujours au deuxième étage de ma maison, et toujours sur un ordinateur posé sur un vieux scriban. J’ai une vue sur un tout petit bout de mer, mais surtout une autre, plongeante, sur un commissariat où je vois les policiers travailler. Ce qui est drôle, c’est que depuis que j’habite et travaille là, je n’ai toujours pas eu envie d’écrire une histoire policière !

Avez-vous rencontré des enfants nés sous X, ou avez-vous fait des recherches auprès des DASS ou d’autres associations ?
Même si j’ai des amis qui sont des enfants adoptés, je n’aime pas interroger mes proches. Je les vois vivre, cependant, et cela peut m’inspirer. Et j’ai fait des recherches, oui. Comme lorsque j’ai écrit sur la narcolepsie (La fille qui dort), j’ai contacté des gens sur Internet qui avaient déjà commencé à témoigner sur des forums. Je pense notamment à une jeune fille qui m’a beaucoup inspiré les lettres finales de Sophie.

Est-ce que le métier d’écrivain vous demande des sacrifices ?
Je crois que c’est surtout à mon entourage que cela en demande ! Parfois, je suis présente physiquement mais je suis complètement la tête dans mon histoire. J’imagine que ça ne doit pas être toujours très facile pour les autres !

Y aura-t-il une suite à L’été où je suis né ?
Non. Il m’a déjà été très difficile d’étoffer la version publiée dans JB. Je suis très contente de la version Gallimard, mais il me serait impossible d’aller encore plus loin. J’ai besoin qu’une histoire reste suspendue quelque part, qu’il reste des fils à dérouler dans la tête des lecteurs. J’aime laisser mes personnages toujours sur un sommet ou une brèche.

Qu’est-ce qui vous a poussée à devenir écrivain ?
Je me demande surtout ce qui a pu me pousser à faire d’autres choses, avant ! Enfin, je le sais. On n’a pas toujours le choix et l’occasion d’exercer sa passion à plein temps. Ou bien, on n’y croit pas encore… Mais quand on le peut et qu’on ose y croire, pourquoi hésiter ?

Ecrivez-vous tous les jours ou seulement quand vous avez des « flashs » ?
J’écris tous les jours, mais pas forcément pour avancer un roman. J’ai besoin d’écrire quotidiennement, cela peut être de petits textes rien que pour moi, ou écrire à des amis. Mais si je suis lancée dans un roman (et cela peut être suite à un « flash », effectivement !), je l’avance un peu (ou beaucoup) tous les jours, c’est vrai. Si je ne peux pas écrire un jour, j’ai beaucoup de mal à reprendre le fil. J’ai besoin de rester dans une forme de bulle.

Comment vous êtes-vous organisée pour trouver la documentation sur la description des lieux ?
Pour L’été où je suis né, je n’ai pas eu besoin de me documenter concernant les lieux. Il m’a suffi de me rappeler ces petits villages que l’on traverse lorsque l’on cherche une rivière pour se rafraîchir, l’été. J’ai toujours beaucoup aimé les rivières, et toute la végétation qui les borde. Et j’adore y voir des enfants ou des plus grands y plonger, y s’amuser, y barboter ou y rêver.

Combien d’années d’études avez-vous dû faire pour exercer ce métier d’écrivain ?
En réalité, j’ai fait des études pour tout autre chose. Je n’imaginais pas du tout pouvoir publier des livres, avant que cela n’arrive un peu par hasard, alors que j’étais professeure des écoles. Je n’ai même pas fait d’études de lettres mais… d’informatique ! J’ai une licence de programmation analytique et d’Intelligence Artificielle, obtenue dans l’université la plus réputée en France dans ce domaine (ça en jette, non ? Mais ça ne me sert pas à grand-chose !).

Pourquoi ce titre ?
Au début, j’avais choisi celui-ci : La fille sur le muret. C’est l’éditrice de JB qui a trouvé le titre définitif, que je trouve très bien. Léo vit comme une seconde naissance, cet été-là.

Quel âge a Léo ?
J’ai fait exprès d’être floue à ce sujet. Disons qu’il a entre 13 et 16 ans. Chacun évolue tellement différemment à ces âges-là. Je ne sais pas à quel âge on peut le plus s’identifier à Léo. Cela dépend de chacun, je crois.

Léo va-t-il rencontrer sa vraie mère ? Va-t-il continuer à vivre chez ses parents adoptifs ou chez sa mère biologique ?
Vous me posez ces questions si souvent que je sens une vraie frustration ! Allez, je vous dis ce que j’en pense : je crois que Léo est si heureux avec ses parents adoptifs qu’il va, bien entendu, rester avec eux. Et je crois qu’il ne va même pas rencontrer sa vraie mère. Pour quoi faire ?
Mais libre à vous d’imaginer tout autre chose ! C’est bien pour cela que je me suis arrêtée là.

Florence Hinckel, auteur jeunesse

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« j’étais dans sa peau »

Lorsque l’on est sélectionné au Prix Bouquin Malin, même si l’on ne gagne pas on a le plaisir de recevoir les lettres des enfants qui ont aimé notre livre. Me concernant, il s’agissait du livre Vanilles et Chocolats. Quel plaisir m’ont fait ces mots de lecteurs ! Je n’ai pas envie de recopier ici ces lettres, par respect envers les enfants qui les ont écrites et qui n’ont peut-être pas envie que je dévoile leurs mots en public. J’espère qu’Alice ne m’en voudra pas cependant si je recopie ces quelques phrases qui signifient beaucoup pour moi : « … Julia est mon personnage préféré. A chaque chapitre, j’étais dans sa peau. J’imaginais, je pensais et j’avais l’impression de vivre ce livre… »

Alice a exprimé ce que j’espère procurer aux lecteurs de tous mes livres. Heureuse d’y être parvenue avec Vanilles et Chocolats ! Et espoir d’y parvenir encore à l’avenir dans d’autres romans.

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c’est la fête !

Dès vendredi, je serai à la fête du livre de Villeurbanne. D’abord discussions avec de jeunes lecteurs, puis dédicaces, débat, en tout cas toujours des rencontres. Je serai la plupart du temps, samedi et dimanche, dans le pré carré de la librairie A Titre d’Aile, si je parviens à ne pas m’envoler.

Si vous cliquez sur l’image, hop vous serez dirigés vers le site de la fête, et vous verrez que ça aura réellement toutes les apparences d’une fête (ce qui est mieux qu’un salon, ou bien si vous voulez, on va faire la fête dans le salon).

Pour moi ce sera d’autant plus la fête que je vais y retrouver pas mal d’auteures et auteurs que j’apprécie beaucoup, et comme on sera 60 il y en aura sans doute d’autres avec qui je vais faire connaissance.

Bien sûr, on vous y attend nombreux, chères lectrices, chers lecteurs ! Au plaisir…

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le temps en double

J’ai écrit La Ligne 15 en me calquant sur le calendrier de l’année scolaire 2010/2011. Puisque la série s’étend de septembre 2010 à juillet 2011, et que j’ai terminé de l’écrire, je peux relire ce que j’ai écrit et qui se déroule normalement… maintenant ! Etrange impression de vivre le temps en double. Le lecteur, lui, peut même vivre les choses au présent. Il ne m’en voudra pas, je l’espère, si j’ai commis quelques erreurs de météo (j’ai tout de même eu une sorte de prescience étrange : il pleuvait effectivement  ces derniers jours !) Et bien entendu, il m’était impossible de prévoir le retentissement qu’aurait forcément eu dans les réflexions de mes jeunes héroïnes et héros la catastrophe japonaise et les révolutions arabes…

Au mois de mars 2011, « en ce moment », donc, c’est Justine (Une fille sans faille, tome 5, où il est beaucoup question de la Joconde et du nombre d’or, d’où Mona Lisa ici présente), qui raconte ce qui se passe pour elle. Aujourd’hui, le 18 mars 2011, elle écrit :

« A la maison, les choses ont changé de façon imperceptible. Thomas, reparti dimanche soir pour son internat, s’est mis à me parler comme à quelqu’un de son âge, et non plus comme à une fillette. Je crois que ma révolte l’a impressionné. Elle l’a peut-être aussi rassuré.

– C’était un peu énervant, aussi, de vivre aux côtés de la fille parfaite ! m’a-t-il confié le dimanche, alors qu’on regardait un feuilleton sans aucun intérêt, affalés sur le canapé.

Je peux concevoir ça.

– Et peut-être qu’au lieu de pleurer comme un bébé, tu sauras maintenant mieux faire face à la réalité.

Sa franchise m’a heurtée au premier abord. J’ai été un peu vexée, puis j’ai décidé de prendre cette phrase de façon positive. J’ai hoché la tête en signe d’acquiescement, avant de saisir la télécommande… »

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