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cette indigne profondeur

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Il y a ce vieux blog que tu tenais avant, uniquement rempli de photographies et de textes comme des rêves. Des impressions comme des encrages, des frises et des collages, tes lectures et éblouissements. Il te rappelle ce temps où tu te tenais loin des luttes. Tu étais toute entière effacée derrière le flux des sentiments, autant dire que c’était la période où tu existais le plus. Prendre position ou défendre une idée t’était étranger car tu n’avais ni position ni idée arrêtée. Tu étais.

Tu écrivais pour presque rien. Tu publiais (très peu) pour le plaisir. Tu vivais au fil des ondes. Tu « gagnais ta vie », comme on dit, avec un métier qui n’était même pas « un métier à côté », c’était ton métier, entièrement. L’écriture était ailleurs, et tu la voulais ailleurs, et loin de toute considération financière. Tu n’étais pas non plus féministe car cela ne voulait rien dire pour toi. Tu étais, voilà tout, et ce « tout » voulait aussi dire « rien ».

Tu te nourrissais, point. Comme tu t’es nourrie depuis que tu as, pour la première fois, écrit dans un journal intime, ou écrit ta première histoire. Tu avais 10 ou 11 ans, cet âge où tout est nourriture. Où tout n’est qu’existence. Où les mots écrits ne sont jamais bavardage.

(Sergio Larrain)

Tu as souvent la nostalgie de cette longue et heureuse période d’avant les luttes.

Les luttes t’indiffèrent parce que tu détestes toujours autant avoir raison. On ne t’a jamais appris à avoir raison. Tu as toujours envie que ce soit l’autre qui ait raison, pour qu’il soit heureux d’avoir raison. Tu as appris à faire plaisir. Lorsque par malheur tu as raison de façon insolente et indiscutable, après une brève lumière tu ressens toujours une grande tristesse. Une sotte culpabilité qui te fait te sentir lâche. Cela t’éloigne de toute légèreté et de tout humour dans la conversation. Les pirouettes, de toute façon, ne profitent toujours qu’à ceux qui sont en position de force. Ton grand frère en était friand quand il te faisait enrager jusqu’à la grosse dispute, cela faisait soudain rire ta mère qui n’était plus prête à punir ou gronder, cela la désarmait, elle était conquise par lui, et toi tu restais avec ta rage en-dedans qui paraissait bien ridicule et bien laide. Tu aurais aimé disparaître mais encore davantage avoir disparu, pour que la dispute n’ait jamais eu lieu (tu n’en veux pas à ton frère, peut-être aurais-tu fait pareil à sa place). Parfois, tu as recours à la pirouette, toi aussi, lorsque tu te sens à ton tour en position de force, et plus tu avances, plus ça arrive. C’est effrayant. Cela fonctionne admirablement. Tu sais alors ô combien tu as humilié ou blessé ou ne serait-ce qu’un peu égratigné. De nouveau la tristesse, la culpabilité. Le désir d’avoir disparu.

Tu ne souhaites pas dominer. Lorsque cela t’arrive et que tu t’en aperçois, une vague de nausée te submerge.

C’est parce que tu as toujours pressenti que la Vérité n’existait pas.

Mais tu as eu le malheur de garder les yeux ouverts. Ces mêmes yeux que tu as toujours gardés grands ouverts sur la nature et les petits bonheurs, sur les rencontres et les évènements, mais aussi sur les injustices et les oppressions, ainsi que sur les trêves au bonheur précieux…  Tu ne pouvais pas fermer ces yeux lorsque peu à peu t’est apparu le mécanisme qui fabriquait ces injustices et ces oppressions, et qui ne réservaient les trêves toujours qu’aux mêmes. Tu ne pouvais pas fermer les yeux lorsque tu as compris que cela n’avait jamais rien eu d’une fatalité. Tu ne pouvais pas fermer les yeux lorsque tu as compris que c’était parce que les gens comme toi se taisaient que d’autres en profitaient. Et que d’autres que toi en souffraient. Alors, tu t’es fait violence. Tu as parlé. Tu as discuté. Tu as exprimé ta vision des choses. Tu es entré dans le jeu du « bavardage ». Tu as essayé de dévoiler ces choses que bien trop souvent seuls les dominés ou les écrivains et écrivaines peuvent voir. Avec la nausée. Sans plaisir. Avec la terreur des polémiques. Avec la seule joie de faire peut-être un peu bouger les choses, un peu les améliorer, un peu ouvrir d’autres yeux. Avec la conscience aigue de ce que cela peut avoir de présomptueux.

 

Tu es désormais féministe et cela t’attriste et te fait mal. Tu défends les droits de ta profession – car désormais tu as l’orgueil de faire profession d’écrire – et cela t’épuise et t’éloigne du plus vital. Tu élèves la voix quand tu connais bien un sujet, ou quand tu le connais moins mais que cela touche de façon éhontée les plus faibles.

(Izis)

Parce que la dignité, bordel.

Pourtant, c’est violent. Ta nature est ailleurs, loin des luttes. Les mots au fond de toi en souffrent. Ils veulent, avec urgence, servir à autre chose. Ils se révoltent à leur tour et réclament leur part d’indigne profondeur…

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Citation du 18 mai (Le Grand Saut tome 2)

« –… Des fois, je me demande quel genre de personnes je suis. Tu le sais, toi, quel genre tu es ? Le genre bon, ou le genre mauvais ?

Marion ne répondit pas. Elle l’avait frappée uniquement parce qu’elle lui avait donné sa version de la vérité. Ca ne faisait pas d’elle une sainte, c’était sûr.

– Voilà, fit Madeleine, c’est à toi de décider qui je suis pour toi. Peut-être que ça t’aidera à décider qui tu es, toi aussi. »

 

En écoute pour ce chapitre 9 : C’est comment qu’on freine, album Play blessures, Alain Bashung et Serge Gainsbourg, 1982

«Pousse ton genou,

j’passe la troisième

Ça fait jamais qu’une borne que tu m’aimes

Je sais pas si je veux te connaître plus loin

Arrête de me dire que je vais pas bien

C’est comment qu’on freine

Je voudrais descendre de là »

 

(playlist du Grand Saut Tome 2 : cliquer)

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1er prix ex-aequo pour Le Grand Saut T1

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Le Grand Saut Tome 1 a été plébiscité, ex-aequo avec Les deux vies de Beaudoin de Fabien Toulmé, par les adolescents de Manosque, Forcalquier et alentours ! Quelle belle surprise, étant donné la sélection prestigieuse et foisonnante de ce Prix des adolescents du 04 (dire que je ne m’y attendais pas est un sacré pléonasme).

La journée était vraiment chouette, qui plus est. La table ronde en compagnie de Fabien Toulmé et Bruno Doucey était modérée par deux lycéens, comme des pros, face à un public nombreux. J’ai trouvé passionnant d’échanger avec un BDaste et un auteur et éditeur de poésies, ça change !

On a tous les trois été gâtés (merci !) :

(Produits du pays)

(Après, on a dédicacé au soleil : à droite Fabien Toulmé, à gauche Bruno Doucey, qui a aussi écrit 3 ouvrages dans la très belle collection Ceux qui ont dit non chez Actes Sud jeunesse)

J’ai passé un tout petit temps trop bref avec les collègues du sud Ramona Badescu, Ilya Green et Delphine Bournay, – et c’était trop bref aussi avec les membres de l’association Eclat de Lire – j’ai acheté et me suis fait dédicacer la BD de Fabien (les échos avec mon Grand Saut ont paru tellement évidents lors de la table ronde qu’il me la fallait)…

… Puis hop j’ai sauté dans mon train, le coeur content.

D’autant plus que parmi mes mails s’en trouvaient un qui m’annonçait un autre 1er prix pour un autre de mes romans, mais chut, vous saurez ça la semaine prochaine.

En attendant, très heureuse de celui-ci, à quelques jours à peine de la parution du tome 3 ! Je vois ça comme un très bon signe. Quoi, vous n’avez toujours pas lu le T1, ni le T2 ? Mais qu’attendez-vous donc ? 😉

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demain, Manosque

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Lecteurs et lectrices de Manosque et alentour, retrouvez-moi demain à 10h00 pour la remise du prix littéraire adolescent de la fête du livre de Manosque et Forcalquier ! J’y serai en belle compagnie : l’éditeur et poète Bruno Doucey et le dessinateur et scénariste de BD Fabien Toulmé. Nous avons tous les trois un ouvrage dans la sélection. C’est le seul prix littéraire que je connais qui soit aussi éclectique, je trouve ça tellement sain et normal ! Poésie, romans, BD, nouvelles, albums (et ce qui est encore plus génial, c’est qu’il n’y a pas de mention « romans jeunesse » ou « romans de littérature générale », c’est juste « romans »)… D’un autre côté, concourir auprès de Leïla Slimani et Gaël Faye, ça impressionne un peu… Pour moi, il s’agit du Grand Saut tome 1.

Je me réjouis même si ce sera un passage éclair : c’est toujours un bonheur de me rendre à Manosque que j’adore (maintenant, j’y visualise toujours les scènes que j’y ai écrites dans U4.Yannis :-)), d’autant plus que j’apprécie beaucoup la petite équipe dynamique qui s’occupe de tout ça (associations Eclat de lire et Croq’livres).

Et puis regardez-moi cette magnifique affiche (je suis archi-fan du travail d’Ilya Green) :

A demain ?

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Tribune sur la situation sociale des auteurs et des autrices

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Tribune écrite à partir de mon expérience, de mes observations, de mes analyses sur plusieurs années, et à partir des inquiétudes nouvelles et à venir (merci à La Charte des auteurs jeunesse pour les informations notamment au sujet de la réforme sociale et fiscale)… à retrouver dans son intégralité sur Actualitté. En voici l’introduction :

« L’un des principaux acteurs de l’industrie du livre en situation d’extrême fragilité

Les auteurs et les autrices de textes et d’images assurent la vitalité de tout un secteur culturel, puisqu’ils·elles sont à la base de la chaîne du livre. Ils·elles représentent l’un des principaux acteurs de l’industrie du livre, au même titre que les maisons d’édition, les imprimeurs, les diffuseurs, les libraires, les bibliothèques… 

En produisant des ouvrages raisonnés et éclairés, chacun de ces acteurs, à son niveau, participe à un monde meilleur. Mais la situation sociale des auteurs et des autrices reste largement méconnue.

Je tiens à mieux faire connaître cette situation, principalement en littérature jeunesse parce que c’est le secteur que je connais, par solidarité parce que je le peux, parce que j’ai cette voix possible, puisque j’ai la chance de faire partie de cette mince frange d’auteurs et d’autrices qui gagne bien sa vie, pour le moment… Mais aussi par anticipation puisque des réformes à venir risquent de nous impacter tous et toutes durement… sauf si l’on élève la voix pour qu’au contraire un véritable statut pour les auteur·rice·s voie le jour à cette occasion.

C’est un long article, assez pédagogique, mais que je juge indispensable justement parce qu’il fait la somme de ce que nous vivons au quotidien et qui nous épuise bien souvent, et parce qu’il résume les inquiétudes à venir. Je serais reconnaissante à tous les acteurs du monde du livre qui travaillent avec nous – éditeurs, éditrices, libraires, enseignant·e·s, bibliothécaires, gestionnaires, diffuseurs… — de prendre connaissance des responsabilités de chacun et chacune, listées en deuxième partie de cet article, afin que la population des auteurs et des autrices garde vitalité et créativité… et tout le secteur culturel du livre à sa suite. »

La suite de cette tribune sur Actualitté où je liste les responsabilités de chacun de ces acteurs de l’industrie du livre… A lire pour comprendre tous les enjeux à défendre pour les auteurs et les autrices !

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