Sauvegarde de mon ancien blog sur Hautetfort, Signes
17 juillet 2008
« C’est l’espace entre les feuilles qui fait l’arbre. » Simon Hantaï

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15 juillet 2008
Ma mère est maire
En septembre sortira Ma mère est maire, aux éditions Talents hauts.
A l’origine, le titre était Ma maire, mais hélas une autre histoire chez le même éditeur s’appelait Ma mère ; il y aurait eu confusion.
J’ai hâte d’avoir entre les mains cet album, dont les épreuves sont très prometteuses. L’illustratrice, Pauline Duhamel, a dessiné d’après mon histoire des personnages tendres et drôles, j’aime beaucoup.
L’histoire : Valentin a sept ans et demi. Le jour de la rentrée en CE1, la maîtresse propose de parler des métiers. Valentin est bien embarrassé parce que ça fait rire tout le monde que sa mère soit maire (de la ville) et que son père soit père (au foyer). Alors, il propose à ses parents une expérience : échanger leurs rôles pour une journée.
Rendez-vous en septembre !
Le musée Fabre
Au musée Fabre de Montpellier, j’ai admiré l’exposition de Gustave Courbet. Saisissante. J’ai aimé ses nus de femme – bien davantage que ses multiples autoportraits imaginaires ou réels, mais où je n’ai pu déceler qu’une nature orgueilleuse -, nus voluptueux, dont bien sûr la célébrissime Origine du monde. Que l’on ne peut même pas qualifier de nu féminin, à bien y réfléchir. C’est tout autre chose. Inqualifiable, finalement. Je me suis forcée à rester devant ce tableau, à le sonder, mais c’est décidément très difficile. Le mystère reste entier.
Je poste ici le nu à la vague. Parce que j’ai autant aimé ses nus, donc, que sa façon de peindre la mer (et parce que je trouve très drôle finalement cette vision onirique de la femme à forte poitrine !) :

Le musée Fabre est rempli de trésors. J’y ai découvert bien d’autres peintres. J’ai aimé me retrouver devant la salle d’une grande fraîcheur où sont suspendus les immenses Viallat et Simon Hantaï. Puis la salle des flamands, magnifiques… Puis il paraît que j’aurais dû, dans la salle « espagnole », remarquer les Zurbaran. Mea Culpa, je ne les ai pas réellement vus, mais je dois y retourner. C’était si riche ! Impossible de tout « voir » en une seule fois.
Un autre peintre a retenu mon attention, il semble peindre des fantômes. Il s’agit d’Eugène Carrière.

Pourtant ce croquis trouvé sur le web n’annonce pas une mise en peinture si voilée :

Puis, en sortant du musée Fabre, je suis tombée sur une exposition du photographe Weegee, au pavillon populaire. J’ai adoré. Cela méritera une note entièrement dédiée…
14 juillet 2008
Le miroir
Cette nuit, l’orage a tout lavé. Les oiseaux, vous savez, ceux dont je vous parle depuis le début de l’été, qui tournoient devant ma fenêtre, le font encore plus vite.
Les antennes des toits semblent vouloir me montrer quelque chose. En direction du nord, elles dardent leurs doigts métalliques avec insistance. « Vas-y voir », disait ma mère. Ou bien : « montre voir ». Je me souviens aussi de sa façon de ne jamais dire les r qui finissent les derniers mots d’une phrase : quat’e, mett’e. En milieu de phrase, c’est différent, elle les dit. Elle a juste envie d’arriver plus rapidement à la fin, parce que parler, c’est moins inné que penser, c’est plus indécent, les autres écoutent, tournent leur attention vers soi, et comment pourrait-elle prétendre à cette attention ?
Les collines sont encore violettes.
La période est mouvante.
Je pense à nos différences. Longtemps, je me suis demandée si les autres raisonnaient avec le même mécanisme, les mêmes rouages que moi. D’abord, ils n’avaient pas le même regard. Leurs yeux ne s’arrêtaient pas sur les mêmes objets. Cela a commencé avec maman. Son regard semblait ne jamais se poser sur quoi que ce soit de précis. Sur un magazine, si. Ou sur ses fleurs. « J’aurais voulu être fleuriste », lançait-elle dans un soupir. Je les regardais à mon tour. Elles étaient colorées, leurs lèvres aux formes diverses embrassaient des anges imaginaires ; sagement enceintes dans leur carré de terre, leurs tiges étaient soutenues par un bâton, leurs élans étaient coupés, et je me mis à rêver d’Amazonie.
J’ai, depuis, souvent, eu ce sentiment de vaste jungle dans mon esprit, face à aux jardins anglais dans celui des autres. Aux questions des professeurs, me venait une telle quantité de réponses que je n’avais jamais le temps de lever le doigt pour toutes les exprimer. A côté, un autre avait déjà répondu en une phrase claire et précise qui suscitait l’enthousiasme de l’adulte. Flûte alors.
L’école m’apprit à ranger mon esprit, et les livres à le déranger. Je ne me frottai aux autres esprits, ceux si différents du mien, que beaucoup plus tard. Toujours étonnée par les jugements tranchés, par l’assurance. Je pensais que c’était le désordre dans ma tête qui m’empêchait d’exprimer des avis aussi nets. Depuis, je sais que je visite juste trop de tiroirs à la fois. Je ne le perçois plus comme un défaut. Mais je tente de mieux remplir les étagères.
Ce qui suscite les choix de remplissage reste un mystère. C’est peut-être un projet de soi. Une image que l’on regarde, vers quoi l’on tend. Peu à peu cette image de soi se confond avec l’image du monde. Les contours de notre silhouette se dispersent, et sont portés sur les ailes des oiseaux, là, devant ma fenêtre.
Je suis peut-être devenue peu ou prou ce que je rêvais pour moi à cet instant de ma vie. Il me faut désormais un rêve plus précis et plus flou à la fois.
Je regarde les autres. J’aimerais m’approcher de ce que j’admire en eux. Ceux-là seront mes amis. J’admire tant de choses en eux, que cela devient un peu moi. Ce projet est si prégnant qu’un mot de ces amis peut faire tout basculer. Je chavire, tu chavires, il chavire, nous chavirons. La tempête est là, le cyclone approche dont ce mot est l’épicentre, il tourbillonne et broie, il fait chuter dans les abysses, il hurle que tu n’y parviendras jamais, ta jungle est trop touffue et désordonnée. Alors tout est balayé.
L’orage a tout lavé.
En plein coeur de l’Amazonie, une clairière est dessinée. Le sol en est comme lacéré. Quelques cadavres d’arbres suintent encore de sève bientôt sèche. Tu es seul au milieu. Tu regardes autour et ne vois personne. Que cette jungle qui veut hurler sa richesse. Elle veut que tu y croies, mais tu as du mal, tu es presque nu au milieu de ce désert. Tu attends qu’on vienne poser un miroir à tes pieds. Non non. Le choix des pronoms, ce choix est si déterminant. Que il ou elle apporte ce miroir. Que il ou elle te le tende en souriant. Tu ne te regarderas pas dans le miroir, mais dans ce sourire. Des larmes de douceur couleront de part et d’autre. Où elles tomberont, de jeunes pousses émergeront, portant dans leurs bourgeons des diamants qui te refléteront mille fois, plus beau ou plus belle que tu n’as jamais été. Tu auras à nouveau la force d’être toi.
Tu peux toi aussi porter ce miroir devant d’autres, accompagné d’un sourire. Ceux qui choisiront de se mirer dans le sourire seront plus grands. Et toi aussi.
10 juillet 2008

(Donata Wenders)
Seul le silence se mure d’épaisseur
Seul le voile porte un poids convenable
Ainsi marche-t-on entre deux espaces, et au milieu la gueule de l’univers.
Seules ici les questions peuvent être posées. On se place au bord des lèvres souples, pointes dans le vide, talons solidement ancrés, et on lance son questionnement du monde. On ose. On sait depuis longtemps qu’il faut se taire, que personne ne peut répondre à part soi, que toute autre réponse est violence. Mais ici on peut. Seulement le monde est poreux, et il s’amuse. Cette fois il a décidé : il sera un dragon. il crachera des flammes. Durant des jours et des jours nous soignerons les cloques de la peau, nous ravalerons les idées, nous déconstruirons une âme pour, inlassablement en construire une nouvelle. Nous retournerons près du gouffre et y hurlerons notre ego auquel on croit si peu au fond. Mais cela apaisera la gueule béante, nous lui lancerons des sucreries qu’elle avalera goulûment, et nous demanderons au premier passant de s’approcher, attendez une minute, je m’allonge, et nous lui dirons allez-y. Il nous piétinera avec rage et nous le regarderons avec reconnaissance. Nous ramperons jusqu’au bord des lèvres, et nous dirons voilà. La gueule répondra va, mais porte ce voile. Jusque dans l’amour il te faudra le porter. Tu verras au travers mais l’on te verra floue. Tu seras avec eux mais seule derrière. Ainsi protégée tu pourras avancer, épaissir le drame, poser les briques, tendre vers l’étoile. Le voile comblera tout, les trous dans la poitrine, les questions sans réponse. Un avertissement : avec ce voile, jamais de certitudes. Tu liras durant mille ans et tu ne sauras toujours rien. Les autres sembleront savoir et tu écouteras avec humilité. Tu répondras : tu as raison, même si tu l’ignores. Tu recevras les coups que mérite ton ignorance et tu les accueilleras. Tu ne te nourriras que de désirs, et tu tourneras ton regard vers le ciel, lissant le voile devant tes yeux.
09 juillet 2008
MariTisBob
Il fait chaud mais quand même, là c’est un peu trop. Je dois avoir 54 de fièvre.
Tout est flou, je suis bloquée là, je sais même plus si c’est volontaire.
Dehors, ils nagent.
Moi je lis délire garde le lit et l’écran de l’ordi.
Il s’y passe des choses, des mots, et plus haut
devant la fenêtre, des oiseaux.
J’ai plein de travail en retard.
Plein de désirs aussi.
Plein de joie
De vie.
C’est quoi l’été ?
On est où ?
J’ai ptête chopé le palud.
Ou la dengue.
J’aimerais, je sais pas, jouer du piano.
La musique, c’est bien, on peut jouer les notes des autres.
L’écriture, c’est différent : ça servirait à quoi que je recopie les mots de Victor Hugo ? Même avec intensité ?
J’ai plus qu’à les lire et n’en faire rien de mélodieux. Ou alors vous ne vous apercevrez de rien.
Je suis tombée sur cette photo de Marilyn.

Elle sort de l’eau.
Elle fait que ça, sortir de l’eau.
Marilyn, c’est une femme qui fait rien d’autre.
Elle a aimé mais ça lui a fait une (certes très) belle jambe.
Enfin je sais pas si elle a vraiment aimé. Elle en était peut-être pas capable.
Peut-on aimer avec un tel flou dans le regard ?
Peut-être qu’elle avait constamment de la fièvre.
Elle avait 54 de température alors elle se refroidissait dans l’eau. Rien d’autre à faire que voulez-vous.
Je pense soudain à Tistou les pouces verts.

Allez savoir pourquoi. Demandez à la fièvre. C’était un livre que je devais lire en primaire. J’étais sage alors je l’ai lu. Mais à vrai dire je me sentais pas très proche de Tistou. Moi les plantes je les fais plutôt crever. C’est assez drôle quand on pense que mon prénom a un rapport étroit avec les fleurs.
Je connais bien une blonde qui s’appelle Brune.
Un Ange qui est un démon.
Une Marguerite qui est Duras.
La terre tourne plus vite ou c’est moi ? Y’a un truc. Envie d’une tartine de Nutella. Si si. Y’a plus qu’à attendre que l’été passe. On peut rien y faire, c’est comme ça. Ou se résigner à rentrer dans le même tourbillon que les autres. C’est drôle, plus il fait chaud, plus ils s’agitent.
Tenez soudain je pense à Robert Redford. J’ai qu’à partir avec lui. Celui d’il y a trente ans.

Tu veux bien Bob ?
Au milieu de nous coule une rivière.
01 juillet 2008
Un Rothko comme en soi-même
