La guerre des vanilles a été choisie en seconde position pour le prix du livre jeunesse de Nouvelle-Calédonie, sélection 2008, Livre mon ami, derrière Les fées du Camping de Susie Morgenstern (qui n’a pas pu se rendre en Nouvelle-Calédonie).

Du 20 au 31 octobre 2008, je suis allée rencontrer mes lecteurs… En voici le récit ci-dessous, en images et en mots.









REPORTAGE
NOTES DE MON ANCIEN BLOG, SIGNES, dans l’ordre antechronologique :
31 octobre 2008 : Retour sur Tiabet
Toutes les photos de cette note sont de Bernard Billot, alias Papou, auteur-illustrateur d’albums pour enfants, et qui en tant que membre de l’association Livre mon ami m’a accompagnée à Tiabet, Poum, Poindimié.
Je reviens sur Tiabet car j’ai désormais ces photos, plus parlantes que des mots.
L’accueil à l’école avait été chaleureux.

La rencontre avait eu lieu sous des cheveux d’ange :

Ensuite, la directrice de l’école nous a menés vers la maison commune, en face du temple (ici, les tribus sont soit catholiques, soit protestantes, suivant les missions qui y sont venues, mais elles restent, en même temps, fidèles à leur coutume). Là, nous attendait toute la tribu. Et une surprise de taille : la danse d’accueil des jeunes hommes. Nous, et enseignants et élèves étions en face, à assister au spectacle :





Je me souviens du moment de cette dernière photo. Ils sont restés ainsi accroupis de longues secondes, en battant des bras. Soudain l’un d’eux a éclaté de rire en disant : On va là-haut !
Puis par un geste on nous a demandé de suivre les danseurs en approchant de la maison commune. Il a fallu accomplir le geste de la coutume. J’étais un peu perdue : à qui devais-je l’adresser ? Je demande à la directrice de l’école (qui fait partie de la tribu. Seules les deux enseignantes sont de tribus voisines). Elle me désigne le petit chef de la tribu (le grand chef, lui,chapeaute plusieurs tribus d’une région), homme imposant en chemise rouge à fleurs blanches, mais ajoute que ce n’est pas à lui que je dois parler. C’est à l’homme au regard distant à ses côtés : le président de la fédération de parents d’élèves ! Normal, puisque nous représentons l’école. Il parle d’abord. C’est ce qu’on appelle les palabres, auxquels ils accordent beaucoup d’importance. Puis c’est mon tour. J’ai un manou dans les mains (un grand tissu imprimé et plié), dans lequel est inséré un billet de 1000 francs pacifiques.
J’y vais de mon petit palabre également. Lorsque j’ai terminé, le petit chef de la tribu lance un Ouiiiii, en signe d’approbation. Le président de l’APE met la main sur le manou. Chacun alors se détend, le petit chef vient me prendre par l’épaule en disant que je fais partie de la famille !
Puis c’est le festin dont j’ai déjà parlé.
Les enfants, pendant ce temps, jouent :

Au moment de partir, une nouvelle cérémonie a lieu. Un autre geste. Ils me donnent à leur tour un manou. Je leur offre un de mes livres. Ce geste-là semble les toucher, plus que je ne l’aurais cru. Le pasteur m’adresse alors un discours très émouvant. Il explique qu’il est déjà grand-père, que lui, enfant, n’a pas eu la chance d’être porté vers les livres, encore moins la chance de rencontrer un auteur, et qu’il est très touché que je sois venue, pour apporter un peu de cela à ses petits-enfants…

Deuxième semaine
Collège Sacré-Coeur de Bourail : un atelier d’écriture. Je leur ai demandé de se mettre à la place de l’objet de leur choix. Des textes d’une très grande qualité ! Et une jolie métaphore sur la lecture vue comme une maison que l’on construit, ou un skate-board…
Collège de Canala : Un livret sur ce que l’on reproche aux garçons et aux filles ! Et une chanson sur le poulpe et le crabe.
Un article ici : http://www.lnc.nc/articles/article_70535_230880.htm
(ce qu’a voulu dire le journaliste, c’est que je revendiquais le terme écrivaine avec un e pour une femme. Je ne revendique rien pour moi-même, et surtout pas un statut quelconque).
CM2 de La Foa : d’abord je retiens une chorale exceptionnelle…
Ensuite des questions de fond sur le livre qui prouvent qu’un travail conséquent a été fait.
Collège de La Foa : grande originalité dans l’approche. Par exemple un jeu où les prénoms d’un extrait du livre étaient effacés. Deux équipes devaient les retrouver. J’étais l’une des équipes, et ce n’était pas facile !

(à la tribu de Oua Tom, à La Foa)
Ecole Frédéric Surleau : Des saynètes et des questions très pertinentes. Et une belle chanson sur la Nouvelle-Calédonie.
Ecole et Collège de Boulari : les premiers à avoir trouvé la chanson d’Alain Souchon d’où est extraite l’idée des vanilles et des chocolats ! Ils en ont inventé d’autres paroles. Et puis des saynètes très bien trouvées et bien jouées (et merci pour tous vos cadeaux très touchants, que je n’ai eu le temps de découvrir qu’après, complètement émerveillée par les petits mots qui les accompagnaient. merci élèves et enseignants).

Ecole Saint-Michel et Robinson : là aussi, quelle originalité ! D’abord, un portrait chinois, ensuite questions pour un champion avec des questions sur La guerre des vanilles. Belle rigolade (sauf pour un petit garçon, que j’embrasse encore très très fort). Merci à tous.
Collège Sainte-Marie de Païta : un projet théâtre qui, de l’avis-même des élèves, leur a permis de mieux se comprendre et de mieux s’accepter. Des paroles très touchantes là aussi. Et des saynètes formidables.
Collège public de Païta : une jolie boîte à questions, et un buffet dantesque (mais, par magie, disparu en trois secondes…)
Ecole Gustave Lods : des saynètes, une interview, et des paillettes.
Ecole Edmond Desbrosse : une danse wallisienne (j’ai adoré), des acrostiches, des saynètes avec déclaration d’amour, des cadeaux sable et coquillage… Une fin en beauté.
Aujourd’hui, dans les cours de récréation, plein de sorcières et de démons… Bon sang mais c’est bien sûr, avec tout ça j’avais oublié que c’était Halloween !
Et demain, suite du salon du livre francophone du Pacifique, à la salle d’honneur de la mairie de Nouméa (vous pourrez m’y trouver entre 10 et 12 heures).
… Avant de m’envoler…
Et voici le magnifique trophée décerné à La guerre des vanilles. Il représente un livre fougère. En houp, chêne rouge et cuivre brossé, il représente une crosse de fougère déroulant sa spirale vers le ciel, ornée de pages de livre comme un escalier vers la connaissance. Une sorte de « haricot magique » à la calédonienne, a expliqué l’artiste Fred Fichet :

28 octobre 2008 : Paroles
(En tribu)
– Les enfants, si un papa et une maman travaillent le même nombre d’heures à l’extérieur, pensez-vous qu’il est normal que ce soit la maman qui fasse ensuite le plus de ménage à la maison, et s’occupe plus des enfants ?
– OUIIIII ! (les garçons)
– Non ! (quelques filles)
– Pourquoi oui, les garçons ?
– Parce que ce sont elles qui ont fait les enfants ! (les garçons)
– Hé, justement, on devrait un peu se reposer, après ! (les filles)
*******************
– Les Vanilles, que reprochez-vous aux Chocolats ?
– Ils sont brutals. (sic)
– Les Chocolats, que reprochez-vous aux Vanilles ?
– Elles nous répondent.
Un peu la tête qui tourne !
Les roussettes = grosses chauve-souris (ça se mange)
Très beaux chevaux (ça se mange pas)
Cerfs (introduits pas caprice, fléau qui détruit la forêt primaire)
vaches normandes
station d’élevage
Elevage extensif
pins colonaires = clan
odeur de feu = une tribu
Le col des arabes
Le calife de Bourail
poules sultanes
chouchoutes pour christophines
toutoute pour avertir
chambranles pour protéger
manou noué = malheur noué
arbre du malheur garnierite
odeur de soufre balafres de nickel
la maison du mort ciguaterra = gratte
300 virages jusqu’à Canala faré
Bourail = queue de lézard pas de hamac ici mais nattes
Boulouparis = petit Paris James Cook
récif barrière bus (prononcé à l’anglaise)
Alcool interdit de vente le week-end bagnan
Cagou = drôle d’oiseau qui aboie fleur sur l’oreille droite = femme libre (à moins que ce ne soit à gauche ?)
le meilleur du monde… entier ! vert, bleu, rouge
le faux mimosa lagon
le faux tabac biodiversité
le taro espèces endémiques
les tarodières fossiles bougna
cocoteraie lait de coco
terre de violences les John Froom de Vanuatu
le clan Karembeu crabe de palétuvier
terrassements miniers
26 octobre 2008
Première semaine
Ecole Tuband, Nouméa : des musiciens très doués et un travail d’écriture de la suite de La guerre des vanilles, avec illustrations à l’appui.
Collège Tuband : bravo à cette petite lectrice comédienne qui a su interpréter un extrait du livre avec une grande conviction. Message pour cette lectrice, écrivaine également : je suis certaine que tu parviendras à terminer toutes ces histoires que tu as commencé.
Ecole de Tiabet : Les enfants m’ont d’abord accueillie par un chant de leur composition :
Puis ils ont imaginé à quoi je ressemblais et en ont dessiné le portrait (conclusion : en grande majorité il semblerait que j’écrive comme une blonde !). Ils ont aussi créé une saynète dans laquelle ils ont intégré leur recherche concernant toutes les femmes dirigeantes du monde contemporain. Et enfin ils ont fabriqué un grand livre avec leur analyse de La guerre des vanilles, et des questions posées au reste de la classe (ex : pourquoi les filles aiment-elles le rose et le garçon le kaki ?). Cela a provoqué un débat très révélateur, malgré l’extrême timidité de tous ces enfants.
Bref un travail fantastique sur le livre, qui leur a sans doute beaucoup apporté.
Le grand livre des élèves de Tiabet. La couverture est recouverte de feuilles de pandanus tressées.
Puis leurs questions ont été posées en classe.

Collège Poindimié : de belles productions écrites comme la recette pour écrire le livre parfait, ou encore des synopsis d’histoires en devenir, ou bien la représentation qu’ils se font d’un écrivain.
Exemples :
Représentation que nous avons d’un écrivain
Je pense que je connais ce mot depuis le CP. Je le comprends depuis le CE1. Moi l’image que j’ai d’un écrivain, c’est un homme ou une femme agé à peu près de 40 ans avec des lunettes, qui passe des fois des nuits blanches à écrire sur une feuille ou à l’ordinateur, assis sur une chaise, avec un café, à mordre son stylo.
Alexandre
Recette du livre parfait
Pour commencer :
– Rechercher une poudre d’humour et deux oeufs contenant des phrases drôles, et aussi un peu d’humeur.
– Mélanger le tout avec une pincée d’actions, appliquer deux cuillères qui contiennent des péripéties et l’autre des personnages et du suspense.
– Puis saupoudrer ce mélange avec des miettes d’imagination, remplir le moule d’un livre bien frais mais avant de le cuire dans le monde réel, il faut remuer avec un bon stylo de couleur noir, et maintenant faites-le cuire au degré au choix, et tout ça pour l’éternité. Et ensuite refermez-le, avec une crème fraîche de couleurs pétillantes.
(Je n’ai pas le nom de l’auteur de cette fabuleuse recette !).
Ma recette pour écrire un livre parfait
Pour commencer, prenez 500g d’imagination que vous versez dans le livre.
Saupoudrez de deux bonnes cuillères de recherches et d’un bol de savoir-faire.
Bien mélanger.
Mettre le tout en mémoire et laisser mijoter.
Quand l’histoire commence à bien mijoter, vite rajouter 200g de péripéties pour lui donner sa forme et 100g de suspense pour lui donner du goût.
Ajoutez une pincée d’intrigue et une cuillère à café de rebondissements.
Saupoudrez le tout de lettres et de mots, refermez et laissez à 180 degrés dans l’imprimante pendant une heure.
Une fois l’heure écoulée, sortez le livre du four et faites-le déguster chaud au monde entier.
Melynda
Ecole Yvonne Dupont, Nouméa : des saynètes formidables avec un décor très réussi (là encore quel travail !). Et merci pour le chant d’accueil.
Ecole Henriette Gervolino, Nouméa : les élèves ont imaginé et dessiné des couvertures de la guerre des vanilles. Certains talents ne sont plus cachés.
Collège Portes de fer, Nouméa : une énergie, une joie, une ambiance fantastique émanent de ce collège ! Une mixité réussie, qui permet aux enfants de s’enrichir les uns les autres. Leur court-métrage vanilles-chocolats montre tout cela. Un élève a également écrit un sketch sur la violence à l’école, que ses camarades ont joué avec énormément de plaisir, cela s’est vu. Et ce n »est pas tout : un sondage filmé dans l’école, des exposés, c’est merveilleux de voir toute l’énergie créatrice que peut libérer l’opération Livre mon ami…
Une corbeille vanille et chocolat !
Ecole et collège de Maré : merci pour tous vos chants, votre réécriture d’un extrait du livre avec votre vocabulaire à vous, et votre gentillesse….
Le collège de Maré
25 octobre 2008
Aujourd’hui…
J’écris cette note en écoutant l’album de Yenu : We ! Cicango Niagu Komelei (c’est en Nengone, langue vernaculaire de Maré). Je l’ai acheté ce matin à Nouméa. Il est aussi bien que le promettait le « live » d’hier !
Photos du marché de Nouméa :
Puis, expositions superbes au centre culturel Tjibaou, en particulier l’art aborigène, dont je suis de plus en plus fan.
Maintenant, séance architecture, spécialement pour un certain R !
Tout un système permet aux ouvertures et à la structure de se modifier suivant le souffle des alyzées :
Renzo Piano s’est inspiré de la nature, mais aussi des flèches faîtières qui surplombent les cases, afin de les relier au ciel :
Et puis un article sur mon passage à Tiabet ici : http://www.lnc.nc/articles/article_70520_230436.htm
(L’expression « en chair et en os » n’est pas de moi !)
24 octobre 2008
Encore un peu Tiabet, puis Maré
Encore une photo de Tiabet (nord de la grande terre).
Les mamans, après avoir cuisiné un festin de christophines, crabes, poisson, bananes, manioc… continuaient à discuter debout dans la cuisine qu’elles n’ont pas quittée (la cuisine, c’est la baraque en tôle qui est derrière). Elles ont tenu à être prises en photo. J’en ai été très touchée.

Hier, nous étions sur l’île de Maré, l’une des îles Loyauté.
C’est une île toute plate, parcourue de routes toutes droites puisque rien ne les gêne. Un seul point de vue, là où le mouvement tectonique a bouleversé la terre. A cet endroit se trouve Patho, petite commune séparée de la mer par une simple dune de sable. La faille ne se trouvant qu’à 15 km, les risques de tsunami sont grands. Mais nulle trace d’inquiétude chez ces paisibles habitants ! Une alarme a été installée il y a peu, juste au-dessus de l’école, en cas d’alerte.
Notre venue dans l’école a légèrement modifié les horaires des cours. Les enfants ont joué à la bataille d’eau durant toute l’après-midi !
Comme ils avaient lu La guerre des vanilles, ils venaient me dire en riant : c’est les Vanilles contre les Chocolats ! (Grâce à ce titre, on m’a offert beaucoup de gousses de vanille, quelle chance).
Dans la cour, ils peuvent monter jusqu’au portail ouvert, et descendre jusque-là :
Ensuite, Monsieur Clément Waya, conseiller pédagogique nous a fait visiter l’île, ainsi que rencontrer ses artistes.
Parmi eux se trouve un pasteur, écrivain-compositeur. Son nom de scène est Yénu, et ce qu’il fait est génial ! Nous avons eu droit à deux chansons à la guitare. Une très belle voix, de très belles mélodies : il faut que je trouve son album (qui n’est hélas pas diffusé en dehors de la Nouvelle-Calédonie).
Les décorations dans les maisons peuvent aussi être très artistiques. Ici, un rideau fait avec des bouchons de bouteille peints :
On trouve beaucoup de cases comme ceci :
Cela peut être considéré comme une pièce supplémentaire, mais c’est souvent le lieu de vie principal.
Et pour finir aujourd’hui, le magnifique aquarium naturel de Maré :
Autres lieux, autres écoles, je ne vous néglige pas ! Mais ailleurs pas eu le temps de prendre des photos. Je raconterai quand j’aurai le temps.
22 octobre 2008
En métropole il faisait nuit…
Pas le temps de mettre en mots ( il y aurait tant à dire ! ), mais quelques photos.
Commençons par les fantastiques enfants de Tiabet (ils sont tous fantastiques, mais eux j’ai eu le temps de les prendre en photo lors d’une balade). J’aurais aimé mettre ici des photos où on les voit mieux, mais je n’ai pas demandé d’autorisation aux parents pour ce faire, alors… :
Vue de l’avion (petit coucou qui mène dans le nord) :
Et pour clore aujourd’hui, je concède une photo fidèle au rêve paradisiaque (un peu envie de montrer autre chose que ce qu’on voit partout, mais c’est la réalité, c’est beau !). C’était ce matin à Poindimié :
Et un article paru mardi (merci monsieur H. L. !) : http://www.lnc.nc/articles/article_70505_229942.htm
17 octobre 2008
Etre Desdemona
Ave Maria, dans Otello de Verdi. Maria Callas est Desdemona.
Humeur de veille d’un départ.
Il y a un transport joyeux chez Desdemona. Si si.
La jeune pharmacienne
– Bonjour mademoiselle, j’aurais besoin d’un produit anti-moustiques.
– Pour un enfant ?
– Pour moi…
Hésitation, puis je me lance :
– Je vais en Nouvelle-Calédonie.
– OH NON ! C’est pas vrai !
– Si… Je suis désolée !
Faut que j’arrête de m’excuser pour tout et n’importe quoi.
– Nouméa ?
– Oui, et le reste du territoire, et l’île de Maré…
– Oooooh… Vous partez quand ?
– Demain.
– Oh non !
– Si ça peut vous rassurer, c’est pour travailler !
On rit toutes les deux. La jeune pharmacienne m’explique qu’un ami à elle y va aussi, en novembre. Puis elle me donne quelques conseils.
Je suis emplie d’une grande joie intérieure, je me sens forte de ce voyage à venir.
Mais ce moment, ce matin, à la pharmacie, surpasse encore cette joie. Il s’est passé beaucoup de choses dans les regards et les sourires. Une connivence, une empathie forte, un partage.
Celui qui part ouvre un paysage dans l’inconscient des gens qu’il cotoie.
Pendant quelques instants, la jeune pharmacienne et moi étions ensemble sur une plage paradisiaque, prêtes à nous baigner dans une eau transparente. En plein soleil.
Le voyage a commencé.
Pas forcément plus loin pour celle qui part que pour celle qui reste.
16 octobre 2008
Le neutre
Avant de partir aux antipodes, envie de vous faire partager mon bonheur de trouver une voix qui me paraît si juste. Il s’agit encore de Pierrette Fleutiaux, dont je suis en train de lire La saison de mon contentement.
Extrait :
Cette situation est la situation ordinaire de l’écrivain : il est seul dans son travail, toujours seul…
Il, il, il… Ah que me gêne ce « il » qui se veut neutre, représentant de l’universel, et qui est nécessairement masculin dans notre grammaire !
Voyons, reprenons cette dernière phrase avec le féminin pour voir. « Cette situation est la situation ordinaire de l’écrivaine : elle est seule dans son travail, toujours seule ». La différence saute aux yeux : on se demande si c’est parce qu’elle est femme que l’écrivaine est seule – elle n’a donc pas de mari, pas d’amant, la pauvre ! Alors que, dans le premier cas, il est clair que c’est parce qu’il est écrivain que l’homme dont nous parlons est seul.
La généralité pour le « il », le particularisme pour le « elle ». La généralité noble d’un côté, le particularisme dérisoire de l’autre.
Je relève de ce particularisme-là. Que faire ? Plier devant la contrainte de la langue, une langue que je n’ai pas choisie, sur les partis pris de laquelle je n’ai pas pu peser, une langue qui reflète la relégation des femmes dans la catégorie seconde. Comme elles le sont dans la numérotation de la Sécurité sociale : numéro un pour les hommes, numéro deux pour les femmes. Vous souriez ? Ce n’est pas grand-chose, sinon que ce pas grand-chose, ajouté à pas grand-chose, et encore, et encore, et encore… cela finit par faire beaucoup.
L’écrivaine seule dans son bureau à explorer des territoires que nul ne lui a demandé d’explorer, à ouvrir des chemins que nul ne lui a demandé d’ouvrir, seule toujours, sans autre référence que sa propre règle qu’elle se forge au fur et à mesure, se glissant dans des interstices du monde que personne encore n’a nommés, cherchant une langue à travers les failles de la trop vieille langue, cherchant un rythme qu’elle est seule à entendre, dans une certitude que personne ne vient corroborer, qui pourrait tout aussi bien ressembler à de la folie s’il n’y avait l’épreuve du réel par la publication et la rencontre avec des lecteurs, l’écrivaine n’est pas préparer à parler haut et fort.
Il en va de même, bien sûr, pour de nombreux écrivains, d’un sexe comme de l’autre. Il n’empêche que la langue écrite, notre langue commune, a d’abord été la maison des hommes. Elle porte les traces de cette antique appropriation à tous les tournants.
« Le masculin l’emporte sur le féminin ». Comme des milliers d’écoliers et écolières, j’ai sagement répété cette formule, sans me poser la moindre question, c’était l’ordre du monde, cela allait de soi. Pourtant, pourtant…A la maison, mon père devait donc l’emporter sur ma mère et moi réunies ? Non, bien sûr. Et mon petit frère l’emportait-il sur moi ? Certainement pas. Egalité totale entre les enfants, répétaient nos parents. A la maison, dans la vie réelle, la règle de grammaire ne s’appliquait pas, de toute évidence.
Dissonance infime, passée inaperçue de moi, mais rien de l’enfance ne se perd…
…
Mais cette courbure ancienne n’affecte pas seulement les accords de genre. Elle affecte toute une structure de pensée, où le féminin a été pendant des siècles hors jeu.
Il y a longtemps, je me suis heurtée de plein fouet à ce mur secret de la langue. Il me fallait, pour les histoires que j’écrivais alors, un personnage sans qualité ni sexe définis, observant l’étrangeté du monde. Je n’ai pas pu sauter l’obstacle : j’ai fait de mon personnage un « il », parlant au masculin. Une « elle » entraînait aussitôt une masse d’images subliminales, seins, fesses, marmaille, ménage, soucis vulgaires. Et faisait anticiper le mépris de lecteurs goguenards. Je n’ai pas pu. L’universel ne pouvait être au féminin. C’était il y a plus de trente ans. J’étais sous influence, dans une admiration éperdue et péremptoire pour Kafka, pour Beckett. Aujourd’hui mon admiration pour ces auteurs est inentamée, mais mon idée de l’universel a changé. Ils sont eux, je suis moi.
15 octobre 2008
Vérifier

Les photos, depuis toujours, me disent que c’est aussi beau que cela.
Il y fait chaud, il paraît. Ce sera le printemps, il paraît (peut-être un peu frais le soir ?).
Les Kanaks, il paraît.
La coutume, il paraît.
Les requins ?
La gentillesse.
Les couleurs.
Les intensités.
Il paraît.
Il paraît que je dormirai quand vous veillerez, et inversement.
Il paraît que je tiendrai la tête en bas et vous la tête en haut (ou l’inverse ?).
Il paraît que je partirai de Paris le samedi 18 octobre à 15h10. J’arriverai à Nouméa le 20 octobre à 7h20. Mais à Paris, il sera 10 heures de moins.
Il paraît que je vais vieillir de 10 heures d’un seul coup (mais je rajeunirai d’autant quand je reviendrai, enfin il paraît).
Il paraît qu’au lieu de suivre tout bêtement le mouvement de la terre en laissant mes deux pieds bien posés dessus, je vais voler à l’encontre de son mouvement.
Il paraît que je vais voyager durant (alors 7h20 moins 10 heures égale 21h20 du jour d’avant…), intense réflexion, grmblbl… ça fait 18h10 !
Il paraît, tout cela.
Je vous dirai.
Mais ce dont je suis sûre, parce que c’est le présent, ici donc et maintenant, c’est que je suis ravie, excitée, tourneboulée, à l’idée d’un tel voyage, et surtout de rencontrer là-bas des lecteurs qui ont tous lu La guerre des vanilles, dans le cadre de Livre mon ami !
Ca, c’est vraiment renversant.
14 octobre 2008
Helen par Hervé

Helen Levitt – New York, 1959
LES ENFANTS D’HELEN LEVITT
En 1940, à New York, dans les quartiers pauvres, à Harlem, dans la banlieue de Brooklyn, les enfants sont dans la rue. Ils jouent avec trois fois rien, masqués d’un morceau de papier, ils deviennent des gentlemen louches, puis ils se transforment en gangsters et en flics, ils se tuent, ils s’embrassent, ils se contorsionnent, ils se dénudent pour se doucher sous les geysers des lances à incendie, puisqu’une nouvelle loi le leur permet. Ils grimpent aux arbres comme de petits singes accrochés à la vie, ils inventent tous les drames, ils caricaturent les actions des adultes, et une femme est là pour les regarder, à distance, et pour capturer leur génie inconscient.
En 1940, Helen Levitt a vingt-deux ans. Elle vient de découvrir la photo, à travers une exposition de Cartier-Bresson qu’elle n’a pas encore rencontré. « Mon inspiration a été Henri, raconte-t-elle. J’ai vu quelques-unes de ses photographies, dans les années trente, je ne me souviens pas où. A l’époque, je n’avais pas d’ambitions particulières, je venais d’une famille pauvre de la banlieue de Brooklyn, j’avais arrêté mes études, j’étais une drop out. D’abord, je n’ai pas compris ce que je regardais, mais j’ai réalisé l’infini des possibilités. Ses photos m’ont révélé un moyen d’être en vie. Je devais trouver mon propre chemin.

Helen Levitt – New York City, 1973
« J’ai commencé à travailler dans les quartiers pauvres, parce que là les gens vivaient leur vie dans la rue. Dans les quartiers riches, ils s’enferment dans les étages. Et, dans les quartiers d’affaires, ils courent trop vite. Je n’étais pas bonne pour le mouvement, j’étais meilleure pour les choses établies. Je m’asseyais sur les escaliers, je marchais beaucoup, seule, il y avait beaucoup à voir et beaucoup à photographier. Je n’avais pas de relations avec les gens, je restais à distance et je m’évanouissais dès que la photo était prise, vous savez comment travaille Henri.
« Depuis, New York a beaucoup changé. Dans les années quarante, les gens ne voyaient pas l’appareil photo. Maintenant tout le monde est conscient, tout le monde possède un appareil, et c’est très difficile de prendre une photo sans se faire remarquer. Les gens vous disent : « Vous allez mettre la photo dans un magazine, vous allez m’exploiter. » Dans les quartiers pauvres, à cause de la drogue, on vous prend pour un espion de la police. Les gens deviennent agressifs. Il n’y a plus que dans les quartiers d’affaires qu’ils ne remarquent pas l’appareil, ils courent, ils n’ont le temps de rien voir.
« Les adultes sont toujours assis ou debout. Les enfants prennent mille positions. Si j’ai eu cette attraction pour eux, ce n’est pas parce qu’ils sont mignons, comme on dit, mais parce qu’ils ne sont pas statiques. Ils ont des émotions, ils sont imaginatifs, ils jouent, et leurs relations s’inversent constamment dans le jeu, ils se masquent, ils s’assemblent par compositions.»

Walker Evans
Children playing on the street, 1938
Vers la fin des années trente, Helen Levitt va trouver Walker Evans , qui a une trentaine d’années, pour lui montrer ses photographies et lui demander conseil, comme les jeunes photographes viennent maintenant la trouver. « Nous sommes devenus amis, raconte-t-elle, et j’ai passé beaucoup de temps avec lui. Il m’a appris un grand nombre de choses, mais pas spécialement en photographie, il n’était pas un professeur. L’entendre parler d’art ou de littérature à ses amis était déjà une sorte d’instruction, il ne travaillait pas beaucoup ; quand je l’ai connu, la plus grande partie de son œuvre était déjà accomplie.
« Mais je l’ai accompagné quand il a eu l’idée de prendre des photos dans le métro. Nous étions assis l’un à côté de l’autre, et nous feignions de bavarder ; le fil du déclencheur était caché dans sa manche, il le tenait dans sa main et l’appareil pendait autour de son cou, comme une chose inactive. Maintenant, dans le métro, si vous vous asseyez en face de quelqu’un avec un appareil photo, il change aussitôt de place…»
Aujourd’hui, Helen Levitt vit seule dans l’obscurité d’un dernier étage, pas très loin de Washington Square, dans le quartier des antiquaires. Les photos sèchent entre les pinces, prêtes à être envoyées à des collectionneurs. «Autrefois, raconte-t-elle, il n’y avait pas de marché de la photographie, et pas de pression pour ceux qui la pratiquaient. On était content quand on vendait une photo 5 dollars, mais ce n’était pas un moyen de survie.»

Helen Levitt – New York City
Le chat est assoupi sur le canapé, Helen Levitt mange des graines de citrouille pour s’empêcher de fumer, elle n’aime pas parler de photographie, comme elle n’aime pas non plus les galeries de photo, dont elle a repoussé toutes les avances.
Après de nombreuses interruptions, découragée parce qu’on lui avait volé son matériel, ou ne trouvant pas assez d’énergie pour mener de front un travail dans l’industrie cinématographique et la photographie, Helen Levitt s’est remise à prendre des photos, en couleurs, toujours des scènes de rue. Mais cette fois la couleur prend une sorte de signification émotive et humaine, et échappe au graphisme extérieur, au colorisme pur. « J’ai fait en couleurs la même chose qu’en noir et blanc, explique-t-elle, mais la couleur est plus facile. Avec elle on obtient plus de sensualité, elle donne immédiatement un matériel supplémentaire. Il y a certaines photos en couleurs que je ne prendrais pas en noir et blanc. Avec le noir et blanc, on a seulement la forme, le dessin et le sujet. »
Hervé Guibert.
Pierrette Fleutiaux
J’ai lu il y a peu Allons-nous être heureux, qui m’avait déjà pas mal plu.
Mais Les amants imparfaits ! Pierrette Fleutiaux explore un monde sensible dont je me sens proche. Tout me semble juste, au plus près de l’attention qu’elle porte à ses personnages complexes, qu’elle approche avec une finesse extrème entièrement dégagée de tout lieu commun… Envie de, très vite, lire ses autres ouvrages.
13 octobre 2008
C’est l’occasion, n’est-ce pas ?

(Artur Tress)
Dans une autre vie, j’ai été détachée chez les éclaireurs de France. On sentait déjà le vent tourner. C’est fait : gel budgétaire + convention pour la rémunération des détachés non reconduite en 2009. Idem pour La Ligue de l’Enseignement, les Francas, les Céméa, la JPA, l’OCCE, les PEP, la FOEVEN.
Plus qu’une question financière, cet acte remet en cause le partenariat historique entre le ministère et les associations. Ce désengagement programmé confirme une politique éducative quite.
Plus d’informations ici :
http://www.uneecole-votreavenir.org/
12 octobre 2008
Vivre ivre et mourir en rêvant



J’avais adoré In the mood for love, de Wong Kar-Waï. J’ai encore plus aimé Les cendres du temps. Ultra-magnifique…

09 octobre 2008
Aujourd’hui
Aujourd’hui, nous sommes le 9 octobre 2008. Certains jours, les dates sont à souligner. Vous n’êtes pas là.
Parfois je crains que mes mots vous submergent et vous noient. Une vague enroule alors sur moi son désir de m’effacer, afin de vous rendre la parole. Mais une place est vide. Vacante, puisque vous ne l’occupez pas. Je la prends. Oui, je prends, est-ce cela que vous vouliez dire, je prends les pages blanches, toutes celles qui ne sont pas encore écrites de votre main, et je les remplis de signes noirs. Que cela ne vous étouffe pas. Si vous aussi, vous vous mettez à contempler une chaise inoccupée, chaque jour, durant de longues heures, si vous regardez la pluie tomber et le ciel blanchir, si vous posez à chaque repas devant elle une assiette remplie dont vous ne verrez jamais le fond, vous aussi, un jour, vous finirez par vous y asseoir. Cela n’enlève rien à personne, car les chaises peuvent se multiplier mieux que les petits pains bibliques, et la table s’allonger à l’infini. C’est cela l’écriture, c’est s’asseoir à la place des absents, non pas pour leur écrire, mais pour écrire à leur absence.
Aujourd’hui 9 octobre, la page de mon éphéméride artistique montre une roche plongée dans la mer. Un pêcheur à chemise rouge. Une voile blanche. Le ciel en camaïeu de bleu.
Aujourd’hui 9 octobre, peut-on encore occulter le réel, même ici, surtout ici ? J’en suis si retirée qu’il me saute aux yeux. J’y plonge sans avoir à le tâter du bout des pieds. Je lis que les bourses asiatiques restent calmes. Je lis l’impuissance des banques centrales. Je lis l’assureur AIG à peine renfloué déjà à sec. Je lis un monde qui s’écroule. Certains : on veut nous faire peur. D’autres : c’est la crise.
Peu importe : il pleut.
Vous vous taisez toujours, absorbés par vos tâches quotidiennes. Vous travaillez, vous vous occupez de vos enfants. Je vous croise le matin, votre sourire est toujours large et me réchauffe le coeur. Vos enfants portent des parapluies de toutes les couleurs. Ils pleurent dans les bras des maîtresses. Vous vous inscrivez pour le goûter de la semaine prochaine. Vous assurez que vous pourrez accompagner la classe à la prochaine sortie. Vous invitez une amie samedi soir. Vous vous demandez ce que vous allez lui cuisiner.
Chacun va et vient, avec dans son coeur une bravoure qui palpite. Bah, on verra bien, que peut-on faire de toute façon ? Continuons comme d’habitude.
La pluie tombe sur nos têtes, y rebondit, indifférente et docile. Elle se laisse balayer par la main d’un enfant sur sa joue, confondue avec une larme. Tu m’as perdue est une phrase que j’entends. Plusieurs sens possibles, et tous sont bons. Trop de pluie est tombée, sur trop de montagnes puis trop de déserts. Errante et découragée : perdue, cette petite fille qui cherchait simplement un lieu où aimer. Devant l’école, elle cherche une main à saisir, mais les poings sont serrés. Ceux qui sont ouverts ne l’attirent pas, pas ceux-là. Prête à pleurer, elle trouve le chemin de sa classe, rassurée. Elle sait qu’à la fin de la journée, ici, celui qui l’a perdue saura la retrouver… Si celui qui l’a perdue n’est pas perdu lui-même, s’il ne se met pas à son tour à errer sous la pluie, ou à endosser une chemise rouge puis s’abîmer dans la contemplation d’une eau bleue, sous le prétexte de pêcher.
Les hommes pêchent, les petites filles se consolent avec des murs et des cailloux, ainsi est fait ce monde qui s’écroule. Les murs resteront, vous savez, ce sont les mers qui dégringoleront.
Sur les murs : suivez-moi ou fichez-moi la paix, voilà tout, dit l’araignée qui tisse sa toile et perçoit soudain des formes signifiantes sur ses fils. Laissez-moi finir mon deuil, dit la veuve noire, ne me dérangez pas. Si vous frappez sur mes fils, c’est pour m’emmener loin, comprenez-vous. Sinon taisez-vous. Laissez-moi seule avec mes fils, mes signes, votre absence. La veuve noire tournera son regard d’araignée vers vous : je préfère l’absence au mutisme, comprenez-vous, c’est plus prévisible. Je peux chérir l’absence, le mutisme me tue. C’est ainsi que je peux tisser, lorsque je peux prévoir la vacuité de mes journées, lorsque je peux compter mes deuils, alors disparaissez sinon ce sera moi.
Le ciel est blanc derrière les cheminées et les antennes. Les tuiles dorment, sagement alignées. En bas la rue est calme, la pluie l’a colonisée.
08 octobre 2008
Je pense donc je ne suis pas – Fernando Pessoa
Etre atopia, atopon.
Littéralement « en-dehors du lieu ».
Se tenir en retrait de l’ordre du monde afin de l’interroger.
Ne signifie pas immobilité.
Bouleversement. Chavirement. Musique. Regards. Sourires.
Prendre bateau.
………………….un
……………………………………………………………………………………………Le large.
T p
…………………m ê
……….e t
…………………………………e s
Par-dessus b b b b bord.
Suff ff fff ffff oc oc oc oquer.
Faire la planche la planche la planche la planche la planche (platttte)
………………………………………………………………………………………….Dériver. Ver. Ver.
Toucher TERRE
Brûler au
/
— soleil —
/
é-pui-sé
Cloques cloc cloc
(Patacloc tant qu’on y est)
Aveugle
A a
………………………………………………a a
…………………………………………………………………a
…………………………………………………………………………………..a
Aaaaaah mais oui
Bonjour….
?
Vendredi ? (Est-ce bien vous Vendredi ?)
Quelqu’un à qui sourire encore
?
Oublier soi
Ecouter
Les yeux ouverts
Sur une île au centre
(Les embruns sont salés)
Pardonnez-nous nos offenses
Ah la colère, c’est sans doute pas très sain la colère, c’est un échauffement de la bile, quoi, une réaction secondaire à un manque, une frustration, une blessure. Pas loin de la passion, la colère, pas bon pas bon ça madame.
Allons allons tentons la colère saine, celle qui ne renie personne, juste une forme d’expression licite contre l’injustice et l’indignation.
Je suis en colère.
Ah le krach, comme on est surpris, ça alors, certains auraient abusé ? Quoi donc, comment ça, l’individualisme forcené dans la course au profit, ça va forcément au casse-pipe ? Pour qui ? Quoi, pas pour ceux qui en ont profité ? Qui donc ? Ceux-là, toujours les mêmes ? Ah bon, les plus pauvres, les plus faibles ? Mais ne changeons rien, les zamis, prenons leur ce qu’ils ont épargné, tenez le Livret A par exemple, pour sauver ces riches qui ne pensent jamais à eux. Ben quoi, la logique, on ne change pas, n’a-t-on pas toujours fait comme cela ? Ca a marché assez longtemps, finalement, on a réussi à profiter des cocotiers fiscaux après tout ? Qui on ? Ben nous, nous qui pouvons parler, qui avons la parole depuis des lustres. Fichez-nous la paix. Voire sauvez-nous.
Ah, saine colère, qui enfle depuis si longtemps, et peut ENFIN exploser avec vous tous, on a le droit puisque vous aussi maintenant vous êtes dans la panade. On a le droit d’en parler, de cette crise puisque vous la vivez aussi maintenant, crise, quoi ? Mais merde de merde (c’est ça la colère, on n’est plus très polis pour finir), ça signifie quoi la crise ? Ca signifie quoi pour ceux qui se sont défenestrés lors de descentes de police pour qu’on les ramène dans un pays qu’ils ne connaissaient pas ? De préférence sans leurs enfants. Ou ce sont les enfants qu’on prend sans leurs parents. Ca signifie quoi pour ceux qui pourrissent dans les prisons, ça signifie quoi pour ceux qui depuis longtemps ne peuvent plus se loger, se nourrir ?
Crise ? Quel mot étrange.
Mais parle-t-on pour autant plus d’eux, ces gens-là, qui connaissent la crise depuis si longtemps que le mot n’a plus de sens ? Que nenni.
COLERE, bon sang de bois (voyez je me maîtrise, quand même), quand un journal censé être de gauche, Libé allez on les dénonce, tant qu’à faire c’est dans l’air du temps, invite « 17 intellectuels et artistes » pour parler du krach. Je m’y suis jetée. Enfin de l’air ? Enfin un autre discours ?
J’aurais dû me méfier : parmi ces 17 intellectuels, seulement 4 femmes et un noir (non pas de femme noire, faut pas exagérer non plus). Ca fait 13 mâles blancs race dominante pour parler de la crise. Surprise ? Ben non pauvre idiote (la colère tournée contre soi-même, ça fait moins de dégâts), pas de surprise ma belle, rien de neuf sous le soleil. Bah quelques saillies de ci de là tout de même, faut tenir son rang de gauche. Mais à part ça, néant.
Solitude.
Et dans la rue toujours pas d’autodafé. On n’a qu’à attendre avec les 13 mâles blancs, bras croisés, ça viendra.
(Et allez voir par là, ou comment étouffer les scandales, ceux qui couvent depuis longtemps : http://placeauxdroits.net/petition2/?petition=5)
07 octobre 2008
SRUOCES ED EUSSI

(Jean Boccacino)
03 octobre 2008
Demain, Mouans-Sartoux
Demain, je serai, l’après-midi, au salon du livre de Mouans-Sartoux, au stand des éditions Talents Hauts.
(Ce genre d’annonces me paraît cependant déconnecté du monde. Sentiment assez constant depuis assez longtemps, mais de plus en plus, de plus en plus. Envie de… Mais impuissance…)
Cela peut être une forme de résistance, les livres, en écrire, en lire. J’y crois plus que le reste, à vrai dire (hier par exemple, débat de fond d’une très grande qualité littéraire avec les CM1 de Vauvert, à propos du Lézard de l’Alcazar. Grand espoir dans l’intelligence et le pouvoir de réflexion des gamins).
Donc demain, à Mouans-Sartoux, je vous présenterai Ma mère est maire.
Et lorsque dehors le monde se défait, rien de plus reposant que de contempler ce qui se défait en dedans :




01 octobre 2008
Volutes
Le vent court et arrive de loin, caressant cornes et crinières, soulevant poussière, terre, pétioles et sarments de vendanges, en volutes vangoghiennes annoncé par le bruissement des bambous et le murmure des feuilles. Il souffle la mémoire de chaque histoire rêvée, écrite, conçue, lue ou éditée dans la maison jaune aux volets bleu turquoise.
C’est ce bruissement, ce murmure, que j’entendrai lorsque je repenserai à ce trop court séjour à La Laune, lieu-dit de Vauvert.
Demain, je m’en vais. Je penserai longtemps à ce séjour camarguais. J’ai découvert le charme des manades, et des regards habitués à se porter loin. Grande incompréhension, étrange et dense, devant les discussions enflammées d’aficionados de corridas. Lectures taurines à la féria de Nîmes. Loin, loin, loin de cet univers mais sourires derrière les verres de vin, que je voyais alors comme sang.
Rencontres. Simplicité.
Et ce voyage loin de tout, peut-être même de moi. La distance permet tant de liberté. La création, pour commencer. Sérénité de se sentir nulle part, avec personne. L’histoire est venue, après les choix faits, et la voix entendue. Mon personnage a trouvé sa voix en moi, je l’ai incarnée. Elle a parlé.
C’est terminé.
Elle continue de parler en moi, tout le temps.
Les phrases roulent dans mon esprit comme le vent.
J’espère qu’elles vont vous parvenir.