Sauvegarde de mon ancien blog sur Hautetfort, Signes
31 août 2009
Livre mon ami
C’était en octobre dernier. Cela paraît à la fois si loin et si proche ! Mon fabuleux voyage en Nouvelle-Calédonie, pour mon livre La guerre des vanilles… (qui risque bien d’être réédité, en tout cas je croise les doigts).
Cette année, c’est Marie-Aude Murail avec son ouvrage 22 ! qui a été plébiscitée par les 9 310 élèves inscrits (CM2 et 6ième), dans le cadre du prix Livre mon ami.
Je l’ai lu, et il est effectivement très bien ce petit roman, très intelligent. Il m’a fait penser à Matin Brun de Frank Pavloff, mais pour les plus jeunes.
30 août 2009
Oui… Entrez… Je n’ai pas eu le temps de m’apprêter mais… Entrez donc…

Le portrait de Sonya Knips : un Klimt inhabituel, qui, derrière le conventionnel du portrait de commande, la posture faussement spontanée, a réussi à placer des audaces émouvantes. Déjà les fleurs qu’il osera ensuite poser directement dans la chevelure, composition en diagonale, sombre profondeur derrière les froufrous roses, et une sensualité pas encore libérée… Frémissante.
Littérature comparée
Après l’adolescence vue pas Gus Van Sant, nécessité de se frotter à une réalité (?) plus heureuse. Aussi je n’ai pas honte de déclarer que je viens de finir un bouquin dont le titre est Entre mes nungas-nungas mon coeur balance. Si.
C’est le 3ième tome d’une série de plein, écrite par Louise Rennison, qui écrivit des one-woman show, et cela se sent. Il s’agit du journal de Georgia Nicolson, 15 ans, le modèle type de l’adolescente à claquer. Très très réticente au début par la bêtise de l’ensemble (non, c’est édité chez Gallimard, ce truc ?), j’ai finalement été happée par l’humour, la dérision, et un sens du ridicule avoué. Même, je n’ai pas pu réprimer quelques éclats de rire. Pour finir, j’ai fermé le bouquin en me disant qu’il était très bon, dans son genre. On finit par s’attacher à cette ado dont le portrait, sous une grossièreté apparente, est très finement brossé. Une vision de l’adolescence à ne pas négliger.
Je lis maintenant un autre gros succès : Quatre filles et un jean, de Ann Brashares.
De facture beaucoup plus classique, je suis plus ou moins en train de m’ennuyer, après la causticité de Georgia Nicolson. Pour l’instant c’est plein de bons sentiments mielleux, mais enfin je vais persister. Ce qui m’intéresse : le lien de l’objet jean, et aussi comment l’auteure s’y prend pour passer d’une héroïne à une autre sans perdre le jeune lecteur. Pas évident, à mon sens.
Chez les auteurs français, dans le même style on a Bac and Love de Sylvaine Jaoui (très sympathique, par ailleurs, je l’ai croisée à 2 salons du livre). Déroutant car tout en dialogues, exactement comme un scénario de série télévisée. Mais très prenant également.
Le parti pris de ces séries est de jouer sur la corde sentimentalo-amoureuse. C’est agréable à lire, parce que c’est mâtiné de plein d’autres choses intéressantes bien que la communication n’insiste hélas pas sur celles-ci. Mais c’est dérangeant, car cela véhicule chez une population en construction d’identité, et principalement chez les filles, une idée de la vie et surtout de l’amour très stéréotypée. Comme ce sont par ailleurs des romans de qualité, cela m’interroge beaucoup.
Ajout : fini de lire Quatre filles et un jean. Beaucoup plus intelligent et profond qu’il n’y paraît. Pas mal du tout, en fin de compte.
22 août 2009
Dialogue


Photographies de Chaim Kanner (Blanche et noire est la rue – Marseille, 1976), et de Hugues de Wurstemberger
21 août 2009
Paranoïd cinoche

J’ai enfin vu Paranoïd Park, de Gus Van Sant. Je sais, j’y ai mis le temps.
Mon grave problème cinématographique est que les scènes dites choquantes me choquent vraiment. Aussi, la scène du crime involontaire, d’autant qu’elle est amenée de main de maître, me hantera longtemps. Mais ça y est on est grande, n’est-ce pas, et c’est le prix à payer pour visualiser des chefs d’oeuvre et plonger dans des univers forts.
Plongée est le mot.
Pour commencer, l’univers adolescent me touche beaucoup, et je n’ai pas fini, loin de là, de m’y intéresser. Aussi, c’est avec bienveillance que je me suis coulée dans la vision de cet ado comme tant d’autres, si ce n’est ce « truc qui lui est tombé dessus ».
On ne se doute de rien. Ce détachement, cette distance nous font abandonner toute résistance. On se croit soi-même à distance. C’est sous-estimer les plans, cadrages, la photographie (la même que pour Wong Kar WaÏ), musiques décalées, hypnotisantes, longs plans séquence, alignement de portes de longs couloirs de lycée, immenses champs d’herbes hautes, et bien entendu tunnels sans fin de skating, perspectives infinies dans un univers mental qui ne cesse de lutter contre la finitude, lutte et paradoxe à mon sens typiquement adolescents, puis pathologiquement adultes, qui nous enveloppent, nous portent, nous enlèvent. C’est ni plus ni moins du kidnapping de spectateur. Un ravissement, au sens propre.
Difficile de s’en remettre, on ne peut s’empêcher d’emporter avec soi une bonne partie du malaise : mais quel est le crime que l’on aurait soi-même commis et que l’on se serait forcé à oublier ? Quelle partie du monde tâchons-nous de cacher ? Dans quelle autre vit-on réellement ? On finit par être persuadé que quelque chose, une image, un article de presse, les informations, nous rappelleront tôt ou tard à une autre réalité invivable. Impression qui dure longtemps.
Et cette réalité invivable, n’existe-t-elle pas pour chacun de nous ? Qu’est-ce qui nous fait sans cesse oublier les maux du monde, les guerres même pas si lointaines -références incessantes à la guerre en Irak- ?
…
Mais subsitera plus longtemps encore le ravissement.
Et donc une mise en abyme : ravis dans un univers dont on nous a fait douter, dans un doux désordre. Ravis deux fois.
Trois fois, si vous voulez.

19 août 2009
Pierre Bonnard suivant l’heure


12 août 2009
Le bonheur qui va avec



(Photographies de Romy Finke)
10 août 2009
L’ange oublieux

C’est le plus doux de la série des anges que Paul Klee dessina à l’aube de sa vie.
Il y a aussi l’ange déluré, l’ange vigilant, l’antichambre des anges…



L’ange oublieux, lui, porte cet air de grave innocence
semble attendre et oublier
oublier et attendre
Sourire
Infinie conscience de finitude
Mains jointes ailes portées
danse des fleurs affirmées
Peut-être qu’il murmure un chant léger.
Je hais Francis Drake
J’aime les titres sybillins. Parfois des envies de cabotinage. Pourvu que ça ne dure pas. Je précise cependant pour éviter tout malentendu avec un homonyme éventuellement lecteur de ce blog désert seulement en apparence que ce Francis Drake est mort depuis très longtemps. Ce pirate.
Désert disais-je. Ainsi se vit le mois d’août. Un trou dans l’année. Pourtant aucune vacuité pour l’auguste mois de cette neuvième année du deuxième millénaire ; quelque chose a lieu. Dans la chaleur languide les courants se meuvent lentement mais assurément. Quelque chose se prépare. Avec Francis Drake je me mets à débusquer les poses faciles, les émotions empruntées, l’érotisme de superficie (étroite). A vrai dire, je préfère mon pirate. Il me rend malade, vraiment malade, mais au moins a-t-il inspiré Ernest Hemingway. Et parfois faut-il être malade pour être vivante. Comment sinon appréhender les profondeurs du poisson ?
J’avoue, cela m’a plu de retrouver Francis Drake. Je l’avais connu dans un continent où j’ai vu des gens qu’il avait rendu aveugles à force de le cotoyer. Ou fous. Les deux parfois. Une légende en somme. Semant la mort dans la vie, à moins que ce ne soit l’inverse. Ainsi son essence. Ainsi son attrait, qui y a posé mes lèvres à nouveau. Encore un voyage d’été.
08 août 2009
Le petit nuage rose

Un jour passe un petit nuage rose face à soi.
C’est un jour où nous le voyons.
Où notre âme paisible peut s’ouvrir à son voyage.
Perdus dans l’idée du nuage rose, nuage rose soi-même, soudain…
Nous prenons conscience de la foule que nous sommes.

Cigarette ?
Casquette ou chapeau ?
N’oublions pas, n’est-ce pas que nous pouvons aussi être femme.
Si si.
Ridée, tant mieux si c’est avec fleurettes et camée. Le regard doux dans l’ombre.

Avant d’acquérir celui acéré du pêcheur le dimanche.

Les soirées seraient alors longues et absinthées… Ocres et dures.

Pendant lesquelles on se rêverait encore -rêve imbriqué dans un rêve- tout autre.
Nu.

A peine voilé.
Alors seulement pourrions-nous nous couler dans la peau d’un fou à l’extrait ordinaire.
Tendre pour l’humanité des médiocres. Médiocre soi-même (comment savoir ?)
A la fois victime, crime et criminel.
Amoureux, amour et aimé.
Homme, femme, enfant.
Je n’aurait aucun sens.
Et pourtant nous serions là.

(Frédéric Bazille, Marc Riboud, Saul Leiter, Picasso, Tom Sandberg)