Sauvegarde de mon ancien blog sur hautetfort, Signes.
28 février 2010
L’étoile d’Elnakin
Recevoir les exemplaires du premier tome de L’étoile d’Elnakin m’a procuré une sensation d’étrangeté. Sans doute parce que je bascule dans un autre genre, purement imaginaire.
J’ose enfin ouvrir le livre, en parcourir les pages, et retrouver mon texte. Et je peux enfin en parler.
Pour imaginer cette trilogie, il a fallu d’abord inventer les mondes. Je désirais absolument donner l’idée de mondes qui s’ouvrent, d’un univers de plus en plus grand, pourtant sur la même planète (ceci est important), de terres toujours nouvelles à explorer, peuplées d’espèces aux moeurs à découvrir. Chaque ouverture vers un autre monde, je la voulais liquide ; les lignes se superposent, disparaissent pour en faire apparaître de nouvelles. Et chaque monde est géométrique. Le premier, étriqué, est fait de bulles. Au départ, le premier tome devait s’appeler L’ère des bulles. J’avais en effet été séduite par le titre du livre du philosphe Pieter Sloterdijk : Bulles. Je ne l’ai pas lu en entier, ce livre ! Mais je l’ai parcouru. Et l’idée des bulles est née de cette lecture en diagonale (j’avoue). Le second monde, je ne peux pas en parler car on le découvrira dans le tome 2 ! Mais je peux dire qu’il est ligneux, plutôt vertical. Quant au dernier, j’ai très hâte de le faire vivre (il est encore à écrire), mais je peux vous révéler sans trop de surprise qu’il sera horizontal.
Ensuite j’avais en tête, constamment, la carte que j’avais dessinée, et que Jean-Louis Thouard a reproduite en première page. C’est celle du premier monde. Au fur et à mesure de l’écriture, se dessinait en pensée le reste du monde qui s’ouvrira, on le verra. Cette carte, dans ma tête, était plutôt vue tridimensionnellement, parce que les choses sont loin de ne se passer qu’au sol. Dans le second tome on trouvera d’immenses souterrains. Mais j’avais surtout très envie d’explorer les airs. Très influencée en cela par les oeuvres de Miyazaki, en particulier ce que je considère comme un chef d’oeuvre : Nausicaa (aussi bien la BD que le dessin animé). L’aspect « naturel » est représenté par les esprits de la forêt, comme il y en a dans cette oeuvre, ainsi que dans Princesse Mononoké.
Je pense avoir été influencée aussi par ma lecture de A la croisée des mondes, de Philip Pulman, dont j’ai adoré tous les tomes. Beaucoup d’autres influences inconscientes, sans doute. Dans le domaine SF, registre que je me suis amusée à emprunter, j’ai tellement aimé Dune (j’entends d’ici les puristes : argh, Dune, c’est pas de la SF !) ou bien quelques histoires de Philip K. Dick (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Souvenirs à vendre, Rapport minoritaire…) qu’il en est sans doute resté quelque chose. Et puis des idées qui circulent, sont reprises, intégrées, ou bien dans l’air du temps. Par exemple, une éditrice m’a dit avoir reconnu l’influence d’un auteur que je n’ai jamais lu !
Pour l’histoire proprement dite, j’ai avancé d’images fortes en images fortes. Des scènes que j’avais envie de décrire m’ont dicté toute l’histoire, qui se révèle être l’aventure initiatique de deux jeunes soeurs qui explorent différents systèmes sociaux peu satisfaisants. Si le monde s’ouvre, c’est pour permettre de trouver des solutions, malgré les conflits dus à la soif de pouvoir de certains humains. Trois entités doivent apprendre à vivre ensemble : les animaux (la nature), les hommes, et le produit de leurs technologies. La responsabilité des hommes est immense et difficile, car ils doivent gérer leur passé, ainsi que leur peur de l’inconnu.
Dans le premier tome, la révolte du dragon illustre la révolte d’un ordre naturel bousculé. J’avais très envie de décrire cette révolte du dragon ! J’ai écrit tout le premier tome dans l’attente de ce moment fort.
Et puis, sont présents, pour la création des personnages, des fantasmes de contes de fées. Morgane et Louna sont chacune à leur façon des Alice aux pays des merveilles qui ne cessent de traverser des miroirs. Maseigneure Stuc est un mélange de Belle au bois dormant et d’une belle-mère sorcière. Koder, bizarrement car il n’en reste pas grand-chose, est très clairement, dans mon esprit, inspiré du Capitaine Crochet ! Quant au dragon, il aurait pu sortir d’un conte que lit Maseigneure Stuc. Les contes, ce sont aussi les tenants d’une mémoire humaine, que dans le premier monde on veut oublier, et qui ressurgit malgré la volonté de l’effacer.
Et enfin, l’étoile : elle est accrochée dans le ciel, elle n’est visible que la nuit, et elle représente l’idée d’une filiation sombre et lumineuse tout à la fois. En tout cas, elle montre le chemin.
27 février 2010
Les gens

(Jackson Pollock)
Mais quelle place occupes-tu ? Quel est ton rôle ? J’ai le sentiment que tu ne te sens pas bien. Je pense que tu préfèrerais ceci. Ou encore cela. Tes ambitions sont telles. Je connais tes désillusions. Pourquoi ne tentes-tu pas cela ? Pourquoi fais-tu ceci ? Je te vois comme ça. Je te verrais tellement bien comme ci. Tu cherches quoi ? Es-tu heureuse ? Que fais-tu ? Pourquoi le fais-tu ? Ne te trompes-tu pas ? Le bonheur est-il là ? Ils disent qu’il est ailleurs. Implique-toi. Sois concernée. Viens avec nous. Rejoins-nous. Pas avec eux. Où vas-tu ? Où ne vas-tu pas ? Je t’attends. Attends-moi. Ne reste pas seule. Fais ceci. Fais cela. Réponds. Ne dis rien. Expose-toi. Ecarte-toi. Utilise ton nom. Nomme-toi. Qui es-tu ?
26 février 2010
Sur la dune, choisir la direction de sa promenade

Après de longs mois coincé entre les gouttes des nuages, il se dilua peu à peu dans le bleu infini du ciel. L’espoir qu’une saison soit plus favorable que la précédente à sa matérialisation en tant qu’homme là et bien là, homme désirant du présent, s’évanouit avec le déroulement du temps. L’été n’arrangera rien à l’affaire, aussi peu que l’hiver ou les saisons intermédiaires. N’est-ce pas le premier jour du printemps pour d’autres pays ? Peu importe. Inutile de scruter encore le ciel, mieux vaut faire volte-face pour avancer, descendre la dune vers vous qui êtes là et attendez aussi. Nuages et ciel dans le dos continuent leur course ou l’étalement de leurs aplats : le vent les gouverne facilement, ils se laissent faire, n’attendent rien. Pas un regret, pas un pincement de coeur chez ceux qui ne connaissent pas le nom des femmes, des hommes, ni la couleur de leurs sentiments. Ils ne font que se laisser traverser par leurs désirs, aussi bien que par la graine des fleurs envolée, où elle germera loin d’eux.
(Tableau de John Singer Sargent)
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Les efforts du » Rassemblement pour la Défense de la Famille Omérovic » (et d’autres entités impliquées) n’ont pas abouti. Rappelons : cinq enfants. Peut-on imaginer ce qu’ils imaginent en ce moment ? Est-ce imaginable ? Quels citoyens, quel que soit le pays, deviendront-ils ?
21 février 2010
Du Crac au Miam
Je parle d’abord du MIAM (Musée International d’Art Modeste) de Sète, dont l’expo sur le textile était tout simplement drôle, décalée, gentiment provocante, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Juste grande frayeur lorsque j’ai reconnu le tableau d’un canevas brodé représentant une danseuse très très familière, avec le même cadre doré et tout : grand dieu, je crois que c’était très exactement celle qui tronait dans le salon de chez nous. Je crois même que c’était celle-là, l’unique : brodée par maman ! Ce genre-là, vous voyez :

Ca ne vous rappelle pas votre enfance ? Non ? Mince. (Petit moment de solitude).
Allo, maman, as-tu bazardé la jolie danseuse brodée que tu aimais tant ? Oui. Quelqu’un a dû l’acheter aux puces. Oui. Elle est accrochée dans un musée. Oui. A côté de chiens, d’un portrait de Johnny Halliday, des glaneuses, et de femmes nues langoureusement drapées. Oui. C’est pour se moquer ? Mais non, maman. Tu es exposée dans un musée !
Au CRAC (Centre Régional d’Art Contemporain) de Sète, beaucoup aimé le travail de Florence Paradéis.
Des collages, des vidéos.

Mais surtout des photos :


Grand coup de coeur pour la série de scènes d’enfermement dans la cellule familale. Scènes trop figées pour être vraies. De quoi devenir claustrophobe sans y croire vraiment. C’était tellement bien caricaturalement vu que, pour ma part, j’ai beaucoup ri.
Comme une vision lucide de la déviance dans les intérieurs, face au bonheur social qu’on nous propose.
19 février 2010
A nos rêves – le rêve des anneaux

Photographie prise par la sonde Voyager 2, le 25 août 1981.
18 février 2010
La culture comme bord – le bord en corps – le texte-tissu
Le plaisir du texte : Merveilleux petit essai, qui tourne autour de l’indicible : Barthes a réussi à créer de la jouissance en ne parvenant pas à en parler.
Fragments :
Le plaisir du texte est semblable à cet instant intenable, impossible, purement romanesque, que le libertin goûte au terme d’une machination hardie, faisant couper la corde qui le pend, au moment où il jouit.
Le bord subversif peut paraître privilégié parce qu’il est celui de la violence ; mais ce n’est pas la violence qui impressionne le plaisir ; la destruction ne l’intéresse pas ; ce qu’il veut, c’est le lieu d’une perte, c’est la faille, la coupure, la déflation, le fading qui saisit le sujet au coeur de la jouissance.
Le stéréotype, c’est cette impossibilité nauséeuse de mourir.
A moins que, pour certains pervers, la phrase ne soit un corps ?
… jeter, pour ainsi dire, le corps anonyme de l’acteur dans mon oreille : ça granule, ça grésille, ça caresse, ça rape, ça coupe : ça jouit.
Pas de chaises vides à la rentrée
Cinq enfants bosniaques, dont un né en France, risquent fort de ne plus occuper leur place en classe, après les vacances de février (détails de leur situation et pétition Resf).
Comme d’autres auteurs jeunesse, j’ai envoyé, pour qu’elle le remette à l’un de ces enfants, un de mes livres à la préfète de l’Eure (Ma mère est maire – hélas je n’ai pas encore écrit Ma mère est préfète).
Encore une action vaine ? Impression d’une fuite en arrière sous forme de rouleau compresseur. Impuissance ou indifférence des gens…
14 février 2010
Nous allons bien ensemble

(Kandinsky)
Il a développé un jour – à moins que ce ne fut une nuit – une jolie théorie des âmes comme des planètes.
Gravitons. Il n’y a plus qu’à choisir sa couleur, et profiter du bonheur.
L’art, l’amour



Emotions esthétiques inattendues en visionnant le documentaire, sur Arte, concernant le film de Fritz Lang, Metropolis, de 1927. Il faut que je voie ce film en entier. C’est comme tomber en amour. Ca galvanise. Ca inspire. Mais contrairement à l’amour qu’on a juste envie de vivre, dans le cas d’une oeuvre d’art, cela donne le désir de créer, ainsi qu’une idée d’un bonheur plus juste (allo, Proust ?).
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Ah la souffrance nouvelle lorsque l’être aimé profère soudain une énormité ou fait preuve de bassesse ! Le véritable amour, alors, est de lui accorder le bénéfice de l’humanité.
Et, mais oui, de l’en aimer davantage.
(Soyons lucide : notre vigilance – hélas !- a été et sera à son tour distraitement relâchée pour se vautrer dans un épisode de veule médiocrité.)
12 février 2010
Préparez-vous !
Sortie dans trois jours ! (le 15 février) (Oui, bon, pas la peine de faire déjà la queue devant les librairies… Mais quand même, faut peut-être prévoir de camper devant dès dimanche soir ;-)) J’ai reçu les exemplaires hier et j’en suis très contente. C’est du beau boulot d’édition, de qualité. Je suis heureuse d’avoir trouvé dans Oskar une maison d’édition intelligente, respectueuse du sens du texte, où je me sens bien. Les illustrations de couverture me plaisent beaucoup (le dragon est si effrayant que, bon sang, je me demande duquel de mes cauchemars il est sorti).
Le dragon du fleuve (Trilogie « L’Étoile d’Elnakin » Tome 1)
Illustration de Jean-Louis Thouard
Le pays de Panvor, sous le règne de la dynastie Stuc, est confiné dans les limites de son territoire. Privés de l’enseignement du passé, sans racines ni connaissances, les habitants de Panvor se préservent de tout : sentiments, douleur, culpabilité… Faune et flore sont cantonnés dans la Réserve, par peur d’une improbable contamination. Le gène de l’esprit critique a été découvert et supprimé chez la plupart des bébés. Pour assurer une fausse paix sociale, le gouvernement ne recule devant aucun moyen, si discutable soit-il. Mais deux enfants, Morgane et sa soeur Louna, vont, grâce à leurs étranges pouvoirs, bouleverser cet équilibre fragile et menteur…
Et puis réédition de :
Vanilles et Chocolats
Illustration de Lucie Albon
Julia est en CM2. Dans sa classe : seize filles, seize garçons, une entente parfaite. Jusqu’à l’arrivée d’un nouvel élève : Bruno le macho… Révoltée par la manière dont il traite les filles, Julia lance la classe dans une guerre sans merci entre les filles à la Vanille et les garçons au Chocolat…
Extrait : Bruno est resté dans sa chambre. Nous autres, on se sent des moins que rien. Voici donc comment prend fin une guerre. Ce n’est pas lorsqu’un des camps a gagné, mais lorsqu’il a frappé si fort que le dommage ne pourra jamais être réparé. Pire, il laissera des traces de douleur indélébiles. Pas de gagnants là-dedans.
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Ceci est la 444ième note de ce blog. Juste envie d’admirer le palindrome. Un peu d’émotion esthétique, toutes les 111 notes.
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