Sauvegarde de mon ancien blog sur Hautetfort, Signes
31 décembre 2009
Voeu : une année image-innée

(Jacques-Henri Lartigue)
30 décembre 2009
Littérature en barres
Un auteur très connu, médiatisé, lu, livre ses précieux conseils commerciaux d’écriture sur son site officiel. En voici deux assez représentatifs de l’ensemble.
Merci à lui. Je comprends enfin que les produits les livres ont des cahiers des chargesfonctions. La première est de détendre ses cibles lecteurs, la seconde, les divertir.
La troisième, les aider à briller dans les dîners.
Et si, auteur en herbe, tu ne parviens pas à attirer autant de lecteurs que l’auteur à succès, c’est que tu as osé vouloir dire quelque chose faire preuve de pédantisme, et surtout considérer tes lecteurs comme des êtres humains doués d’intelligence et de sensibilité oisifs qui n’ont rien d’autre à faire que se prendre la tête avec de la littérature.
17. Alterner les formes
Les lecteurs ont souvent des journées fatigantes, ils lisent pour se détendre, donc il faut penser à ne pas les ennuyer. Pour cela, alterner les scènes d’actions et de dialogues. Mettre le maximum de coup de théâtre inattendues. Ne pas oublier que la lecture est un plaisir et que l’objectif n’est pas que le lecteur se dise que l’auteur est doué; il doit se dire « mais qu’est-ce qui va arriver à la scène suivante »?
18. Transmettre du savoir
La fonction des livres est aussi d’apprendre des choses. La forme est un élément, mais si après avoir lu un livre un lecteur sait quelque chose qui lui permettra de nourrir les conversations ou les dîner, c’est quand même un intérêt de la lecture.
Pendant ce temps…



Loin des images ultra-lisses de Jean-Jacques Annaud.
29 décembre 2009
Origamis

La différence entre un blog et un journal, c’est l’empilement des lettres. Un journal se lit généralement (enfin si on veut, parlons traditionnellement) depuis la première page, dans l’ordre chronologique. Un blog est une pile qui se décharge à l’envers du temps. Nous lisons d’abord ce qui est le plus vrai, parce que le plus proche de nous. Lorsqu’on arrive à la fin (le début), l’effet de surprise est éteint (ou alors c’est vraiment un bon blog). On lit la fin (le début) avec cet injuste mépris de ce qui n’est plus. Le blog a peu de respect pour la mémoire, confinée dans des archives éloignées de nous par de nombreux clics fastidieux, déchue par l’attrait des nouveautés quotidiennes. Les petits événements réclament d’être vécus au présent. Une fois pliés, ils meurent.
Mais toute lecture internautique ne se vaut pas. Les mails, par exemple, ne sont pas bloguesques, et réclament l’attention d’un livre qu’on ouvre. Mes mails ne se succèdent parfois qu’à quelques heures d’intervalle, parce que la vitesse d’envoi de la missive n’arrête cependant pas ma pensée, qui ressent souvent le besoin d’addenda (jamais terroristes), afin de préciser ceci ou cela, adoucir ce qui me parut trop dur, ou au contraire anguler les idées rondes. Je me sens légèrement blessée lorsque j’apprends que le destinataire les a lus comme une pile à décharger, et non comme une pensée qu’on déflore doucement (préliminaires, liminaires, post-liminaires ; l’inverse peut avoir du charme mais il faut que je sois prévenue). L’ordre inverso-chronologique ne respecte pas le fil de ma pensée, ni le dépliage de mes idées. Mais on ne peut pas s’opposer à la liberté de lecture de son interlocuteur. Difficile de savoir où commence celle de l’écrivant, qui se sent déjà merveilleusement heureux d’avoir pu s’exprimer (pli), l’est encore plus d’être lu (dépli), et atteint l’extase communicante lorsqu’on lui répond (repli, redépli).
28 décembre 2009
Une très jeune fille aux nattes serrées, près de sa mère, regard et sourire libres

Sur ses traces par procuration. Il est là-bas, tout près de la demeure des Donadieu. Il dit : c’est presque le tiers-monde.
27 décembre 2009
Prière
Monsieur, s’il vous plaît, rendez ce coeur qui ne vous sert pas, ainsi que l’âme qui vous réchauffe le cou sans entrer en vous. Rendez ces pensées que vous dilapidez. Renvoyez les rayons de ce soleil, et les marées de cette lune. Cueillez ces sourires perdus, ces élans sans arrêt. Faites-en une pelote de joie : encastrez-la à la place du coeur rendu. Dardez les rayons de ce nouveau soleil vers ceux qui ont froid. Et enfin, Monsieur, libérez les oiseaux.

23 décembre 2009
Ecoute avec mon silence
Schubert – arpeggione sonata
Conversion au monde merveilleux des tartines sans pub
Première boîte posée sur la table du petit-déj : céréales Lion. Au verso de la boîte qu’on lit tout le temps en sirotant son café/choco/thé, un lion nous rugit en lettres rouges et immenses : La faim justifie les moyens. Un ado mâle s’étire dans son lit, bâille, tout en rêvant de gagner une télé de la taille de son plumard et une très charmante hôtesse qui lui apporterait son ptit-déj sur un plateau (humour, humour, bon je souris, c’est potache, c’est pour les ados, même si mes enfants qui ne le sont pas encore et forgent leur vision du monde le voient aussi, indulgence mon amie viens à moi).
Seconde boîte posée sur la table : Special K de Kellogg’s. Chouette, un quizz pour se distraire (écrit en petites lettres sobres et discrètes car dans ce monde séparé de l’autre par une frontière en carton, la faim ne justifie rien du tout).
Question 1 : La cuisine et moi.
– Choix 1 : C’est mon petit plaisir.
– Choix 2 : J’aime cuisiner pour la famille mais je manque de temps !
– Choix 3 : J’adore tester de nouvelles recettes, à partager à deux ou à plusieurs.
Au fil des questions, je panique : moi qui suis pourtant la cible visée (adulte femelle au désir flou d’une apparence acceptable) je n’existe pas dans le monde de Kellogg’s.
Non, moi ce que je désire, c’est bâiller dans mon lit pendant qu’un jeune homme charmant m’apporte mon petit-déj.
Mais je vais plutôt me mettre aux tartines.
22 décembre 2009
Lames d’or

L’envol a lieu en silence. Ecoutez la pavane pour une infante défunte puis tout se passerait uniquement de moi à moi puisque votre existence est ondée. Vous ne saurez pas ce que j’ai quitté puisque mon territoire est inondé. Peut-être pourrez-vous vous y promener en barque, abîmé dans des rêves de sonde. Trésors abyssaux. Noyés trop profondément, cette fois, pour être repêchés dans les tréfonds noirs de l’océan aux lames d’or. J’ai tant attendu que vos propres contours se dessinent en ronds dans l’eau de vos pupilles afin que les miens s’y coulent enfin. Tellement tourné au-dessus, au-dessous, au même niveau que la surface de votre âme au tain mouvant, aux rives si finement travaillées, sans voir mon reflet. J’ai disparu tout à fait. Envolée. Ecoutez la parade maintenant. Et trouvez-moi dans tout ce qui ne brille pas mais éclaire blanc.
Style
Et si Twitter était juste une nouvelle forme stylistique ? Il sera désormais de bon ton de constater (candidats pour le Capes de français, soyez prêts) : ici Pérec nous twitte sa vision du monde. Vu que la phrase fait moins de 140 caractères. Et qu’il aimait les chiffres.
Internet ne fait que s’adapter à ces auteurs avant-gardistes qui twittent admirablement, sans coup férir, de phrase en phrase, depuis leur premier livre.
Je m’arrête là. Je crains que certains aient décroché au 141ième caractère de mon post (désormais appelé par les nouveaux poètes : le faux pied).