Sauvegarde de mon ancien blog sur Hautetfort, Signes

29 janvier 2010

Procheloin

L’amour et la peur, le proche et le loin, le fort et le da, la neige et sa fonte, la balle qui rebondit, la jouissance de la feuille qui se déchire et les encore dans les hoquets de rire, les je t’aime et aime-moi, les je t’aime et laisse-moi, les ne m’aime pas mais reste là, l’attente sans oubli et l’oubli sans attente : tout contenu dans l’image de cette enfant nous tournant le dos assise sur le muret, courbée par le poids du cartable, natte serrée, seule dans ses pensées, seule dans l’attente de sa mère. Bouleversante attente de la mère. La mère s’approche dans son dos, l’enfant ne la voit pas. Bouleversante approche de la mère. Un monde se crée dans ses pas. Un monde dans le dos de l’enfant qui en rêve un devant, mais supplie sans savoir l’attente du bruit des pas. La balle rebondit, une feuille est tendue, la distance s’annule, le silence s’éteint avec les rêves de l’enfant. La mère pense à l’amour. Toutes les amours. Da. La mère est là. Une tension se brise. Balle dans la main, feuille abandonnée à terre. Ritournelle achevée. Neige fondue dans la bouche.

(Egon Schiele)

28 janvier 2010

Conjugaison

J’écoute ton silence.

Ecoute mon silence.

Ecourtons nos six lances.

Présent

Elle lui donne son silence.

Elle pense fort : s’il te plaît, écoute-le. Sois là pour lui.

Quelque coquetterie schizophrène

Eh bien si, aujourd’hui je vais déjeuner avec une écrivaine (musicienne, chanteuse, très belle fille) avec qui je partage un joli projet plein de flocons de neige. Il est bien parti pour voir le jour, un jour. Histoire de rencontres.

Encore des contrats, hier. Janvier saison des contrats, c’est comme ça. Peur et bonheur : est-ce bien moi qui paraphe et signe ? Dédoublement : celle qui écrit, et celle qui publie. Celle qui est libre, et celle qui s’engage. Je réalise ensuite que cette année sera riche en publications. Pourquoi alors ai-je toujours cet inconfort, cette sensation de ne jamais avancer, ne jamais rien faire ? Pourquoi, pourquoi ? Parce que cela n’a strictement rien à voir : création et publication. Temps différents, objectifs différents. Et le temps de création, étrangement, s’oublie, se dilue dans l’invisibilité. Reste alors, mais beaucoup plus tard, et dans le meilleur des cas, un objet-livre, étrange et beau, dont la vie nous échappe, qui n’est plus à nous, dont on a oublié les mots. Aussi, je crains de virer complètement schizo, ces temps-ci.

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Le maillot de bain est l’un des coups de coeur de la librairie Du vent dans les pages, dans les Pyrénées. Oui, il est bien de moi. Oui ? Oui.

27 janvier 2010

Envers, endroit, fils d’astre tendus, étoiles, cercles, arabesques et tourbillons, fuites, couleurs, toi, iot et oim, fugue, nuit éclipsée : bouleversement.

(Miro)

26 janvier 2010

Toute photographie est cette catastrophe

Beaucoup hésité à « placer à la place » de cette photo une autre extraite du même ouvrage : celle du jeune Lewis Payne, photographié en 1865 dans sa cellule en attendant sa pendaison.

Voici le texte de Roland Barthes, dans La chambre claire, qui accompagne cette photo que je ne poste pas :

En 1865, le jeune Lewis Payne tenta d’assassiner le Secrétaire d’Etat américain W.H. Seward. Alexander Gardner l’a photographié dans sa cellule; il attend sa pendaison. La photo est belle, le garçon aussi: c’est le studium. Mais le punctum, c’est: il va mourir. Je lis en même temps: cela sera et cela a été; j’observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l’enjeu. En me donnant le passé absolu de la pose ( aoriste ), la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point c’est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis: elle va mourir: je frémis, tel le psychotique de Winnicot, d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit la mort ou non, toute photographie est cette catastrophe.

Je ne poste pas cette photo car elle est trop belle et le garçon est trop beau. D’une certaine façon, par sa beauté, il va trop mourir. Ce n’est pas soutenable. Pour moi, le studium et le punctum sont en trop nette opposition. Si la catastrophe de la photo est un chef d’oeuvre, je ne me sens pas le droit de l’exposer pour autant ici. Car c’est avant tout une catastrophe.

Alors cette autre photo ? Le petit chien est mort.

Cela, c’est certain. Peut-être aussi le petit garçon. Mais ils ne sont pas consciemment dans l’attente de leur mort. Ils ne nous regardent pas avec leur mort dans les yeux. Parce qu’ils ne savent pas, ils retiennent. C’est alors soutenable. Mais tout de même bouleversant. Pour moi, le punctum de cette photographie, c’est la ficelle que l’on voit dépasser, qui sans doute retient le chiot. Le garçon ne va pas emporter le joli chiot. Il devra le laisser, peut-être à ce personnage qui attend derrière. Ou bien c’est lui qui devra suivre cette personne en laissant le chiot.  Ou bien le chiot lui appartient, mais il sait déjà que les humains n’aiment pas comme les chiens (ou bien l’inverse). Comme le dit la légende, il y a de l’amour et de la peur dans ce regard de petit garçon.

Mais surtout la volonté de les retenir.

Il retient vers le dedans.

Et cela, cette constatation, et l’inexorabilité de ce qui va se passer dans les minutes suivantes, c’est aussi bouleversant. Mais soutenable, car une constatation de vie.

25 janvier 2010

En minuscule

(Donata Wenders)

Sinon, j’ai encore commis un texte impossible, ni pour enfants, ni pour adultes, format trop court ou peut-être trop long, ni prose, ni poésie, ni positif ni négatif, bavard et silencieux, qui parle d’êtres qui ne parlent pas et dont on ne veut pas entendre parler : tout cela palpite juste doucement dans mon disque dur, en attente de rien.

A part ça, je n’ai déjeuné avec aucun écrivain aujourd’hui, je n’ai discuté au téléphone avec aucun éditeur, je n’ai aucune critique de livre à vous livrer, aucune idée de roman à vous révéler, cependant  j’ai pris l’importante décision ce matin de changer l’orientation de ma tête de lit.

24 janvier 2010

Secret

Pourtant quelque chose se trame, quelque chose se crée, invisible et puissant, quelque chose de totalement étranger à la marche frénétique, la course, les palpitations désordonnées, délirantes et névrotiques de ce monde du paraître.

Cette chose grandit, indifférente au bruit, aux souririctus, aux yeux fous, attend son heure que vous ne verrez pas, n’entendrez pas, son heure à soi.

Cette chose précieuse et secrète, folle et douce, intime et pudique, ne donne pas son nom.

Pour l’entendre, l’écouter en soi-même, s’extraire du parasitage extérieur, en sentir le coeur délicat sous une peau incroyablement fine, presque transparente, que l’on pourrait voir se soulever régulièrement si notre attention était suffisante, il faut…

Gzzzzzzzzz…

Un incident indépendant de notre volonté nous oblige à interrompre la note de ce blog. Nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément.

23 janvier 2010

Latente et Loubli sont dans un bateau

Dans l’attente où il n’est plus rien qui puisse différer. L’attente est la différence qui a déjà repris tout différent. Indifférente, elle porte la différence.

Le perpétuel va-et-vient de l’attente : son arrêt. L’immobilité de l’attente, plus mouvante que tout mouvant.

L’attente est toujours cachée dans l’attente. Celui qui attend entre dans le trait caché de l’attente.

Ce qui est caché, cela s’ouvre sur l’attente, non pour se découvrir, mais pour y rester caché.

L’attente n’ouvre pas, ne ferme pas. Entrée dans un rapport qui n’est pas d’accueil, ni d’exclusion. L’attente est étrangère au mouvement se cacher-se montrer des choses.

Qui n’attend, rien ne lui est caché. Il n’est pas auprès des choses qui se montrent. Dans l’attente, toutes choses sont retournées vers l’état latent.

L’attente, l’oubli de Maurice Blanchot

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