Sauvegarde de mon ancien blog sur hautetfort.
29 juin 2009
Sur le quai d’un port
On ne peut que faire la supposition d’être compris.
Avec l’être qui parle le même langage que soi-même, tout échange est miraculeux. L’amitié fait son lit et s’allonge au creux de notre âme, soupirant d’aise, l’emplissant de son souffle lourd, léger, lourd, léger. On se délecte de certains mots. Leur douceur. Le frémissement que l’on sent entre les lignes comme frondaisons. Cela bruit doucement. Cela rit souvent. Frémit parfois.
Confiance.
Ami, aie confiance en mon infinie possibilité de mouvance, comme je crois en la tienne.
Ami, tu ne peux pas me dire : tu vas aimer ce film. Ne pas aimer celui-là.
Jamais je n’oserai te dire cela, car enfin qui es-tu ?
Tu ne peux pas supposer de quelle façon je vais comprendre ce livre.
Tu ne peux pas connaître ma finesse de compréhension.
Ma vitesse d’absorption des idées t’échappe.
Le changement de mes goûts te dépasse.
Ce vers quoi je vais te regarde sans te regarder.
Tu ne peux pas mesurer mes douleurs à l’aune de celles qui sont passées.
Tu ne peux pas en savoir la cause ou l’isolement.
Mais peu importe : prends-les en compte.
Sois présent sans comprendre.
Ami, tu n’as pas le droit de te croire supérieur à moi. En quoi que ce soit.
Tu ne peux pas penser que tu comprends cela mieux que moi.
Ne pense pas non plus que je ne pourrai pas te comprendre. Ni que je le pourrai.
Tu ne dois pas te croire plus libre que moi. Ni moins.
Même si tu crois le cacher.
Je sens tout.
C’est autrement que nous devons nous comprendre (prendre avec).
Regarde ce paquet humain.

Tu es celui qui porte ou celui qui est porté. Cela dépend.
Tu es l’un ou l’autre.
N’oublie pas : j’aimerais que tu sois celui qui est porté.
Je l’aimerais avec passion.
Nous parcourons ces galeries, passons devant ces volées d’escalier, je te porte.
Porte-moi.
C’est tout naturel.
Ne te demande pas qui est le plus lourd ou le plus léger.
Laisse-toi porter, je t’en prie.
L’homme fort et noble est celui qui peut vivre seul avec soi-même,
mais il est aussi celui qui comprend le désir de port d’autrui.
La solitude des uns s’arrête là où commence la solitude des autres.
Confiance, disais-je.
L’esthétique du naufrage
Dora Maar, photographe :


27 juin 2009
L’un des tout premiers blogs


Dans le château d’Issogne, en Italie (Val-d’Aoste), une fresque représente un extraordinaire témoignage sur la vie quotidienne au XVe siècle (ici la boutique d’un apothicaire).
Plus tard, au cours des XVI et XVIIe siècles, des visiteurs ont gravé près d’un millier de graffiti qui commentent ces fresques…
25 juin 2009
Histoires de lire
« Les copains, le soleil et Nabila » a été présélectionné pour concourir au Prix Roman jeune Primaire 2010 de Laval.
Le lauréat sera connu en janvier et rencontrera ses lecteurs quelques jours en mai ou juin.
Avant de publier pour la jeunesse, j’ignorais complètement qu’il existait tous ces prix et concours ! Cette fois, ce sont les bibliothécaires de Laval qui donnent de leur énergie pour amener les enfants à lire. Et encore une fois je me sens reconnaissante que mes ouvrages et bien d’autres puissent plus facilement, grâce à de telles personnes, parvenir entre les mains des jeunes lecteurs.
Et un grand merci à la documentaliste du collège Fontenay de Chartres-de-Bretagne pour son envoi d’article et de photos : un éclat de soleil ce matin dans ma boîte aux lettres.
24 juin 2009
Crainte et tremblement
Parmi soleil ciel bleu déjà plage été cri des martinets montagnes violettes au loin douceur des fins de soirée chaleur des journées enfants dans la rue SDF qui ne meurent plus, parmi grandes fêtes galas spectacles des enfants année scolaire qui s’étend planning qui déborde amitiés qui ne se donnent pas le temps lueurs dans les regards déçues de ne pas retenir, parmi le tout-parcellaire et le rien-d’absolu jamais jamais ou bien deux ou trois secondes par jour, le beaucoup moins que minimum requis, parmi ce tourbillon du mois de juin, aucunement trouvé le temps d’écrire, mais un peu, très peu, beaucoup trop peu le temps de lire.
D’abord Qui a peur de la littérature pour ados, d’Annie Roland, qu’on nous avait offert à Rennes. Je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Le processus psychique qui amène à la censure y est bien décrit. On ne peut que le condamner, mais comme souvent dans ce genre de bouquin un peu pamphlétaire, c’est le mécanisme dénoncé qui me passionne. Grande envie soudaine de lire Fahrenheit 451 de Bradbury, et de relire et savourer Peter Pan de Barrie (qui traitent du même thème, si l’on y regarde de près). Et plus grande envie encore de créer un personnage censeur, de me couler dans sa peau pour en démonter les névroses. Ah, comme cela serait bon.
Puis un bouquin acheté il y a quelques temps puis délaissé sur une étagère m’a appelée avec une soudaine évidence. Crainte et tremblement, rien ne pouvait mieux me convenir ces temps-ci, ne me demandez pas pourquoi.
C’est du Kierkegaard, mais ça y est, la philosophie ne me fait plus peur, je l’ai décidé. Je l’aborde comme on lit des romans, sans aucune fondation préalable, une inculture crasse, mais c’est comme le piano : même sans solfège on peut très vite créer sa propre petite musique, et jouer celle des autres.
Crainte et tremblement, c’est un traité d’épouvante existentielle. Assez délicieux, donc. On ignore pourquoi l’on se sent si proche d’Abraham, alors qu’on n’a pas, nous, à tuer notre enfant, et même si nous, on ne croit pas en dieu. Alors pourquoi finit-on par le comprendre aussi bien ? Kierkegaard dans ce bouquin, nous pose face à un mystère : celui que nous aurions tendance à considérer comme un illuminé, un fou de dieu, un fou tout court, eh bien l’on s’en sent proche et on l’admire. A quoi moi-même suis-je en train de renoncer ou d’accepter, qui me fait lui ressembler ? Quel est le silence que j’observe et face à qui ? Quelle est ma solitude et quelle est ma montagne de Moriah ? Quel est mon fils ? Où est mon ange ?
J’en suis dans ma lecture à l’idée de finitude et de résignation infinie : cela me touche beaucoup.
Qui plus est, l’écriture est limpide et belle. On suit les mouvements de pensée, les questions, les doutes et les émotions de Kierkegaard avec passion.
Extrait :
… Je m’imagine à l’intérieur du héros, mais je ne puis m’imaginer à l’intérieur d’Abraham ; lorsque j’atteins le sommet, je tombe, car j’y trouve le paradoxe. Je n’entends cependant nullement dire par là que la foi est une chose basse mais, bien au contraire, qu’elle est la plus haute et qu’il est déshonnête que la philosophie y substitue autre chose et la tourne en dérision. La philosophie ne peut ni ne doit donner la foi, mais a pour tâche de se comprendre elle-même, savoir ce qu’elle offre et ne rien enlever à l’homme non plus que de le distraire d’une chose comme si cette chose n’était rien.
23 juin 2009
Comme un Wou-Ki

21 juin 2009
Midi

Une place un jour de marché.
Pour parler à son compagnon, elle pose trois doigts sur son bras.
Sur la pointe des pieds elle se balance, pour voir son enfant jouer au-delà des étalages de poissons.
Deux doigts sur la joue pour réfléchir.
La joue a l’air flasque, pense l’enfant d’en face.
Lui croque dans sa sucette qui se brise sur sa langue. Il en retire un bâton blanc déçu de n’être plus qu’un bâton blanc.
Un chat nommé Souriceau file entre trois jambes.
Deux adolescentes aux cheveux pareillement lissés passent en se tenant la main.
L’homme assis à la terrasse de café d’à côté les imagine dans des jeux de baisers.
On le sait car de sa cuillère il caresse ses lèvres doucement, rêveusement.
La vendeuse de fromage plisse les yeux en vous tendant votre choix empaqueté. Dans un sourire.
Ses mains gardent l’odeur de l’emmental, même la nuit.
Il tâte le tissu d’un short en pensant à autre chose.
Elle se souvient soudain de l’endroit où il a posé sa main sur elle, la veille…
Si l’on regarde bien, même l’eau de la fontaine coule à vitesse régulière.
Les pavés sous les pieds ne bougent pas, résonnent à peine.
Les murs sont blancs. Leur couleur varie infimement.
Mais rien ne se déplace.
Un décor est une chose étrange. Immobile. Pérenne.
Où, parmi tout cela, où se cachent les passions obscures ?
Où s’arrête le vent dans le désert,
le navire sur l’océan
le chant des oiseaux dans les bois ?
A quel moment disparaîtra cette maison,
sur cette place,
sur ce marché ?
Sous quelle bombe de quelle guerre ?
Quelle allumette, de quelle main, embrasera un drap imbibé d’essence dans la chambre du troisième étage ?
Quel souci occupera cet esprit qui oubliera de fermer le gaz ?
Quelle loi fera se jeter cette famille du toit ?
Quelle lame de quel couteau tranchera quelle gorge ? Après quelle dispute ? Quel basculement de la raison ?
Quelle attirance vers la folie ?
Quelle adoration de quel dieu fera se jeter ce groupe de jeunes gens sur un seul ?
Là, ici, là où se trouvent les mâches et les roquettes.
Quand, dans ce décor à la lumière de plus en plus dure ?
Femmes, hommes, enfants, ici, maintenant, bercés par les effluves d’huile d’olive,
Femmes, hommes, enfants, là, bien là, en mouvement immobile,
aucun ne se pose la question.
Bientôt le repas de midi.
13 juin 2009
Proverbe
Mieux vaut être belle et rebelle
Que moche et remoche.
Anonyme, XXIe siècle
Cité en exergue de A leur corps défendant de Christine Détrez et Anne Simon
12 juin 2009
Prix jeunesse du Touquet-Paris-Plage
Ma mère est maire a été sélectionné et distribué dans chacune des classe touquettoises de cycle 3. Les enfants éliront leur auteur préféré qui sera récompensé par un Prix de la Ville du Touquet-Plage.
Remis des prix le 13 novembre.
Cette bonne nouvelle tombe à pic en ces lourds temps de fin d’année scolaire.
07 juin 2009
A Rennes
D’abord je tiens à tordre le cou à une idée fausse : en Bretagne, il fait un temps magnifique ! Nous avons même eu très chaud.
C’est Be Safe de Xavier-Laurent Petit qui a gagné le prix ados.
Mais La fille qui dort a gagné tant et tant d’autres choses. Elle et moi nous avons rencontré, vous les lecteurs, et c’étaient de nombreux cadeaux que vous m’avez offerts.
Quelques lumières que je retiens :
Klervi, quand tu es sortie du forum avec ton amie, tu es passée près de moi. Très vite, tu as déposé un papier plié en deux dans mon panier rouge. La surprise m’a empêchée de te retenir. Tu es partie aussi vite que tu es arrivée, tu marchais sans te retourner, ton amie à ton bras. Le papier déplié, j’ai découvert un portrait. C’était moi, de profil. J’ai compris que tu étais assise à ma gauche durant le forum. Je ne t’ai pas vue faire. Il ne s’agit pas d’un dessin d’enfant, parce que tu n’es plus une enfant. Il s’agit d’un dessin maîtrisé, aux techniques réfléchies, sans doute utilisées maintes fois. C’était si ressemblant que les trois personnes qui m’accompagnaient en ont poussé un cri de surprise. Alors j’ai couru pour te rattraper. C’était difficile, vous étiez plus de mille sous cette halle. Mais j’ai réussi. Je t’ai remerciée, mais c’est ton amie et toi qui l’ont fait mieux que moi à mon égard. Deux secondes plus tard c’était Claudine qui m’arrêtait et me dit : « je voulais vous remercier, parce que c’est le seul livre que j’ai réussi à lire en entier ».
A partir de ces moments, le décernement du prix qui allait suivre ne m’importait que peu. J’avais déjà gagné.
Mais ce n’était pas terminé.
Il y eut, le lendemain, Marion, accompagnée de sa mère. Merveilleuse rencontre qui nous émut tous. Impossible d’en dire plus. Les présents s’en souviendront. Comment te remercier, Marion ?
Beaucoup, beaucoup de paroles de nombreux d’entre vous, émouvantes.
Et puis des écrits : la critique pleine de maturité écrite par Paul, la sensible acrostiche écrite par Jessica. Et puis ces mots anonymes, transmis par Katell :
« Merci ! J’ai lu votre livre en premier (au départ parce que c’était le plus petit) eh bien c’est mon préféré. Votre chef d’oeuvre pour ados m’a même sauvée, pas parce que je suis narco mais parce que Johanna me parle. »
Je n’en saurai pas plus et c’est bien ainsi…
Difficile d’en dire plus.
Pourtant je veux parler de mon admiration pour toutes ces bibliothécaires (un seul homme parmi elles !), qui se sont tant démenées pour organiser ces rencontres, pour leur gentillesse et leur dynamisme. Et bien sûr même sentiment pour toutes les organisatrices, Katell, Marie-Anne, Catherine, Amélie…
Rencontre aussi avec d’autres auteurs. Au début nous n’étions que cinq, et c’était une ambiance agréable et pleine d’humour. Pascale Maret, Fabrice Colin, Johan Heliot et Hélène Montardre, c’étaient eux, de ces écrivains prolifiques et sans doute talentueux (j’avoue n’en avoir lu encore aucun mais je compte bien me rattraper) qui ont su garder toute leur simplicité. Les autres sont arrivés plus tard, sont restés moins longtemps, et je n’ai pas eu l’occasion de leur parler beaucoup, sauf Karine Reysset dont j’ai pu découvrir le naturel sympathique.
Avec eux, l’une ou les autres, découverte des rues de Rennes, ville que j’ai beaucoup aimé, spacieuse, aérée et toujours en mouvement. Grand regret de ne pas avoir eu le temps de voir Saint-Malo.
Je retiendrai aussi les voyages en train, aller et retour, avec cette constatation toujours réitérée : le mouvement fait affluer un flot ininterrompu de pensées ou paroles en moi. Mais pour ne pas les endiguer, je n’ai sorti ni stylo ni carnet, si bien que j’en ai presque tout oublié. Tant pis, c’était un bonheur cette vie-là de quelques heures. Et puis j’en ai profité pour terminer La vie matérielle de Marguerite Duras, et c’était encore une autre sorte de bonheur. Merveilleux petit livre que celui-ci. Une autre voix encore en moi. Une autre vie.
A Chateaubourg, la rencontre eut lieu dans un cinéma.
A Chartres-de-Bretagne, découverte d’ados érudits et passionnants (alors comment prononce-t-on Oedipe ??). Article ici, p.7.

