Sauvegarde de mon ancien blog sur Hautetfort, Signes
30 novembre 2009
Vers le vert

Quelque chose de Monet sur les murs que nous longeons, longs couloirs où la possibilité de se noyer nous fait un oeil torve, eau verte de nos désirs indicibles, vert encore le silence dans lequel nous les regardons s’épandre ; fragiles et instables, ces îlots mouvants pour lesquels la légèreté s’oblige. Verts nos espoirs et sombres leurs repaires. Palette somatique.
J’ai aimé ces mots qui ne s’adressaient pas à moi, mots plus proches se voulant lointains, présence immense se voulant témoin : lorsque l’on parle de silence celui-ci recule, la ténuité s’affine jusqu’à la disparition, sa raison d’être s’éteint. Les réponses ne peuvent que résonner de silence elles aussi, elles aussi en épouser la cire coulée, s’imaginer être lues sur des lèvres immobiles, humides. Etre pourtant écoutées plus que jamais. Comprises et proches. Ecoutons les signes absents, quittons les pays lointains qui nous écrasent de leur tectonique verticale – ce serait le ciel qui bougerait et s’écroulerait sur les plaques en coulures courbes-, rejoignons-nous sur cette ligne fine, claire, presque invisible, de nos presque-rencontres comme-rêvées. Allons.
Rêve colossal

Massivement rêveuse, la distance nue de la grande baigneuse de Picasso.
Et puis ces derniers jours :
foule des oeillets rose pâle, très petits couleurs couleurs Montreuil (grand monde, grand dieu, et merci au monde ?)
traces de pinceaux meulespommespie une lettre inattendue, très belle, très encourageante, de G.B., oui, elle-même
La générosité des mails de J et Z dorures et illuminations Un super plan B ! (mille mercis Béatrice et Pascale)
La grande Magie Away we go-In the loop un petit garçon nommé Owen (troublée, j’écoutais sa voix)
Une poupée à la fraise Tagada Pas vu la moitié des gens, même pas leur quart train cependant
derrière l’horloge à l’envers (dans quel sens va le temps ?) attenteattenteattente oeuvres
soleil puis pluie le serpent du métro crêpes au grand marnier bonnets et chapeaux
ainsi que la duchesse de Guermantes
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25 novembre 2009
Réalité positive de la chute

« Dehors tu te reconnais
parce que rien, là, ne t’a réfléchi «
23 novembre 2009
Une maman des poissons touchée par la grâce
Cette édition 2009 fut… for-mi-da-ble.
Voilà ce qui arrive quand les organisateurs font preuve d’une grande intelligence, d’une grande écoute, pour tirer parti des remarques concernant les années précédentes (oui, Jean-Luc L., je t’assure !).
Outre quelques enseignants (en réduction, quand même) qui n’ont toujours pas compris (malgré un boulot conséquent pour les informer à ce sujet), qu’il valait mieux lire au moins un livre d’un auteur avant de le recevoir, tout était parfait, il m’a semblé.
Nous avons passé des moments drôles, émouvants, riches !
Le café des auteurs : belle réussite. (ouf). Cinquante personnes présentes dont une vingtaine qui ont parlé du livre qui a marqué leur enfance. Bravo et merci aux trois enfants qui ont eu le courage de se lancer aussi. Des moments magiques… Et comme je l’espérais, un vrai partage.
Un grand merci à Joëlle et aux jeunes étudiantes qui nous ont beaucoup aidés pour l’installation de la salle et de la sono.
Un salon du livre avec une affluence croissante : l’événement commence à s’installer, être connu, reconnu.
Toujours des expositions, des ateliers, des spectacles. Pour ma part je retiens l’expo très drôle et poétique de Gérard Garcia, la très belle expo des dessins de François Vincent et le charisme épatant de la conteuse Catherine Zarcate. Hélas pas pu voir, mais mes enfants ont adoré Flavia avec sa Lili (qui nous charma le samedi soir).
Et l’immense plaisir de retrouver Stéphanie Joire (qui enchanta petits et grands par sa gaieté lumineuse !), Maryse Lamigeon et François Vincent, Jo Witek… Et de vraies belles rencontres, avec notamment Jean et Zad, Philippe Barbeau, Marie sellier, le grand parrain Thomas Scotto, Vincent Wagner…
Ambiance douce et conviviale avec tous les autres (Nancy Ribard, Jean-Marcel Erre, Sylvaine Jenny, Frédéric Cartier-Lange).
Tout le monde rayonnait le dimanche soir, même très fatigués. Même les libraires !
Bon, comme me disait Hélène, ça fait un peu pays des bisounours, mais c’est vrai, c’était aussi bien que ça ! Et puis, si vous ne me croyez pas, z’aurez qu’à venir l’an prochain pour vérifier.
(Bien sûr, un grand merci aussi à Françoise, présidente de l’événement, Hélène, Elian, Martha, Elsa, désolée si j’en oublie, merci aux crêpes au chocolat, et bien sûr, à tous les enfants présents !)
19 novembre 2009
Madeleine au bois d’amour

Madeleine peinte par son frère Emile Bernard (1868-1941)
Paul Gauguin en tombera éperdument amoureux (d’Emile ? du tableau ? D’une idée de Madeleine).
Petit moment de partage et de fantaisie
Enfants, ados, adultes, venez ! Et partageons les émotions que nous ont procuré les livres qu’on a aimés enfant.
Et bien sûr, consultez le programme de La maman des poissons.
16 novembre 2009
Voir le blanc

Le ruban blanc. Un film d’une force monumentale, une force qui ne se relâche jamais, tendue comme le câble meurtrier entre deux arbres, qui ne nous est jamais donné à voir. Invisible et là, partout, blanc.
Impossible de ne pas cesser d’y penser ensuite, y réfléchir. Comprendre l’incompréhensible. La complexité. Interroger la condition humaine, lorsque justement elle s’efface, par fuites devant une idéologie rigoureuse et injuste. Genèse d’un terrorisme.
Ce qui m’a également frappée, c’est le type de narration. Il s’agit d’un film très littéraire.
La voix éraillée par le temps, l’instituteur relate les faits, en parallèle avec sa propre vie, et de son amour naissant pour la nurse. Lui et son amour semblent les seuls éléments purs du récit, mais le doute et le malaise s’installent aussi dans ce qui devrait nous rassurer : n’est-ce pas seulement parce que c’est lui qui raconte ? A quel point dissimule-t-il ses propres responsabilités ? Par exemple, on ne le voit jamais en classe : jamais il ne raconte comment il s’y prenait avec les enfants. Ne leur tapait-il pas sur les doigts comme cela se faisait à l’époque ? Ou pire ?
Sa façon d’interroger les enfants, par moments, dérange. La dénonciation du « rêve » : on sent son malaise, mais pas beaucoup plus. Par l’omnipotence de sa position de narrateur, lui-même s’enveloppe d’un ruban blanc qui à son tour enveloppe tout le récit.
Et curieusement, en marge de ce récit, la caméra devient omnisciente, s’immisce dans les chambres, dans les granges, les champs, les regards. Que se passe-t-il alors ? Est-ce toujours l’instituteur qui raconte, et dans ce cas ce ne seraient que des hypothèses, des « inventions » par rapport à ce qu’on lui a raconté, des façons de rendre le réel explicable ? Ou bien est-ce un autre narrateur qui prend le relais, un qui voit tout : Dieu ? Non, l’auteur. Michaël Haneke en personne, et personne d’autre. Son intention est là, et cela il ne le cache pas. Il est aussi présent dans le film, par cette rupture narrative.
« Regardez, nous dit-il, regardez bien. Mais moi, je ne sais rien d’autre que les images, c’est l’instituteur qui pose les mots et tente de donner du sens. »
Haneke nous embarque dans la spirale de sa schizophrénie de créateur.
Ainsi ce film est aussi un questionnement sur le discours témoin, sur le réel et le fictif, et sur le propre désarroi de l’auteur face à son désir de créer un sens qui n’est que le sien, mais qu’il donne pourtant au monde. Le ruban blanc, c’est aussi le sien, et on le sent dans les longs plans de paysages enneigés, dans les ornières : Haneke semble s’y poser parfois, y poser son doute. « Je m’arrête un peu, je souffle un peu, car voyez-vous, je ne sais pas vraiment si mon discours silencieux est le bon. Ce n’en est qu’un parmi d’autres possibles. Moi j’ai juste choisi ce chemin, qui mène à ce village. Voilà tout. Ce chemin-là, vous voyez, bordé de champs de blé. Infinis. »
12 novembre 2009
Aubagne
Vous m’y trouverez le dimanche, au stand des éditions Talents Hauts.
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Je ne sais pas comment parler d’Aubagne sans parler d’une absence. Il n’y était peut-être pas prévu. Quoiqu’il en soit, en ce lieu, avec ses livres, cette absence sera criante.
11 novembre 2009
Alfredo et Violetta

La Traviata, Verdi. Film de Zeffirelli. Placido Domingo and Teresa Stratas.
Et La Callas, avec Di Stefano.
Ce qui ne s’atténue pas
Toutes mes pensées vont vers ceux qu’il aimait, ceux qui l’aimaient.
C’est peut-être pour eux que ma tristesse est plus profonde que je ne l’aurais crue. C’est une tristesse aussi causée par l’absurdité, et la brutalité du sort. Et je crois que son image, dans mon esprit, a toujours été incluse dans cette petite famille que nous formons, les auteurs jeunesse du sud de la France. Il était « une figure » que nous étions nombreux à admirer, à prendre comme modèle à suivre. Oui, possible de réussir quand on n’habite pas à Paris ! Il représentait un peu ça, parmi beaucoup d’autres choses. Un vide est creusé. Une image a disparu. Un sourire en moins. Et combien de livres ?
Rien ne peut expliquer cela.