30 septembre 2008
Prix ados de Rennes
Le Prix Ados Rennes – Ille et Vilaine existe depuis 15 ans. Il a l’originalité d’être décerné par les adolescents sans que les adultes interviennent en aucune façon dans la sélection.
Il se déroule en 2 étapes :
• la présélection de février/mars à début septembre. Elle est constituée de tous les titres parus en langue française et d’auteurs vivants au cours de l’année civile précédente.
• la sélection de 10 titres (issus des votes de la présélection) pour laquelle les adolescents du Département vont voter de septembre à fin avril et élire le gagnant.
Les 10 titres ci-dessous sont ainsi retenus pour constituer la sélection 2008-2009, dont la lecture sera proposée à tous les adolescents du département d’Ille et Vilaine, dans les bibliothèques/médiathèques, les Centres de Documentation et d’Information des collèges et lycées professionnels ainsi qu’à la librairie La Courte Echelle :
1- La malédiction d’Old Haven de Fabrice Colin
2- Ados sous contrôle de Johan Heliot
3- La fille qui dort de Florence Hinckel
4- L’heure bleue de Nathalie Kuperman
5- A vos risques et périls de Pascale Maret
6- Océania, tome 1 : La prophétie des oiseaux d’Hélène Montardre
7- Be safe de Xavier-Laurent Petit
8- Sors de ta chambre de Karine Reysset
9- Les héritiers du Stiryx d’Elodie Tirel
10- Ne sois pas timide de Claire Ubac
(dans l’ordre alphabétique des auteurs)
Le point d’orgue de cette manifestation aura lieu au centre culturel du Triangle à Rennes le mercredi 3 juin 2009 avec la proclamation en direct de l’auteur lauréat.
Des rencontres avec les adolescents inscrits seront organisées avec chacun des auteurs du lundi 1er au vendredi 5 juin 2009.
La fille qui dort ne m’apporte que des bonheurs !…
28 septembre 2008
Le rêve des feuilles

26 septembre 2008
La valse

(Camille Claudel)
Près de chuter, pour l’éternité.
22 septembre 2008
Le prix du livre
Je suis actuellement en résidence d’auteur à Vauvert. Très propice à la concentration et donc à la création…
Un petit tour sur terre cependant, avec ce graphique très éclairant sur la répartition du prix du livre.
Sauf que 10 à 12 % de droits d’auteur, je ne sais pas si c’est ce qui se pratique en littérature « générale », mais en littérature jeunesse, c’est plutôt de l’ordre du 5 % ! (Progressif, souvent, avec le nombre de ventes).
08 septembre 2008
Ma mère est maire
On en regarde les finitions et les coutures, la couleur, le drapé, la texture, le format, la doublure et les traits…
Ah, un objet-livre !
Celui-là est parfait, trois exemplaires en sont arrivés dans ma boîte aux lettres ce matin.
Merci aux éditons Talents hauts, merci à l’illustratrice Pauline Duhamel (c’est un peu comme un travail d’équipe). Notre livre est beau, on peut en être fiers.
Il s’agit de Ma mère est maire, et il sera disponible en librairie le 6 novembre (oui, il faut être un tout petit peu patients).
05 septembre 2008
Actualité
Faut pas croire, c’est pas parce que je n’en parle pas que je ne vis pas cette rentrée à fond !
Evidemment, c’est assez facile pour moi, puisque je ne reprends mon activité d’enseignante qu’en février. C’est très agréable, du coup, de pouvoir profiter complètement de la rentrée de mes enfants, qui se passe sans doute bien plus en douceur, même pour eux. Ange et Boucle d’Or ont fait une très bonne rentrée, merci !
Et puis il se passe plein de choses en dehors de l’éducation nationale, bien plus réjouissantes d’ailleurs (ce qui se trame pour notre école publique me paraît très inquiétant…).
Par exemple, hier soir, un orage fabuleux a éclairé la nuit d’éclairs incessants durant une bonne heure. Tout en écoutant Rameau par Tharaud, un bon bouquin entre les mains (je découvre la poésie magnifique de Michel Deguy) : intensités.
Puis ce matin la lumière semblait irréelle. Cela procurait un autre écho aux paroles des passants (« il a l’air sympa le prof de français », « bon 9h30, demain ! Je sais bien que t’oublieras pas ! »…)
Oui, une grande écoute (des éléments, du temps qui passe… Ou ne passe pas).
Sinon, quelques dates que je dois retenir (pour vous, évidemment, c’est juste pour info, comme ça, et pour montrer que je fais des choses, aussi, quand même) :
– Demain, déjà, hop là la saison des salons commence. Ce sera à Fuveau (Bouches-du-Rhône). Je serai bien sûr à l’espace jeunesse, de 9h30 à 19h00.
Seront aussi présents Jean-Luc Luciani, Christine Féret-Fleury, Calouan, et bien d’autres auteurs !
– du 15 septembre au 3 octobre, je serai en résidence d’auteur à Vauvert. Voilà une expérience qui me tentait depuis un moment. Une sorte de retraite. Histoire de voir si je saurai y écrire plus, mieux, ou exactement l’inverse (au secours). Je vous tiendrai au courant.
– mercredi 17 septembre de 19h à 20h: invitée à l’émission de radio « Brouillon de culture » sur Radio Système, à Vauvert (moi qui dis toujours que je ne sais pas parler et que c’est pour cela que j’écris, en voilà un autre, de défi).
– 24 septembre (puis 10 ou 17 décembre) : formation auprès de professeurs des écoles (IEN Pézenas), avec Michèle Bayar, auteure jeunesse, et Didier Mur, conseiller pédagogique, pour le festival du livre jeunesse La maman des Poissons (recevoir un auteur en classe).
– Je rencontrerai des classes, aussi, les 1, 2 ou 3 octobre, à la médiathèque de Vauvert.
– Le 4 ou le 5 octobre : salon de Mouans-Sartoux (stand des éditions Talents Hauts)
– Et ta ta ta, du 20 au 31 octobre (je n’inclus pas la durée du trajet !), je serai en Nouvelle-Calédonie, pour y rencontrer les classes qui ont participé au prix Livre mon ami, et choisi en deuxième position (après Les fées du camping de Susie Morgenstern), mon roman La guerre des vanilles (prix posthume – oui un livre a une vie et une mort, vie de plus en plus courte même si le bouquin « marche » – : que chez Magnard ils y réfléchissent me soulagerait un peu).
Voilà pour septembre et octobre.
Rentrée oblige, voici l’excellent scketche de Jean Dell, l’instituteur (l’humour, on n’a guère plus que ça pour se faire du bien !).
On peut l’écouter là.
Et puis, je pense au CD audio (qui date un peu mais bon) « Et si on parlait vrai – l’oral en classe » (éditions Odilon) dont certains passages m’avaient tiré des larmes (sans trop de mal). Ecouter en classe les témoignages de certains enfants sur leur vécu est une expérience très troublante. Mais nécessaire et ô combien utile (et ô combien en péril avec tout ça… Les instits auront-ils simplement le temps de laisser s’exprimer leurs élèves, désormais ?).
Dans le même ordre d’idées, souvenirs souvenirs… Ah Diabolo menthe, film qui a beaucoup marqué mes 13 ans (comme sans doute beaucoup de filles qui ont eu 13 ans dans les années 80 !)
Et donc, Yves Simon : (vidéo perdue)
03 septembre 2008
Inventions

(Joseph Whright)
Dans son Histoire naturelle, Pline relate ce qu’on pourrait considérer comme le mythe de la naissance de l’art: « Un potier de Corinthe qui s’appelait Dibutades de Sicyone imagina l’art de façonner des portraits avec la terre dont il se servait pour ses céramiques – encore doit-il cette invention à sa fille. Cette dernière, amoureuse d’un jeune homme qui partait pour un voyage au long cours, eut l’idée de marquer à la craie l’ombre du visage de son amant projetée sur le mur par la lumière de la lampe. Le père appliqua de l’argile sur cette silhouette, et en fit une effigie qu’il mit à la cuisson avec ses poteries. »
Chère fille de Dibutades, toi qui n’es même pas nommée, puisqu’aucune femme n’existe comme le disent certains, puisque tu as si grandement en toi ce pouvoir créateur que te procure le fait de désirer devenir femme, tu as inventé et l’art, et l’amour.
Celui que tu aimes tant va partir, il va se dérober à ta vue. Cela t’est insupportable, chère Didi (permets-moi de te nommer ainsi, puisque tu te crées peu à peu en nous). Car en disparaissant, c’est toute la part de toi qu’il a en lui qui va s’évanouir aussitôt. Déjà que tu existes si peu, Didi, voilà qui est très injuste.
Mais tu es maline, et ton désir de vivre est fort. Lorsque tu vois ton amoureux partir dans le sommeil, déjà te laisser un peu (car tu n’es pas stupide, tu sais bien qu’il ne rêve pas que de toi), tu te dis que ta survie réside dans une création qui te remplirait plus qu’il ne le ferait jamais.
Tu vois ce vide sur le mur, et cette ombre qui s’y applique. Un éclair de génie te soulève de joie. Détourer le vide, lui donner une forme. La créer. Surtout, que cela soit aussi flou et vacillant que la flamme dans l’âtre. Tu oublieras bien sûr d’imiter les contours de ses yeux ou de sa bouche. Tu oublieras bien sûr d’imaginer les organes qui battent en lui, tu ne représenteras ni son coeur ni ses poumons, qui n’existent déjà plus tant que ça, au fur et à mesure que tu te remplis de l’image que tu crées.
Il va parcourir le monde du commerce, ton père va vendre les poteries à son image, mais ce sera toi qui seras riche, seule et méconnue, fille de, amante de, ah que j’aime t’appeller Didi. Personne d’autre que toi ne contemplera ce vide détouré que tu as créé, personne ne te dira combien tu as été géniale, et tu t’en moques bien, parce que tu sais, toi tu le sais : tu as créé l’absence en traçant cette ombre, tu l’as soulignée et érotisée, tu as créé l’image de l’être aimé, tu as inventé l’amour. Tu sais mieux que quiconque : un seul être nous manque, et notre âme est repeuplée.
02 septembre 2008
Une histoire

(Pierre Duba)
Enfin lui dire tu,
Dédicace
Je t’écris ne sachant où tu commences
puisque
frondaisons écartées,
taches de lumière
sur le sol d’été
renouvelées,
sans cesse
sans cesse
revenant avec une forme semblable
jusqu’au point de lassitude
agrandies
pour créer un lac
où pourtant on nage seul
encore entre les lucidités
des ondes de soi-même.
Inlassable et délicieuse répétition,
alternant horreur et merveilles,
chacun était connu
puis monstrueusement inconnu,
les formes se modifiaient
sans mémoire,
à chaque fois la ligne de départ
reculait un peu
(celui qui fait sans cesse le cauchemar de voir l’autre avancer à reculons vers le gouffre
Toujours plus près,
Toujours plus près
ne voit pas ce qui bée derrière lui)
Ensuite c’était au choix de chacun,
dans quel ordre agencer les wagons du convoi.
Entre les éclairs de ces réflexions sentimentales, il y aurait la nette pensée de la chance que nous avons de pouvoir les avoir. Entre les tonnerres et les précipices nous regarderons cette pensée, puis le confort de nos maisons. Nous regarderons les guerres qui se jouent ailleurs que dans nos corps et coeurs. Nous regarderons ceux qui meurent d’autre chose que de langueur puis nous hausserons la tête au lieu de la baisser, conscients de ce qu’il faut faire ou sacrifier.
Zoomons,
rétrécissons la vitesse du temps
tout sourire dehors,
un sabre entre les dents,
un sentiment
qui mêle toutes sortes d’amour.
Englobe toutes les amours,
jusqu’au plus pur égocentrisme.
Un bloc d’amour
distribué sous forme de tendres lances.
Trouver le haut de la fermeture éclair
qui boucle le corps,
permet de rester droit
et debout
et rassemblé
et élancé
et lumineux
sans doute en-dessous du menton,
en saisir l’embout,
et ziiiiip
s’offrir au monde ébahi.
(cris et reculs, mépris et effroi),
mais peu à peu on s’y ferait,
à nous voir ainsi ouverts et répandus,
lumière diffractée.
Il y aurait au milieu encore de cette infinité de moments le linge qu’il faut plier les lits qu’il faut lisser les repas qu’il faut concocter les gens à qui il faut parler les sourires que nous donnons pour résister. Il y aurait les cafards à empoisonner, la poussière à enlever, puis assis nous contemplerons les vitres sales qui le resteront tant pis puisque le coeur est ailleurs et qu’elles exploseront bientôt.
Arrêtons-nous là,
arrêt sur cette image
où le drapé de la robe frôle le mollet.
La caméra tourne autour
et soudain perçoit un point devant,
dans la trajectoire où elle se jette
sans réflexion.
sans réflexion.
Ce point, c’est lui.
L’objectif frémit de curiosité,
il le voit si droit,
il est un i,
il devrait être un T,
Comprenez qu’il devrait être un T
quelque chose est anormal,
quelque chose à élucider.
La caméra est si maline,
elle voit bien l’approche d’un accident,
(ils se suivraient en voiture, se feraient des signes et des sourires joyeux par rétroviseur interposé, puis elle se retournerait et il ne serait plus là. Là mais plus là, il serait absorbé par autre chose et ce serait pire que si un camion l’avait fauché. Le deuil dégringolerait sur elle, sournois et déjà lancinant.)
(…)
L’objectif s’approche de lui.
Il sourit aussi, mais lui n’est pas un bloc,
il est stratifié.
Une strate
puis une autre strate
puis encore une autre strate
et il saute de l’une à l’autre avec une joie
incommensurable
et parfois de la peine aussi.
Quelque chose le dépasse.
Ce quelque chose,
c’est l’arabesque de cette femme,
Ses ondes de choc
Il est pour elle
chacune de ces ondes
(il y en a des milliers)
(Lui, il aime penser à elle
comme un centre de lui-même.
(un coquillage ?
un escalier en colimaçon ?
un réglisse Haribo ?)
Et elle est tellement là,
dans son centre,
elle lui donne tant de preuves
centrées,
elle s’ouvre tant et s’épand
(la fermeture ne s’éclaire que pour lui),
que lorsqu’elle n’est plus là,
il n’a plus à y penser. )
Elle
(prisonnière de ce bloc (c’est pour cela, la recherche de l’ouverture de son corps).)
(Car sur ses parois des milliers d’ondes ricochent et toutes percent son coeur. Dans tous les sens. Elle aimerait, elle donnerait tout pour que lui en soit le centre. Mais elle n’a plus grand-chose pour alimenter son point de gravité. Le bloc titube de plus en plus par manque de nourriture. Au lieu de se fissurer, il épaissit ses cloisons.)
(et ne nous y trompons pas, les parenthèses sont plus importantes que le reste encore, comme un zoom plus puissant, car c’est l’infinitésimal des sentiments qui décide de nous au fond)
C’est une destruction globale en cours,
ce sont les verres des réverbères qui se brisent
et les voitures qui s’entrechoquent
Où se passent les tenants comment sortir comment te faire sortir sans te à toi et à toi toi toi souffler sur toi en une bourrasque vois ma salive comment vis-tu ?
et soudain ils se souviendraient
Soudain ils sauraient qu’il faut être là
pas seulement pour eux-mêmes
que les autres n’attendent rien
ou attendent peut-être
mais qu’ils peuvent les surprendre
que tout est politique
ah le vilain mot parmi les autres
et pourtant tout
même la façon d’aimer
Repli de cet instant,
dans le pli ils y sont tous les deux,
repli du temps et des sentiments,
repli des et des
(comprenez aussi combien c’est indicible)
tournoiement de la terre entière,
repli de toi et de toi,
écartement des frondaisons,
et nageons dans un grand lac à l’eau dense.
Implacables,
attentifs au moindre vacillement,
au moindre trou d’air dans l’amour.
Dans ce trou d’air,
laisseront l’amour
aller là où il veut
enfin libre
il y trouvera peut-être ses aises
(ou niché confortablement près de l’ampoule
du réverbère)