comment ça se passe

Publié sur 4 min. de lecture

Mon dernier article ayant suscité quelques interrogations dans la vraie vie, ici ferai-je un peu de pédagogie.

Les 3 textes dont je parle dans l’article précédent ne sont pas des commandes. D’ailleurs on ne m’a jamais rien commandé et je ne sais même pas comment ça se passe (même si, parfois, un éditeur me propose d’écrire pour telle ou telle collection, mais ce n’est rien d’autre qu’une suggestion qui fait bien plaisir, et que j’écoute ou non). Il s’agit, dans le cas de ces trois textes, juste de mon propre désir de continuer une histoire, qui a rencontré l’enthousiasme d’un éditeur. A partir de ce désir commun, il faut quand même qu’on soit certains de vouloir aller dans la même direction, c’est pourquoi je propose un synopsis. Il peut être très court, en général pour moi pas plus d’une page, c’est vraiment pour se rassurer soi-même et rassurer l’éditeur. A partir de ce synopsis, il y a soit un peu de discussion, soit l’éditeur me dit : vas-y, fonce ! Je fonce donc, mais toujours sans garantie. Cela signifie que mon texte final peut toujours ne pas plaire et être refusé, mais cela arrive très rarement, vu que je n’ai pas pour habitude d’écrire un texte avec mes pieds ou sans mon âme (et aussi parce que j’ai écarté depuis longtemps les éditeurs peu respectueux et peu dignes de confiance). J’écris donc. Un texte à la fois, je le précise, je suis incapable d’être dans deux bulles en même temps. Dans ces cas précis de textes plutôt courts, j’ai écrit le 5e tome du Chat Pitre en mars-avril-mai, la suite de Super-Louis en mai-juin-juillet, et l’aventure de Mona durant tout l’été. A chaque fois j’ai besoin d’un temps de latence entre chacun de ces textes, au moins 15 jours. L’idéal, c’est un mois, mais je ne peux pas toujours me le permettre (les éditeurs ont des impératifs de dates).

Ensuite, j’envoie ma version 1 (V1) de ces textes à l’éditeur, avec grande fébrilité et un immense doute. Je doute toujours ! Là, ce fut un vrai bonheur car ces trois textes ont beaucoup plu aux trois éditeurs respectifs ! Ouf. A ce moment-là, l’éditeur, rassuré, sûr de lui, m’envoie un contrat, assorti en général de la moitié de l’à-valoir (l’autre moitié à parution). Mais le travail est loin d’être fini, car l’éditeur envoie alors des demandes de retravail, qui mèneront à la version 2 (V2). J’en suis là, et encore une fois je dois mener ce travail un texte après l’autre. Avec douleur, pour moi, car je dois bien dire que je déteste ce travail vers une V2 ! On n’est plus dans le souffle de l’écriture, c’est quelque chose de plus mécanique et réfléchi, et ça me va moins, mais il faut en passer par là. Ca me prend plus de temps qu’il ne faudrait, tellement j’ai du mal avec cette étape. Mais si je fais bien ce travail de V2, il y aura ensuite uniquement une V3 (qu’on appelle aussi le ligne-à-ligne, c’est alors juste un travail de dentelle, et ça, j’aime assez). Ce travail est le 1er modèle dont je peux vous parler.

dentelle

Savoir que pendant longtemps je n’ai pas travaillé ainsi. J’écrivais un texte dans mon coin, et ensuite je le proposais à des éditeurs (2e modèle). Mais au fil du temps, j’ai construit des relations de confiance avec mes éditeurs actuels, et j’aime travailler avec un synopsis de départ, qui joue pour moi le rôle d’accord tacite. Cependant il m’arrive encore de vouloir écrire un texte sans en parler à aucun éditeur avant de l’avoir fini. C’est un choix personnel. Il m’est d’ailleurs arrivé, avec ce modèle, qu’on me prenne un texte, une V1, sans vouloir rien y changer du tout (ce fut le cas pour moi chez Gallimard, le seul éditeur jeunesse à ma connaissance capable de cela). Mais il m’est aussi arrivé, avec ce même modèle, d’avoir du mal à trouver un éditeur intéressé ! C’est donc un risque à prendre de façon très consciente.

Savoir aussi que désormais, depuis très peu de temps, il m’arrive de signer un contrat et d’être payée (1/3 de l’à-valoir) avant d’écrire (3e modèle). Mais dans ce cas, un synopsis d’une page ne suffit pas. L’éditeur doit, légitimement, être encore plus rassuré !

Ces trois modèles que je connais (il y en a sans doute d’autres) ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients (à poser dans la balance aspect financier/aspect créatif). Pour moi ils correspondent à trois types de textes différents. Premier modèle pour des textes pas trop longs, troisième modèle pour au contraire de très grands projets, et deuxième modèle pour des textes plus intimes, plus graves, plus profonds, voire expérimentaux, pour lesquels j’ai personnellement besoin d’une liberté totale.

J’ai trouvé un équilibre en naviguant au fil de ces trois modèles, et je fais très attention à ne me laisser enfermer ni dans l’un ni dans l’autre. Je trouve cela très sain que ces différents modèles existent, et j’espère qu’ils subsisteront tous.

Le seul baromètre à écouter le plus fort, dans tous les cas : le plaisir d’écrire. Et savoir ce que l’on écrit.

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1 Commentaire
  • victor
    24 octobre 2015

    Merci beaucoup de partager votre expérience avec nous lecteurs ! C’est très intéressant !

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