Du choix d’une couverture de roman pour ados

Publié sur 4 min. de lecture

Merci à Mademoiselle Virgule de mettre le doigt sur ce que peut-être beaucoup pensent sans oser le dire : la couverture de *Ce qui fait battre nos coeurs* peut avoir un effet repoussoir sur certains adultes (ces fameux adultes prescripteurs dont on a tant besoin).
Elle explique avoir cru à une histoire style *Fast and furious* et il a fallu qu’une amie bookstagrameuse lui assure avec force arguments qu’elle ne serait pas déçue pour qu’elle ouvre le livre.
Résultat : elle a adoré et pense que le roman, à cause de sa couverture, sera clairement sous-côté… et peut-être a-t-elle raison, puisque ce sont les adultes prescripteurs qui cotent les romans ados.

On est là en plein coeur de ce paradoxe que j’évoquais dans mon post d’hier : un roman ado doit D’ABORD plaire aux adultes prescripteurs. MAIS un roman ados ne décolle vraiment que s’il plait AUSSI aux ados, bien évidemment.
Il faut donc trouver LA couverture de romans qui va plaire aux adultes (adultes intellectuels, donc de ce bon goût façonné par leurs pratiques assidues auprès de la culture) mais aussi aux ados, et c’ est un vrai challenge. 

Mon constat : quand une couverture y parvient, les ados séduits autant que les adultes sont ceux qui ont déjà une expérience de la lecture et qui savent décoder une image. Les autres ados pensent majoritairement que ça ne s’adresse pas à eux…

J’avais deux choix de couvertures pour *Ce qui fait battre nos coeurs*, tous deux intéressants, concoctés par le super-directeur artistique : d’abord une couverture très élégante, très épurée, mais trop SF d’après moi, trop statique, trop muette… et cette couverture-ci, qui je l’avoue m’a tout de suite tapé dans l’oeil par son efficacité… même si j’étais très consciente qu’elle pouvait être taxée de mauvais goût. Cette couverture illustre parfaitement le dynamisme et les tensions qui sous-tendent le roman, et elle m’a plu aussi pour cela.
Mais je savais, pour l’avoir testée plusieurs fois dans des classes où je suis intervenue, qu’elle déplairait à beaucoup d’adultes et aux ados qui aiment qu’on les valorise en tant que personnes de bon goût, voire en tant qu’intellectuelles. La première couverture leur plaisait beaucoup, justement parce qu’elle était très « muette » : une ado grande lectrice m’a dit que ça l’intriguait, qu’elle avait envie de découvrir ce qu’elle cachait. En revanche, le couperet du reste de la classe tombait rapidement : « ça a l’air chiant ». 
J’ai récolté en revanche de leur part des cris d’enthousiasme en leur montrant la 2e couverture. C’était la majorité des élèves mais…. cette majorité qui n’achète pas de livres.

Dilemme cornélien. 

Choisir la première couverture m’a effleurée, mais je ne pouvais pas m’y résoudre, car les ados que je souhaite séduire, c’est justement ceux qui se sentent exclus du monde des livres. Néanmoins, pas sûr qu’une couverture séduisante pour eux les amène à ouvrir un livre…. Le risque est donc énorme.
Choisir la couverture élégante aurait donc été confortable, et certainement raisonnable. On me rétorquera aussi sans doute que j’aurais ainsi permis aux ados de s’élever un peu, d’affuter leur gout esthétique, bref tous ces trucs d’adultes intellos auxquels je suis sensible mais que pour une fois j’ai choisi de ne pas écouter, juste pour voir… Mais surtout parce que mon intuition me criait de choisir la couverture que vous connaissez. Je me fie assez souvent à mon intuition, beaucoup plus qu’à des calculs sans fin.

Et puis j’en suis à un point de ma carrière où, vous savez quoi ? Je n’ai plus envie d’être raisonnable ou attendue. Si je suis de plus en plus intransigeante sur la qualité de mon travail, que je souhaite qu’il plaise autant aux adultes qu’aux ados (pas de complaisance ni de compromis à ce niveau-là), j’ai envie de prendre des risques par ailleurs, donc au niveau marketing. Peut-être que mon roman en pâtira, mais au moins c’est une aventure qui change de mes précédentes aventures, comme une expérience sociologique. Et au final, je l’aime bien, moi, cette couverture !

En attendant écoutons ce que Mademoiselle Virgule a pensé du texte : « Ces personnages sont terriblement humains. »… « Nous voyons tellement plus qu’une course poursuite et contre la montre ! »… « En résumé, c’est beau. Ce roman est beau. Sa narration est belle. … J’ai adoré ce roman et je le conseille mille fois ! »

Scoop rien que pour vous : l’autre projet de couverture proposée.
Ce qui fait battre nos coeurs
Ce qui fait battre nos coeurs, Syros

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