« L’endroit où la vague éclate » (Duras, Fallet, Michaux, Narelle Autio)

Publié sur 2 min. de lecture

Demain deuxième séance d’atelier autour des photos de Narelle Autio, à la bibliothèque départementale de Marseille, et cette fois plus précisément à partir de ses étonnants clichés d’objets recrachés et transformés par la mer.

Fan Shell II

Comme la première fois, et inspirée en cela par l’ouvrage de François Bon dont j’ai déjà parlé (Tous les mots sont adultes), je lirai aux élèves des textes de grands écrivains. Mais j’adapte les recommandations de F. Bon en proposant aussi des extraits de récits dits pour la jeunesse, ce qu’il a hélas omis (par exemple le classique Bulle ou la voix de l’océan de René Fallet), pourtant rappelons-le, tous les mots sont adultes, même ceux à destination des plus jeunes.

Je suis entrée dans la mer jusqu’à l’endroit où la vague éclate. Il fallait traverser ce mur courbé comme une mâchoire lisse, un palais que laisse voir une gueule en train de happer, pas encore refermée. La vague a une taille à peine plus haute que celle d’un homme. Mais celle-ci ne se départage pas ; il faut se battre avec cette taille qui se bat sans tête et sans doigts. Elle va vous prendre par-dessous et vous traîner par le fond à trente kilomètres de là, vous retourner et vous avaler. 

Marguerite Duras, La vie tranquille

Je suis la mer ! Je bats les rochers. Je m’amuse à jongler avec les bateaux. Je suis la mer, qui recouvre les trois quarts du globe, qui dit mieux ? Les vagues de dix-huit mètres de haut, c’est moi, la mer ! Je casse tout, je fracasse tout !
Je sais aussi caresser, être calme et limpide, remarquez. Je suis même capable de jolis sentiments. Bulle, tenez, je l’aimais beaucoup. Parfois mes vagues l’écoutaient au passage. Bulle faisait « Bip, bip ! » comme vous le savez, j’ouvrais bien grandes mes oreilles de mer et moi, la mer, j’aimais entendre Bulle me dire et me redire la profonde chanson de la mer.

René Fallet dans Bulle ou la voix de l’océan

Parmi les déferlements silencieux, les trémulations de la nappe illuminée, dans le va-et-vient rapide des taches de lumière, dans le déchirement de boucles et d’arc et de lignes lumineuses, dans les occultations, les réapparitions, dans les dansants éclats se déformant, se reformant, se contractant, s’étalant pour se redistribuer encore devant moi, avec moi, noyé et dans un insupportable froissement, mon calme violé mille fois par les langues de l’infini oscillant, sinusoïdalement envahi par la foule des lignes liquides, immense aux mille plis, j’étais et je n’étais pas, j’étais pris, j’étais perdu, j’étais dans la plus grande ubiquité. Les mille et mille bruissements étaient mes mille déchiquetages….

Henri Michaux, Misérable miracle

 

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