petit bilan de la saison des déplacements

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La tournée de printemps étant terminée, un petit bilan s’impose. Sous forme de flashs, ça peut être bien (du plus près au plus loin de mes souvenirs).
La découverte de villes. Le plaisir fou de sentir leur douceur de vivre aux terrasses des cafés, un mode de vie que je sens de plus en plus précieux. Arpenter ces villes sous un soleil caressant. Les supporters de foot irlandais à Bordeaux, tout verts de tricots, tout gris de bière. Effluves d’alcool à cent mètres des pubs. Chants et cris virils. Joie de la fête, de voir des gens heureux et insouciants mais aussi malaise de m’en sentir si étrangère (parce que le foot me laisse indifférente, parce que le foot féminin est si peu médiatisé, parce que la horde de supporters est à 90% masculine et que leurs cris dans les rues arpentées par le milieu m’ont procuré des sentiments mélangés d’empathie joyeuse et de gêne face à cet espace conquis -, etc etc…)
Les images des Hooligans à Marseille, si proche de chez moi alors que j’en étais si loin, en déplacement. « Tout va bien ? »
Toutes les productions d’enfants et d’ados, dessins, films, bandes annonces, saynètes, autour de mes ouvrages. Un tel travail, un tel hommage…
Dieu que cette ville-ci est triste. Que les immeubles sont gris. Comment ces élèves-là peuvent-ils sembler si lumineux ?
L’actualité, toujours l’actualité. Orlando. Magnanville. Les choses apparaissent autrement quand on est en déplacement, loin de son confort habituel. Peut-être plus fort encore. Cela m’a rendue coite. Réflexions sur ce terrorisme de proximité. Sur le port d’armes américain. Sur le devenir de cet enfant de trois ans qui a vu ses parents tomber sous les coups d’un fou. Penser aux pays où c’est monnaie courante. Réflexions sur le traitement des médias, des politiques (si difficile en France de dire « gay », « latinos », comme si c’étaient des gros mots). Sur cette aura dont peut bénéficier n’importe quel dément à pulsion meurtrière qui va passer un coup de fil à l’EI juste avant de passer à l’acte, etc, etc…
Cette documentaliste qui pleure d’émotion lors d’une rencontre entre les élèves et moi, qu’elle a jugée forte et sincère. Ces enseignants qui viennent à la fin d’une rencontre nous remercier, tout émus, tout timides. « Je ne vaux pas mieux que vous ! » ai-je toujours envie de crier.
Les marées de Saint-Malo. La tombe de Chateaubriand. Selfie avec Y. (Mince, j’ai l’air trop heureuse devant une tombe). Les remparts.
Je crois que je vais étrangler ces gens qui parlent fort entre eux dans le train.
Le temps changeant de Cherbourg. Quelles organisatrices sympathiques ! The Harmony of the seas. Paquebot obèse. L’absurdité de l’immensité. Les quais. L’âme de Jacques Demy et de Catherine Deneuve. On fredonne. Avec CB on cherche le charme des parapluies. On est un peu déçues. Mais quelle beauté le Cotentin !
Ces deux ados qui m’ont posé des questions dans la peau de Silas et Astrid (mes personnages de #bleue). Troublant.
Les amis auteurs au petit-déjeuner dans les hôtels. Aux terrasses des cafés. Devant leurs livres. Leur façon de parler aux gens, quels qu’ils soient (public, libraires, organisateurs de salon). J’étudie. Les restaurants. Les promenades. Les sourires. Les confidences.
Ce temps passé si bref et parfois si intense avec les gens qui me reçoivent. Souvent de belles personnes, dévouées à la littérature jeunesse et à la culture. Parfois de vraies rencontres. Des possibilités d’amitié, on le sent bien, mais hop, il faut partir.
Le souvenir de quelques visages d’enfants ou d’ados, ou de lecteurs ou lectrices plus âgés, à cause de leurs yeux pétillants, du feu qu’on sent en-dedans, de leurs paroles touchantes. Les messages privés sur réseaux sociaux, après.
L’étonnement constant d’être là, pour ça. Et si bien traitée.
Mais pourquoi, pourquoi cet organisateur m’a-t-il choisi une place de train dans un carré ?
Les nuits debout et, encore, leur traitement médiatique.
Les corps allongés sur les plages.
Le stress, en fond des écrans de toute cette vie en mouvement, de ne pas réussir à rendre un manuscrit dans les délais. Écrire ce soir à l’hôtel ? Écrire durant cette heure de train ? Presque toujours préférer la lecture ou la rêverie. Comprendre qu’il s’agit d’un besoin. L’accepter.
La vie bourdonnante, en fond toujours, qui se déroule chez nous. Les textos des enfants, les coups de fil, les « je fais quoi, là ? ». « Mais je ne sais pas mon poussin, je suis loin ».
Des constatations : les goélands qui volent devant ma fenêtre à Saint-Malo ne sont pas les mêmes que les gabians de chez moi.
« Excuse-me sir, can you put off the sound please ? » à cet anglais qui joue à un jeu sur tablette dans le train (j’ai cherché avant sur mon portable comment traduire « éteindre ». Ca va, j’ai bon?).
Les discussions permanentes sur la difficulté des uns et des autres dans un contexte où la culture n’est pas prioritaire (« pouvez-vous n’encaisser le chèque que quand je vous le dirai ? », « les subventions ont baissé », « on ne sait pas si on va pouvoir continuer », « la mairie a mis tout l’argent dans les vidéos de surveillance », « on sait que pour vous c’est difficile aussi »…).
Vais-je avoir ce train ? Vais-je devoir recourir à bla-bla-car ? Putain de grèves ! Mais non, en fait, je les soutiens. Mais quand même, putain de grèves.
Les courses d’une gare à l’autre pour ne pas être en retard, et rester une demi-heure finalement sur le quai à faire mieux connaissance puisque l’autre train est en retard (coucou MB !).
Les mails des éditeurs, lus dans un train, qui nous demandent encore autre chose, encore pour très vite. Le stress qui augmente.
Tiens, notre Président de notre République trouve que ça va mieux. Il ne doit pas souvent prendre le train en seconde classe. Ni se promener dans les rues. Ni discuter avec ces gens qui se battent au quotidien. Ni voir ces parents qui cherchent un euro de plus dans leur porte-monnaie pour offrir un livre à leur enfant. Ni, ni, ni… (Et du coup je trouve un écho très fort à une tribune d’Alexandre Jardin, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il y dit dans son ensemble. Mais parlant des politiques : « Avec ces égos-là, suroccupés d’eux-mêmes et de leurs stratégie narcissiques, le moi étouffera toujours le nous », ça, mille fois oui…).
Et puis de nouveau devant un groupe d’élèves, de nouveau des questions étonnantes, de nouveau un débat éthique sur le transhumanisme, sur les sentiments, de nouveau l’émotion. Et le bonheur d’être là. Pleinement là. Où que ce soit.

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