Houles, mascarets, déferlantes, solitons et vaguelettes d’écriture…

De la notion de TEMPS dans le travail d’écriture

Par Publié sur 2 Commentaires 4 min. de lecture

Il semblerait que j’aie bel et bien terminé hier la dernière mouture de mon prochain roman pour grands ados (à paraître chez Syros à la rentrée de septembre) ! Et j’en sors enthousiaste et fébrile comme à chaque fois. 
Ce sera mon one-shot (comme on dit) le plus volumineux, et pour un roman aussi dense, une fois encore je réalise que le TEMPS est LA variable qu’il faut le plus prendre en compte : aussi bien notre ennemi que notre allié, en tout cas il faut le maîtriser. 

Ce roman évoquera les progrès technologiques et médicaux qui colonisent nos corps

Aparté : cette notion du temps est tout à fait différente lorsque j’écris une série pour ados : les sagas du *Grand Saut* ou de *Quatre filles et quatre garçons*, m’ont chacune demandé 2 ans de travail. Proportionnellement, si je considère le nombre de signes, c’est beaucoup plus rapide que l’écriture d’un one-shot, pour moi.

Pour revenir à ce roman que je viens de finir, j’en ai demandé une parution assez éloignée du début de mon travail : plus d’un an et demie, presque 2. 
J’en ai écrit une première version assez rapidement, en 3 mois à peu près, comme souvent – cette écriture rapide m’est nécessaire pour garder la vitalité et l’enthousiasme de départ -, mais il m’en faut beaucoup plus, après cela, pour laisser les choses se poser en moi, prendre tout leur sens, vivre, et pour que m’apparaissent sous forme d’éclairs de lucidité des évidences telles que : « mais bon sang, Leila ne ferait jamais une chose pareille ! », ou bien : « mais sacrebleu, pourquoi à ce moment précis la police n’est-elle pas encore intervenue ? » 
Notons que ces éclairs de lucidité me sont bien souvent, dans le même temps ou peu après, soufflés avec insistance par la voix de mon éditrice à qui j’ai eu le toupet de fournir la version initiale de ce texte aux contours encore mouvants. L’éditrice, c’est un peu la deuxième petite voix en plus de la mienne, qui appuie où ça fait mal. Plus ça va, plus je réalise que j’aime travailler avec les éditeurs ou éditrices dont la voix rejoint le plus ma voix intérieure, que j’aimerais ne pas entendre tellement ça me dérange. Deux voix qui nous disent la même chose, on ne peut guère les ignorer, pas vrai ? 
Suite à ce temps nécessaire de dévoilement de la cohérence (ou des incohérences), et d’une forme de sens global du texte, vient le temps du retravail, que personnellement j’adore (j’aime chaque étape, mais celle-ci est passionnante, car c’est à ce moment-là que j’apprends le plus sur ma propre écriture, qui est bien entendu toujours améliorable). Et ce temps-là peut être long. Il peut y avoir 2, 3, voire 4 versions d’un texte pour arriver à quelque chose qui se tient, qui a du sens, mais aussi de la résonance. Oui, il faut du temps pour en trouver l’écho. Et c’est le plus important, à mon sens : l’écho.
L’écho est toujours là depuis le début, mais souvent on ne le sait pas. Pourquoi je commence à écrire un roman ? Très souvent pour une raison qui ne m’apparaît qu’après la première mouture. Si on finalise trop vite le roman, on risque de passer complètement à côté, ce qui serait un gâchis monumental.

Il y sera aussi question de prothèses externes.


Voilà pourquoi je lutte contre les délais parfois complètement fous que certains éditeurs ou certaines éditrices nous proposent avec candeur, ou bien ceux que l’on s’impose soi-même, par crainte de ne pas avoir de rentrée d’argent suffisante telle ou telle année – cette dernière exigence étant capitale quand l’écriture est son métier, et à laquelle auteurs, autrices et éditeurs, éditrices se doivent de réfléchir ensemble pour que les romans ne soient pas bâclés, et au contraire peaufinés jusqu’à la moindre virgule, mais surtout pour qu’ils portent en eux quelque chose de nécessaire (ce fameux écho). 
Cela nécessite bien sûr d’être correctement rémunéré·es pour pouvoir écrire un seul de ces gros romans par an. Un roman de plus de 400 pages (le mien en fera probablement 500), peut rarement prendre moins de 8 mois disons, si l’on considère chacune de ces étapes. Comme il faut bien 5 ou 6 mois encore pour préparer la parution du livre côté éditeur, il paraît difficile de prévoir la parution d’un roman moins d’un an et demie après le début de son écriture. Bien évidemment je parle pour moi, et certain·es sont peut-être beaucoup plus rapides, et ils·elles ont toute mon admiration. 
Bien évidemment aussi, ce temps est réduit pour les romans plus courts ou plus légers (que souvent j’écris pendant que je laisse poser un roman plus conséquent).


Voilà les réflexions qui me sont venues ce matin, alors que ce roman est fini, prêt à vivre entre vos mains ! Son « écho » résonne encore fort en moi, ce qui me paraît un excellent signe – si je puis me permettre cet élan d’autosatisfaction. 
Le titre a changé, il s’est longtemps appelé *Tipping Point*, désormais son nom de code est CQFBNC (je ne vous en dirai pas plus aujourd’hui). Vous y trouverez action, politique, éthique, cavale, transhumanisme, révoltes… Mais ce qui m’importe le plus, c’est que le maitre mot du roman est : COEUR (artificiel, naturel, avoir du coeur, et l’articulation entre tout cela…).


Hâte que vous fassiez la connaissance d’Esteban le révolté, Maria l’écorchée, Leïla la sensible, et de Noah le solitaire…

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2 Commentaires
  • Sophie Adriansen
    28 mars 2019

    Merci pour ces réflexions sur la notion de temps, que je partage largement ! (tout en terminant la relecture des épreuves de mon prochain one shot pour grands ados, qui paraît en septembre, nom de code CQCDNV)
    J’ai décodé ton titre, j’imagine la belle couverture qui pourrait y être associée, j’ai hâte que tu nous en dises plus !
    Amitiés, Florence.
    Sophie

    • FH
      28 mars 2019

      Coucou Sophie, tu es plus forte que moi (argh, mais que signifie CQCDNV ???). Ça va être quelque chose, nos 2 romans côte à côte en septembre : CQFBNC et CQCDNV ! Hâte aussi d’en savoir plus sur le tien, et plein de bises.
      Florence

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