dernières lectures : Le hussard sur le toit et La route

Publié sur 4 min. de lecture

J’ai eu peu de temps pour lire ces derniers temps mais j’ai quand même découvert deux œuvres où ombres et lumière s’opposent violemment.

Deux ambiances de fin du monde où la nature humaine se révèle dans ce qu’elle a de meilleur et de pire.

 

J’ai adoré Le hussard sur le toit. Il ne s’agit pas de post-apocalypse, mais on n’en est quand même pas loin avec cette épidémie de choléra. La caractéristique principale du choléra est qu’elle ne touche que les hommes et non le reste de la nature, ce qui fait que cette dernière prend une dimension de lumière et de joie et d’espoir infinie, surtout avec les descriptions de Giono, parfois un peu lourdes mais le plus souvent superbes. J’ai pris un très grand plaisir dans ces descriptions qui ne retardent pas du tout la progression narrative, au contraire. Beaucoup de lumière aussi dans les relations humaines que vit et noue Angelo. Et c’est étonnant combien la double apparition de Pauline avec son chandelier dans les ténèbres marque la rétine alors qu’on ne fait que la lire.

Et ensuite j’ai lu :

Il fallait déjà avoir le cœur bien accroché avec le hussard où on ne nous épargne pas les manifestations physiques du choléra, mais avec La route, il faut en plus avoir un moral en béton. Là, je suis plus partagée. J’ai beaucoup aimé la narration ainsi que le choix narratif que l’on a beaucoup qualifié de long poème. Je crois que c’est la langue et les images qui m’ont marquée le plus et qui font que je vais sans doute y penser longtemps. Il y a sans doute une forme de génie dans la menée de cette narration et dans cette langue tour à tour sèche, factuelle, et emportée et onirique (plus proche du cauchemar que du rêve), et qui parfois passe de la troisième à la personne sans prévenir, nous promenant dans différentes implications. En ce sens, c’est beau, j’ai trouvé.

Mais il s’agit tout de même d’un récit véritable avec véritables péripéties, obstacles, rencontres. Et c’est là que j’ai eu du mal à suivre. Cela aurait selon moi gagné à rester poème, au sens plus sibyllin. Je n’ai pas réussi à croire au récit. J’ai d’ailleurs failli abandonner plusieurs fois ma lecture, soit par défaut d’y croire, soit par exaspération face à cette horreur constante qu’on nous inflige. L’incohérence première à mon avis, c’est que si des humains ont survécu, des animaux et des plantes ont aussi pu survivre fût-ce en petit nombre, ce qui n’est pas le cas dans le roman et sape d’entrée tout espoir de survie, bam, prends ça dans les dents ô lecteur. Ensuite, je suis peut-être une incorrigible optimiste, mais je ne peux pas croire que même en situation de fin du monde, s’il reste des survivants, qu’il subsiste si peu d’humanité. Je n’ai tout simplement pas réussi à croire, déjà, au début, le choix de la mère. Le choix de tous les pères et mères de ce roman (à part le héros) me paraît impossible et me semble un ressort dramatique d’épouvante assez artificiel. Les seules lumières d’humanité résident dans CETTE relation père-fils. Ce sont les seuls « gentils » qui paraissent avoir survécu. Les ténèbres qui les entourent ne paraissent exister que pour exalter cela. Ce que l’on vit au travers des yeux de l’enfant, boule de bonté et d’innocence, m’a fait par moments me demander si la candeur de l’enfance n’était pas exploitée de façon un peu facile et malsaine pour accrocher le lecteur. C’est peut-être cette forme de fascination malsaine qui m’a fait en partie avancer dans le récit, ce qui ne m’a pas renvoyé une très belle image de moi-même, et m’a fait regretter d’être allée au bout. En effet, la seconde raison qui m’a fait avancer dans cette lecture, c’était l’espoir d’une nouvelle lumière, et cet espoir n’est que très peu récompensé. L’auteur dédie ce roman à SON fils, qui avait 8 ans au moment de l’écriture, et cela a ajouté à mon malaise. Même cette dédicace est pour moi vide de sens (autrement dit : si moi aussi j’ai entièrement foi en mes enfants, j’ai aussi envie de leur dire qu’ils peuvent avoir foi en d’autres êtres humains).

On a aussi beaucoup qualifié ce roman de chef d’oeuvre, et cela me pose une nouvelle question : qu’est-ce qu’un chef d’oeuvre, et que doit-il laisser en héritage à ses lecteurs ? Retourner les tripes suffit-il ? Pour moi, la question est ouverte.

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2 Commentaires
  • Pascale M.
    13 décembre 2013

    J’ai adoré le roman de Giono, lu il y a longtemps (j’ai eu une longue période Giono et je crois que j’ai à peu près tout lu). Quant à Mac Carty, j’ai découvert cette année « la trilogie de la frontière » que j’ai beaucoup aimée (mais en anglais ça m’a coûté pas mal d’efforts!). En revanche j’ai beaucoup hésité à lire « La route », j’ai failli l’acheter plusieurs fois, et j’ai toujours reculé, car je soupçonnais un peu ce que tu décris ici. Merci pour tes impressions, ça va m’éviter de me faire du mal !

    • florence
      14 décembre 2013

      Oh oui, tu peux t’épargner ça et lire des chefs d’oeuvre plus lumineux !

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