Oliver Twist

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Je n’avais jamais rien lu de Charles Dickens, et j’ai été admirative devant la maîtrise de construction du récit (il n’avait que 26 ans quand il l’écrivit), mais la première surprise a été son style. L’ironie est permanente, et Dickens parvient à relater injustices ou méchancetés pures sur ce mode distancié propre à susciter à la fois révolte et jubilation chez le lecteur. Révolte face à une société d’hypocrisie et de toute-puissance où les plus faibles n’ont aucun droit. Jubilation face à ce ton du narrateur dont l’humour parvient admirablement à se moquer de cette posture droits-dans-leurs-bottes des personnages tout-puissants. Le narrateur fait tout simplement semblant d’être du côté des « méchants » et de les excuser toujours, utilisant les arguments qu’eux-mêmes s’appliquent sans doute pour se donner bonne conscience. C’est tellement énorme que bien sûr cela les ridiculise. C’est d’une grande force, et mené avec grand talent. C’est ce qui fait toute la différence avec le mélodrame larmoyant auquel je m’attendais. L’innocence et le cœur pur d’Oliver, ainsi que l’ironie du narrateur nous empêchent de sombrer dans cet univers noir et cruel décrit sans complaisance. Il existe donc des diamants bruts en ce monde. Ils sont soit héros, soit narrateurs lucides des aventures de ces héros.

 

« – La viande, madame, c’est la viande, répondit Bumble, avec une énergique sévérité. Vous l’avez suralimenté, madame. Vous avez suscité en lui une âme aux tempéraments artificiels, madame, qui conviennent pas du tout aux gens de sa condition ; c’est ce que vous dira la commission, madame, qui pratique la philosophie expérimentale. En quoi que ça regarde les indigents, l’âme et l’esprit ? C’est bien suffisant qu’on leur permette d’avoir un corps en chair et en os. Si vous aviez laissé le petit au gruau, madame, ça serait jamais arrivé.

– Mon Dieu, mon Dieu ! s’exclama Mme Sowerberry, en levant pieusement les yeux au plafond de la cuisine ; voilà ce que c’est que d’être généreuse !

La générosité de Mme Sowerberry envers Olivier avait consisté à le faire bénéficier à profusion de tous les sales déchets dont personne d’autre ne voulait ; il y avait donc beaucoup d’humilité et d’abnégation dans son attitude quand elle accepta volontairement la grave accusation de M. Bumble. Car, pour lui rendre justice, elle en était totalement innocente, par pensée, par parole et par action. »

 

« Bien qu’Oliver eût été élevé par des philosophes, il n’avait pas encore appris la théorie de l’axiome édifiant selon lequel la première loi de la nature est l’instinct de conservation. S’il l’avait connu, peut-être se fût-il attendu à un tel incident. »

 

« Il n’est pas sans intérêt de noter, pour illustrer l’importance que nous attachons à notre propre jugement, et l’orgueil avec lequel nous émettons même nos conclusions les plus téméraires et les plus hâtives, que M. Grimwig, qui n’était pourtant nullement un coeur dur, et qui eût été sincèrement affligé de voir son respectable ami dupé et trompé, espérait cependant avec beaucoup de force et de ferveur à cet instant précis qu’Oliver ne reviendrait pas. »

 

 

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