C’est une drôle de coïncidence, juste après avoir lu Oliver Twist, d’avoir été attirée à la bibli par ce bouquin, sans savoir de quoi il parlait :

 

J’aime beaucoup Melvin Burgess. Il est l’auteur du très connu Billy Elliott, mais j’ai aussi lu de lui Le visage de Sara et Ma vie de chienne. Provocateur et efficace, cet écrivain évite pourtant toujours la facilité, et vise toujours juste, hyper juste.

Ce roman-ci est très intrigant, car il est publié en jeunesse, mais sur le dos du bouquin il est spécifié Ne convient pas aux jeunes lecteurs. On fronce forcément les sourcils, on ne pige pas, et c’est tout le paradoxe de cette toute nouvelle vague de littérature Cross-Age dont Melvin Burgess est le précurseur depuis longtemps… mais bien après Charles Dickens cependant.

Id est : comment parler aux jeunes de la vraie vie sans être choquant (pour les parents) ?

Réponse : avec des petites phrases d’avertissement sur le dos des livres, histoire d’ouvrir le parapluie contre les foudres qui ne sauraient tarder.

Burgess n’en a cure depuis un bon bout de temps, de ces foudres là, et il vit sans parapluie. Il nous livre cette fois-ci un Oliver Twist moderne. On y retrouve exactement les mêmes figures, ainsi que les mêmes événements, à quelques variations près. L’hommage à Dickens est évident, et un pauvre jeune garçon s’appelle même Oliver.

Nicholas Dane, lui, a 14 ans, et sa mère meurt d’une overdose. A partir de ce moment, seul au monde, il va connaître une descente aux enfers d’une brutalité aussi révoltante que dans Oliver Twist, où les personnages adultes sont aussi peu dignes de confiance. Bien sûr, l’époque aide à en dire plus, et Burgess dit ce que Dickens avait sans doute tu, pour ne pas trop choquer (c’était déjà un assez grand scandale). Le personnage d’Oliver, ami de Nick, qui disparaît sans laisser de trace, fait vibrer de façon douloureuse ce non-dit de Dickens.

Une lecture dérangeante, évidemment, mais passionnante également.

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Et à Montpellier il y avait du soleil mais aussi une très belle expo au Musée Fabre, intitulée L’Atelier de l’oeuvre et montrant 500 dessins italiens, de Raphaël à Tiepolo. Je suis toujours très émue par les traits d’hésitation, les retouches, les reprises de ces artistes de génie. J’ai appris aussi l’existence du mot Squizzo (« légère esbauche ou le premier crayon de quelque pensée et de quelque ouvrage qu’on médite de faire.. »), d’où provient bien sûr le mot esquisse. Et ça me plaît, squizzo.

(Ce dernier dessin m’émeut particulièrement… à cause de son côté squizzo !)

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