tout ce que tu dis, mon âne, mon âne…

Publié sur 4 min. de lecture

Ah mais ça c’est certain, et vu comme ça part à mon avis ce n’est que le début, depuis qu’on sait que dans les écoles les enseignants n’ont qu’un seul désir fou, abrutis qu’ils sont par leurs lectures gauchistes et permissives : faire passer aux enfants des messages de transsexualité masturbatoire, en toute logique et comme il se doit il faut enfin lever ce lièvre :  la LITTERATURE JEUNESSE qui pervertit les esprits de nos enfants ! Les auteurs jeunesse ont trouvé ce terreau innocent et manipulable, avec ces armes inouïes d’efficacité que sont l’humour et la fantaisie, pour faire passer leur propagande scandaleusement tolérante et ouverte sur leur monde qu’ils aimeraient imposer, il n’y a qu’à s’y pencher trois secondes (cela n’en mérite pas plus), pour s’en rendre compte. Heureusement, des âmes bienveillantes et en veille – pour nous qui n’allons pas perdre notre temps à lire vraiment ces phrases-poubelle -, nous mettent en garde, par exemple contre le terrible exhibitionnisme que les auteurs jeunesse appellent de leurs voeux : Tous à poil ! Même la maîtresse. Surtout elle, tu parles, cette écervelée, elle est capable de venir toute nue à l’école pour enseigner l’ABC de la débilité. Allez, tous à poil, les enfants ! Il n’y a qu’un pas pour détourner les idées freinétiques, parce que tiens, ça fait longtemps. Tous à poil ! Les maths, ça rentre mieux sans trois couches de vêtements. Tous à poil ! Les collants, ça serre trop et empêche le sang de monter au cerveau. Tous à poil ! Et on sera tous tellement plus égaux, sans marque extérieure de richesse ou de pauvreté. A poil pour qu’on coupe les zizis et recouse les zézettes, tiens ! Evidemment ! C’est là qu’on veut en venir : TOUS PAREILS. Moi je ne mets plus mon fils à l’école, c’est fini, des fois qu’il en revienne tout nu, sans zizi, traumatisé par des adultes irresponsables et hyperpermissifs, un livre de littérature jeunesse aux idées contemporaines à la main.

C’est qu’on a PEUR, nous, comprenez…

Soyons sérieuse. Dans un monde où le second degré brûle décidément vraiment beaucoup, mieux vaut être claire, aussi claire que ceux qui attaquent. Je ne suis pas sujette aux coups de gueule et je les évite en général, mais là je sens un courant qui s’amplifie et devant lequel je ne peux pas rester muette. Je vois des auteurs jeunesse attaqués, aux livres qu’on n’a même pas lus, avant d’en détourner l’essence. On ne s’aventure même plus à trouver ridicule la saillie d’un homme politique contre un album pour enfant drôle, décomplexant et à l’encontre d’une imagerie rigidifiée de la nudité. Tant de gens sont prêts à y voir un simple appel à saper l’autorité des adultes en les ridiculisant (cette nudité si ridicule)… Je vois un repli sur soi-même et une porosité incroyable face aux rumeurs les plus folles de complot et de perversion de la jeunesse. Je vois l’utilisation très intelligente (maline, ai-je envie de dire), très construite, très réfléchie de LA PEUR, ce sentiment toujours si bien utilisé pour faire avaler des idées de haine et d’autodafé.

Et je vois en face des dirigeants d’une inculture flagrante (ou étudiée ? cela serait encore plus triste) dans les domaines investis et très bien connus, a contrario, par ceux qui les dénoncent en les détournant habilement. Tant que certains de nos dirigeants ne se formeront pas sérieusement et avec intérêt à ces domaines que sont l’enseignement, l’enfance, et ne liront pas enfin les études passionnantes sur le genre qui prouvent bien qu’aucune théorie dans le domaine n’existe, qu’aucune application dans le réel n’existe – ce sont seulement des réflexions sur comment les gens vivent – tant que cet effort ne sera pas fait, en face ils seront très forts, appliqués à tourner en inculture leur très grande culture, à placer des oeillères très opaques sur le front des gens, à construire des forteresses autour de l’esprit des enfants, dans le seul but de rallier une majorité à leur cause élective. Car l’accusation de bêtise ne fonctionne en aucun cas, au contraire. Il ne faut pas sous-estimer ceux qu’on ne peut pas faire autrement que de dénommer l’adversaire, et j’ai le sentiment que c’est ce qui arrive en ce moment. C’est en cela qu’existe l’hyper-permissivité coupable et qui laisse un champ très large, abandonné par ceux qui devraient le défendre, tout prêt à être conquis par les autres. L’esprit critique se perd dans tous les camps. Le ressac continue, sans entrave dans sa route réactionnaire. Et attention, la chasse aux boucs émissaires est ouverte.

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Et connaissez-vous cette comptine que l’on chantait, enfant, quand quelqu’un paraissait nous attaquer, ou simplement se défendait ? On lui renvoyait l’insulte ressentie avec ces mots un brin lâches et paresseux:

Tout ce que tu dis, mon âne, mon âne,

tout ce que tu dis, mon âne le redit.

Miroir incassable !

De quoi devenir fou lorsqu’on est devenu adulte et qu’on se retrouve encore face à cette répartie infantile. Préparez-vous…

Lire aussi une réaction de Gaël Aymon, collègue auteur jeunesse, et l’appel de l’Association des Libraires de France, publié le mardi 11 février, ainsi que l’intervention de Mélanie Decourt, éditrice de Talents Hauts, sur Europe 1, le lundi 10 février (à peu près à partir de 13min30).

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En attendant, nous avons bien ri et beaucoup discuté avec Jo Witek, la super-libraire Sylvie (librairie L’eau Vive), mais aussi les enseignants du collège des Oliviers de Nimes. La légèreté est une belle parade, aussi, contre la pesanteur de ce système.

Voilà quel était le sujet de l’évènement :

flyer

Pas-sion-nant.

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2 Commentaires
  • Anne Poiré
    11 février 2014

    Bravo pour cette analyse de la chasse aux boucs émissaires. Avec humour et justesse, avec colère et pensée fine, avec les filles comme avec les garçons, et même avec ceux qui ne veulent pas toujours ressembler à ce que les ânes voudraient leur imposer…

    • florence
      11 février 2014

      Merci, Anne ! Bises à toi, et soyons plus forts que les ânes !

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