On se sentirait comme une pomme cézannienne, tout aussi imparfaitement ronde, et tout aussi intranquille, pourtant posée, et pleine. Ce serait une forme de rêve.

(Voyez la différence avec une pomme de Claude Monet, tout en sérénité sans plénitude – on ne sent pas leur poids, on ne les voit pas posées, elles pourraient s’envoler :

Rien à voir.)

On se dirait que seule l’honnêteté permet quelque point de contact, et je parle là de vie tout autant que d’écriture. Si l’on est honnête, même et surtout imparfait, voire instable, tout en courbes imprévues, on risque de pouvoir toucher. Et dès lors que l’on touche quelques humains, on peut prétendre à une forme d’universel, et – pourquoi pas ? – prétendre faire de la littérature.

On se rassure ainsi lorsqu’on voit ce qui nous attend, et que l’on désire accomplir. Lorsqu’on se sent si peu capable, si faillible, et si peu talentueux pour ceci ou pour cela. Pas de fausse modestie, on sait où se situe notre talent, qui s’il était absent nous aurait fait changer de désirs depuis longtemps. Mais un talent n’est pas du génie, et les failles sont nombreuses. Quelques vers dans le fruit. Quelque trous à combler. Il y a encore un mystère à résoudre, une interrogation narrative essentielle. Il s’agit moins de savoir qui nous sommes que de savoir comment le dire. En trouvant le comment nous rencontrerons un peu du quoi – sachant que le comment a été guidé par le quoi, de façon tout à fait inconsciente. Nous le rencontrerons un tout petit peu. Ce sera déjà ça.

Imperfection rondeur en équilibre. Rêveries à limiter (ne pas confondre avec les rêves, nécessaires). Il faut rester à terre. Fuir et oublier les êtres qui nous font du mal et nous détournent du travail. Se rapprocher de ceux qui nous encouragent, quelle que soit la manière – ce peut être juste un geste, un sourire. On sent bien qu’une solution est par là. Les humains aussi. J’arrive.

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4 Commentaires
  • Pascale M.
    17 mai 2013

    « Fuir et oublier les êtres qui nous font du mal et nous détournent du travail »… Je voudrais bien. je vais essayer. Bises.

  • Sylvie Baussier
    17 mai 2013

    Coucou Florence, c’est toujours un plaisir de te lire, de contempler avec toi ces pommes et leur épaisseur ou leur légèreté, de voir le chemin que tu traces brillamment, en douceur… A bientôt j’espère!

  • florence
    17 mai 2013

    Merci chère Sylvie ! Oui j’espère vraiment à très bientôt (difficile parfois de faire de belles connaissances sur des salons, trop brièvement, et de ne pas savoir quand on va se revoir…). Enormes bises

  • florence
    17 mai 2013

    Pascale, kicéki te détourne du travail, le méchant ! Hélas, y’en a toujours sur nos chemins… On est les plus fortes, heureusement 😉

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