reflétée (Nancy Huston)

Publié sur 4 min. de lecture

et puis dans le train j’ai lu ceci :

Reflets dans un oeil d’homme, de Nancy Huston.

Cette lecture m’a tour à tour enthousiasmée et agacée.

Agacée car Nancy Huston, dont je n’ai lu aucun roman, m’a semblé manquer de rigueur et d’objectivité en tant qu’essayiste. Assez gravement, d’ailleurs, ce qui dessert beaucoup son propos. La démarche m’a paru manquer d’honnêteté intellectuelle, par moments. Elle veut démontrer quelque chose, et s’emploie à le faire à toute force, convoquant son expérience personnelle, ainsi que celles de quelques personnalités (dont elle interprète la vie de façon subjective), ainsi que des témoignages de ses ami(e)s. Raccourcis et généralisations abusives foisonnent, malgré la citation d’études et de livres censés apporter une caution scientifique à son propos.

Mais enthousiasmée tout de même, exactement comme lorsque j’avais lu La saison de mon contentement de Pierrette Fleutiaux (qui ne parlait que de ses ressentis à elle, ce qui rendait ses analyses plus honnêtes et donc recevables que celles de Nancy Huston). Enthousiasmée car, tout comme Pierrette Fleutiaux, elle est d’abord romancière, justement, et non seulement la lecture de son livre est passionnante, on ne parvient pas à le lâcher, mais en plus son regard est particulier, aigu, personnel et au plus près de l’âme humaine.

J’ai lu ces deux livres avec le même soulagement, car, pour la première fois, des féministes contemporaines adoptaient un discours qui me convenait, dans lequel je me reconnaissais.

Nancy Huston énonce des faits qui, pour des raisons qu’elle dissèque très bien, ne sont jamais dits. Elle dénonce l’idéologie féministe dominante, qui comme toute idéologie nous étouffe et empêche de voir l’évidence (la raison pour laquelle, bien que je sois féministe, manifestement, je rechigne toujours à me qualifier de telle est là : je ne veux pas être assimilée à cette idéologie, que je méprise). Dernièrement un magazine en ligne a chroniqué Ligne 15 en rangeant ma série sous le titre littérature jeunesse et idéologie ; j’en ai été mortifiée, en colère, et pas sûre du tout au final que mes bouquins aient bien été lus par le chroniqueur, car comment, sinon, comprendre cela de mes romans ?

Enfin, avec ces deux romancières, capables de comprendre que tout n’est pas figé, capables de se poser à l’écart du délire égalitaire, je peux affirmer haut et fort mon féminisme : le leur.

Nancy Huston parle de choses que j’ai conscientisées depuis longtemps (pourquoi moi je l’ai conscientisé plus que, de façon très évidente, la majorité de mes contemporaines, je ne le sais vraiment pas, ou peut-être qu’au contraire je pourrais le raconter, et peut-être que je ne cesse pas, au fond, de le raconter), choses dont je parle sans cesse dans mes livres, surtout dans Ligne 15, mais aussi dans A toi, dans Théa pour l’éternité à paraître bientôt, étonnée, toujours très étonnée, que personne ne paraisse voir les éléments importants que j’y glisse (l’urgence du désir masculin dans Toutes les filles de la Terre, la scène dans le palais des glaces dans Plus belle tu meurs, etc…). Nancy Huston explique très bien pourquoi peu de gens peuvent le voir. Cela nous est caché de façon massive et très cynique…

Il faut en prendre conscience pour enfin pouvoir travailler efficacement vers une meilleure vie ensemble. Il faut lire ce livre, malgré ses défauts, peut-être obligés. Car je crois qu’elle a raison, profondément raison.

Extrait, en toute fin du livre :

« En d’autres termes, on doit certes faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atténuer certaines différences entre les sexes ; mais pour y parvenir il faudrait mettre les hommes à l’école des femmes et pas seulement l’inverse.

Et puis… il n’y a pas que les lois et les luttes, le militantisme, les bagarres, les droits arrachés, les victoires dans les statistiques. Au cours du XXe siècle sont advenues en Occident – c’est l’un des acquis les plus importants de l’émancipation féminine – de nouvelles formes d’interaction entre les sexes : l’amitié, la solidarité, la complicité dans le travail, la coopération à l’école… Ces rapports-là ne peuvent être légiférés, mais sont également susceptibles d’évoluer de manière créatrice.

Plus il y a de jeu dans cette affaire, mieux cela vaudra. »

 

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4 Commentaires
  • Gaël
    6 juin 2012

    Tu te doutes bien que je souscris aux extraits que tu as choisis tout comme à ce sentiment de mortification quand on range mes livres dans le rayon « Idéologie » (qui sonne comme « Propagande »). Ou quand on me demande avec inquiétude comment les enfants réagissent à mes histoires, comme s’ils devaient nécessairement les percevoir comme des pamphlets engagés et non comme des récits. Ou encore quand des gens très au fait des questions féministes lèvent les yeux au ciel avec agacement lorsque j’évoque la nécessaire réflexion à mener également sur le masculin dans la littérature jeunesse. Je vais peut-être essayer Huston alors…

  • florence
    6 juin 2012

    Eh oui on se heurte vraiment à tout ça (je crois que toi comme moi ne sommes pas des « féministes » tels que l’entendent la plupart des gens). Essaie donc Huston, oui, d’ailleurs ça m’intéresserait beaucoup de savoir ce que pensent les hommes de son point de vue.

  • Gaël
    7 juin 2012

    Je vais lire ça et te donner, à défaut de celui « des hommes », mon avis (d’homme) 😉

  • florence
    7 juin 2012

    C’était aussi un message subliminal pour inciter d’autres hommes à le lire !

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