Une correspondance qui s’éteint, c’est comme un arbre qui meurt. C’est un peu de la conscience universelle qui disparaît en même temps que cette conscience intime qui s’exprime au travers des échanges. Les mots bruissent comme des feuilles sous le vent. Ce temps que l’on prend pour penser à l’autre durant l’écriture de soi et du monde autour… L’inconscient qui s’y exprime, au travers des mots choisis ou jaillis des âmes. Tristesse infinie que ce temps s’annule. Encore plus triste qu’on y mette fin de façon volontaire. Mais que faire contre les contraintes de la vie, cette vie qui priorise sans cesse au risque de tuer le plus ténu ? L’éternité y perd sa consistance, ainsi que bon nombre de ses flux. Une sorte d’échange meurt, amical, professoral, ou filial, les bulles éclatent lorsqu’elles ne contiennent plus que deux personnes, lorsqu’elles ont toutes les chances du monde de ne pas sortir de cette bulle (devenir célèbre au point que sa correspondance soit publiée n’est que peu probable, voire peu souhaitable), et lorsque cette bulle n’a pas d’autre vertu ni d’autre raison d’être que le partage, le soutien et l’écoute. C’est la fin d’une forme de secret. Peut-on en inventer d’autre, qui ne prenne pas de temps, qui n’ait pas l’audace de mobiliser une autre âme ne serait-ce que sur une infime partie de ce temps si précieux de nos jours, aux partitions soigneusement distribuées ?  Peut-on se passer de secret (cette liberté) ? On ne le peut pas. Ce sera alors une poupée cachée dans un grenier, ou bien l’enterrement d’un oiseau, à l’insu de tous, sauf peut-être de quelques animaux, de l’air, des fleurs et de la terre. Une correspondance avec les éléments, avec les signes du monde. Une sorte d’amour est aussi tué à petit feu, un amour qui se joue du proche et du lointain, qui s’écrit en le vivant, qui s’écrie qu’il vit, qui se vit en l’écrivant, qui redouble la vie, qui redouble l’amour. La tristesse sera-t-elle aussi éternelle que le lien ? Le lien sera-t-il oublié ou dilué dans l’éternité ? On le craint. On apprend à l’accepter. On vit avec son temps. Mais souvent on résiste car notre foi est grande, on espère, on croit, et on se prend à aimer le silence. A l’écouter. Il dit beaucoup de choses.

 

On adopte une posture non dénuée de plaisir : philosophe, dans les méandres et lumières de ses pensées solitaires.

Mais nous n’avons pas encore l’âge de nous terrer longuement dans ces pensées. La saison ne s’y prête pas. La vie nous appelle dans le monde. La vitesse de l’existence, l’intensité des amours si denses qu’elles n’ont pas besoin de s’écrire – leurs étreintes rejoignent l’éternité -, l’ouverture vers l’extérieur et les rencontres se chargent de la joie. Les mots seront dans les livres, la littérature étant une forme de correspondance, étrangement lente et vive tout à la fois.

(Être libérés de l’attente d’une lettre, ou d’un mail faisant office de, pourra être une liberté illusoire, elle ne sera réelle que si nos nouvelles attentes sont tout entières tournées vers la vie, vers l’autre, vers son vrai soi).

 

(Que la force de Vermeer et de Rembrandt soit avec vous)

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2 Commentaires
  • Pascale
    7 janvier 2013

    J’ai hésité à t’envoyer une carte de voeux par la poste (oui, je fais ça, encore, car ma foi est grande), je ne l’ai pas fait, au prétexte que nos échanges se sont toujours fait via le net. J’aurais dû.

  • florence
    7 janvier 2013

    Mais ça peut être bien via le net, aussi ! Je n’ai pas forcément une nostalgie de la lettre papier, mais une nostalgie du temps que l’on prenait pour s’écrire. Bises et encore bonne année !

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