« conséquences des statistocs » : un délire comme un autre

Il l’a lu ici ou là, assez incrédule. Certains logiciels comptent tous les clics et d’autres uniquement les visites uniques, d’autres comptabilisent tous les spams, spiders, crawlers et autres bebêtes robotiques, et d’autres non, certains comptabilisent les pages vues et d’autres non, certains comptent les hits sur les fichiers et d’autres non… L’anxieux du Netomat ne peut compter sur rien. Seule la progression linéaire des chiffres pourrait le rassurer (si elle progressait effectivement). Il ne sait pas, ne peut pas savoir quelle réelle activité humaine grouille ou se disperse sur son blog/site/slog. Il est très probable que, dépité, au seuil de la mort sociale, solitaire et perdu, il finisse par se congratuler d’être visité par des robots. A bien y réfléchir, c’est même du tout dernier cri, ces visites un peu SF. Mais il oubliera vite leur nature. Un clic est un clic. Il finira par annoncer le chiffre effarant et déshumanisé, s’en pourlèchera et attendra les félicitations (les récompenses, peut-être !) avec une gourmandise non feinte. Aussi fier qu’un auteur de best-seller, il trônera sur du vent, s’y laissera emporter. Ses articles de blog seront de plus en plus enjoués, assurés, spirituels peut-être. Grisé par le succès, il n’osera plus sortir dans la rue, de peur d’être trop souvent abordé. Bardé de statistiques, de chiffres réjouissants, de commentaires rares mais si admiratifs, il apprendra combien le talent éloigne et fait peur. Il fermera les commentaires. Il faut se protéger, et se rendre inaccessible tout à la fois. Il a tout appris. Sait tout. Et méprise ceux qui ne savent pas. Humble (et pauvre, d’ailleurs), il tente quand même de tout leur expliquer sur tous les forums, partout, tout le temps. La polémique le fait jouir. Il voudra surfer sur cette vague, se couler dans le vrai monde, faire des livres (gagner des sous ?). Les éditeurs ignorants ne reconnaissant pas son talent, il les vouera aux gémonies, souhaitera leur disparition, pestera contre les règles obsolètes du droit d’auteur, ce droit sectaire et séculier, et signera des pétitions pour le tout-numérique, la vraie liberté, un monde sans éditeur, un monde avec lui, pour lui, par lui, et qui le nourrira.

Ainsi que les robots.

 

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