« conséquences des statistocs » : un délire comme un autre

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Il l’a lu ici ou là, assez incrédule. Certains logiciels comptent tous les clics et d’autres uniquement les visites uniques, d’autres comptabilisent tous les spams, spiders, crawlers et autres bebêtes robotiques, et d’autres non, certains comptabilisent les pages vues et d’autres non, certains comptent les hits sur les fichiers et d’autres non… L’anxieux du Netomat ne peut compter sur rien. Seule la progression linéaire des chiffres pourrait le rassurer (si elle progressait effectivement). Il ne sait pas, ne peut pas savoir quelle réelle activité humaine grouille ou se disperse sur son blog/site/slog. Il est très probable que, dépité, au seuil de la mort sociale, solitaire et perdu, il finisse par se congratuler d’être visité par des robots. A bien y réfléchir, c’est même du tout dernier cri, ces visites un peu SF. Mais il oubliera vite leur nature. Un clic est un clic. Il finira par annoncer le chiffre effarant et déshumanisé, s’en pourlèchera et attendra les félicitations (les récompenses, peut-être !) avec une gourmandise non feinte. Aussi fier qu’un auteur de best-seller, il trônera sur du vent, s’y laissera emporter. Ses articles de blog seront de plus en plus enjoués, assurés, spirituels peut-être. Grisé par le succès, il n’osera plus sortir dans la rue, de peur d’être trop souvent abordé. Bardé de statistiques, de chiffres réjouissants, de commentaires rares mais si admiratifs, il apprendra combien le talent éloigne et fait peur. Il fermera les commentaires. Il faut se protéger, et se rendre inaccessible tout à la fois. Il a tout appris. Sait tout. Et méprise ceux qui ne savent pas. Humble (et pauvre, d’ailleurs), il tente quand même de tout leur expliquer sur tous les forums, partout, tout le temps. La polémique le fait jouir. Il voudra surfer sur cette vague, se couler dans le vrai monde, faire des livres (gagner des sous ?). Les éditeurs ignorants ne reconnaissant pas son talent, il les vouera aux gémonies, souhaitera leur disparition, pestera contre les règles obsolètes du droit d’auteur, ce droit sectaire et séculier, et signera des pétitions pour le tout-numérique, la vraie liberté, un monde sans éditeur, un monde avec lui, pour lui, par lui, et qui le nourrira.

Ainsi que les robots.

 

6 Commentaires
  • Pascale
    février 21, 2012

    Florence, excellent ton article; il mérite des milliers de visites, je le partage sur FB ! Sans blague !
    Ton texte m’a d’autant plus fait marrer qu’il y a quelques semaines, il m’est arrivé exactement ce que tu décris: non, je n’ai pas pris le melon, mais j’ai vu avec incrudélité quelques vieux messages de mon blog être soudain visités avec ferveur et régularité. J’ai vite compris, hélas, que ce n’était pas dû à leur écriture percutante et leur finesse d’analyse (quoique…) mais à la persévérance aveugle de quelques robots.
    A part ça, OK pour l’apéro dînatoire jeudi.

    • florence
      février 21, 2012

      Merci ! Chouette ! OK !
      (Réponse automatique du robot n°354 du blog wp La Petite Mécanique).

      Meuh non même pas vrai ! (écrire de la SF me tape sérieusement sur le système)

  • Gaël
    février 23, 2012

    Moi aussi j’ai partagé! Et j’y suis revenu plusieurs fois (non ce n’était pas un robot!), vraiment intéressé d’avoir également un son de cloche un peu dissonant dans le concert enthousiaste qui nous pousse, auteurs, vers « le tout-numérique, la vraie liberté, un monde sans éditeurs ».
    Robot GA1973noreply

    • florence
      février 23, 2012

      Oui je suis assez critique face à ça, comme tu l’as compris. Je n’ai aucune envie de me transformer en éditeur, et si on se passe d’éditeur « grâce au » numérique, il faudra forcément faire une partie de son boulot (promotion, vente, récolte d’argent comme un marchand, ce qui n’est déjà plus en droits d’auteur et cela, ça a l’air de ne choquer personne…). Moi, très paresseusement, (ou de façon aussi un peu politique), je désire vraiment ne faire qu’écrire.
      Et puis j’ajoute que j’aime vraiment le travail avec les éditeurs, qui sont quand même encore les garants d’une certaine qualité. Je frémis à l’idée de ce que j’aurais aimé voir être publié à mes débuts. Je suis très heureuse que certains de mes textes aient été refusés dans l’état où ils étaient. Cela ne signifie pas que de bons textes n’ont pas encore du mal à trouver éditeur, hélas, pour des raisons normatives imbéciles. Cela ne signifie pas non plus que nous devons cesser de nous battre pour que nos contrats numériques soient plus réfléchis. Mais tout cela doit être discuté avec les éditeurs, pas sans eux, selon moi.

  • Gaël
    février 23, 2012

    Un autre sujet sur lequel nous sommes d’accord.

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