je suis un écrivain

Publié sur 5 min. de lecture

Ca fait un petit moment que j’ai envie d’éclaircir ça. Ce truc bizarre. Mais oui, vous savez bien ! Tenez, demandez à un écrivain pour la jeunesse ce qu’il fait dans la vie. Vous aurez 98% de chance qu’il vous réponde : je suis auteur jeunesse. Demandez la même chose à un écrivain de littérature générale (on appelle comme ça le domaine où les livres ont un personnage principal de plus de 20 ans), vous aurez 100% de chance qu’il vous réponde : je suis écrivain. Il était grand temps de mener une enquête pour comprendre « ce truc » vraiment bizarre.

Commençons par définir ces deux termes. Auteur et écrivain.

Pour « auteur », Larousse donne ceci :

  • Personne qui est à l’origine de quelque chose de nouveau, qui en est le créateur, qui l’a conçu, réalisé ; initiateur, inventeur : L’auteur d’une découverte.
  • Personne qui a accompli une action, à qui l’on attribue la responsabilité d’un acte répréhensible ou dommageable ; instigateur, agent : Quel est l’auteur de cette farce stupide ?
  • Créateur d’une œuvre didactique, littéraire, artistique, etc. : L’auteur d’un film.
  • Personne qui fait profession d’écrire, homme ou femme de lettres ; écrivain : Un auteur à succès.
  • Œuvre ou ensemble des œuvres d’un écrivain : Relire les auteurs du XVIIIe s.
  • Personne de qui une autre (l’ayant cause) tient un droit ou une obligation.
  • Personne qui a commis une infraction ou une tentative d’infraction en exécutant les actes matériels qui la révèlent

Pour « écrivain » :

  • Personne qui compose des ouvrages littéraires.
  • Autre nom de l’eumolpe.

Alors là, évidemment, on perd quelques secondes à comprendre ce qu’est l’eumolpe, et on tombe sur ça :

  • Genre d’insectes coléoptères dont une espèce, l’eumolpe, est nuisible à la vigne et dont la larve ronge les racines.

31-eumolpe-de-la-vigne

(Ceci est un écrivain)

Il est permis de se demander si l’écrivain pour la jeunesse ne rejette pas le terme d’écrivain à seule fin de ne pas être comparé à un insecte nuisible. Ca se comprendrait (et d’ailleurs j’aimerais bien savoir qui a donné cet « autre nom » à ce coléoptère).

Mais réfléchissons plus avant. Un auteur, c’est donc avant tout « celui qui crée », et ce terme s’emploie pour d’autres créateurs que l’écrivain. Par exemple un illustrateur pour la jeunesse est aussi un auteur jeunesse. Et un écrivain de littérature générale est aussi un auteur (qu’on prononce alors « ôôteur » – mais là je suis mauvaise langue – ça a une langue les eumolpes ?). On sent bien l’idée de responsabilité dans ces définitions de l’auteur. On porte les conséquences de notre acte de création. Comme à chaque fois qu’on accomplit un acte, quoi (comme ronger des racines, si l’envie nous en prend).

Il y a cette définition intéressante : auteur = « personne qui fait profession d’écrire ». Le terme « profession » ne se retrouve pas dans la définition d’écrivain. Ainsi, on pourrait penser  que « auteur » reflète davantage un statut social (on cotise à l’AGESSA, la sécurité sociale de tous les artistes auteurs, qu’ils soient dans le domaine audiovisuel, musical ou littéraire), quand « écrivain » introduit une précision sur son activité (son rôle), que d’ailleurs certains écrivains n’exercent pas de façon professionnelle, mais ne brouillons pas les cartes… Bon avouez qu’on retombe dans le bizarre, quand on songe à cela : si vous demandez par exemple à un prof ce qu’il fait dans la vie, il ne vous répondra pas « fonctionnaire » (son statut social), mais « enseignant » (son rôle).

Alors pourquoi diable l’écrivain pour la jeunesse s’entête à ne pas se définir par son activité, mais uniquement par son statut ? Pourquoi est-il si peu précis, au risque qu’on le prenne pour un illustrateur ? (ce qui serait flatteur, mais faux, sauf s’il fait les deux).

J’ai une théorie, qui n’engage que moi : en réalité l’écrivain pour la jeunesse, si ça se trouve, n’écrit pas toujours. Ptête bien que parfois ces bouquins voient le jour par magie, en y pensant juste très fort, ou amenés par miracle dans le bureau de l’auteur par une colonie d’eumolpes, ou alors ils s’écrivent au moyen d’une plume ensorcelée, mue simplement par l’idée première de l’auteur…

Trêve de plaisanterie, on connaît tous la raison de cette bizarrerie : en France, le terme d’écrivain est auréolé d’une telle aura, et les écrivains pour la jeunesse ont une si basse estime d’eux-mêmes qu’ils ne sont eux-mêmes pas sûrs d’en être, des écrivains. Paradoxe : ces mêmes écrivains si peu sûrs d’en être non seulement n’ont aucun mal à prétendre faire de la « littérature » jeunesse, mais en plus grossissent sans faiblir les rangs de la lutte légitime pour obtenir les mêmes droits que ceux qui n’hésitent pas, et avec raison, à se dire écrivains (ceux de la litté générale, vous me suivez ?).

Avertissement salvateur (en direction de ceux qui me regardent avec l’air de dire « mais pour qui elle se prend celle-là ? », quand je dis que je suis écrivain) : se dire « écrivain » ne signifie pas automatiquement « bon écrivain ». On peut être un mauvais écrivain. On n’en est pas moins écrivain. Fait-on alors de la littérature ? (définition de « littérature » : Ensemble des œuvres écrites auxquelles on reconnaît une finalité esthétique). Pfiou, c’est un autre débat. Mais on en aurait bien besoin, nous les écrivains avec des héros de plus ou de moins de 20 ans.

Je me réserve cette réflexion pour plus tard, ainsi que toutes celles concernant la féminisation d’auteur ou d’écrivain, ou d’eumolpe, question importante mais pour laquelle je n’ai pas d’avis tranché. Dans les trois cas c’est de la haute voltige, et accordez-moi une cascade après l’autre, s’il vous plaît (mais non, on ne dit pas « auteuse » ;-)).

Perisesarma-eumolpe

(ceci est une femme de lettres)

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