littérature monstresse

Publié sur 3 min. de lecture

Parfois, je me demande si je suis bien normale : j’éprouve un plaisir extraordinaire à lire des romans qui s’adressent aux 8-12 ans. Les romans pour grands ados, ça se comprend mieux, on les appelle d’ailleurs jeunes adultes, et cela se rapproche assez de la littérature dite générale. Mais pour plus petits, il faut être sacrément… tordue ? immature ? auteure pour la jeunesse ?

Attention, je parle de bons romans pour enfants.

Et donc, comme j’avais adoré Kiss, voilà à quoi je me suis régalée dernièrement :

Et sa suite :

J’adore Jenny B et son caractère bien trempé ! Scène d’anthologie que n’auraient pas laissé passer beaucoup d’éditeurs : le coup du défi de la culotte. J’ai admiré l’audace, dont la suggestion sexuelle est, qui plus est, parfaitement assumée. Moi je dis : bravo.

Jacqueline Wilson, c’est toujours une surprise : d’abord un style plat au possible, que l’on pense abandonner dès la troisième page, sauf qu’elle sait nous happer à la deuxième. Ce non-style est d’ailleurs un atout qui me fait beaucoup réfléchir sur ce qui me tarabuste depuis un moment : comment faire parler un enfant en littérature ? Je n’ai pour l’instant entrevu que deux solutions : soit celle d’Howard Buten, formidable, mais qui s’adresse alors plutôt aux adultes, soit celle de Jacqueline Wilson, qui s’adresse clairement à des enfants (et à des adultes comme moi !). D’ailleurs, lorsque je relis mon journal écrit vers 10 ans, je retrouve cette manière d’écrire, plate mais enjouée, hyper-conventionnelle mais déroutante, et surtout escamotant étrangement l’essentiel (ou du moins ce qui à nous adultes nous paraît essentiel). Buten se glissait dans les pensées d’un enfant, il était toutes-sensations, Wilson écrit comme écrirait un enfant et convoque donc ses compétences acquises dans le domaine de la langue, et toute son intelligence, en tout cas plein de méta-trucs un peu froids voire superficiels. Ce n’est pas du tout, du tout la même chose. Cela pose d’ailleurs un problème éthique majeur : en littérature pour la jeunesse, on ne pourrait ainsi faire parler (faire écrire) que des gamins qui savent écrire, ou à la pensée hyper-structurée (ce en quoi je ne crois pas du tout). Et c’est d’ailleurs le cas, et c’est ce qui me dérange suffisamment pour que je n’aie plus fait “parler”, dans un roman, d’enfant de moins de douze ans depuis un certain temps : en littérature pour la jeunesse, tous les personnages enfants sont bien insérés dans la société et/ou très intelligents. A se demander d’ailleurs si les bouquins pour enfants ne s’adressent pas qu’à des enfants déjà hyper-institutionnalisés, et/ou à la tête bien faite. Moi, j’aimerais bien m’adresser aux autres (hé ho, me rétorqueraient les éditeurs : ceux-là n’achètent pas de livres. Grmpf).

Du coup, j’ai fait parler un chat.

Mais je vous avoue que la manière de Jacqueline Wilson me titille assez, me fait pas mal réfléchir. Un mélange Wilson-Buten ? Oui, je vous l’accorde, ça paraît assez monstrueux… Mais ça mérite d’y réfléchir.

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4 Commentaires
  • Jane Singleton Paul
    19 mars 2012

    Eh bien, si tu n’es pas normale, moi non plus, je ne suis pas normale ! J’adore les romans 8-12 ans. Ton billet de blog m’a fait plaisir.
    Bisous de loin ! Jane

    • florence
      19 mars 2012

      Coucou Jane, ça me fait plaisir un petit mot de toi de loin-loin ! Et puis nous ne sommes certainement pas si anormales que ça, allez. Bises.

  • Pascale
    21 mars 2012

    Tu poses un problème très intéressant. Je pense qu’on pourrait essayer de chercher des exemples de narrateurs enfants à travers la littérature et qu’on en trouverait quelques-uns mais ce n’est pas évident : pour s’en tenir aux classiques, “Huckleberry Finn” de Mark Twain ou “L’île au trésor” de Stevenson ont des narrateurs enfants, mais dans des styles très différents. Il y a des romans contemporains aussi, par exemple “les instructions” de Levin, mais le héros narrateur correspond comme tu le dis au cas du gamin hyper intelligent.

    • florence
      21 mars 2012

      Je ne connais pas Levin, je vais m’y intéresser. Tu m’as offert aussi récemment Extrêmement fort… qui est intéressant, aussi, au niveau de la langue et de la structure, il y a une recherche de vérité, mais c’est encore un gamin précoce ! Et cela s’adresse aux adultes. En littérature jeunesse, la tranche 8-12 ans pose ce problème de façon très forte, d’autant que c’est à cet âge-là que les enfants lisent le plus, disent les statistiques.

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