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Vous regardez écrire

Outils pour auteurs et autrices

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Entre deux sessions d’écriture de romans et deux lectures, j’ai souvent un besoin étrange et irrépressible : me reposer du monde des idées et de la création avec des activités rassurantes, à savoir manipuler des chiffres ou du code. C’est le moment que je vais choisir pour faire des mises à jour compliquées sur mon blog, ou bien pour plonger avec délectation dans la confection de tableaux excel qui rendent le monde simple, clair et tangible.

L’utilité immédiate et concrète de ces outils me raccroche à la réalité matérielle du monde. La Vie Matérielle, c’est aussi cela, aussi bien que cuisiner, faire les courses, aider les enfants à faire leurs devoirs… Et partager ces outils a du sens, comme partager les fiches de ses meilleures recettes de cuisine. A quoi sert la vie matérielle si ce n’est pour vivre mieux ensemble ?

C’est ce que je choisis d’appeler la Boîte à outils, qui sera toujours disponible ici, sur mon blog. J’ai confectionné 2 outils, où j’ai injecté des années de tentative de compréhension juridique et fiscale des droits d’auteur et d’autrice. C’est d’une telle complexité que mettre tout cela en tableaux m’apaise un peu.

Le premier outil permet de calculer ses droits d’auteur ou d’autrice en brut ou en net en fonction des ventes, et de connaitre ce que vous rapporte un livre vendu suivant les paliers… Les zones en bleu sont celles que vous devez renseigner. Des résultats de cet outil-là je suis à peu près sûre, même si je ne suis évidemment pas à l’abri d’une erreur. Il est très, très utile au moment de négocier un contrat, parce que longtemps j’ai accepté des conditions dont je ne me rendais absolument pas compte des conséquences futures, en monnaie sonnante et trébuchante. Je le conseille également à tout autre membre de la chaîne du livre, pour se rendre compte du gain réel (net) des auteurs et autrices suivant les ventes d’un ouvrage. Personnellement j’adorerais bénéficier d’un tableau similaire concernant chaque maillon de la chaîne, pour la transparence.

(Bon cet outil intègre aussi un peu de science-fiction, comme un 4e palier rarement proposé, car les tableurs excel, sachez-le, comprennent une part de rêve et c’est en cela qu’ils sont beaux).

Le second outil c’est Mon outil magique perso pour calculer son revenu imposable et/ou comparer les différents statuts fiscaux possibles pour un auteur ou une autrice (il y en a 4 : Traitements et Salaires au forfait, Traitements et salaires aux frais réels, micro-BNC, BNC déclaration contrôlée). La situation fiscale des auteurs et autrices baignant dans un flou artistique (ah ah) assez scandaleux il me semble, et même les comptables les plus au fait ne sachant s’avancer de façon sûre sur très peu de choses, prenez cette interprétation chiffrée que je vous livre avec de grosses pincettes. Ce flou montre à quel point on a besoin d’un véritable statut aux contours mieux définis. Enfin cet outil peut quand même servir à comparer les différents statuts. Suivant son cas propre, on préfèrera l’un ou l’autre… Et attention pour faire son choix il faut prendre en compte beaucoup d’autres données, pour la CAF, les assurances, les aides sociales etc (il semblerait qu’une bonne âme de La charte des auteurs et autrices jeunesse soit en train de vous concocter un comparatif complet : may the force be with him).

En tout cas je crois que cet outil magique a le mérite de défricher les choses pour des auteurs et autrices qui pataugent, débutent, baignent en pleine phobie administrative (à ce que je constate : la majorité). A vous tous et toutes, je dis : Courage ! Et puissent mes humbles outils vous aider un peu.

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sculpture du texte

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Aveu : j’adore retravailler mes romans, d’après les remarques de mes éditrices ou éditeurs. Je n’ai connu qu’un seul cas où ce fut difficile, c’était pour Nos éclats de miroir, qui pour moi était une matière brute déjà polie, où tout tenait en si fragile équilibre que je me suis rendue compte peu à peu qu’il n’y fallait quasiment rien toucher. Mais pour des romans moins dentelés, le regard extérieur est précieux.
La période est belle en ce moment d’ailleurs parce qu’à peine après avoir fini le retravail de l’un, je dois me lancer dans le retravail d’un autre. Cette étape est confortable car la matière est déjà là, et je la vois comme un pain d’argile à remodeler pour qu’il prenne des contours plus fermes et cohérents. Moi je vois tout encore de trop près, et l’éditrice prend du recul, tourne autour du buste. « Là, regarde, le nez est trop droit, pas assez affirmé, il ne correspond pas encore assez à la personnalité de son propriétaire »…

C’est l’étape où on revit, comme au moment de finir le roman, la hantise de son récit, où il ressurgit la nuit, où les personnages reviennent sous la forme d’ombres de plus en plus précises.
Et donc après avoir livré hier un texte loufoque (quoique ponctué de vérités historiques – cette incapacité pathologique à la légèreté totale…), je me lance dès maintenant dans le retravail de mon texte d’anticipation, une dystopie comme je l’entends (et non comme on nomme actuellement des tas de romans qui n’en sont pas), où se mêlent, comme dans #bleue ou Théa pour l’éternité, des problématiques éthiques, sociologiques, politiques, pour résumer transhumanistes, qui fondent les relations humaines, et donnent vie à mon petit peuple, assez tourmenté il faut bien le dire. 
Et vous, comment verrez-vous ces reflets ? Hâte de le savoir. En attendant je retourne à mon modelage.

(Sculptures de Camille Claudel)


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merci 😊

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Vos petits mots…

Ils sont de plus en plus nombreux, mes chères lectrices et chers lecteurs, depuis la parution de la trilogie du Grand Saut, chez Nathan. Et je suis constamment ébahie par votre gentillesse, votre générosité, votre bienveillance. Après tout, rien ne vous oblige à me faire savoir combien vous avez aimé mes livres ! Mais vous me le dites, et en privé, ce qui prouve à quel point c’est gratuit. Et avec des mots très émouvants, pour exprimer votre propre émotion. MERCI.

Ce qui me pousse à écrire ce petit mot, au risque de passer pour une horrible prétentieuse-qui-met-en-avant-son-petit-succès (très relatif, je vous rassure, puisque je ne suis pas en tête des ventes en ce moment), c’est Allan, qui m’a écrit une lettre manuscrite comme on n’en fait plus, oui oui en papier, et le geste de mettre sous enveloppe, trouver l’adresse de la maison d’édition, poster, m’a encore plus touchée qu’à l’ordinaire, lorsque je reçois des mails. Merci pour tes mots si gentils, Allan ! J’avais déjà pu constater ta passion de la lecture lorsque je t’avais rencontré, mais là, tu la confirmes de façon très éloquente.

Et ce matin, c’est Becky, via Instagram, qui me confie que mes livres l’accompagnent depuis qu’elle est petite : ça a commencé par Confidences entre filles, puis la série Mona, puis #Bleue, et maintenant Le Grand Saut ! C’est vraiment très touchant pour une écrivaine de lire une telle chose, d’imaginer mes livres entre les mains d’une petite fille qui grandit, grandit, et devient jeune fille. Cela me renvoie à une forme de responsabilité, très grande, immense, phénoménale.

Et chaque semaine c’est un ou deux messages au moins que je reçois ainsi. Bien sûr, si c’est envoyé en privé c’est que ces mots contiennent des confidences non partageables, et que je reçois avec humilité. Merci pour votre confiance.

Voilà, je commence ma journée d’écriture portée par vos jolis mots, votre passion, vos coeurs qui battent, et je me dis qu’écrire pour la jeunesse, décidément, est ce qu’il y a certainement de plus valorisant dans le monde de l’édition. De plus en plus je me fiche bien du mépris d’une certaine élite ou de celles et ceux qui se croient l’élite – il ne m’énerve que parce qu’en souterrain c’est un mépris de la jeunesse qui s’exprime, mais pour moi-même je m’en fiche -, puisque vous êtes là, mes jeunes lecteurs et mes jeunes lectrices, et que tout ça c’est pour vous, rien que pour vous 😊.

Allez hop, au boulot !

Photo d’un jeune garçon qui ne peut pas s’empêcher de plonger dans le roman qu’il vient d’acheter au Salon du livre francophone de Beyrouth, en plein pique-nique, vendredi dernier.


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obsessions

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Déterritorialisation incessante comme mode de vie créatif, défis permanents, tout en étant incapable de quitter ses obsessions. Mes obsessions : le corps, les miroirs, les illusions, le progrès, les images, les mots, l’enfance, où on va et où on est. Qui on est et dans quel monde. D’où l’on vient et d’où l’on part. Et par-dessus tout cela, en priorité : l’exclusion sous toutes ses formes et ce que cela renvoie, cette violence (que le mot « inclusion » soit une gourmandise politique ces temps-ci me révolte, tant c’est l’exclusion qui prime, actuellement, partout…). Chacune de ces images ci-dessous illustre parfaitement chacune de mes parutions à venir qui vont s’étaler sur toute l’année prochaine, et dont je suis heureuse bien que je ne puisse présumer de leur qualité, mauvaise juge que je suis de moi-même, mais parce que dans tout leur éclectisme elles forment un portrait fidèle de ces obsessions-là. Ciseler ses obsessions, les creuser, les faire exploser ou les polir, c’est peut-être ce que fait incessamment tout·e écrivain·e. A la fin, elles ne seront peut-être plus qu’une petite pierre toute noire et lisse.

 

intime-extime

féminisme

 

tropisme

 

transhumanisme

 

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« Toute photographie est cette catastrophe »

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Fascination pour l’image, amour des photos… Depuis longtemps, je tourne autour…

Je lis ce genre d’ouvrages :

La chambre claire de Roland Barthes est l’un de mes essais préférés. Jugez plutôt, par l’exemple :

Quoi de plus bouleversant ? Le studium et le punctum, qui crée l’émotion…

J’ai souvent fait référence à cet ouvrage l’air de rien dans mes romans jeunesse. La référence la plus explicite se trouve dans Quatre filles et quatre garçons, et concerne une photo de Kertesz, photographe que j’adule, pour le dire simplement.

Ou bien ce genre d’ouvrage-là :

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L’image fantôme… Hervé Guibert y explora toutes les facettes de son rapport aux photographies, en lien ténu avec son histoire familiale et amoureuse, au fil de tout petits textes très beaux. Le côté passionnant de l’exercice pour le lecteur d’aujourd’hui est que ces textes ont été écrits avant l’ère Internet. Il y aurait beaucoup à ajouter. Mais rien à retirer.

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Et enfin, un jour, LE cadeau. J’ai la possibilité d’écrire à partir de photographies. Et quelles photographies ! Mais chut, je n’en parlerai qu’en temps voulu. En tout cas le projet est excitant, pour le moins.

Mais écrire et réfléchir à partir de photographies d’ailleurs, d’inconnu et d’étrangers, je ne le réalisais pas encore, implique une forme de tranquillité avec les siennes propres. J’ai dû, auparavant, m’occuper des miennes. De celles de mes enfants mais aussi de celles de mon enfance. Sous le prétexte de scanner les vieilles photos dont les couleurs commencent à passer, ce fut une plongée photographique dans mon enfance et mon adolescence, cet été, en compagnie de ma soeur. Et ce fut une découverte extraordinaire : des négatifs dont je connaissais l’existence sans en connaître le contenu. Et voilà comment l’on découvre sur le tard des photos de soi et de ses frère et soeurs que nous ne connaissions pas. Un récit parallèle, quasiment. Ou bien un palimpseste.

Et puis il y a ce type de photos :

Rien, ou presque. Il y a eu une intention, qui nous échappe aujourd’hui.

Le punctum est mystérieux, mais pas totalement pour moi.

Est-ce ce mystère qui bouleverse ? Ou au contraire cette part que je connais ?

« Toute photographie est cette catastrophe »…

 

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