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Vous regardez écrire

prix Vendredi ou prix Cosette ?

La création d’un prix national de littérature jeunesse, concernant les romans pour les plus de 13 ans, « pour une plus grande reconnaissance et une plus importante médiatisation de la littérature pour la jeunesse » et qui a pour objectif de « mettre en valeur la richesse et la créativité de la littérature pour la jeunesse française contemporaine », a tout pour me réjouir.

J’ai toujours appelé à une plus grande reconnaissance et une plus grande médiatisation de cette littérature. Je trouve l’idée excellente.

Le prix, créé par le SNE (Syndicat National des Editeurs) et la Fondation d’entreprise La Poste, s’appelle Vendredi en hommage à Michel Tournier.

Pourquoi ce choix, Vendredi ? Ce n’est pas expliqué dans les annonces du lancement du prix que j’ai trouvées sur le Net, mais on peut imaginer plusieurs possibilités :

  1. Vendredi ou la vie sauvage est l’adaptation pour la jeunesse par son auteur Michel Tournier du livre Vendredi ou les limbes du Pacifique, qui est lui-même une adaptation du Robinson Crusoe de Daniel Defoe. Ce n’en est pas du tout une oeuvre expurgée (heureusement). En réalité, c’est une toute autre oeuvre que Tournier a écrite pour la jeunesse, avec cette belle motivation : « Une œuvre ne peut aller à un jeune public que si elle est parfaite. Toute défaillance la ravale au niveau des seuls adultes. L’écrivain qui prend la plume en visant aussi haut obéit donc à une ambition sans mesure. » Cette haute idée du jeune public est belle et juste, de mon point de vue.
  2. Cela montre qu’un grand auteur reconnu peut (bien) écrire pour la jeunesse sans en avoir honte et même en en étant fier. Ça, c’est le côté face. Côté pile, ce roman a connu succès et retentissement parce qu’il a été écrit par un écrivain reconnu par ailleurs en littérature générale. Le prix Vendredi va contribuer à modifier cette perception du public en mettant en lumière et en valorisant des auteurs qui écrivent essentiellement pour la jeunesse. C’est vraiment bien.
  3. Vendredi représente le soit-disant sauvage, mal compris, exactement comme la littérature jeunesse. Bien vu.
  4. Vendredi, ça claque, beaucoup de gens connaissent la référence qui évoque d’emblée aventures, survie, liberté (même si personnellement, ado, j’ai détesté cette lecture que j’ai abandonnée avant la fin, ça ne me parlait aucunement et j’avais trouvé le ton morne et triste) ; et ç’aurait été amusant d’essayer de décerner ce prix réellement un vendredi.

Donc, Vendredi, pourquoi pas ? Puis la sélection tombe. Là aussi, mon premier mouvement a été d’être contente (j’ai tellement envie d’être contente, la plupart du temps), parce que des copines et copains y figuraient. Je n’ai pas lu les romans sélectionnés mais je me suis dit : « ah voilà, c’est vraiment une bonne chose que ces excellents auteurs soient reconnus et aient une chance d’avoir une visibilité semblable à un auteur de littérature générale ». Je suis restée contente plusieurs jours. Ravie, même. J’étais d’autant plus confiante que j’avais noté auparavant que le jury, composé de journalistes et de critiques littéraires, comptait 5 femmes et 2 hommes : ce choix dans la composition du jury augurait d’après moi d’excellentes intentions.

Quelques jours plus tard, sans aucun rapport, j’ai partagé une vidéo sur facebook qui révèle par l’expérience qu’une femme est moins prise au sérieux qu’un homme dans le milieu professionnel.

Ce partage a généré de nombreuses réactions intéressantes. On a fini par parler de notre cas personnel d’écrivains jeunesse et de comment les femmes y sont représentées, considérées, etc… J’ai expliqué dans les commentaires que d’après mon expérience, au niveau des prix jeunesse, les choses s’étaient largement améliorées en une dizaine d’années. Quand j’ai débuté, en effet, il n’était pas rare que dans les sélections pour des prix de romans jeunesse, les auteurs hommes soient majoritaires, malgré une grande féminisation du métier. Depuis, j’ai rencontré beaucoup de bibliothécaires, libraires, enseignants, qui avaient pris conscience de cette inégalité et qui y veillaient désormais scrupuleusement. J’ai noté une vraie amélioration, désormais ils sont à peu près tous égalitaires d’après ce que j’ai constaté, à part quelques hasards dans un sens ou dans l’autre, et cette égalité ne choque d’ailleurs personne, ce qui prouve bien que la prise de conscience puis le changement dans ses choix et sa communication change tout simplement le monde et sa perception.

Toute absorbée par mon contentement face à cette amélioration, je reçois soudain un message privé d’une amie écrivaine qui me dit : « mais tu as vu la sélection du prix Vendredi ? »

Le choc. Je n’avais tout simplement pas noté que sur les 10 auteurs sélectionnés, seulement 2 étaient des femmes

Retour sur Terre… Sur le net, on ne trouve pas de pourcentages concernant le nombre de femmes ou d’hommes auteurs en littérature jeunesse. C’est bien dommage que ce domaine ne soit pas plus étudié dans ce genre de détails. Je me réfère donc à un calcul empirique de ma collègue et amie Clémentine Beauvais fait en 2011 dans un article d’ailleurs fameux, qui laisse penser que deux tiers des auteurs jeunesse (écrivains et illustrateurs) sont des femmes. Evidemment, il faudrait obtenir un chiffre spécifique aux romanciers en littérature jeunesse. Bon, soyons magnanimes, faisons-le descendre à 50% de femmes. Si ce chiffre, suivant mes observations, est certainement plus élevé, il n’est certainement pas plus faible. Gardons cette estimation basse pour être sûre de ne pas se tromper.

Ainsi, avec une estimation basse de 50% de femmes romancières en littérature jeunesse, la sélection du prix vendredi n’en compte plus que 20%

Vendredi par Jean-Claude Götting

C’est moins bien que le prix Goncourt auquel il aimerait être comparé (Le prix Vendredi serait le Goncourt pour la jeunesse), et qui n’est pas franchement paritaire : en 2016, la première sélection de 16 titres comptait 5 femmes (31,25% de femmes), et sur la sélection finale de 8 en comptait 2 (25%) ; la première sélection de 2017 compte 5 femmes sur 15 auteurs (33,33%)… Le prix Vendredi pour la jeunesse : 20%.

Au moment où je réalise cela, tout bascule dans ma tête. Je me demande si l’expression « plus grande reconnaissance », dans l’inconscient de ceux qui ont créé le prix Vendredi, peut-être dans celui des éditeurs qui ont envoyé les un ou deux romans susceptibles d’après eux d’être sélectionnés, ne se comprend pas essentiellement au masculin. Peut-être que je fais fausse route, mais c’est une question que je me pose, et c’est cette question que je développe dans cet article… On pourrait me brandir l’argument : « oui mais c’est comme ça, il se trouve que les meilleurs romans étaient ceux-là, et ç’aurait été stupide de veiller à des quotas ». Cela peut être un hasard, bien entendu, juste cette année, mais 1. tous les autres prix jeunesse parviennent depuis des années à dénicher des pépites d’autrices et d’auteurs, en moyenne quasiment à égalité, 2. c’est un hasard très malheureux, surtout dans cette proportion, pour une première édition d’un prix destiné à représenter dans les médias la littérature jeunesse, où les autrices sont plus nombreuses que les auteurs. Cet argument peine à (me ?) convaincre, sans que je remette du tout en question la qualité de la sélection, bien évidemment excellente. Ce n’est pas du tout un procès en illégitimité, que je fais là.

Et pourquoi pas un « prix Fanchon » en hommage à La petite fadette de George Sand ?

Je serais curieuse de connaître les titres envoyés par les maisons d’édition. Sont-ce les éditeurs qui ont parié sur une majorité d’hommes, laissant peu de latitude aux sélectionneurs ? (Cela pourrait-il être le fait d’éditrices, même parmi celles qui sont manifestement féministes, capables de porter davantage leurs auteurs que leurs autrices, par simple reproduction inconsciente ?). Ou sont-ce les sélectionneurs qui ont été victimes de mécanismes inconscients ? Quelles que soient les causes, il y a forcément eu un problème de représentation quelque part.

(Ajout du 20 septembre : j’ai appris que la liste envoyée par les éditeurs était quasiment paritaire – 48% de femmes, 52 d’hommes – , ainsi que la sélection personnelle de chacun des jurés).

L’inconscient des unes ou des autres leur a peut-être dicté cela (c’est une hypothèse) : pour être mieux reconnue, mieux considérée, la littérature jeunesse aurait besoin de montrer que ce n’est plus seulement une histoire de bonnes femmes, comme au temps de la Comtesse de Ségur. Cet inconscient, tel un petit diable sur leur épaule, leur a peut-être soufflé (c’est encore une hypothèse) : « Si on montre que des hommes s’investissent dans l’écriture de romans pour la jeunesse, que des hommes passent leur temps si précieux à écrire pour des ados, ça voudra bien dire que c’est intéressant, bon sang de bois ! Ça va bien finir par rentrer, avec cet argument en béton ! »

 

Ou bien un « prix Cécile » en hommage à Bonjour Tristesse de Françoise Sagan ?

En effet, le problème de reconnaissance de la littérature jeunesse vient en grande partie du fait que ce milieu est très féminisé, or les métiers très féminisés ne sont jamais très reconnus, car le travail des femmes est encore fortement dévalorisé, en 2017 et dans notre pays. J’aurais aimé, je dois bien le dire, que la première édition d’un prix national destiné à valoriser la littérature jeunesse puisse lutter contre ce triste constat. Mais les personnes ayant fait la sélection et les maisons d’édition qui ont envoyé leurs livres, probablement pétries comme tout le monde d’idées fausses, ont-elles considéré sans y penser que, pour être plus estimée, il fallait que la littérature jeunesse soit représentée par une majorité d’hommes ? (Hypothèse !) C’est une question que je pose, sans pouvoir présumer des pensées et des mécanismes inconscients de ces personnes, bien évidemment, ni, je le répète, remettre en cause la qualité de la sélection (d’ailleurs chaque prix jeunesse a sa propre sélection, différente des autres, et il est bien difficile de décider si l’une est meilleure que l’autre, c’est même impossible, puisque la littérature jeunesse est riche et diverse). J’insiste sur cet aspect de la qualité, d’abord parce que je suis sûre de cette qualité, et pour que mon propos ne soit pas dénaturé et déplacé.

Un « prix Marguerite » en hommage à L’amant de Marguerite Duras ?

Mais si la réponse à cette question est positive, et si on se laisse aller à ce penchant, la littérature jeunesse risque de perdre son identité, de se trouver engloutie et inaudible, comme le sont les femmes qui choisissent de cacher qu’elles sont des femmes, pour être mieux entendues (George Sand a ainsi accédé à la célébrité mais c’était au XIXe siècle, et ce type de ruse au XXIe siècle me paraît pathétique). Car si la littérature jeunesse a atteint ce niveau de « richesse et de créativité » ainsi que ce succès dans les ventes, c’est grâce à toutes celles et tous ceux qui la font depuis des années et des années, c’est grâce à des hommes, bien sûr, mais aussi grâce à ce pourcentage majoritaire de femmes, autrices ou éditrices. Et si les autrices jeunesse commencent à être invisibilisées, ce sera bientôt le tour des éditrices… alors que notre richesse vient de notre mixité, de notre diversité et de notre ouverture. Ne laissons pas confisquer peu à peu ce succès aux femmes, alors qu’elles le partagent volontiers.

J’en reviens encore une fois, comme souvent dans mes articles qui évoquent le manque de reconnaissance de la littérature pour la jeunesse, à cette idée que derrière tout cela il y a peut-être, de façon tout à fait inconsciente, une forme d’inconsidération, ou de mauvaise considération du lectorat adolescent, d’ailleurs lui aussi en majorité féminin. (Hypothèse, encore !) A ce propos, à aucune étape, dans ce prix, les ados ne sont consultés, d’après ce que j’ai lu dans les communiqués de presse…

Un « prix Vinca » en hommage au Blé en herbe de Colette, qui m’a bouleversée quand je l’ai lu ado ?

On risque de me rétorquer que mettre en valeur davantage les auteurs hommes auraient l’effet bénéfique d’inciter les ados garçons à lire davantage. En retour je vous demanderais si oui on non on vit bien en 2017, et si on parle bien de littérature pour la jeunesse. Un tel argument serait un affront pour tous les auteurs, hommes ou femmes, pour tous les éditeurs, aussi, en littérature jeunesse, très conscients du problème de représentation des femmes dans le domaine culturel, si néfaste à la perception qu’acquiert de lui-même notre lectorat. La grande majorité d’entre nous, en littérature jeunesse, a l’habitude de veiller avec grande attention au respect de nos jeunes lecteurs. Nous avons envie de leur dire, toujours, qu’ils ont tous les mêmes chances, et qu’il ne faut pas baisser les bras. Nous avons envie de dire aux filles qu’elles peuvent intéresser tout le monde si elles sont héroïnes de romans ou autrices de ces romans ; aux garçons que leur univers est plus large qu’on ne veut leur faire croire, et qu’il comprend cette part féminine. Il faut se battre, lutter, ne pas se laisser piéger par l’orgueil et le désir d’une visibilité à tout prix, encore et encore.

J’en appelle à tous ceux qui traquent les stéréotypes sexistes dans nos livres : le voilà le monde dans lequel on vit, celui que reflète nos romans ; on ne peut pas, dans un cas si concret, quelles que soient les raisons qui ont mené à cette inégalité, et même si celles que j’avance sont fausses, fermer les yeux et ne pas au moins la faire remarquer. Quant à moi, par cet article, je souhaite clamer haut et fort que cette exception inattendue et je crois maladroite, au sein des prix en littérature jeunesse, ne doit pas se répandre, et ce, pour nos lecteurs, pour qu’ils et elles croient en eux-mêmes…

Pour y croire toutes et tous, prenons conscience pleinement de nos réflexes stéréotypés, et veillons à ne pas retourner 45 ans en arrière, à l’époque étriquée de la parution de Vendredi ou la vie sauvage, quand les histoires d’aventures et de survie faites pour et par des garçons étaient la seule littérature jeunesse digne d’estime. 

Je rêve que toutes les jeunes filles se sentent libres et fortes et confiantes a minima dans le monde qui les entoure, et qu’elles aient le regard décidé et le menton haut, et que les garçons les apprécient ainsi, et leur reconnaisse le droit d’exister ainsi, mais désormais, hélas, quand j’entends « prix Vendredi » je me sens moi-même soudain comme Cosette : bien misérable…

 

Ajout du 20 septembre : 

PETITE MISE AU POINT :

  1. Je pense que tout le monde l’a compris, car mon article est très clair à ce sujet mais je préfère le préciser de nouveau ici : je trouve la sélection du Prix Vendredi excellente, et très pertinente. Je n’ai pas pensé une seconde que les hommes qui y étaient présents étaient moins légitimes ou méritants que les femmes ! Ou que leur mérite était moindre ! Je n’ai jamais pensé une seule seconde que les 8 auteurs sélectionnés l’ont été uniquement parce qu’ils sont des hommes. Le penser, ce serait croire que la littérature jeunesse est trop pauvre en qualité pour y trouver 8 romans excellents écrits par des hommes. Et ce serait bien mal comprendre mon article, et en renverser totalement la problématique. Ce prix est une vraie bonne idée qui je l’espère va donner une belle visibilité à ces auteurs, et donc à la littérature jeunesse qu’ils représentent, avec toutes les belles valeurs qui l’accompagnent. Donc BRAVO à tous les sélectionnés, ils le méritent pleinement, et je serai heureuse pour le lauréat, quel que soit son genre, évidemment !
  2. J’aimerais aussi ne pas être rendue responsable de tous les commentaires et partages sauvages faits de mon article. La situation en jeunesse n’a rien à voir avec la situation en BD, en cinéma ou en politique. Nous évoluons dans un environnement antisexiste où cette exception m’a sauté aux yeux, surtout à cause de l’importance de ce prix destiné à refléter la diversité et la richesse de la littérature jeunesse. J’interroge cette exception car je crois qu’elle est interrogeable, en n’accusant personne en particulier, et surtout pas les membres féministes du jury, qu’on ne peut soupçonner de sexisme, ni les autres, dont je ne peux pas présumer des pensées individuelles. Le processus de sélection ayant, je le crois, été fait avec intégrité et professionnalisme, l’inégalité finale subsiste et continue de m’interroger. Je persiste à croire qu’on est tous, et moi aussi, victimes de représentations et de mécanismes inconscients, au-delà de toute conscience féministe. Mais si cette sélection représente réellement les romans les plus méritants parmi une majorité de romans écrits par des femmes, quelles pourraient être les raisons de cette inégalité ? La question me paraît légitime et importante. J’ai proposé ici une hypothèse, sans savoir à quel niveau elle se jouait, mais je ne détiens pas la Vérité, ni de réponse. Je participe à la discussion mais suis loin de valider tout ce qui se dit.
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Le Grand Saut : suite et suite

O joie, bonheur et félicité : j’ai (enfin) terminé (la première version) du tome 3 de mon Grand Saut !

Je m’excuse à l’avance auprès de tous mes collègues auteurs qui vont lire ce petit message et qui, eux, en sont là où j’en étais il y a quelques semaines : dans les affres des doutes, en plein coeur d’une sournoise impression d’illégitimité, au creux de marasmes d’incertitudes… et avec l’envie de mordre tout écrivain qui annonce avec jovialité qu’il avance à toute vitesse, qu’il a presque fini, que ça y est il a fini, que quelle joie grands dieux que l’élan créatif et autres auto-contentements !

J’ose m’auto-contenter à mon tour en m’en excusant platement devant les collègues qui en bavent en ce moment précis. Je peux vous dire cependant que ma joie et mon soulagement sont à la hauteur de la difficulté vécue, qu’un évenement pas très drôle (la vie, quoi) m’a mis un sale coup dans l’aile en ce début d’année, que trop de déplacements, épuisants, n’ont rien arrangé, que j’ai la bonne idée continuelle de me lancer des défis insensés (tiens, et si j’étais six personnages à la fois dans un même roman ? Tiens, et si je racontais des trucs réalistes très très éloignés de ce que je connais ? Ou au contraire proches mais avec la distance nécessaire ? Etc, etc…), et que donc j’ai accusé au moins 4 mois de retard sur mon planning, ce qui est assez stressant vous en conviendrez.
Aussi je m’accorde aujourd’hui le droit de m’auto-contenter à mon tour, même si je ne rattraperai jamais ce retard – je n’ai plus qu’à espérer que ma vie sera assez longue pour mener à bien tous les projets qui caracolent dans ma tête, il y en a tant que quatre mois de moins pour les écrire paraissent un drame 🙂

Car voilà plus d’un an et demie que je vis exclusivement avec mes 6 personnages du Grand Saut, et ce n’est pas fini puisqu’il reste le travail éditorial sur ce dernier tome. Cet opus, difficile à accoucher, dessine cependant comme je le désirais en un large prisme la complexité pour les jeunes gens de vivre la période de l’après-bac, ou l’après-pas-bac suivant les personnages. J’ai, je crois, réussi à injecter tout en les dosant mes ressentis sur la question, les nombreuses idées qui ont motivé l’écriture de cette trilogie, bien que pendant longtemps je me suis dit, désespérée : « c’est impossible, il y a trop à raconter ». Ce tome d’apparence toujours aussi légère, mais pas toujours, est politique, profondément, à ma façon, une façon « l’air de rien », qui me tient à coeur. Il est hélas actuel, très actuel, puisqu’il y est surtout question d’inégalités des chances… et certains de mes personnages partent avec peu de billes en poche.

Ce tome est aussi une réflexion sur ce que c’est que devenir adulte aujourd’hui. Et bien sûr, une réflexion sur l’amitié, qui est au coeur du sujet. Jamais en écrivant je n’avais entendu si fort la musique de mon récit, quand arriva le moment où tout le puzzle de cette amitié et de ces destins s’est mis en place. C’est la force des récits au long cours et donc spécialement des trilogies : avoir le bonheur de sentir monter l’ampleur et la musique. Peut-être m’a-t-il fallu du temps, aussi pour laisser monter cette musique en moi. Et puis il y a la surprise de ce personnage qui m’a totalement échappé, qui a trouvé son chemin malgré moi. Je ne l’avais pas du tout prévu. Il m’a donné du fil à retordre, mais j’aime quand ça arrive. Je pense qu’il va vous surprendre aussi !

Je vais apprécier doublement la sortie du tome 2 dans quelques jours, sachant que la suite existe déjà et que le destin de mes personnages est scellé, au moins pour la période racontée (car tout peut arriver). C’est une bête satsifaction toute ronde débarrassée de l’inquiétude : « vais-je réussir à écrire un dernier tome de qualité ? » Je ne suis pas bonne juge de sa qualité, mais au moins en suis-je très satisfaite. Satisfaite du sens profond de ma trilogie, aussi. Et j’espère de tout coeur que mes lecteurs vont accrocher à ce tome 2 tout neuf pas encore sorti autant qu’au tome 1, ce qui leur donnera envie de lire le tome 3, qui est selon moi le plus important et le plus ample. Aussi, j’espère fort votre fidélité tout au long de cette trilogie, chers lecteurs ! Et j’espère que vous vous attacherez autant que moi à Iris, Alex, Marion, Sam, Rébecca et Paul, que je vais avoir beaucoup de mal à quitter, à présent… Ils vont vivre en vous, cependant, et c’est toujours une chose qui me paraît magique. Merci d’avance.

PS : chères éditrices, je vous envoie ça dans quelques jours, le temps de laisser poser, reposer, lever, reposer…

separateur

Le Grand Saut 1

Le Grand Saut 2

à paraître le 7 septembre 2017

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Le Grand Saut 3

Patience !!! (mai 2018)

separateur

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connexion… avec le monde

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Une dernière petite photo d’écrivain pour vous annoncer ma disparition momentanée de la toile, non pas pour cause de vacances mais pour cause de séjour nécessaire en tour d’ivoire.

Eh oui, car j’ai du travail. Beaucoup.

Hunter S. Thompson

Comme les photos d’hommes écrivains sont un milliard de fois plus inspirantes que celles des femmes (voir article ci-dessous), voici un mâle beat-writer pour illustrer ma philosophie de travail aoutienne.

Et quelques beat-words :

Le poids du monde
est amour
Sous le fardeau
de solitude,
sous le fardeau
d’insatisfaction

extrait de Howl, d’Allen Ginsberg

…parce que les seuls qui m intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout a la fois, ceux qui ne baillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église.

Sur la route, Jack Kerouac

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montrer et regarder autrement les écrivain(e)s…

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Peut-être faut-il y réfléchir… Heureusement, de gros progrès ont été faits et ce que je vais montrer là sont  des photos souvent anciennes, évidemment choisies pour ma démonstration, mais ces photographies ont été si faciles à trouver et sont si nombreuses qu’elles ne me semblent pas là comme illustrations anecdotiques mais bien comme propos général à interroger. D’autre part on se rend compte combien ces images sont si prégnantes en nous qu’on a tendance, hommes ou femmes écrivains contemporains, à les reproduire inconsciemment. Cela peut être bien de prendre conscience de tout cela pour casser les codes, ou bien pour jouer sciemment avec eux…

Observons d’abord ces photographies d’hommes écrivains au travail :

Boris Vian

André Breton

Nicolas Bouvier

Brendan Behan

H.G. Wells

Stephen King

 

William Faulkner

 

Ernest Hemingway

John Irving

Philippe Roth

 

Notez leur sérieux, leur air pénétré. La posture désinvolte est autorisée (Stephen King, Faulkner), seulement si l’on voit bien à quel point l’écrivain est concentré. Notons l’effet de vitesse (Brendan Behan), et la nécessité de tenir l’endurance grâce à la nicotine (Bouvier), ou le café (Brendan Behan, encore)… à moins que ce ne soit du whisky ?

Si ces auteurs hommes bénéficient d’emblée d’un sérieux appréciable, ils manquent singulièrement de capital sympathie. Ils ont l’air quand même vraiment pas commodes, bougons, hautains et peu accessibles.

Qu’en est-il des femmes ?

Mary Shelley (ou l’art d’écrire en regardant devant soi)

Elles ont presque toutes un air sage voire compassé. J’entends presque à chaque fois le photographe (ou le portraitiste comme ci-dessus) dire ou penser : regardez-moi (qu’on voie votre doux visage). Vous ne voulez pas ? Bon alors au moins un sourire ? Il faut qu’on voie à quel point vous êtes sympathique – malgré le choix de cette activité si sérieuse que vous vous imposez sans raison. Il faut qu’on voie que vous prenez du plaisir à écrire ! A quel point les romans que vous  écrivez, vous les femmes, ne sont sans doute pas aussi profonds et difficiles que ceux des hommes...

 

Toni Morrison

(Certes certes, mais tout de même, c’est agréable de voir enfin un sourire, merci Mme Morrison !)

 

Noël Streatfeild

 

Anne Sexton, souriante sur toutes les photos d’elle, choisit de mettre fin à sa vie, à 45 ans.

Enfin de la vitesse dans les mains sur cette photo… Mais pourquoi a-t-on l’impression qu’Anne Sexton recopie au lieu de créer ?

Une femme devant un clavier souffre de toute façon toujours des stéréotypes. Comment ne pas voir de simples secrétaires, le plus souvent ? Comment les prendre au sérieux avec leurs coiffures compliquées, leurs bijoux ou leur mise endimanchée ? Quel temps perdu, quand les hommes semblent souvent s’être mis au travail dès le saut du lit, voire encore dans leur lit (voir plus bas)…

Agatha Christie

 

Edith Warton

Lorsqu’on leur autorise une pose moins académique, le manque de naturel est confondant :

Sylvia Plath, à qui la vie semble si douce et sereine sur cette photo, se suicida elle aussi – dépression qu’elle raconta dans un récit autobiographique – ; son malaise de vivre n’est décelable sur aucune des photos d’elle. Nombre d’écrivains mirent fin à leur vie, mais chez les femmes il n’était pas décent de faire la tête avant.

 

Il n’est pas interdit de noter que les écrivaines sont souvent en équilibre instable, jambes croisées ou alors bien serrées, comme prêtes à s’évaporer ou au contraire à se recroqueviller, alors que les écrivains sont toujours bien campés sur leurs deux pieds, arrimés au sol et à ses réalités, tout en étant prêts à bondir à la moindre alerte.

Parlons félins, justement. Prêts à bondir, certes, mais si Céline, Capote, ou Jean Cocteau ne répugnaient pas d’être pris en photo avec leur chat, c’était surtout pour montrer à quel point sa propension à la paresse les empêchait de travailler :

Céline et Bébert

… alors que si on montre un chat sur la photo d’une femme écrivain (plutôt qu’un chien comme Stephen King), c’est sans doute pour contrebalancer par son aspect mignon l’usage subversif de la cigarette, par exemple :

Françoise Sagan

 

Par ailleurs, souvent, on ne manque pas d’associer la langueur féline à la langueur supposée de l’écriture féminine. Les poses allongées chez les femmes écrivains sont courantes. Alors que les hommes écrivains sont plus souvent représentés en train d’écrire debout (Victor Hugo, Roth…). On ne voit jamais de femme écrivant debout, bizarrement. Une question de dynamisme sans doute. Hum.

Seulement attention, écrivaines allongées, certes, mais pas dans un lit ! Nabokov, lui, il a le droit… De toute façon, il a même eu le droit d’écrire Lolita, alors (un chef d’oeuvre incontestable, mais une histoire similaire écrite par une femme aurait été impensable à la même époque… aujourd’hui non plus quand j’y pense…).

Seules Bridget Jones ou Carry Bradshaw sont montrées en train d’écrire dans leur lit, mais ce sont des personnages fictifs plus diaristes ou journalistes qu’écrivaines, et qui écrivent exclusivement sur leurs frasques sexuelles… Aurait-on peur d’un brouillage de symboles en représentant une vraie femme vraiment écrivaine en train d’écrire dans son lit ?

 

François Sagan, jeune fille sage… qui brûla la vie par les deux bouts.

Pas de draps en désordre. Non, mieux vaut représenter l’écrivaine sur le sol. Et tant pis si ça a l’air peu naturel, encore une fois. Essayez donc de taper sur un clavier allongé(e) sur le ventre ! Tendinite ou torticolis assurés en moins de dix minutes.

 

Siri Hustvedt et son mari Paul Auster, l’une allongée, l’autre assis. L’une souriante, l’autre circonspect.

Le canapé, sinon, c’est une valeur sûre, plus naturelle et moins compromettante.

Il y a des contre-exemples, oui, et notoires. Des femmes écrivaines qui sans doute ont osé dire au photographe : non je n’ai pas envie d’avoir un air artificiel sur cette photo. Non, je ne souris jamais quand je travaille. Ou alors furtivement, de satisfaction après avoir cherché pendant trois jours la bonne formulation. Ou si j’écris un passage humoristique, peut-être. Et je ne regarde jamais un objectif, non plus. Et d’ailleurs, je peux fumer sans chat. Notons que les femmes qui ont osé cela sont celles qui ont déjà réussi à accéder à la notoriété au moment de la photo. Elles ont acquis la chance de n’avoir plus à convaincre, plus à plaire, plus à veiller de ne pas déranger. Une chance acquise au fil des ans, de leur travail, de haute lutte. Une chance acquise d’emblée à tous leurs confrères, aussi jeunes soient-ils.

 

Marguerite Yourcenar

 

Harper Lee

 

Simone de Beauvoir

Bon, du coup, elles ont l’air aussi peu amènes que leurs confrères, certes…

Mais on n’a rien sans rien.

(Bien sûr ces constatations ne s’appliquent pas aux auteurs de littérature jeunesse qui, hommes ou femmes, ne bénéficiant que d’un assez faible capital sérieux de départ, misent pas mal sur leur capital sympathie… comme pendant longtemps et encore pas mal aujourd’hui les femmes en littérature générale. Cependant, voyons le bon côté des choses, comme ils ne sont pas accusés de langueur, ils ont souvent peu à s’allonger sur les photos).

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l’image révèle

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Lors de mes rencontres avec des lecteurs, je parle souvent, en plus bien sûr de mes influences littéraires, de mes influences cinématographiques, car ces dernières sont souvent connues d’un grand nombre et on voit tout de suite de quoi je parle. Mais en réalité, mes influences visuelles sont davantage photographiques ou picturales. D’ailleurs j’ai du mal à apprécier un film qui n’aurait pas une bonne photographie (en cela les images fixes tirées de films sont révélatrices – voir les photos de Donata Wenders). L’image fixe libère davantage mon imaginaire, qui s’empresse de tisser une histoire autour d’elle. Les portraits, surtout, mais pas que. Les instants, aussi.

Envie de rectifier : les instants, surtout.

Pour moi, donc, la littérature se doit d’avoir également une bonne photographie (comprenne qui pourra).

« Pigeons, 15 novembre 1971 », André Kertész

Mary Ellen Mark

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les traces où s’inscrit Traces

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A l’occasion du prix des écoliers des Imaginales décerné à Traces, je me permets quelques mots à propos de ce récit.

Les Imaginales 2017

Ce roman très court paru il y a presque un an, peut-être de par son petit format, trouve jusqu’ici peu d’échos dans la presse ou dans la blogosphère : peu d’articles lui ont été consacrés, alors que son sujet est d’aussi grande importance que celui de #Bleue, et tout aussi actuel, voire davantage. Il y est question cette fois de logiciels prédictifs et toujours de surveillance généralisée. Un mélange de Snowden, de Minority report et de Person of Interest, avec un zeste de 1984, comme d’habitude, mâtiné d’un soupçon d’ambiance à la Fred Vargas (avec un Adamsberg au féminin), sous les ombres de Jean-Claude Izzo ainsi que du Fugitif qui planent quelque part, dans une structure de tragédie en 24h, ponctuée de coupures de presse presque vraies, le tout adapté pour les enfants de 10 ans et plus… cela peut paraître un peu ambitieux, et ça en a peut-être dérouté plus d’un. En tout cas j’ai pu avoir cette crainte. Voilà pourquoi je suis si heureuse quand le public visé, des petits gamins de dix ans à peine, comme les écoliers d’Epinal qui ont plébiscité Traces, ont l’air de tout comprendre simplement et d’apprécier l’histoire comme elle vient. Quel bonheur !

Et qui sait, ce court roman qui ne paie pas de mine creusera peut-être sa place peu à peu, tout doucement mais sûrement.

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